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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 15:31
http://www.virgo-maria.org/images/sodome-et-gomorrhe.jpg

Ecrivant un article sur un événement qui passionnait le petit monde des amateurs d'art, je m'interrogeais il y a quelque temps sur l'existence d'un terme désignant le hanteur de musée, sur le modèle de "cinéphile", "bibliophile", ou encore, par défaut, "mélomane". Ne trouvant rien dans les méandres de mes méninges personnelles, (après réflexion, il y avait bien le rare "muséophile", mais bon...) je me résolus timidement à forger un discret néologisme bon teint : "pictophile", amateur de peinture, quoi de plus logique ? 
Par précaution néanmoins, je m'enquis de son éventuelle existence en demandant à Goûts-gueules (autant de gueules, autant de goûts ; tot capita, tot sensus). Que nenni ! En fait de teint, rouge fut celui qui repeignit ma chaste face : car on m'apprit que "pictophile" était plutôt apparenté à "zoophile" et autres zigs bien moins recommandables encore, qu'à de respectables et inoffensifs anglophiles lecteurs de Jane Austen, puisque "pictophile" désigne, selon la bête chercheuse du net,  un amateur d'images ... pornographiques !!!
Horreur et damnation ! Quelle ne fut pas l'effroyable angoisse rétrospective qui se saisit de mon innocente personne lorsque j'imaginai le scénario né de l'hypothèse inverse. Que serait-il arrivé si, n'ayant pas vérifié, j'avais proposé à la publication l'infamant adjectif trônant en exergue d'un article mettant à l'honneur un vénérable et chenu directeur de musée multiséculaire en qualifiant ses fréquentations de "pictophiles" ? Un texte multiplié cauchemardesquement à des dizaines de milliers d'exemplaires, atterrissant sur les bureaux atterrés de responsables siégés de cuir et boisés à l'or fin  ?
Comme dans le diptyque d'Alain Resnais Smoking / No smoking, je me retrouvais broyée dans l'implacable engrenage du "Googling / No googling", à jamais marquée du sceau honni de la honte, fustigée par la preuve irréfutable de mon ignorance diffamatoire, fuyant les espoirs scintillants d'une aurore entrevue, comme les parias chassés de Gomorrhe sous la colère cataclysmique du Dieu vengeur gardien de la Vertu.

Sans être, je crois, prude outre mesure, elle m'agace un peu quand même, cette insidieuse colonisation du langage par l'obsession du caleçon qui rend inutilisables tant de termes au départ des plus fréquentables !
Ainsi vous mets-je au défi d'étudier, dans une classe de collège saturée d'hormones plus encore qu'un élevage de poulets en batterie, le moindre extrait du roman le moins égrillard possible, où figurent, au détour d'un brave texte tout ce qu'il y a de plus scolaire, les mots "pipe" ou "chatte". Qu'importe que la première soit bien innocemment posée sur le bureau d'un vieil homme somnolent et que la seconde soit le sujet de l'expression "laper du lait" dans une phrase qui continue par "dans le bol de faïence posé sur le carrelage de la cuisine", vous aurez, quoi que vous fassiez, une douzaine de visages acnéiques épanouis de rires gras et de gloussements dindonnesques. 



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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 06:49

Toute ménagère avisée sait bien que mieux vaut se conformer aux inscriptions qu’arborent fièrement les vêtements sur leurs discrètes étiquettes, telles de post-diluviennes armoiries délavées. Ainsi ne traite-t-on pas un pull en angora comme un jean usé, sous peine de voir la fibre livide rétrécir, difforme et grimaçante sous l’outrage.

Texte ou textile, il en va très exactement de même : matière induit usage. Au morceau tout tissé d’écriture, il faut parler doucement pour qu’il ne se froisse, l’entretenir de ses impressions, repasser si besoin ses faux plis, mais sans trop le brûler.

Tricotons quelques mailles à partir, à l’endroit d’inventaire :

Certains textes sont en bois : ils ne seront polis, souples et doux sous la langue que passés au rabot du brouillon abrasif, du commentaire (en)caustique.

D’autres sont en cristal : le contact trop rugueux des retouches à la lime les ternit. Paille de fer, toile de verre s’abstenir. Attention fragile, pas toucher.

Il y en a aussi d’acier, rougeoyant des brasiers de colère. Ceux-là sont dans la forge, et il est permis d’apporter son marteau : il rebondira sur l’enclume, et le fera résonner plus fort sous les coups, tintement métallique et guerrier, galvanisé d’insurrection.

