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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 15:31
http://www.virgo-maria.org/images/sodome-et-gomorrhe.jpg

Ecrivant un article sur un événement qui passionnait le petit monde des amateurs d'art, je m'interrogeais il y a quelque temps sur l'existence d'un terme désignant le hanteur de musée, sur le modèle de "cinéphile", "bibliophile", ou encore, par défaut, "mélomane". Ne trouvant rien dans les méandres de mes méninges personnelles, (après réflexion, il y avait bien le rare "muséophile", mais bon...) je me résolus timidement à forger un discret néologisme bon teint : "pictophile", amateur de peinture, quoi de plus logique ? 
Par précaution néanmoins, je m'enquis de son éventuelle existence en demandant à Goûts-gueules (autant de gueules, autant de goûts ; tot capita, tot sensus). Que nenni ! En fait de teint, rouge fut celui qui repeignit ma chaste face : car on m'apprit que "pictophile" était plutôt apparenté à "zoophile" et autres zigs bien moins recommandables encore, qu'à de respectables et inoffensifs anglophiles lecteurs de Jane Austen, puisque "pictophile" désigne, selon la bête chercheuse du net,  un amateur d'images ... pornographiques !!!
Horreur et damnation ! Quelle ne fut pas l'effroyable angoisse rétrospective qui se saisit de mon innocente personne lorsque j'imaginai le scénario né de l'hypothèse inverse. Que serait-il arrivé si, n'ayant pas vérifié, j'avais proposé à la publication l'infamant adjectif trônant en exergue d'un article mettant à l'honneur un vénérable et chenu directeur de musée multiséculaire en qualifiant ses fréquentations de "pictophiles" ? Un texte multiplié cauchemardesquement à des dizaines de milliers d'exemplaires, atterrissant sur les bureaux atterrés de responsables siégés de cuir et boisés à l'or fin  ?
Comme dans le diptyque d'Alain Resnais Smoking / No smoking, je me retrouvais broyée dans l'implacable engrenage du "Googling / No googling", à jamais marquée du sceau honni de la honte, fustigée par la preuve irréfutable de mon ignorance diffamatoire, fuyant les espoirs scintillants d'une aurore entrevue, comme les parias chassés de Gomorrhe sous la colère cataclysmique du Dieu vengeur gardien de la Vertu.

Sans être, je crois, prude outre mesure, elle m'agace un peu quand même, cette insidieuse colonisation du langage par l'obsession du caleçon qui rend inutilisables tant de termes au départ des plus fréquentables !
Ainsi vous mets-je au défi d'étudier, dans une classe de collège saturée d'hormones plus encore qu'un élevage de poulets en batterie, le moindre extrait du roman le moins égrillard possible, où figurent, au détour d'un brave texte tout ce qu'il y a de plus scolaire, les mots "pipe" ou "chatte". Qu'importe que la première soit bien innocemment posée sur le bureau d'un vieil homme somnolent et que la seconde soit le sujet de l'expression "laper du lait" dans une phrase qui continue par "dans le bol de faïence posé sur le carrelage de la cuisine", vous aurez, quoi que vous fassiez, une douzaine de visages acnéiques épanouis de rires gras et de gloussements dindonnesques. 



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commentaires

Ayron 06/03/2010 21:18


Je vous remercie de cette réponse extrêmement rapide qui confirme bien ma première impression : il y en avait (en gros) que pour la scène et pas pour les décors.
Bouh ! Pas de muse de la céramique, de la mosaïque, pourtant très en vogue, de l'art de la fresque, de la sculpture, admirable, et même bien au-delà de tout ce qui vint ensuite. Ca m'apprendra à
être ignare.


Clarinesse 06/03/2010 21:30


Mah non, mah non; z'êtes pas ignare !  Z'inquiétez pas, la liste des neuf noms, la connais pas par coeur en entier non plus. Faut toujours que je vérifie, y en a toujours une paire ou deux qui
se font la malle.
Faut dire que les Beaux Arts furent plus longtemps associés à l'artisanat qu'à l'Art avec un grand A, donc ne nécessitant pas d'inspiration, et pas plus de muse.
Mais ne surtout pas en déduire un quelconque dédain pour la sculpture : tout de même, Phidias ou Praxitèle furent d'illustres et vénérés personnages.
C'est juste pas la même veine, mais ils faisaient jeu égal, dans ce pays qui a porté à son point le plus solaire le culte du beau.
Et pis, z'avaient pas besoin de petites muses de rien du tout, les trois manuels des six beaux arts : z'avaient Apollon le rayonnant ! 



