Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 20:51


Préambule à lire ici

De omnibus trolleybus (clic)

Comme tout bon fat, le troll est confortablement vautré dans le fauteuil avachi de sa suffisance, comme la mouche du coche dans la certitude de son efficacité. Persuadé d'être l’un des phares de l’esprit critique, dernier rempart contre le nivellement de la pensée guimauve, il en possède au contraire juste assez pour distinguer toute velléité de réflexion et cracher dessus. Il se laisse déterminer aussi sûrement par l’opinion commune dont il prend mécaniquement le contre-pied dans un réflexe pavlovien, que s’il la suivait aveuglément.
« Ils disent oui ? Je dis non ! Et na ! J’fais c’que j’veux. »
Mais oui, mon brave, vas-y, défoule-toi.
A ce stade, la contradiction, ce n’est plus de l’esprit, c’est du prurit.

Ne se remettant pas de l’amer constat qui le pousse parfois à reconnaître, dans la pénombre rance de son for intérieur, qu’il ne sera jamais le virtuose de l’écriture qu’il a rêvé d’être, et qu’il appartient définitivement à l’espèce grouillante des tâcherons de la plume, il ne cesse, pour s’en consoler, de décerner ce titre infâmant à tous ceux qui ont le malheur de passer à sa portée sans lui avoir auparavant présenté leurs hommages.
Ah mais aussi, se récrie-t-il entre deux filets de bave quand sa cible n’a pas l’obligeance de tendre la joue gauche, si l’on s’expose aux lecteurs, il faut accepter les critiques !
Qu’on se le dise, donc. Quiconque écrit et a la suprême audace de faire lire ce qu’il écrit, doit se soumettre au verbe ordurier de Môssieur. « Vous sollicitez les lecteurs, et vous vous offusquez de leurs réactions. » Ah pardon … Aurais-je sollicité une audience de Son Eminence sans m’en rendre compte ? Comme c’est fâcheux ! Je croyais au contraire avoir été sollicitée et prêté ma plume à qui me le demandait. Vraiment, ce monsieur qui se croit le maître de cérémonie de tous les sites de « sa » sphère a une idée tout à fait surprenante de son importance.

Le problème, avec ce genre de personnage, c’est que son vocabulaire comporte quelques lacunes. Le sens de certains mots lui a toujours échappé, comme la saveur indicible du plus fin des entremets échappe au scarabée coprophage. Ainsi a-t-il une fâcheuse tendance à confondre liberté d'expression et liberté de déjection, critique et tabassage, discernement et acrimonie, vidange de ses humeurs malignes et expression d’un jugement.
L’indigente casuistique dont il se sert quand on a l’insupportable impudence de s’insurger contre ses insultes ferait sourire n’importe quel collégien quand l’un de ses camarades la brandit comme dérisoire ligne de défense sous la remontrance d’un professeur. « Mais z’enfin, je n’ai jamais dit que vous étiez une sous-m*de, j’ai seulement dit que vous écriviez comme une sous-m*de ! Ce n’est pas une insulte, c’est une critique ! » Le pauvre ! Si c’est-y pas malheureux, à son âge, d’en être resté à de si pathétiques sophismes ! 
Dans la confusion fallacieuse qu’il entretient avec une subtilité pachydermique entre critique et lynchage (ce que d’autres ont enfin eu l’honnêteté de reconnaître, et je les en remercie sobrement), il ressasse sans se lasser la rengaine de la saine acceptation de la « criitiique », avec la même belle constance que Krasucki appelant à la « grèèève ». Mais le plus drôle, c’est qu’il ne craint pas de se contredire en affirmant tout aussi catégoriquement que celle-ci demeure incapable de faire progresser l’imbécile. A part dans le balbutiement du pochtron chronique, je ne vois vraiment pas où chercher la cause de tant d’incohérence.