Au détour du chemin, il arrive parfois que le pied du lecteur - promeneur trouve une pierre qui s’avère encore lave, et s’il choisit de la saisir, aspirant ses fumerolles, enivré comme d’alcool, l’abandon est requis.

Certains écrits sont des ruisseaux, ou des torrents, ou de grands fleuves : refuser au courant de s’y laisser porter, chipoter sur telle feuille qui altère le miroir de l’onde pure, c’est rester sourd au mouvement, c’est se murer dans un autisme condamné comme une porte étouffée.

D’autres encore ont paraît-il des mots si bleus qu’ils insinuent de leurs méandres octopussiens, dans les replis de matière grise, une encre sombre et cafardeuse qui filtre tant l’éclat du jour, qu’absorbé par l’ailleurs de la nuit qui étreint l’étincelle vacillante de l’ici, vous n’êtes plus qu’absence, indigo indécis indigent, dépossédé de forces vives, anéanti par la présence insaisissable d’un Horla qui boit en vous l’eau sans ressources.

(...)

 La liste n’est pas close, et l’esquisse accueillante à toute suggestion.


&&&

Voici donc, d'après M'dame de K : les textes fleurs, embaumant de parfums et de rythmes légers à faire tourner la tête.

Ou d'après Slevtar (sans blog mais en coms) : les textes en soie, caressant de frissons les peaux de sensitives.




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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 21:39





Illustration extraite d’un ouvrage d’Alain Créhange, En Peinture Simone
dont une bonne demi-douzaine de détournements sont vraiment bien trouvés.




Ceci est un faire-part. De naissance, le faire-part.
Un mouvement littéraire est né, déjà monté sur un vélo, jeudi 8 octobre 2009, sous la plume d’Hozan Kebo. Il pèse vingt vers (le manifeste, pas l’auteur…) et se nomme le patalyrisme.
Voici la bête.
Car aussi sûrement que la préface de Cromwell est le texte fondateur du romantisme théâtreux, le petit pouème d’Hozan est à n’en pas douter celui du patalyrisme.


Et comme l’exégète balbutiant qui le baptisa non sans désinvolture n’est autre que celle qui cause dans ce bloguscule somnolent et quasi sous perfusion ici présent, elle se permet de poursuivre le commentaire.

 
 Un poème patalyrique est comme toute chimère : composite.
A première vue, il ressemble à une petite chose élégiaque, mais son auteur s’est amusé à parsemer sa lecture de quelques grains de sable qui crissent sous la langue, de lourdeurs laborieusement (qu’on croit !) emberlificotées.
En fabriquant un disque de Debussy, il a pris un malin plaisir à fondre dans le vinyle quelques brins d’étoupe où la pointe de diamant s’emmêlera.
Car le patalyrisme asticote les épanchements des sanglots longs des violons à coups de dérision aiguë.
Savoureux quand celle-ci demeure dans le registre de la tendre taquinerie (comme chez le fondateur en question). Moins à mon goût quand elle s’accompagne d’un certain dédain.


                                                                      &&&
                                                             (Digression annexe)

Car il y a la pudeur. Mais il y a la sécheresse.
Et il est parfois assez facile de faire passer celle-ci pour celle-là :
non non, gardez vos vessies pleines, je vous en prie. Il y a meilleur combustible pour éclairer sa lanterne.


Car qui se réclame du pathos larmoyant ? Personne ! Pouah ! Cette gluance amorphe, cette mélasse sans aspérités, cette complaisance avec les petits malheurs de son petit ego.
Mais face au pathos communément stigmatisé, il y a deux attitudes possibles, à varier selon l’humeur :
le tourner en dérision, 
ou le transcender, l’aiguiser de cruauté, comme le théâtre du même nom.
Comme tout un tas de poètes, romanciers, ou réalisateurs devant lesquels je n’ai plus honte de me pâmer.
Que les indifférents
se gaussent, je n’en ai cure.
S’ils possèdent autant d’empathie que l’exprime l’exclamation  attribuée (à tort probablement, mais telle n’est pas la question) à Marie-Antoinette : « Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils mangent de la brioche ! » ; s’ils ne savent pas se départir de leur rictus aussi sec qu’un coup de règle sur les doigts du cancre, grand bien leur fasse. Je peux leur prêter des copies à corriger, si pinailler leur manque tant.
Mais je m’égare, revenons à notre lyre grinçante.