Ayron 06/03/2010 19:31


Accordé pour l'idée de Mû,  (Bravo !) à condition que vous répondiez à ma question : la Muse de la peinture est ?


Clarinesse 06/03/2010 21:02



Oups, pardon pour l'omission !


Eh bien là est est le problème : il n'y en a pas !


Car les attributs des neuf muses antiques ne correspondent pas du tout à la répartition actuelle, et même antique, de ce que nous appelons les Beaux Arts, même si le langage courant les y
associe, puisque n'y figurent ni la peinture, ni la sculpture, ni l'architecture. Seuls ont droit à leur allégorie les arts du verbe et de la scène : musique, danse et genres littéraires
d'époque, pour faire court, avec en plus l'astrologie, eh oui !

 



Dans l'ordre de renommée et de logique, nous avons donc :


 




Clio, muse de l'épopée, puis de l'histoire plus largement.                                      
          


Calliope, l'éloquence, et celle de la poésie épique en particulier.                                    
  


Polymnie, la rhétorique, càd la muse des hymnes et autres célébrations (chants nuptiaux ou de deuil,...)


Erato, la poésie lyrique, élégiaque, voire plus explicite encore... :)


Melpomène, la tragédie, mais à l'origine le chant ou toute poésie sérieuse ou grave.


Thalie, la comédie, puis la poésie pastorale (très en vogue au XVIIème chez les Précieux. Cf l'Astrée...)


Euterpe, la musique.                                                
                                                     


Terpsichore, la danse.                                                
                                                   



Uranie, l'astrologie, indissociable à l'époque de l'astronomie, même si elle s'en est peu à peu et assez vite séparée, car les Grecs, quand même, n'étaient pas des imbéciles...






Slevtar 04/03/2010 15:08


Certes, "pictophile" était pour le moins restrictif. Et l'on voit bien le tableau : l'air dubitatif du brave homme qui, bien que branlant du chef, n'eut pas pour autant opiné du bonnet.
Au pire pictophage, se serait-il dit, quoique que trop extrème. Ou théo-phile, la maison des Muses n'est-elle pas ma paroisse ? Non, trop abscons. Restons modeste, je ne suis qu'un Artpenteur, un
bématiste du chemin qui mène à l'Homme ; le veilleur de ces ombres laissées aux murs une fois le tableau décroché.


Clarinesse 06/03/2010 14:05


:))
Le premier paragraphe du commentaire est ravissant d'irrévérence et des plus exquis, s'esclaffa-t-elle en douce.
Ca existe le masculin de Sainte Nitouche ? Je n'ose proposer une orthographe plus, euh,
propre au contexte...
 "le veilleur de ces ombres laissées aux murs une fois le tableau décroché."
Waouh ! Cha ch'est beau !  


Ayron 04/03/2010 14:55


A défaut de trouver le nom de la muse de la peinture (Merci de votre aide à l'ignare) qu'on aurait pu compléter par "phile", pourquoi pas "jocondophile", la dame étant reconnue comme le nec plus
ultra en matière de musée ?


Clarinesse 06/03/2010 13:59


Voui, bonne idée aussi... :)
Surtout que "jucundus", ca veut dire agréable, charmant à regarder, et répond donc à une certaine idée de l'art, quoique fortement bousculée depuis le XXème siècle.
Jocondophile, amateur de ce qui plaît. D'une logique imparable... :)
Mais m'en voudrez-vous si nous retenons l'idée de Mû ? 


04/03/2010 09:46


Et moi : picturophile. Tout simplement.


Clarinesse 06/03/2010 13:53


Yesss ! And the winner is ... Mû ! 

Figure-toi que la nuit précédant ton com' (si, si, c'est vrai), je me suis réveillée en ces termes : "bon sang de bois, mais il y a picturophile ! "
Comme quoi, parfois, le salut ne tient qu'à un tout petit bout de suffixe en plus.
(Et là, j'ai encore un sale jeu de mots qui débarque, mais il est de si mauvais goût que j'ose pas. Non, vraiment, j'ose pas.)

Donc, va pour "picturophile" ! Pas d'objection ? Le monsieur au fond à droite ? Non ?
Une fois, deux fois  ! Adjugé ! 


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