Sachant que dans cet espace de liberté, nul n’est contraint de fréquenter qui l’insupporte, et que l’émulation demeure bien plus efficace que la critique acerbe et venimeuse pour faire progresser, rien n’autorise la goujaterie et les violences ad hominem. Chacun tricote ses petits mots avec ce qu’il sait faire, dans sa catégorie, avec son style. Il ne s’agit pas de dire que tout se vaut dans le mièvre nivellement d’un tiède consensus. Il s’agit de reconnaître que tous ont le droit de s’exprimer tant qu’ils ne viennent pas vous hurler dans les oreilles. Blesser quelqu’un ne présente aucun intérêt. Si la victime est effectivement une guimauve médiocre, on ne voit pas bien par quel miracle une piqûre de venin lui inoculerait un peu de génie.
Et dans le cas inverse, la bave du crapaud atteint bien plus facilement qu’on ne le dit la blanche colombe. Ceux qui drapent leurs crachats venimeux dans les atours du sacro-saint droit à la critique ne reconnaissent d’ailleurs que leur propre liberté d’expression, étant les premiers à modérer les commentaires chez eux ou à en supprimer, et à s’offusquer de l’impudence de quiconque a la mauvaise idée de ne pas prêter le flanc assez obligeamment à leurs coups bas et de leur rabattre leur caquet bouffi.

Car le troll se croit investi d’une sainte mission : initier les blogueurs novices aux dures réalités de l’existence. Ah ben, heureusement que vous êtes là pour m’apprendre la vie, moi qui croyais que c’était Disneyland. Jamais rien encaissé avant vous. Toujours épargnée. Aucun coup dur, aucun deuil, aucun revers, rien. Le petit monde enchanté du Truman Show. Merci, vos Altesses, de m’apporter la crue lumière de vos hauteurs de vues, et d’apprendre à une bête oie blanche que l’on est censé accueillir avec le sourire les baffes dans la figure parce qu’on est « entre adultes ». C’est curieux, parce que ce qui me semblait au contraire définir un adulte parvenu normalement au terme de son éducation, c’est précisément la capacité à se comporter avec un minimum de respect. Ce qui n’interdit pas la critique, loin de là. Certains commentateurs de ce site excellent d’ailleurs dans l’art de la remarque aiguisée, dont je tiens le plus souvent compte avec la plus grande vigilance. Mais ce mépris ordurier me semble au contraire symptomatique d’un manque inquiétant de maturité, et l’âge ne fait rien à l’affaire, ce n’est pas Brassens qui me contredira.
Car il est un autre substantif essentiel qui fait défaut au lexique du troll : la politesse. Vous savez, ce vieux machin démodé qui consiste à s’excuser quand on a marché sur les pieds de quelqu’un, même quand on ne l’a pas fait exprès. Pour le troll, politesse rime avec faiblesse, et courtoisie avec hypocrisie.
Il faut dire que, comme la moisson de louanges que recueillent ses élans plumitifs est souvent bien maigre à son (dé)goût, et qu’ils ne suscitent au mieux que les assauts de langues vipérines mêlant leur bile à son venin, le troll affiche un mépris hautain pour les éloges, en particulier ceux destinés aux autres. « Moi, Madame, je ne fais jamais de compliment. Les compliments, c’est pour les tapettes. Moi, ch’uis un homme, un vrai. » Meuh oui, Rambo, personne ne remet en cause la taille de tes muscles et du reste, t’en fais pas, rengaine ton bazouka.
Pour lui, la franchise est la valeur suprême. Mais attention, pas la franchise en général : sa franchise à lui seulement. Exprimer avec sincérité l’affliction dans laquelle peuvent jeter ses outrages, ce n’est pas de la franchise, c’est du chantage. Allons bon, encore un mot dont il ignore le sens. Décidément, si quelqu’un pouvait avoir l’obligeance de lui offrir un dictionnaire (assorti d'un manuel de savoir vivre), c’est ça qui serait charitable.
Car le troll est persuadé qu’il a du savoir-vivre, sous prétexte qu’il est amateur de bon vin et qu’il sait reconnaître un Chablis d’un Sauternes. « Tout ce qu’il fait se fait » (G. Flipo, Qui comme Ulysse, citons nos sources)
Mais, cher Monsieur, ne savez-vous pas qu’on peut être à la fois bon vivant et malappris ?
Bien des officiers nazis étaient de fins amateurs d’art, qui ont pillé tant de musées en pays conquis.

