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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 13:46

Ca y est ! Ma fortune est faite. Je me suis trouvé une nouvelle vocation : publiciste.

Vendre son âme aux marchands.  Après tout, faut bien manger.

L’amour de l’art et les belles idées, ça nourrit pas son homme.
Demain j’appelle une société d’autoroute, l’Océane ou la Sanef, qu’importe,

et c’est sûr, un pont d’or me sera offert. C’est comme si le contrat était déjà signé.

Jugez vous-même.

Hier soir, en revenant d’un concert jubilatoire sur lequel j’avais brodé un petit article enthousiaste dans le canard local, connaissant l’excellent groupe en question, je traverse un vaste pont qui enjambe successivement une autoroute et un canal. Et me vient l’idée d’un mirifique spot de pub pour vanter les mérites des péages à autos.

Imaginez :

 

Le film commencerait par le spectacle nonchalant d’une péniche voguant, tranquille, sur le calme du canal. Léger mouvement de caméra vers l’autoroute voisine où foncent les voitures, tous phares et gaz dehors.
Un slogan s’affiche : « Prenez l’autoroute, vous irez plus vite. »
Puis la caméra retourne sur le canal où l’on aperçoit un homme qui se jette du pont et met d’interminables secondes (court-métrage oblige) à barboter avant de se noyer, irrémédiablement plombé par le poids invaincu de son désespoir gorgé d’eau noire. Re-caméra sur l’autoroute, où le scénario se reproduit avec une légère variante : quelques mètres plus loin, un homme se jette lui aussi du même pont, mais atterrit cette fois sur l’autoroute, où, en une fraction d’éclair, sproutch, aplati, fini, scrabouillé menu, façon puzzle.

 

 

Non ? Vous ne croyez pas que ça leur plairait ?

C'est beau, une autoroute, la nuit.
 La prochaine fois, promis, je la refuserai, la coupe de champagne que décidément, on s’obstine toujours à me fourguer, et que je n’ai pu faire autrement que d’avaler, cette fois. La flûte était vraiment trop belle pour la laisser en plan. Mais qu'est-ce que c'est amer, ce truc. Et ça pique, en plus. J'aime pô quand ça pique ! J'préfère la coke à la veuve. Z’auriez pas un sirop de coquelicot, plutôt qu'une Veuve Cliquot ? Non ? Si, ça existe , et c'est exquis !



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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 20:51


Préambule à lire ici

De omnibus trolleybus (clic)

Comme tout bon fat, le troll est confortablement vautré dans le fauteuil avachi de sa suffisance, comme la mouche du coche dans la certitude de son efficacité. Persuadé d'être l’un des phares de l’esprit critique, dernier rempart contre le nivellement de la pensée guimauve, il en possède au contraire juste assez pour distinguer toute velléité de réflexion et cracher dessus. Il se laisse déterminer aussi sûrement par l’opinion commune dont il prend mécaniquement le contre-pied dans un réflexe pavlovien, que s’il la suivait aveuglément.
« Ils disent oui ? Je dis non ! Et na ! J’fais c’que j’veux. »
Mais oui, mon brave, vas-y, défoule-toi.
A ce stade, la contradiction, ce n’est plus de l’esprit, c’est du prurit.

Ne se remettant pas de l’amer constat qui le pousse parfois à reconnaître, dans la pénombre rance de son for intérieur, qu’il ne sera jamais le virtuose de l’écriture qu’il a rêvé d’être, et qu’il appartient définitivement à l’espèce grouillante des tâcherons de la plume, il ne cesse, pour s’en consoler, de décerner ce titre infâmant à tous ceux qui ont le malheur de passer à sa portée sans lui avoir auparavant présenté leurs hommages.
Ah mais aussi, se récrie-t-il entre deux filets de bave quand sa cible n’a pas l’obligeance de tendre la joue gauche, si l’on s’expose aux lecteurs, il faut accepter les critiques !
Qu’on se le dise, donc. Quiconque écrit et a la suprême audace de faire lire ce qu’il écrit, doit se soumettre au verbe ordurier de Môssieur. « Vous sollicitez les lecteurs, et vous vous offusquez de leurs réactions. » Ah pardon … Aurais-je sollicité une audience de Son Eminence sans m’en rendre compte ? Comme c’est fâcheux ! Je croyais au contraire avoir été sollicitée et prêté ma plume à qui me le demandait. Vraiment, ce monsieur qui se croit le maître de cérémonie de tous les sites de « sa » sphère a une idée tout à fait surprenante de son importance.

Le problème, avec ce genre de personnage, c’est que son vocabulaire comporte quelques lacunes. Le sens de certains mots lui a toujours échappé, comme la saveur indicible du plus fin des entremets échappe au scarabée coprophage. Ainsi a-t-il une fâcheuse tendance à confondre liberté d'expression et liberté de déjection, critique et tabassage, discernement et acrimonie, vidange de ses humeurs malignes et expression d’un jugement.
L’indigente casuistique dont il se sert quand on a l’insupportable impudence de s’insurger contre ses insultes ferait sourire n’importe quel collégien quand l’un de ses camarades la brandit comme dérisoire ligne de défense sous la remontrance d’un professeur. « Mais z’enfin, je n’ai jamais dit que vous étiez une sous-m*de, j’ai seulement dit que vous écriviez comme une sous-m*de ! Ce n’est pas une insulte, c’est une critique ! » Le pauvre ! Si c’est-y pas malheureux, à son âge, d’en être resté à de si pathétiques sophismes ! 
Dans la confusion fallacieuse qu’il entretient avec une subtilité pachydermique entre critique et lynchage (ce que d’autres ont enfin eu l’honnêteté de reconnaître, et je les en remercie sobrement), il ressasse sans se lasser la rengaine de la saine acceptation de la « criitiique », avec la même belle constance que Krasucki appelant à la « grèèève ». Mais le plus drôle, c’est qu’il ne craint pas de se contredire en affirmant tout aussi catégoriquement que celle-ci demeure incapable de faire progresser l’imbécile. A part dans le balbutiement du pochtron chronique, je ne vois vraiment pas où chercher la cause de tant d’incohérence.

