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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 00:09


Georges de la Tour, Le Tricheur à l'as de carreau.

Je n’ai jamais eu de goût pour le jeu.
Pas l'enjouement, pas la faculté de s'amuser :
le jeu fermé réglant l'affrontement de deux adversaires,
désignant perdant et vainqueur.
"Faire une partie" m'a toujours donné envie de partir.

D'abord, parce que je partage l’aversion viscérale de Desproges
pour le groupe, pour la foule, pour les stades.
Je ne me sens seule qu’au milieu d’un groupe recroquevillé
sur des codes qui m’échappent.

« Quand plusieurs personnes s’agitent dans un même but, l’intelligence est inversement proportionnelle au nombre de gens présents sur le terrain. »

« Quand je vois une foule en délire acclamer un chanteur,
ou quelqu’un qui se croit tel (Francis
Lalanne en l’occurrence)
en levant les mains en chœur, je ne peux m’empêcher de penser
que des
bras tendus aux poings levés criant « Heil quelqu’un », il n’y a pas loin.»

http://www.dailymotion.com/video/xqj15_desproges-interview_fun


Ensuite, parce que nul n'est besoin de jouer pour être enjoué.
On peut très bien faire jeu de tout choix, de tout acte, quel qu'il soit.
C'est le regard qu'on porte sur une tâche qui en fait une corvée ou un amusement, qui en détermine la pénibilité ou la charge ludique.
Quel rapport entre d'Aboville et Ben-Hur aux galères ?
Barboter dans un évier ou compter les pieds d'alertes alexandrins
m'amuse bien plus que de laisser verrouiller une conversation 
sous les échanges codés d'obtus initiés.

J'étouffe dans les j
eux aux règles closes,
fermées sur leur inanité, obtues dans leurs potentialités.
Préférer lire des livres que lire des cartes.
Fuir ceux qui expliquent comment les manipuler.
Cf le prodigieux Perceval du Kaamelott d'Alexandre Astier, ici :
http://uk.youtube.com/watch?v=yufFDqLYlRw

Les jeux, ceux du cirque et ceux d’argent,
ceux des soirées aux cartes avinées m
’ont toujours fait horreur.

Trop puritaine en ce domaine pour en goûter la vacuité.
Et bien trop folle pour en souffrir les règles étriquées.
J’aime le grand délire de l’âme qui brise ses chaînes.
L’instant qui s’engouffre, le présent qui subjugue.

 

Toujours ce rapport au temps qui s'interpose entre le jeu et moi.

1°) Le jeu organisé en "parties" est un gouffre à temps,
un dévorateur de durée et de pensée.
"Taper le carton pour tuer le temps". 
Jamais entendu un programme plus crétin.
S’agiter dans le vide. Tuer le temps ? Quelle horreur.
Le temps meurt bien assez vite comme ça.
Jamais je n’en ai assez pour déployer tous les possibles de mes désirs.
Convoquons les grands auteurs :  Michel Fugain,
http://fr.youtube.com/watch?v=uzm0MOzvhKg&eurl=http://video.google.fr/videosearch?q=je+n%27aurai+pas+le+temps&hl=fr&sitesearch

L'ennui m'est inconnu.
Quand on me maintient pieds et poings liés, je regarde et j'écoute,
je lis
et j’écris si je peux, je bricole et fabrique si se peut.
Jamais compris comment on peut s'ennuyer en compagnie de soi-même.
A moins de n'avoir alors à contempler que son vide intérieur.

2°) Totalement dépourvue de cette forme d'intelligence
capable de déployer tactiques et stratégies,
planifiant le déroulement des opérations,
différant l'expression de ses émotions.
Jouer, c'est calculer, c'est manipuler, et je n'aime pas cela.
J’aime construire, j’aime frémir, j’aime lire et écrire.
J’aime danser et marcher. Non faire marcher.

Petit rappel ici, lorsque l'avenir de la planète se joue sur une partie de poker entre boursicoteurs de tout poil :
  http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-15679126.html
et autocitation extraite du lien pour les pressés :
"J’ai toujours nourri une aversion profonde, viscérale, de vache des prés un peu janséniste, pour l’univers délétère des jeux d’argent où tout part en fumée : le fruit du labeur, le sens clair et distinct du réel, la santé des poumons et des cœurs."
Le spectre du Joueur de Dostoïevski toujours présent.