Mais le plus curieux, c’est que le troll a juste assez d’intelligence, cette ruse particulière nécessaire à la survie des fielleux en milieu à peu près civilisé, pour avoir réussi à embobiner toute une petite cour de flatteurs dont certains possèdent d’ailleurs un talent bien plus aiguisé que le sien et qui prennent pourtant chacun des postillons de leur Roi Soleil pour des étincelles. Mais enfin, ouvrez les yeux, bon dieu, et cessez de minauder sous les crachats des goujats ! Vous vous méprenez. C’est le bouffon que vous appelez roi.

Quoi de plus jubilatoire pour un misanthrope de profession qui a fait du mépris et de l’insulte son fonds de commerce pour faire parler de lui malgré la fadeur insignifiante de ses propres écrits, que de voir tous ces courtisans l’entourer comme des éphémères certes parfois gracieux autour d’un verdâtre Luminaire?

Comme tout haineux qui a pignon sur rue, c’est un besoin vital pour lui que la caution de respectabilité que lui offrent si obligeamment les rares belles plumes dont il a acheté l’indulgence par quelques cadeaux opportuns. Et hop, dans la poche. En politique ou en affaires, cela s’appelle de la corruption : dessous de table, pots de vin, le malotru venimeux affectionne tous les moyens d’action qui sont à la hauteur des bas morceaux. « Mais je vous assure, ma chère, il est absolument adorable en privé » me disait-on. Mais je n’en doute pas. Comme je ne doute pas non plus qu’auraient pu en dire autant les inoffensifs artistes de bonne foi qui fréquentaient les mondanités parisiennes au début des années quarante. « Comment, cet officier de la milice a participé à des séances de torture ? Mais je n’en savais rien ! Je suis la première étonnée. Il est pourtant si aimable, si charmant, tellement sensible.» Oui, voilà, sensible, c'est le mot que je cherchais. 

Comme écrivait une plume acérée qui me pardonnera, j’espère, de ne pas la citer pour ne pas salir son nom en le mêlant à cette diatribe : « Le baisemain impeccable du salaud me laisse de marbre. » Certains sur lesquels il a jeté son dévolu feraient bien de s’en inspirer, qui vendent leur bienveillance contre un plat de lentilles et quelques invitations. Comme c’est gratifiant, les assiduités d’un grossier personnage !