Sachant que dans cet espace de liberté, nul n’est contraint de fréquenter qui l’insupporte, et que l’émulation demeure bien plus efficace que la critique acerbe et venimeuse pour faire progresser, rien n’autorise la goujaterie et les violences ad hominem. Chacun tricote ses petits mots avec ce qu’il sait faire, dans sa catégorie, avec son style. Il ne s’agit pas de dire que tout se vaut dans le mièvre nivellement d’un tiède consensus. Il s’agit de reconnaître que tous ont le droit de s’exprimer tant qu’ils ne viennent pas vous hurler dans les oreilles. Blesser quelqu’un ne présente aucun intérêt. Si la victime est effectivement une guimauve médiocre, on ne voit pas bien par quel miracle une piqûre de venin lui inoculerait un peu de génie.
Et dans le cas inverse, la bave du crapaud atteint bien plus facilement qu’on ne le dit la blanche colombe. Ceux qui drapent leurs crachats venimeux dans les atours du sacro-saint droit à la critique ne reconnaissent d’ailleurs que leur propre liberté d’expression, étant les premiers à modérer les commentaires chez eux ou à en supprimer, et à s’offusquer de l’impudence de quiconque a la mauvaise idée de ne pas prêter le flanc assez obligeamment à leurs coups bas et de leur rabattre leur caquet bouffi.

Car le troll se croit investi d’une sainte mission : initier les blogueurs novices aux dures réalités de l’existence. Ah ben, heureusement que vous êtes là pour m’apprendre la vie, moi qui croyais que c’était Disneyland. Jamais rien encaissé avant vous. Toujours épargnée. Aucun coup dur, aucun deuil, aucun revers, rien. Le petit monde enchanté du Truman Show. Merci, vos Altesses, de m’apporter la crue lumière de vos hauteurs de vues, et d’apprendre à une bête oie blanche que l’on est censé accueillir avec le sourire les baffes dans la figure parce qu’on est « entre adultes ». C’est curieux, parce que ce qui me semblait au contraire définir un adulte parvenu normalement au terme de son éducation, c’est précisément la capacité à se comporter avec un minimum de respect. Ce qui n’interdit pas la critique, loin de là. Certains commentateurs de ce site excellent d’ailleurs dans l’art de la remarque aiguisée, dont je tiens le plus souvent compte avec la plus grande vigilance. Mais ce mépris ordurier me semble au contraire symptomatique d’un manque inquiétant de maturité, et l’âge ne fait rien à l’affaire, ce n’est pas Brassens qui me contredira.
Car il est un autre substantif essentiel qui fait défaut au lexique du troll : la politesse. Vous savez, ce vieux machin démodé qui consiste à s’excuser quand on a marché sur les pieds de quelqu’un, même quand on ne l’a pas fait exprès. Pour le troll, politesse rime avec faiblesse, et courtoisie avec hypocrisie.
Il faut dire que, comme la moisson de louanges que recueillent ses élans plumitifs est souvent bien maigre à son (dé)goût, et qu’ils ne suscitent au mieux que les assauts de langues vipérines mêlant leur bile à son venin, le troll affiche un mépris hautain pour les éloges, en particulier ceux destinés aux autres. « Moi, Madame, je ne fais jamais de compliment. Les compliments, c’est pour les tapettes. Moi, ch’uis un homme, un vrai. » Meuh oui, Rambo, personne ne remet en cause la taille de tes muscles et du reste, t’en fais pas, rengaine ton bazouka.
Pour lui, la franchise est la valeur suprême. Mais attention, pas la franchise en général : sa franchise à lui seulement. Exprimer avec sincérité l’affliction dans laquelle peuvent jeter ses outrages, ce n’est pas de la franchise, c’est du chantage. Allons bon, encore un mot dont il ignore le sens. Décidément, si quelqu’un pouvait avoir l’obligeance de lui offrir un dictionnaire (assorti d'un manuel de savoir vivre), c’est ça qui serait charitable.
Car le troll est persuadé qu’il a du savoir-vivre, sous prétexte qu’il est amateur de bon vin et qu’il sait reconnaître un Chablis d’un Sauternes. « Tout ce qu’il fait se fait » (G. Flipo, Qui comme Ulysse, citons nos sources)
Mais, cher Monsieur, ne savez-vous pas qu’on peut être à la fois bon vivant et malappris ?
Bien des officiers nazis étaient de fins amateurs d’art, qui ont pillé tant de musées en pays conquis.

Mais le plus curieux, c’est que le troll a juste assez d’intelligence, cette ruse particulière nécessaire à la survie des fielleux en milieu à peu près civilisé, pour avoir réussi à embobiner toute une petite cour de flatteurs dont certains possèdent d’ailleurs un talent bien plus aiguisé que le sien et qui prennent pourtant chacun des postillons de leur Roi Soleil pour des étincelles. Mais enfin, ouvrez les yeux, bon dieu, et cessez de minauder sous les crachats des goujats ! Vous vous méprenez. C’est le bouffon que vous appelez roi.