Ainsi me permets-je de ressortir du fonds des commentaires cette presque* contrepèterie (pour une fois que j’en trouve une, vais pas m’en priver) :

Trop d’antipathos me sidère, dit Antipater de Sidon.



Telle sera la devise du mouvement jumeau et rival, le para-pata-lyrisme.
 (Un peu moins euphonique que son paradigme,
nous en conviendrons.)

Ndlr : Attention, « para », n’est pas « anti ». Aimer la pluie n’empêche pas d’ouvrir son parapluie.

 * Il eût été possible de la rendre plus exacte, mais le verbe qui aurait remplacé "dit" ne me satisfaisait pas vraiment. Alors nous laisserons ainsi.

PS : Désolée, Hozan, pour la digression peu à peu hors-sujet sur la dérision. M'en voulez-pas ?
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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 00:00

 


On sous-estime trop souvent le rôle de l’odorat dans l’écriture.
C’est d’ailleurs insensé le nombre d’activités dans lesquelles notre appendice nasal, minuscule ou péninsule, est requis à notre insu : outre ses fonctions primaires de respiration et d’odorat, on ne peut, sans nez, ni savourer, ni cuisiner, ni causer correctebent ; encore moins chanter, sans parler de tout ce qui réclame un minimum d’implication physique sincère.

Essayez donc de bien doser le sel de vos mots quand vous ne pouvez les goûter.
Essayez donc d’écrire quelque chose de sensé si vous ne pouvez rien sentir, si vous ne pouvez pas identifier le parfum de l’air qui vous entoure.
C’est terriblement frustrant ! Peut-être avez-vous oublié de changer la caisse du chat et vous n’en savez rien ?
Et dans l’abominable angoisse de cette incertitude existentielle, comment faire preuve de bon sens ?

Rhume et plume ne font pas bon ménage.
Si pas un souffle d’air ne filtre à travers vos méninges, je ne vois pas bien comment ladite plume pourrait s’envoler. Alors elle reste à terre, pitoyablement engluée dans la poussière, gisant sur le sol à la merci du premier pied malvenu qui lui aplatirait son duvet frissonnant.

Et puis, la phrase ne peut pas respirer correctement si celui qui l’a fabriquée a gardé pendant tout le temps de sa confection cet air tragiquement benêt que lui confère l’obligation de rester la bouche ouverte pour oxygéner laborieusement ce qui lui reste de cerveau, lequel essaie sans grand succès de surnager au-dessus de sinus délétèrement marécageux.

Le phrasé comme le nez doit avoir du souffle. Quand l’un en est privé, l’autre suffoque, crachote, toussote, cahote. Pffeu, pffeu. D’ailleurs, esprit et souffle ne font qu’un depuis la nuit des temps étymologiques. Et il n’était guère besoin de toutes ces circonvolutions pour achopper sur cette équation linguistique d’une évidence antédiluvienne. Quand je vous disais qu’on en perd le sens de l’orientation, et que sans nez, on s’emmêle dans les hautes herbes d’un verbe opaque et déroutant.
CQFD.

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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 09:32

 




Pour toute huître qui se respecte, compatissante et précautionneuse,
nulle poussière n'est assez vile pour n'être point cernée de nacre.
Nul être n’est assez humble pour ne pas mériter rhétorique,
nul sujet assez insignifiant pour ne pas éveiller le plaisir du verbe.
Il faut faire feu de toute émotion pour nourrir création.

 "Sortir de soi le chaos pour accoucher d'une étoile qui danse". Nietzsche


Réponse à la "devinette" :
James Joyce  (1882-1941)
Auteur du « Bildungsroman » (roman d’apprentissage à peu près autobiographique,
en ce qui concerne la formation intellectuelle en tous cas)

A portrait of the artist as a young man.

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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 23:56