Mais ne voit-on pas que c’est justement à cela qu’on reconnaît la bonté d’un homme : quand sa correction ne se limite pas aux membres de son clan et qu’il ne devient pas incapable de toute empathie avec le reste de l’humanité ?
Les pires crapules sont souvent adorables avec leur petit cercle de familiers. Hitler aussi traitait avec beaucoup d’humanité ses bergers allemands et savait honorer d’un sourire sa maîtresse et sa secrétaire.
D’ailleurs, il est fréquent que ceux qui vivent en meute affectionnent la compagnie des animaux.
C’est bien, les chiens, pour l’ego des aigris : ça salit le trottoir du voisin, ça aboie après les passants s’ils approchent de leur territoire, ça obéit servilement, ça lèche la main, ça remue la queue quand ça vous voit et ça revient quand on les frappe. Malheureusement, je n’ai pas assez de canin en moi pour apprécier ce genre de personnage.
Démonstration par l’absurde de cette maxime de Desproges (reprise à WC Fields) : « Quand on n’aime ni les chiens, ni les enfants, on ne peut être complètement mauvais. » Il est tellement facile de se délecter de sa supériorité de seigneur et maître en compagnie des bêtes.
C’est d’ailleurs bien cette logique de clan, de meute, qui est effrayante, ce mécanisme de déréalisation de l’autre, de déni de son humanité et de sa sensibilité qui est la base même de tout glissement vers la barbarie, qui transforme des hommes ordinaires en bourreaux. Sans avoir l’indécence de comparer ces lynchages de pacotille avec ce qu’ont subi les véritables victimes des véritables barbares, c’est bien la même logique qui est à l’œuvre, dans cet espace qui n’a rien d’autre de virtuel que la technologie dématérialisée du Net, et l’identité floutée des pseudonymes. Le moyen de communication, en aucun cas son contenu. Les doigts qui tapent sur les claviers, les cervelles qui leur dictent les mots, les pompes à sang qui s’emballent ou s’oppressent, tout cela n’a rien, rien de virtuel. Le peu que l’on sait des personnes réelles devrait au contraire inciter à la plus grande prudence. Comment savoir que celui qu’on va rabaisser plus bas que terre ne vient pas de perdre un être cher ? N’est pas en train de quitter son boulot, de vivre une séparation, ou que sais-je encore ? Ou tout cela à la fois ? Messieurs les trolls, votre hubris est abjecte et sans excuse aucune. Le monde entier n’est pas une poubelle destinée à recevoir vos ordures. Le silence des agneaux, ça va bien un moment, mais la patience a des limites. 
R a s   l e   b o l  !
Ce n’est pas parce qu’un espace inédit émerge depuis quelques années que l’on doit y oublier les fondements mêmes de toute éthique. Il est étonnant de voir combien certains se trouvent facilement désorientés dans un nouveau milieu, y perdant leurs repères moraux essentiels, se demandant benoîtement s’il est de bon ton de tolérer ce qu’il ne leur viendrait jamais à l’idée d’accepter une seconde dans un espace réel. Comme ces jeunes appelés du contingent en Algérie ou ailleurs, bien propres sur eux, éduqués dans une brave morale bon teint, à qui quelques officiers expliquent par a + b que si, si, il est tout à fait tolérable, parce qu’on est en guerre, de torturer jusqu’à plus soif (le temps de se servir une bière et on revient) l’adversaire prisonnier de se(r)vice. Et l’on accepte l’inacceptable de nauséabonds goujats sous prétexte que nous sommes dans un espace soi-disant abstrait.

Alors, comme personne ne semble se dévouer pour remédier aux lacunes décidément inquiétantes de ces adeptes de l’insulte, je vais m’y coller. Un troll ne connaît pas non plus ce que signifie le mot « honte », et ne sait pas plus articuler un mot d’excuse qu’un mot de gratitude : cela lui écorcherait la bouche. Pourquoi aurait-il donc honte de ses débordements ? Déféquer est naturel, n’est-ce pas, et qu’importe si c’est dans le jardin du voisin. Le troll n’éprouve jamais de honte et s'en glorifie. Il assume son ignominie avec panache. Vulgaire et fier de l’être. C’est même à cela qu’on les reconnaît, dirait Audiard.
C’est dommage, car la honte est précisément l’un des sentiments qui distingue l’homme de la bête. Le chien n’a pas honte de se soulager sur le trottoir, ni de copuler en public. Le SS n’a pas honte de participer à la bonne marche d’un camp. L’aptitude à la honte est un gage d’humanité.
Si j’étais davantage adepte du jargon psychanalytique, il serait facile de comparer sa perversion avec le comportement de ces très jeunes enfants qui n’ont pas encore intégré l’inaliénable altérité du prochain, la frontière entre le moi et le monde, et qui s’autorisent à aller piétiner le château de sable d’à côté ou à gribouiller sur le dessin du voisin. Voire à le barbouiller de ce qu’ils viennent juste d’apprendre à retenir, sauf aux toilettes. Aux petits de deux ans, on apprend la propreté. Mais il semblerait que certains « grands » n’aient pas encore acquis le contrôle de leurs sphincters langagiers. Quel dommage qu’il n’existe pas de couches culottes pour empêcher les incontinents du verbe ordurier de se répandre partout. Ces malheureux partagent d’ailleurs avec les tagueurs ce marquage de territoire primitif qui dégrade ce qu’il ne peut posséder, et avec quelques adolescents en pleine crise l’incapacité de s’épanouir sans cracher leur bile à la face du monde. Se sachant assez dénués de talent pour pouvoir s’affirmer hors de la masse sans se hisser sur les cadavres de ceux qu’ils démolissent, ils exultent dans la baston. Hors des conflits dans lesquels leurs poumons vert-de-gris enfin se dilatent comme des baudruches à l’odeur grisante de la poudre et des corps pourrissants, ils s’ennuient autant qu’un chef d’état-major en temps de paix. Car le troll est impérialiste par nature. Tout espace est potentiellement son territoire. Il y est chez lui. Il aurait tort de s’en priver, puisqu’on l’y encourage. « Allez, bottez-moi les fesses, oh oui, encore… » Où y a d’la gêne, y a pas d’plaisir, hein ?