Quoi de plus jubilatoire pour un misanthrope de profession qui a fait du mépris et de l’insulte son fonds de commerce pour faire parler de lui malgré la fadeur insignifiante de ses propres écrits, que de voir tous ces courtisans l’entourer comme des éphémères certes parfois gracieux autour d’un verdâtre Luminaire?

Comme tout haineux qui a pignon sur rue, c’est un besoin vital pour lui que la caution de respectabilité que lui offrent si obligeamment les rares belles plumes dont il a acheté l’indulgence par quelques cadeaux opportuns. Et hop, dans la poche. En politique ou en affaires, cela s’appelle de la corruption : dessous de table, pots de vin, le malotru venimeux affectionne tous les moyens d’action qui sont à la hauteur des bas morceaux. « Mais je vous assure, ma chère, il est absolument adorable en privé » me disait-on. Mais je n’en doute pas. Comme je ne doute pas non plus qu’auraient pu en dire autant les inoffensifs artistes de bonne foi qui fréquentaient les mondanités parisiennes au début des années quarante. « Comment, cet officier de la milice a participé à des séances de torture ? Mais je n’en savais rien ! Je suis la première étonnée. Il est pourtant si aimable, si charmant, tellement sensible.» Oui, voilà, sensible, c'est le mot que je cherchais. 

Comme écrivait une plume acérée qui me pardonnera, j’espère, de ne pas la citer pour ne pas salir son nom en le mêlant à cette diatribe : « Le baisemain impeccable du salaud me laisse de marbre. » Certains sur lesquels il a jeté son dévolu feraient bien de s’en inspirer, qui vendent leur bienveillance contre un plat de lentilles et quelques invitations. Comme c’est gratifiant, les assiduités d’un grossier personnage !

Mais ne voit-on pas que c’est justement à cela qu’on reconnaît la bonté d’un homme : quand sa correction ne se limite pas aux membres de son clan et qu’il ne devient pas incapable de toute empathie avec le reste de l’humanité ?
Les pires crapules sont souvent adorables avec leur petit cercle de familiers. Hitler aussi traitait avec beaucoup d’humanité ses bergers allemands et savait honorer d’un sourire sa maîtresse et sa secrétaire.
D’ailleurs, il est fréquent que ceux qui vivent en meute affectionnent la compagnie des animaux.
C’est bien, les chiens, pour l’ego des aigris : ça salit le trottoir du voisin, ça aboie après les passants s’ils approchent de leur territoire, ça obéit servilement, ça lèche la main, ça remue la queue quand ça vous voit et ça revient quand on les frappe. Malheureusement, je n’ai pas assez de canin en moi pour apprécier ce genre de personnage.
Démonstration par l’absurde de cette maxime de Desproges (reprise à WC Fields) : « Quand on n’aime ni les chiens, ni les enfants, on ne peut être complètement mauvais. » Il est tellement facile de se délecter de sa supériorité de seigneur et maître en compagnie des bêtes.
C’est d’ailleurs bien cette logique de clan, de meute, qui est effrayante, ce mécanisme de déréalisation de l’autre, de déni de son humanité et de sa sensibilité qui est la base même de tout glissement vers la barbarie, qui transforme des hommes ordinaires en bourreaux. Sans avoir l’indécence de comparer ces lynchages de pacotille avec ce qu’ont subi les véritables victimes des véritables barbares, c’est bien la même logique qui est à l’œuvre, dans cet espace qui n’a rien d’autre de virtuel que la technologie dématérialisée du Net, et l’identité floutée des pseudonymes. Le moyen de communication, en aucun cas son contenu. Les doigts qui tapent sur les claviers, les cervelles qui leur dictent les mots, les pompes à sang qui s’emballent ou s’oppressent, tout cela n’a rien, rien de virtuel. Le peu que l’on sait des personnes réelles devrait au contraire inciter à la plus grande prudence. Comment savoir que celui qu’on va rabaisser plus bas que terre ne vient pas de perdre un être cher ? N’est pas en train de quitter son boulot, de vivre une séparation, ou que sais-je encore ? Ou tout cela à la fois ? Messieurs les trolls, votre hubris est abjecte et sans excuse aucune. Le monde entier n’est pas une poubelle destinée à recevoir vos ordures. Le silence des agneaux, ça va bien un moment, mais la patience a des limites. 
R a s   l e   b o l  !
Ce n’est pas parce qu’un espace inédit émerge depuis quelques années que l’on doit y oublier les fondements mêmes de toute éthique. Il est étonnant de voir combien certains se trouvent facilement désorientés dans un nouveau milieu, y perdant leurs repères moraux essentiels, se demandant benoîtement s’il est de bon ton de tolérer ce qu’il ne leur viendrait jamais à l’idée d’accepter une seconde dans un espace réel. Comme ces jeunes appelés du contingent en Algérie ou ailleurs, bien propres sur eux, éduqués dans une brave morale bon teint, à qui quelques officiers expliquent par a + b que si, si, il est tout à fait tolérable, parce qu’on est en guerre, de torturer jusqu’à plus soif (le temps de se servir une bière et on revient) l’adversaire prisonnier de se(r)vice. Et l’on accepte l’inacceptable de nauséabonds goujats sous prétexte que nous sommes dans un espace soi-disant abstrait.