Où l’on voit que le mythe du génie créateur en prend pour son grade.
A l’occasion d’une exposition d’artistes contemporains, je découvris la technique japonaise ancestrale du «raku ».
Voici donc ce que je gratouillai, aujourd’hui, sur le dodu papier du (petit) canard local qui me fit l’honneur de m’ouvrir ses colonnes.
L’artiste en question « projette des copeaux de bois sur la figure en terre cuite dès sa sortie du four. Au contact de la forme brûlante, le bois s’embrase et, dans un ballet de fumée, fissure la terre et lui imprime des arabesques charbonneuses. Une sorte d’éruption volcanique rejouée à l’échelle d’un atelier. Symbole de l’acte créateur qui fait de tout artiste une sorte de Vulcain dans sa forge aux prises avec les mystères des origines. »
La photo de ce visage baigné de vapeurs comme des silhouettes dans un hammam (que je vous montrerai après en avoir demandé l’autorisation préalable à qui de droit) était saisissante.
C’est fou comme il est facile de se laisser emporter par ses accès de fièvre plumitive. C’est si doux de  planer sur les courants chauds des envolées lyriques, de se la jouer démiurge prométhéen le bref temps d’une virée dans la Second life des effets oratoires.
C’est alors que, selon le procédé bien connu de la douche écossaise, ou de la balle qui rebondit contre le mur et que vous êtes sûr de recevoir en pleine pomme, Joruri me rappelle dans un commentaire que « à partir du moment où nous ne sommes pas l'auteur de notre propre être, on ne voit pas trop de quoi on pourrait bien être le "créateur"... ».
Bon, ben n’ai plus qu’à replier ma plume cerf-volant et à planter des p’tits pois.
Ce que je ne me fis pas dire deux fois par moi-même en répondant de ce pas de doigts sur clavier.

"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme."
Lavoisier voisine avec la voix ma foi bien pénétrante de la Providence.
C'est étrange comme physique et métaphysique, sinon religion, se rejoignent sur ce point.
Un cycle fermé, finalement : nous ne sommes guère que des enzymes, à transformer ce qui nous tombe sous la dent en poèmes, en tableaux, en sculptures, en musiques, chacun selon son petit code ADN, à fabriquer ce qu'il sait faire, consciencieusement, de ses petites mandibules appliquées.

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 21:41

 

Le rythme est à la prose ce que le parfum est au Jean-Baptiste Grenouille de Süskind :
il donne aux mots un pouvoir presque occulte, un pouvoir de charmeur de serpent,
la douce puissance de s’insinuer, suivant le frêle et sinueux chemin des fines veines bleutées de la tempe qui mènent à l’oreille pour chatouiller le cortex de son imperceptible flux, lui ôter tout résistance au concept nouveau qui pourra se loger, corps étranger incognito, dans l’esprit de son hôte. Le charme du chant, formule enjôleuse : accès direct à l'être sans passer par la case conscience.

 

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 22:57

 

Soit j'argumente, soit je contemple.
Et alors, si je ne versifie pas proprement
le résultat de mes méditations métaphoriques,
j’ai l’impression de sortir en pyjama.

L’alexandrin, c’est comme le mascara :
se montrer sans, c’est trop la honte.

Heureux les beaux bénits qui ont assez de génie pour s’en passer.

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 23:25

Ou les vertus et les limites du dialogue argumenté

Face au déferlement de commentaires pour le moins contestables (même si tout commentaire ne se doit pas d'opiner du bonnet) sur le dernier article politique de ces lieux, se pose une question déontologique.
Que faire face à des thèses qui apparaissent, au fur et à mesure qu'elles se dévoilent, de plus en plus périlleuses ?

Plusieurs options possibles :

1)  Le silence, lequel consiste :
- soit à effacer le commentaire, ce que je ne me permets pas de faire, la moindre des choses étant d'accorder à autrui la liberté d'opinion qu'on revendique pour soi-même.
- soit à ne pas répondre, ce dont je me sens parfaitement incapable. (Les élèves le savent d'ailleurs fort bien et en profitent, puisque je ne laisse jamais une question posée sans réponse, même si je viens de décider le contraire deux minutes plus tôt. La machine à expliquer en moi est plus forte, toujours, que la machine à discipliner. Il faut que je change de métier. )

2)  L'anathème, l'excommunication, la mise à l'index, etc... Ce serait parfois tentant si d'autres n'en abusaient pas de façon inconsidérée, vidant toute dénomination insultante de son contenu conceptuel. Garder toujours en mémoire les slogans galvaudés du type "CRS-SS" que je trouve abominablement insultants pour les véritables victimes des véritables SS. Sans compter que la répartie crétine des cours de récréation fonctionne ici : "C'est celui qui l'dit qui l'est". Oui, traiter de fasciste tout contradicteur transforme de fait le discours de l'imprécateur en accusation totalitaire.

3) Reste le dialogue, dont le choix initial s'impose à tous ceux qui ont lu ne serait-ce qu'une parole de Socrate.