Mais il faudrait tout de même reconnaître la triste pérennité de ce constat : dans le blogocosme comme dans le reste de l’humanité, du bac à sable jusqu’aux gouvernements, il est deux sortes d’individus : ceux qui construisent et ceux qui détruisent. Ceux qui bâtissent et ceux qui démolissent. Et les seconds sont hélas convaincus de la grandeur de leur mission. C’est Dieu qui arme mon bras. Sainte est ma critique. Prosternez-vous.

L’humanité n’a certes jamais manqué d’imagination pour transformer un champ de blé en champ de bataille. Sur la blogosphère comme ailleurs, il est des lieux pour s’empoigner : ces sites qui ressemblent à des bistrots où l’on excelle dans ce somptueux passe-temps qui consiste à vomir à la face avinée de l’accoudé au zinc d’à côté sa violence désarticulée. Que ceux qui aiment pratiquer ce sport les fréquentent.

Car le troll ne manque jamais d’air, même vicié, confortablement installé dans son statut de catastrophe naturelle, et s’impose, avec la gluance d’une flaque de mazout, sous les pas de l’innocent promeneur. Mince, j'ai encore marché dans un troll !
Le troll est au blogueur ce que la tourista et les moustiques sont aux voyageurs en pays tropicaux : un incontournable. Sa légitimité est de fait. « La loi, c’est moi. Vous écrivez, donc vous me supportez. C’est moi ou la planche à repasser. » Faites gaffe quand même, parce qu’un fer à repasser bien chaud en pleine tronche, ça pourrait presque réussir à défriper un peu une face boursouflée de faux plis.
Quand il a la chance de tomber sur quelqu’un qui a un tant soit peu conscience de sa dignité et qui répugne à se laisser entraîner dans la boue par un adipeux catcheur, il peut fanfaronner tranquille, beuglant à l’encontre du vaincu les doux noms d’oiseau qui peuplent sa cervelle raffinée : pleurnichard (si l’on ose exprimer ce qu’on ressent) ou luciole* molle (*cherchez l’anagramme, elle commence par un c.) si l’on a le stoïcisme de garder le silence face à ses éructations. Mais apparemment, le seul langage que comprend cet arbitre des élégances, c’est la tarte dans la poire, car il revient à la charge tant qu’il ne l’a pas reçue. Alors, comme on n’est pas contrariant et qu’il remet le couvert deux mois plus tard, on va bien finir par le lui donner, son nonos à ronger ; lui permettre de triompher, de le rapporter à la maison, son trophée.
« Z’avez-vu, encore un(e) qui a passé du temps à causer sur moi ! Ouais, ouais ! Ouah, ouah ! Allez, les chiens, aboyez avec moi. » On récolte les gloires qu’on peut, faisons-lui ce plaisir. Et plutôt que de lui rétorquer bêtement « Mais, monsieur, la c*lle molle vous em* », mieux vaut s’aviser que c’est son milieu naturel, et qu’il y nage déjà jusqu’au cou avec délectation, comme tout porcin qui se respecte.
Mais qu’il tempère un peu sa fierté. Sa petite personne n’est hélas pas la seule représentante de sa nuisible engeance. Ce n’est pas un individu particulier qui m’intéresse, c’est le fonctionnement d’un type d’humain. C’est l’analyse d’un comportement. S’il était le seul de son espèce, je ne me fendrais pas d’un papier dont l’intérêt n’excéderait pas celui, fort limité, de sa pitoyable identité.