Alors, comme personne ne semble se dévouer pour remédier aux lacunes décidément inquiétantes de ces adeptes de l’insulte, je vais m’y coller. Un troll ne connaît pas non plus ce que signifie le mot « honte », et ne sait pas plus articuler un mot d’excuse qu’un mot de gratitude : cela lui écorcherait la bouche. Pourquoi aurait-il donc honte de ses débordements ? Déféquer est naturel, n’est-ce pas, et qu’importe si c’est dans le jardin du voisin. Le troll n’éprouve jamais de honte et s'en glorifie. Il assume son ignominie avec panache. Vulgaire et fier de l’être. C’est même à cela qu’on les reconnaît, dirait Audiard.
C’est dommage, car la honte est précisément l’un des sentiments qui distingue l’homme de la bête. Le chien n’a pas honte de se soulager sur le trottoir, ni de copuler en public. Le SS n’a pas honte de participer à la bonne marche d’un camp. L’aptitude à la honte est un gage d’humanité.
Si j’étais davantage adepte du jargon psychanalytique, il serait facile de comparer sa perversion avec le comportement de ces très jeunes enfants qui n’ont pas encore intégré l’inaliénable altérité du prochain, la frontière entre le moi et le monde, et qui s’autorisent à aller piétiner le château de sable d’à côté ou à gribouiller sur le dessin du voisin. Voire à le barbouiller de ce qu’ils viennent juste d’apprendre à retenir, sauf aux toilettes. Aux petits de deux ans, on apprend la propreté. Mais il semblerait que certains « grands » n’aient pas encore acquis le contrôle de leurs sphincters langagiers. Quel dommage qu’il n’existe pas de couches culottes pour empêcher les incontinents du verbe ordurier de se répandre partout. Ces malheureux partagent d’ailleurs avec les tagueurs ce marquage de territoire primitif qui dégrade ce qu’il ne peut posséder, et avec quelques adolescents en pleine crise l’incapacité de s’épanouir sans cracher leur bile à la face du monde. Se sachant assez dénués de talent pour pouvoir s’affirmer hors de la masse sans se hisser sur les cadavres de ceux qu’ils démolissent, ils exultent dans la baston. Hors des conflits dans lesquels leurs poumons vert-de-gris enfin se dilatent comme des baudruches à l’odeur grisante de la poudre et des corps pourrissants, ils s’ennuient autant qu’un chef d’état-major en temps de paix. Car le troll est impérialiste par nature. Tout espace est potentiellement son territoire. Il y est chez lui. Il aurait tort de s’en priver, puisqu’on l’y encourage. « Allez, bottez-moi les fesses, oh oui, encore… » Où y a d’la gêne, y a pas d’plaisir, hein ?


Mais il faudrait tout de même reconnaître la triste pérennité de ce constat : dans le blogocosme comme dans le reste de l’humanité, du bac à sable jusqu’aux gouvernements, il est deux sortes d’individus : ceux qui construisent et ceux qui détruisent. Ceux qui bâtissent et ceux qui démolissent. Et les seconds sont hélas convaincus de la grandeur de leur mission. C’est Dieu qui arme mon bras. Sainte est ma critique. Prosternez-vous.

L’humanité n’a certes jamais manqué d’imagination pour transformer un champ de blé en champ de bataille. Sur la blogosphère comme ailleurs, il est des lieux pour s’empoigner : ces sites qui ressemblent à des bistrots où l’on excelle dans ce somptueux passe-temps qui consiste à vomir à la face avinée de l’accoudé au zinc d’à côté sa violence désarticulée. Que ceux qui aiment pratiquer ce sport les fréquentent.

Car le troll ne manque jamais d’air, même vicié, confortablement installé dans son statut de catastrophe naturelle, et s’impose, avec la gluance d’une flaque de mazout, sous les pas de l’innocent promeneur. Mince, j'ai encore marché dans un troll !
Le troll est au blogueur ce que la tourista et les moustiques sont aux voyageurs en pays tropicaux : un incontournable. Sa légitimité est de fait. « La loi, c’est moi. Vous écrivez, donc vous me supportez. C’est moi ou la planche à repasser. » Faites gaffe quand même, parce qu’un fer à repasser bien chaud en pleine tronche, ça pourrait presque réussir à défriper un peu une face boursouflée de faux plis.
Quand il a la chance de tomber sur quelqu’un qui a un tant soit peu conscience de sa dignité et qui répugne à se laisser entraîner dans la boue par un adipeux catcheur, il peut fanfaronner tranquille, beuglant à l’encontre du vaincu les doux noms d’oiseau qui peuplent sa cervelle raffinée : pleurnichard (si l’on ose exprimer ce qu’on ressent) ou luciole* molle (*cherchez l’anagramme, elle commence par un c.) si l’on a le stoïcisme de garder le silence face à ses éructations. Mais apparemment, le seul langage que comprend cet arbitre des élégances, c’est la tarte dans la poire, car il revient à la charge tant qu’il ne l’a pas reçue. Alors, comme on n’est pas contrariant et qu’il remet le couvert deux mois plus tard, on va bien finir par le lui donner, son nonos à ronger ; lui permettre de triompher, de le rapporter à la maison, son trophée.
« Z’avez-vu, encore un(e) qui a passé du temps à causer sur moi ! Ouais, ouais ! Ouah, ouah ! Allez, les chiens, aboyez avec moi. » On récolte les gloires qu’on peut, faisons-lui ce plaisir. Et plutôt que de lui rétorquer bêtement « Mais, monsieur, la c*lle molle vous em* », mieux vaut s’aviser que c’est son milieu naturel, et qu’il y nage déjà jusqu’au cou avec délectation, comme tout porcin qui se respecte.
Mais qu’il tempère un peu sa fierté. Sa petite personne n’est hélas pas la seule représentante de sa nuisible engeance. Ce n’est pas un individu particulier qui m’intéresse, c’est le fonctionnement d’un type d’humain. C’est l’analyse d’un comportement. S’il était le seul de son espèce, je ne me fendrais pas d’un papier dont l’intérêt n’excéderait pas celui, fort limité, de sa pitoyable identité.