I°/ Vertus.

a) Rien de tel que la nécessité de répondre à un contradicteur pour approfondir sa propre pensée.
Sans parler des plumes alliées offrant leur éclairage nouveau à une idée qu'elles revivifient de leur propre alchimie du verbe.

b) Rien de tel non plus que de faire parler ("nous en avons les moyens" sur ces blogs bénits des bavards) son adversaire pour en sonder les coeurs et les reins et le pousser dans ses retranchements.
Quelle meilleure chance de démontrer l'invalidité d'une thèse que de l'amener à en déployer les moindres zones d'ombre dans la lumière publique des forums de discussion ?
Sans même avoir besoin de préméditer quelque piège que ce soit, il apparaît évident que laisser parler l'adversaire permet, s'il s'avère effectivement  
qu'il a tort, de récupérer toute l'énergie des arguments contrés pour alimenter son propre discours, selon le principe bien connu des arts martiaux.

II°/ Limites.

 a) Le pouvoir d'action du logos est limité, les occasions de se heurter à de sombres impasses ne manquent pas.
Ventre affamé n'a pas d'oreilles. Coeur passionné non plus.
On ne compte plus les dialogues de sourds dus, non à l'audition défaillante de l'un des protagonistes, mais à l'épais mur séparant des systèmes de pensée par trop étrangers l'un à l'autre. Ou bien encore à la différence de niveau à laquelle on se place : se croiser sans se rencontrer semble souvent le mode de fonctionnement habituel de la communication humaine, exceptés quelques rares états de grâce accédant à une communion de perceptions et d'être au monde.

b) A supposer même que l'enchaînement des arguments fonctionne sur le plan rationnel comme il se doit, rarissimes sont les cas de persuasion avérés. Là encore, il est tentant d'invoquer un lexique religieux : la conversion, si rare, et pas toujours souhaitable d'ailleurs, de l'un à l'autre. Atteindre l'intellect est une chose. Toucher la personne dans son entièreté en est une autre.

III°/ Echappées.

"Si vous vous taisez, les pierres crieront.
a) Version hard : Discussion ou lapidation ?
b) Version soft : Orphée donnant de l'âme aux roches par ses charmes incantatoires.

Quand l’argument rationnel échoue lamentablement comme un beau vaisseau sur un écueil funeste, quand le logos devient impuissant, deux solutions :

a) Par le bas, la violence :
Comme issue au constat d'échec du logos :
- contre soi sous forme de suffocation d’impuissance, d'étouffement sous la pensanteur de l'aporie. Ou pire.
- contre l'autre qu’on voudrait dissoudre dans sa colère, par les cris ou les coups.

b) Par le haut, la poésie :
La poièsis, la création d'un univers de visionnaire là où l'on n'a pu amener l'autre à partager son point de vue.
Où la démonstration échoue, reste la métaphore et la contemplation de l’être.
La pacification du conflit par le redéploiement du verbe hors des tranchées parfois boueuses du combat d'idées, dans les vallons aux courbes adoucies et les ciels étirant leurs infinis horizons de l'Etre. Détourner son regard de l'autre pour le plonger dans la beauté du monde. Harmonia mundi.

« La métaphore seule peut donner une sorte d’éternité au style.» dixit Proust.

Et pour cause, puisqu'elle seule permet d'ancrer son discours à l'univers, le concret à l'abstrait, la Poésie à la Création.

Au commencement était le Verbe.

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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 23:38
Gracq ou Duras ?
Petit écho en réponse aux commentaires durassiens de Richard Andrieux sur l'article gracquien qui précède.

Rappel :
" - Un jour, Marguerite Duras a déclaré :
« Savoir écrire, c’est assez simple ; il faut aimer le whisky, et savoir rayer »
Et c'est ainsi qu’elle vécu, entre... litres et ratures.

- Ca tombe mal. Je n'aime pas l'alcool (pour ma conso personnelle. Aucune velléité prohibitionniste, rassurons-nous.). J'ai toujours pensé que mes neurones avaient la capacité de s'imbiber tout seuls comme des grands, sans l'aide d'aucune chimie psychotropique du cancer.
Qu'importe la boisson, pourvu qu'on ait l'ivresse. 
On peut très bien avoir l'air complètement pompette à côté d'une tasse de thé.
Pour les ratures, fort juste. Et ce cher traitement de texte permet de le maltraiter, justement, sans laisser de traces. Un vrai rêve de tortionnaire.
- Et que faites-vous alors de votre pudeur........vous la noyez dans votre thé????
- Comment ça, ma pudeur ??!! Mais je la noie où je veux !
Dans l'encre le plus souvent.
Et il arrive même parfois que je ne me souvienne plus où je l'ai cachée,
 tant j'ai à coeur qu'on ne la voie pas. Par pudeur, bien sûr.
- Si Duras n'a jamais pu écrire que dans l'ivresse, c'est pour dépasser cette non acceptation d'elle même, de ses maux et de ses mots.
le prix de l'honnêteté peut être lourd, très lourd...
- Certes oui, l'honnêteté, ça peut être lourd à porter, mais est-on pour autant obligé de se shooter pour prouver qu'on est honnête ? "
Ce débat méritant discussion, passons au salon,
si vous voulez bien me suivre, après ces préambules de vestibule.
Sortons la question du sous-sol des commentaires pour lui offrir de siéger sur un article plus moelleux. Ah, les commodités de la conversation..."