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Published by Clarinesse - dans Humeurs - rumeurs
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commentaires

luc 18/06/2008 06:48

"forcément le tricheur, forcément."
Tout est dit dans cette scène où vous êtes témoin sans prendre part au jeu, sacré Georges! sacrée Cla! bon sang c'était bien sûr! que n'y ai-je pensé?
"love-fifteen" à vous, pour utiliser la plus belle façon de compter les points (ou comment les Anglais rechignent à dire "zéro" à l'adversaire), celà dit, et pour revenir une dernière fois au sujet, ils (les Anglais) ont inventé les plus belles règles de sport du monde (le criquet garde tous ses secrets pour le continental que je suis), les concours de chien de berger qui aident à compter les moutons tard la nuit (sur BBC one et two) soporifique et si vert (vous dormez d'un sommeil de bébé après(pendant) çà,et je ne parle pas du golf et du "bawls" version anglo-saxonne de la pétanque mais ô combien empreint de désuétude (petit tapis pour ne pas salir le genou du pantalon) et de respect de l'adversaire.
Pour terminer sur les règles (toujours Angloises) il y a celles du snooker (billard des british-insulaires) où les adversaires, en costume trois pièces dont ils ont tombé la veste, jouent en gilet et cravate, et se regardent flegmatiquement battre par l'adversaire, applaudissant (discrètement) celui là lorsqu'il a réussi un "bow-cou".
Encore une fois ces disciplines ont en commun le "vert" so "w'eposant" et le respect de l'autre.
Le tennis a beaucoup perdu de "fairplay" avec tous ces joueurs qui, lorsqu'ils ont gagné un point, enculent des mouches invisibles (pardon! ça m'a échappé).
Je termine en vous avouant que j'ai donné dans le snooker (et le tennis), puis-je encore vous lire, malgré ces péchés, chère Cla?

Clarinesse 18/06/2008 06:59


Meuh oui, moi aussi, j'ai joué au tennis, et avec plaisir, et il est possible que je m'y remette un jour, histoire de me défouler avec le fiston quand il aura l'âge d'envoyer la balle ailleurs que
dans le jardin du voisin. 
Et puis d'abord, je n'empêche personne de jouer.
J'voulais juste dire qu'il ne fallait pas regarder comme des pestiférés ceux qui ne veulent pas participer. Ce qui, dans certains cercles, ne va pas de soi.
PS : Quant au La Tour, ben oui, ne voyant pas d'http venir, je me suis résolue à aller le chercher moi-même. Faut tout faire, dans cette maison !


joruri 17/06/2008 23:07

Ahhh... Je me disais aussi. : )

Clarinesse 17/06/2008 23:18


Ouf, j'ai eu chaud : j'avais encore failli t'énerver, n'est-il pas ?


luc 17/06/2008 18:34

...donc vous ne gigotez pas dans les stades, mais le château de Versailles vous sied...une eau dormante cette Cla!
vous m'épatez (de foie)!

Clarinesse 17/06/2008 19:22


Voilà, c'est cela même : il me faut satisfaire un minimum d'exigences esthétiques et de goûts aristocratiques avant de consentir à remuer les orteils. Plutôt batifoler en crinoline que
m'agiter en maillot à logo... :o)


joruri 17/06/2008 16:27

Jeux vidéos , "néant ?"
Difficile du coup de communiquer sur le sujet...

Clarinesse 17/06/2008 17:47


Non point néant. Quand je parlais d'"anéantissement" c'était pour désigner le gouffre à temps dans lequel on peut se laisser dévorer et dont la puissance d'attraction est tellement forte que même
moâ, pensez-donc, ai pu me laisser séduire par les charmes d'un ou deux jeux (de ceux où l'on mène des enquêtes dans des univers révolus : l'Atlantide, le château de Versailles, etc...)


luc 17/06/2008 09:28

J'adoooooore perdre face à des gens qui ne pensent qu'à gagner, merveilleux perdant, je les dupe.
Celà dit le jeu, depuis l'enfance, peut avoir une dimension éducative non négligeable, sans parler de la discipline de certains sports (hors compétition il est vrai) qui aident à modeler un esprit sain...
Du reste je m'ennuie à mourir dès qu'il faut taper sur une balle pour des points, préférant l'amusement de l'entraînement
...reviendrai, it's time!

Clarinesse 17/06/2008 10:46


Perdre face à des forcenés du gain, oui, il y a là un vrai plaisir, qu'il m'est arrivé de savourer une ou deux fois. Mais je préfère observer cela de loin.
Quant au sport, il a certes ses vertus, mais la religion qu'on en fait un peu trop me consterne.
J'aime bien gigoter aussi, du moment qu'on ne m'enferme pas dans un stade.


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