Par ce présent billet, manifeste du parti détrolliste, j’instaure donc la dictature du détrollariat, puisqu’il est stalinien, paraît-il, de ne pas tolérer les grossièretés les plus répugnantes. Et plus simplement, je décrète ce blog interdit aux malpolis. Oui, je préfère qu’il demeure un boudoir feutré plutôt qu’un bistrot d’ivrognes. Etonnant, non ?

Trollés de toutes sphères, unissons-nous. Cessons de nous terrer et de nous taire.

Et maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je vais m’arrêter là dans cette opération de dératisation, car, à la différence de l’objet de ce pamphlet, j’ai autre chose à faire que de jouer à la guéguerre avec les atrabilaires, n’ayant pas besoin d’endosser le rôle du bouffon grimaçant pour exister en ce bas monde. M’enfin, quand on n’a le physique ou le mental que de cet emploi-là, nous n’allons pas lui reprocher d’essayer de caser ses sombres talents. Le chômage, vous savez… Et puis ne perdez pas espoir, vous y arriverez bien, à laisser derrière vous une petite publication. Je ne sais pas, moi. Une étude comparative sur les vomis de vin et de bière. Offert en supplément gratuit du guide Gault et Millau. Je suis sûre que le domaine est resté inexploré. Courage.

Un dernier mot pour vous remercier quand même, Monsieur Dégoût. Grâce à vous et à votre cour, je vais enfin pouvoir apprécier à leur juste valeur les comédies de Molière qui jusqu’ici m’avaient toujours semblé par trop caricaturales pour m’arracher un sourire.
Grâce au dîner de cons auquel je fus conviée il y a deux mois et dont vous épongez les taches aujourd’hui encore, je compris enfin que les petits marquis enrubannés qui cachaient derrière leurs rictus pincés et les dorures de leurs salons la vulgarité la plus maniérée n’étaient pas plus outrés que leurs modèles réels. C’est tellement amusant de lyncher un intrus et de se congratuler après à grands coups de claques dans le dos et de chansons à boire. Qu’est-ce qu’on se sent plus intelligent après cela !


Allez, sans rancune, tout cela n’est que du théâtre, hein, et l’on ne fait que jouer un rôle, n'est-ce pas ? En fair-play, vous êtes expert.
La « c*ille molle » vous salue bien bas (il est toujours important de se placer au niveau de son interlocuteur), et espère que vous avez comme il se doit apprécié cet hommage à votre art, puisqu’elle n’a fait que suivre avec humilité vos conseils avisés. 


PS : Une fois n’est pas coutume, je me permettrai, sur ces billets, de modérer les commentaires, parce que zut, quand même, je commence à en avoir assez de devoir subir les sautes d’humeur de déséquilibrés à qui je n’ai rien demandé.
Et je vais essayer de découvrir ce nouveau plaisir de jeter à la poubelle, d’un simple clic de  souricette, les messages maculés que cette petite satire pourrait m’attirer.




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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 20:34


Je prie les lecteurs habituels de ce blog d’excuser la véhémence des propos qui vont suivre, à laquelle ces pages ne se laissent pas souvent aller. Car jamais la virulence de la pensée n’y a débordé sur les attaques personnelles. Et ce billet d’autodéfense qui s’espère définitif et unique est l’exception qui confirme la règle.
Car il s’agit bien de légitime défense. Il est des circonstances où l’on n’a pas le choix. Je ne vois pas comment faire comme si de rien n’était. Tout est sens dessus dessous ? Qu’importe, asseyons-nous et causons ! Non, non, après un cambriolage, soit on ferme boutique et on met la clef sous ce qui reste de la porte, soit on change la serrure. Quand un espace a été violé, il faut, peu à peu, se le réapproprier pour y réaménager ses objets familiers. Car le troll a beau se draper dans les nobles atours de la « critique », il n’est qu’un récidiviste du viol de plume.

Rappelons brièvement les faits.
D’abord, pour les éventuels lecteurs qui ne seraient pas assez familiers des blogs pour en connaître tout le jargon, précisons qu’un troll désigne un personnage à forte tendance impérialiste qui considère tout site comme son propre territoire, destiné de facto à recevoir l’expression de ses épanchements orduriers.  
Chers amis, nous voilà prévenus : pour le troll, il est du dernier mauvais goût de faire état d'une quelconque réticence à se bastonner. C'est très mal vu quand on est entre adultes et qu'on sait ce qui se fait ou non.
 
Et de même qu’il existe des peaux à moustiques, il semblerait aussi qu’il existe des plumes à bile et des blogs à trolls. Je savais faire partie de la première catégorie. Je dois maintenant me rendre à l’évidence : j’appartiens aussi à la seconde. En dix mois de blogage relativement assidu, j’ai ainsi attiré trois trolls, chacun représentant une espèce particulière de cette féconde engeance. Sans compter deux épisodes trollesques isolés, sans véritable troll incrusté au bout, et que je ne rappellerai donc pas, voici les trois espèces de troll commun dont j’eus l’extrême plaisir de faire la connaissance :

- Le troll idéologique, dont le fanatisme caractérisé le pousse à exercer un prosélytisme forcené chez ceux qui ont la naïveté de croire le dialogue possible avec tout humain, quelles que soient ses idées. Il s’agissait dans mon cas d’un authentique néo-nazi révisionniste jusqu’au bout des ongles, et dieu sait pourtant que je répugne à jeter le tragiquement galvaudé anathème de fasciste à la face de quiconque n’est pas d’accord avec moi.