D'abord, l'honnêteté trop fort claironnée ressemble un peu à une pose idéologique qui peut agacer.
Rappelons l'irritation de Desproges face à Duras :
"Hiroshima, mon amour ! Pourquoi pas Auschwitz mon loulou ?"
Il n'a pas tort.
Ensuite, je ne pense pas que Duras buvait pour maintenir à flot son écriture et son honnêteté. Elle buvait pour porter une enfance désastreuse, ravagée par ce barrage sans cesse rompu par le Pacifique, sans cesse brisant les forces de sa mère. Pour survivre malgré les horreurs de la guerre et des totalitarismes, malgré la misère de la colonisation.
Incapable, jusqu'à la fin, de supporter le spectacle insoutenable des malheurs du monde au journal télévisé.
Loin de moi l'idée de la juger sur ce qu'elle choisit d'absorber ou pas, soyons clairs.
Chacun est libre, fondamentalent, foncièrement, viscéralement, d'utiliser tous les moyens qu'il veut pour extraire de son for intérieur les potentialités de son génie et de son bonheur, à l'unique et exclusive condition de ne pas nuire à autrui.
Par contre, me sentir obligée d'adopter des poses d'artiste pour me sentir ou me faire accepter comme telle, non merci. J'ai assez fréquenté les cercles intellos et estudiantins parisiens pour avoir senti le poids de ces diktats snobinards et mondains.

Et puis, entre l'ordre et la grâce du souffle, je refuse de choisir.
Entre l'apollinien et le dionysiaque, nul n'est besoin de tuer l'un pour faire vivre l'autre.
Comme celui du poète maudit, le mythe de l'artiste brouillonnant dans son antre a la vie dure.
A peine peut-on prétendre au rang convoité des inspirés si l'on n'en a pas les défauts : désordre congénital, humeurs virulentes, dépendances enfumées et imbibées.
Cette panoplie est un uniforme comme d'autres, dans lequel je refuse de me laisser embrigader.
Non, non, on peut bien à la fois faire régner sur les choses un ordre méticuleux de maniaque, sur son personnage social un flegme de buveur de thé, et laisser au-dedans le tumulte bruyant des idées se débattre. 
Spirituel sans spiritueux.
Après m'être contrainte pendant des années à accepter les coupes de champagne qu'on me tendait pour ne pas voir la moue consternée d'incompréhension qui se dessinait dès que j'esquissais un mouvement de refus, je considère aujourd'hui que je suis assez grande pour décider que mon estomac n'a pas à absorber ce que lui imposent les rites sociaux non validés par mes papilles.
De même qu'il y a une sorte de coquetterie du littéraire à avouer une aversion viscérale pour les mathématiques auxquelles il est de bon goût de professer son allergie, de même doit-on absolument s'épanouir dans le bazar et l'alcool.
Et non, je me suis toujours beaucoup amusée à traduire des problèmes en équations et à les résoudre, à calculer le jeu des vecteurs forces combinant leur mécanique.
Je considère une flânerie en forêt bien plus libératrice des forces vives de la création que la bouffée d'une cigarette ou une gorgée alcoolisée.
Tous les poètes ne sont pas des buveurs de whisky.
Tous les savants ne sont pas des Professeur Tournesol.
La mise en ordre avant la mise en mots. 
La mise en boîte avant la mise en grâce.
Le classement des choses comme propédeutique à la classification des idées.

La même face d'une médaille peut avoir plusieurs piles.
Réciproque du théorème, énoncée par Hemingway 
dans
Pour qui sonne le glas ?:

"Ce n'est pas parce qu'on est manchot qu'on est la Vénus de Milo."
Ce n'est pas parce qu'on boit de l'absinthe qu'on est Verlaine.
(Plus fade que sa boisson, soit dit en passant.)
Ce n'est pas parce qu'on ne s'enivre pas de chimie
qu'on ne s'enivre pas de mots.
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