Par ce présent billet, manifeste du parti détrolliste, j’instaure donc la dictature du détrollariat, puisqu’il est stalinien, paraît-il, de ne pas tolérer les grossièretés les plus répugnantes. Et plus simplement, je décrète ce blog interdit aux malpolis. Oui, je préfère qu’il demeure un boudoir feutré plutôt qu’un bistrot d’ivrognes. Etonnant, non ?

Trollés de toutes sphères, unissons-nous. Cessons de nous terrer et de nous taire.

Et maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je vais m’arrêter là dans cette opération de dératisation, car, à la différence de l’objet de ce pamphlet, j’ai autre chose à faire que de jouer à la guéguerre avec les atrabilaires, n’ayant pas besoin d’endosser le rôle du bouffon grimaçant pour exister en ce bas monde. M’enfin, quand on n’a le physique ou le mental que de cet emploi-là, nous n’allons pas lui reprocher d’essayer de caser ses sombres talents. Le chômage, vous savez… Et puis ne perdez pas espoir, vous y arriverez bien, à laisser derrière vous une petite publication. Je ne sais pas, moi. Une étude comparative sur les vomis de vin et de bière. Offert en supplément gratuit du guide Gault et Millau. Je suis sûre que le domaine est resté inexploré. Courage.

Un dernier mot pour vous remercier quand même, Monsieur Dégoût. Grâce à vous et à votre cour, je vais enfin pouvoir apprécier à leur juste valeur les comédies de Molière qui jusqu’ici m’avaient toujours semblé par trop caricaturales pour m’arracher un sourire.
Grâce au dîner de cons auquel je fus conviée il y a deux mois et dont vous épongez les taches aujourd’hui encore, je compris enfin que les petits marquis enrubannés qui cachaient derrière leurs rictus pincés et les dorures de leurs salons la vulgarité la plus maniérée n’étaient pas plus outrés que leurs modèles réels. C’est tellement amusant de lyncher un intrus et de se congratuler après à grands coups de claques dans le dos et de chansons à boire. Qu’est-ce qu’on se sent plus intelligent après cela !


Allez, sans rancune, tout cela n’est que du théâtre, hein, et l’on ne fait que jouer un rôle, n'est-ce pas ? En fair-play, vous êtes expert.
La « c*ille molle » vous salue bien bas (il est toujours important de se placer au niveau de son interlocuteur), et espère que vous avez comme il se doit apprécié cet hommage à votre art, puisqu’elle n’a fait que suivre avec humilité vos conseils avisés. 


PS : Une fois n’est pas coutume, je me permettrai, sur ces billets, de modérer les commentaires, parce que zut, quand même, je commence à en avoir assez de devoir subir les sautes d’humeur de déséquilibrés à qui je n’ai rien demandé.
Et je vais essayer de découvrir ce nouveau plaisir de jeter à la poubelle, d’un simple clic de  souricette, les messages maculés que cette petite satire pourrait m’attirer.




Partager cet article

Repost 0
Published by Clarinesse - dans Humeurs - rumeurs
commenter cet article

commentaires

Ut 29/10/2009 18:56


Arrivée entre la poire et le fromage; ou bien à la fin totale et définitive des non-échanges du troll, je viens quand même te dire que la colère te va bien, que je me suis régalée, et qu'en plus
tout ceci est absolument justifié.
A resservir sans compter dès l'apparition d'un troll!
Merci Clarinesse d'avoir enfin dit ce que d'aucun cachent ou mentent.
Mes trolls à moi s'appellent anonymes... je n'ai même pas loisir d'aller visiter leurs déchets; peut-être que j'y gagne  :)
Bisous.