- Le troll cyclothymique, qui alterne des phases d’harmonie planante et talentueuse avec les accès de haine la plus aigrie. Ses qualités poussent d’ailleurs à supporter ses défauts avec une certaine constance, mais faut pas pousser non plus, et là, ce sera stop.

- Le troll atrabilaire, dont le cas particulièrement pathologique fera l’objet d’une étude plus approfondie dans le billet suivant pas plus tard que tout de suite, et a laissé des taches ici et là.

Bien sûr, on pourrait dédaigner toutes ces attaques d’un silence stoïcien, et passer son chemin la tête haute. Certains en sont capables. Pas moi. Pour eux, le fiel des acrimonieux n’est que pipi de chat. Pour moi, c’est une morsure de chien.

Je pourrais leur rétorquer un fiérot « Même pas mal »,  mais qui y croirait ? Probablement pas eux, et pas moi en tout cas. Si, « mal », très mal, même. Et si ça leur fait plaisir, et bien, tant mieux pour eux, je leur fais l’aumône de cette jouissance trouble dont ils se nourrissent.
Et de toutes façons, le silence, ces gens-là, ça ne les décourage pas. Ils sont comme les pit-bulls, ils ne lâchent pas leur proie. Alors autant leur laisser entendre ce qu’on pense d’eux.

Et comme j'en suis à mon troisième troll, je pense avoir gagné mes galons de détrolleur agréé.
Attention, ici, blogueur trois trolls. Slaloms, pistes noires et skieur sur bosses confirmé.

Ceci dit, j’ignore s’il s’agit d’une faiblesse technique de mon ordinateur, mais il semblerait que son écran laisse passer les crachats sans les arrêter. A moins que cette porosité ne s'avère après examen due à une erreur de distribution des aptitudes de l’auteur de ces lignes.
L’intellect batailleur mais le palpitant plus malléable que la cire. C’est bête, hein ?
Raffoler du débat d’idées quand on ne supporte pas les conflits de personnes, ce n’est pas très pratique. Un peu comme un moteur trop nerveux dans une carcasse de Deux-Chevaux : ça coince.

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 10:38


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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 22:33

Ce n’est pas un hasard si le même adjectif
a offert ses racines à deux branches.
Propre à tout plus qu’à rien. Hors du sale, du commun.
Propriété et propreté.
Posséder, ce n’est pas acheter. C’est entretenir.
J’ai toujours été convaincue que les vastes demeures des trop riches étaient bien mieux connues des domestiques astiquant l’argenterie, au courant des recoins, que de leurs fortunés propriétaires incapables de trouver une petite cuiller sans sonner la bonne.
Quelle insupportable dépendance !
Se laisser entretenir, c’est se laisser déposséder.
La seule maîtrise qui vaille est celle de la main à la pâte.

(Toute la dialectique du maître et de l’esclave est là.
Le pouvoir de l’esclave, c’est la maîtrise de l’outil.
Le despote impotent trop confit dans son trône adipeux serait une proie facile,
si l’impuissance intime ne s’entourerait pas tant de troupes en armes
pour protéger ses privilèges.
Sans compter que pouvoir domestique et pouvoir politique
sont souvent inversement proportionnels.
Cité et foyer aussi hermétiquement séparés que gynécée et sénat. (…)
Mais je ne vois vraiment pas ce que cette digression politique vient faire là.
Je m’apprêtais sagement à parler torchons et balais,
et me voilà en train de faire mon Machiavel de cuisine.
Revenons à nos éponges.)

Même s’il est bien sûr qu’il y aura toujours des mauvais esprits
pour dire que trop aimer le propre, ça sent mauvais. Ben tant pis, qu’ils causent.)

Nous disions donc que nettoyer, tout ranger, astiquer, passer l’aspirateur
 en écoutant Abba (oups, j’m’ai trahie, là !), ça vaut mieux qu’une psychanalyse
ou une séance au gymnase club pour retrouver la forme ou le moral.
Se laisser submerger par le bazar intrus qui s’installe,
dépossédé de son chez soi ;
ou bien chausser ses gants de boxe (ou de vaisselle, c’est plus pratique)
et lancer un solennel
« A nous deux, Fouillis » en valeureux Rastignac des placards,
telle est la question. To clean or not to clean.
Restaurer l’ordre des choses, donner l’ordre au bazar de disparaître :
« Vade retro, grain de poussière ». C’est ordonner au chaos de reculer.
C’est libérer l’espace du trop plein qui entrave le pas.
Pouvoir danser dans l'harmonie retrouvée sans buter sur ce qui encombre.
Rapproprier sa maison, se réapproprier sa coquille.
Reprendre le contrôle, reprendre la main après avoir perdu pied.
Retrouver la maîtrise du foyer.
Ca respire le propre et la clarté. Un vrai plaisir.
On se croirait presque dans une pub pour détergent.
Et tant pis pour les COV (Composés Organiques Volatiles) qui parfument les éponges de leurs effluves toxiques.
Fenêtres grandes ouvertes et doses homéopathiques.

C’est ça qu’il y a de bien avec les visites des amis :
ça oblige à ranger (et ça réjouit, aussi, quand même,
d’abord, de les voir, hein… qu’on ne se méprenne pas…
Qu’est-ce qu’elle ferait, Blanche-Neige, si les nains ne revenaient pas,
toute seule, morfondue dans son coin ?)
On n'sait jamais, la méthode Coué, ça peut fonctionner, parfois.
Allez, courage. Bouge-toi, ma fille !
Blanche Neige au ménage.

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 07:35


Epuisée, je suis lasse des violences.
Et puis z'ai grand besoin de silence.
Epuisette, crevette, fatiguette, lessivette.
La sauvette. Haine et cris : oubliettes.

Désolée, ça m'a échappé. Je me suis échappée.
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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 22:44

Accompagnement pictural : John Constable.

Avertissement au lecteur : fiction.
Le premier qui me dit que les femmes
Sont peuplées de contradictions,
Ne pouvant s'empêcher de causer
Mais voulant bien aussi du répit,
Je lui rétorque... qu'il est possible qu'il n'ait point tort.
Et puis, je n'dis pas ça pour vous : just in the mood.
C'est pour entendre les échos qu'il faut faire taire
L'agitation et les tumultes ancillaires.


The fool on the hill. Seul sur sa colline.
Le soleil s'est couché sur la course-existence. 
Elle n'a pas encore pu converser en silence.
Ecouter au-dedans le si doux clapotis
De ses rythmes enfouis, de ses phrases en suspens.
Laisser une seule pensée se dérouler
Sans rencontrer d'interruption ni s'y briser.
Toute entière soumise aux hurlantes urgences
Aux écumes agitées des présents trop pressants.
Quelles que soient les attaches ; quelle que soit leur chaleur,
Le regard a besoin d'échappée, de trouées de lueurs,
De saisir l'horizon, d'agrandir la prison.
Aimer la solitude : mais en bonne compagnie.

Accompagnement musical :
Côté adret : Moustaki.
http://uk.youtube.com/watch?v=QvFLBs9S8FY

Côté ubac : Barbara.
http://uk.youtube.com/watch?v=CYnr6GQZ9V8&feature=related


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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 00:09


Georges de la Tour, Le Tricheur à l'as de carreau.

Je n’ai jamais eu de goût pour le jeu.
Pas l'enjouement, pas la faculté de s'amuser :
le jeu fermé réglant l'affrontement de deux adversaires,
désignant perdant et vainqueur.
"Faire une partie" m'a toujours donné envie de partir.

D'abord, parce que je partage l’aversion viscérale de Desproges
pour le groupe, pour la foule, pour les stades.
Je ne me sens seule qu’au milieu d’un groupe recroquevillé
sur des codes qui m’échappent.

« Quand plusieurs personnes s’agitent dans un même but, l’intelligence est inversement proportionnelle au nombre de gens présents sur le terrain. »

« Quand je vois une foule en délire acclamer un chanteur,
ou quelqu’un qui se croit tel (Francis
Lalanne en l’occurrence)
en levant les mains en chœur, je ne peux m’empêcher de penser
que des
bras tendus aux poings levés criant « Heil quelqu’un », il n’y a pas loin.»

http://www.dailymotion.com/video/xqj15_desproges-interview_fun


Ensuite, parce que nul n'est besoin de jouer pour être enjoué.
On peut très bien faire jeu de tout choix, de tout acte, quel qu'il soit.
C'est le regard qu'on porte sur une tâche qui en fait une corvée ou un amusement, qui en détermine la pénibilité ou la charge ludique.
Quel rapport entre d'Aboville et Ben-Hur aux galères ?
Barboter dans un évier ou compter les pieds d'alertes alexandrins
m'amuse bien plus que de laisser verrouiller une conversation 
sous les échanges codés d'obtus initiés.

J'étouffe dans les j
eux aux règles closes,
fermées sur leur inanité, obtues dans leurs potentialités.
Préférer lire des livres que lire des cartes.
Fuir ceux qui expliquent comment les manipuler.
Cf le prodigieux Perceval du Kaamelott d'Alexandre Astier, ici :
http://uk.youtube.com/watch?v=yufFDqLYlRw

Les jeux, ceux du cirque et ceux d’argent,
ceux des soirées aux cartes avinées m
’ont toujours fait horreur.

Trop puritaine en ce domaine pour en goûter la vacuité.
Et bien trop folle pour en souffrir les règles étriquées.
J’aime le grand délire de l’âme qui brise ses chaînes.
L’instant qui s’engouffre, le présent qui subjugue.

 

Toujours ce rapport au temps qui s'interpose entre le jeu et moi.

1°) Le jeu organisé en "parties" est un gouffre à temps,
un dévorateur de durée et de pensée.
"Taper le carton pour tuer le temps". 
Jamais entendu un programme plus crétin.
S’agiter dans le vide. Tuer le temps ? Quelle horreur.
Le temps meurt bien assez vite comme ça.
Jamais je n’en ai assez pour déployer tous les possibles de mes désirs.
Convoquons les grands auteurs :  Michel Fugain,
http://fr.youtube.com/watch?v=uzm0MOzvhKg&eurl=http://video.google.fr/videosearch?q=je+n%27aurai+pas+le+temps&hl=fr&sitesearch

L'ennui m'est inconnu.
Quand on me maintient pieds et poings liés, je regarde et j'écoute,
je lis
et j’écris si je peux, je bricole et fabrique si se peut.
Jamais compris comment on peut s'ennuyer en compagnie de soi-même.
A moins de n'avoir alors à contempler que son vide intérieur.

2°) Totalement dépourvue de cette forme d'intelligence
capable de déployer tactiques et stratégies,
planifiant le déroulement des opérations,
différant l'expression de ses émotions.
Jouer, c'est calculer, c'est manipuler, et je n'aime pas cela.
J’aime construire, j’aime frémir, j’aime lire et écrire.
J’aime danser et marcher. Non faire marcher.

Petit rappel ici, lorsque l'avenir de la planète se joue sur une partie de poker entre boursicoteurs de tout poil :
  http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-15679126.html
et autocitation extraite du lien pour les pressés :
"J’ai toujours nourri une aversion profonde, viscérale, de vache des prés un peu janséniste, pour l’univers délétère des jeux d’argent où tout part en fumée : le fruit du labeur, le sens clair et distinct du réel, la santé des poumons et des cœurs."
Le spectre du Joueur de Dostoïevski toujours présent.



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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 22:55


Discuter, disputer, batailler, raisonner ;
Ne jamais s'absorber tout à fait au combat.
Se battre, parfois oui, à la plume, il le faut.
Mais la réduire à l’arme, c’est la laisser brisée.
C’est tuer l’âme vive : et en l’autre, et en soi.
Convaincre et vaincre : l’un est de trop.


Préserver, à l’écart, l’espace pour le chant
De la contemplation entre deux arguments.
Déployer l’air qui souffle et qui porte les ailes
Au-delà de la boue des tranchées en querelles.
Ouvrir grand la fenêtre et sortir des cohues
Retrouver l’être au monde, hors des foules exiguës.


A l’abri des grands arbres, des hauts ciels insufflant
Leur beauté, majesté oubliée, sous les coups succombant.

Argumenter sans contempler, c'est expirer sans inspirer.


La véhémence de l'idée s'étouffe d'elle-même comme un moteur
Qu’on noie sous des accélérations intempestives.
Rien ne lasse comme la répétition lancinante d’une même rengaine.

Trop d’idées tue l’idée.

Il y faut de l’art. Il y faut du beau. Il y faut du calme et du détour.


Et celui qui s’immerge en entier dans le fracas bousculé du combat des idées s’expose,  démuni si sa cause est vainqueur. Que faire après ?
La guerre appelle la guerre.
Il faut bien occuper les armées oisives.
Il faut bien donner une nouvelle cause à ronger
à celui qui n’a vécu que pour défendre son idéal devenu réalité.
C’est ainsi que le boucher tue le songeur, qui parfois même vivait en lui.
L’idéaliste a un rêve, une vision vaste et pleine ;
le fanatique un horizon aussi bas que les cadavres couchés qu’il laisse sur son passage.

L’adversaire terrassé devient un hôte indésirable.
Nuire à quelqu'un, c'est héberger à jamais sous son crâne
le fantôme de sa victime.
Blesser un homme, c'est se condamner jusqu'à la mort
à vivre avec l'âme du meurtri.
Bien pire que le simple remords, c'est la promiscuité hideuse
imposée avec l'être abhorré.
C'est offrir à sa victime un immense pouvoir sur soi.
C'est lui confier les clefs de son destin.
C'est lui donner le pouvoir d'empoisonner
chaque pensée, chaque parole, chaque sensation.
C'est supporter de ne voir pour toujours le monde
qu'à travers le filtre gris du repentir,
de n'apercevoir le spectacle du réel que derrière l'image
surimprimée derrière ses pupilles, de la Faute irréparable.
C'est, meurtrier, devenir un tombeau vivant.

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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 10:18

L'espace comme déploiement. Le temps comme contrainte.
Il suffit qu'une idée devienne projet, qu'un programme devienne obligation pour faire fuir l'élan qui la fit naître.
Comme si ancrer une esquisse à un point fixe du temps la lestait de toute la pesanteur inamovible d'un continent entier à soulever.
Ca m'apprendra à promettre des délais...
Cela fait bien deux semaines maintenant que j'annonçais ici la suite d'une petite réflexion sur la démocratie pour le lendemain.
A tout bien peser, il n'y a guère pourtant que quelques lettres
qui distinguent demain de DEux seMAINes.

Sans compter que nul ne peut savoir de quoi demain sera fait,
et qu'il est certains demains dont on aimerait qu'ils durent toujours.
Mais nulle heure propice n'a jamais suspendu son cours.

Comme l'aventurier inconscient, agrippé au planeur qui le mène au large, fasciné par les bleus infinis de ses horizons en fusion, je me laisse porter.
La terre est loin maintenant. Ne restent que ciel et mer.
Plus le vertige est long, plus la noyade est sûre.
Le feu ou l'eau. La brûlure des ailes ou l'asphyxie des profondeurs ?
Le sel ou le poivre ?
S'arracher au spectacle de l'abîme.
S'arracher à l'étreinte du trop beau.
Ouvrir les yeux. Ouvrir ses mains. Et plonger.
Lâcher prise pour ressaisir l'insaisissable.
L'heure a passé. Trop tenir, c'est mourir.

S'arrêter, c'est sombrer, car on est seul, toujours, quand on s'arrête.
Le train des jours, jamais, ne rompt son rythme.
Il avance, écrasant sous son poids le figé, pétrifié.
Ajoutant chaque instant au fardeau une pierre nouvelle à tailler.

Marche ou crève. Se sauver ou se laisser ensevelir.

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