Clarinesse 29/10/2009 21:30


Merci de ce passage au fin fond des archives. :)
En réalité, il semblerait que le troll qui a déclenché les hostilités et provoqué mon ire ait été assez sensé pour ne pas riposter, et l'histoire s'est arrêtée là : c'est plus un gros lourdaud
qu'un vrai méchant. A chaque fois, je m'en suis tirée à relativement peu de frais, si je ne compte pas la mise à plat émotionnelle : les trolls auxquels j'ai eu affaire sont finalement à classer
parmi les plutôt gentils de la catégorie. Espère toutefois ne pas avoir à réitérer l'expérience.

... même si sur le coup,


29/10/2009 14:31


N'ayant pas suivi votre blog à l'époque, j'ignore ce qui, et qui, a déclenché une telle diatribe, mais merci c'était excellent , j'ai bien ri, et puis maintenant je sais ce qu'est un troll
!
J'ai particulièrement apprécié "ce n'est plus de l'esprit c'est du prurit" (je déteste ce mot !) et puis....je ne trouve plus... une vague histoire de "couche-culotte". Mais il faudrait que je
relise tout ça un de ces jours.
Pour l'heure, je m'en vais lire les commentaires joints.



Clarinesse 29/10/2009 17:35


Merci de votre visite ! :)
De mémoire (car je ne prends pas non plus le temps de rechercher dans le magma du texte), la phrase était : "Quel dommage qu'il n'existe pas de couches-culottes pour les incontinents du verbe
ordurier." Phrase lavable, recyclable et à usage multiple... Si vous en avez besoin, je vous la prête. :)
Pour ce qui est des circonstances (très dispensables), elles sont évoquées plus précisément et localisées par deux liens figurant à la fin de l'article qui précède, ici :
http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-24585390.html


noesecogite 18/11/2008 11:04

Je suis nouvelle dans cet univers de : "J'aimerais bien connaître de nouveaux horizons"..j'espère ne jamais devenir un Troll! Et si oui...que l'on me le dise.

Clarinesse 20/11/2008 08:28


Je ne pense pas que l'on "devienne" un troll, sauf si l'amertume finit par vous rendre le bonheur d'autrui insupportable. Il "est" des enquiquineurs de nature, sur le web comme ailleurs, c'est
tout. Ne crains donc rien, et bienvenue ici. Je te rassure, d'habitude, c'est plus calme. :)


Isabelle 15/11/2008 21:43

Je te suis sans hésiter dans ton combat contre les trolls puisqu'il est aussi le mien. Comme je n'ai pas autant d'aisance que toi dans le maniement du verbe, je me cache derrière ta prose pour te soutenir sans réserve !!

Clarinesse 15/11/2008 22:16


Ah ben merci, dis donc !
Oups, et là, je rougis sous l'attaque de la honte la plus intense, parce que depuis le temps que je me dis chaque soir que je dois absooolument t'appeler ou t'envoyer un mail, là, j'ai plus aucune
excuse. Promis juré, ce soir, je te réponds.


Loïs de Murphy 14/11/2008 15:56

Voui, et surtout pas après minuit pis faut pas les arroser non plus :o))

Clarinesse 14/11/2008 17:20



1°) Vi, j'vais faire une plantation d'ail autour du WindAuge.
2°) Version verte : pas les arroser passque ça use les lames de la tondeuse, après.
Version trash : et pis mouillé, on glisse dessus, alors que sec, ça sent moins mauvais.
3°) Et version Gremlins, message reçu. :)))
Pis j'vais m'arrêter là, passque faudrait pas non plus leur donner des raisons de rappliquer.



Cahiers Brouillonnants

  • : L'oeil du vent
  • L'oeil du vent
  • : Méditations métaphoriques et pensées en tous sens : philosophiques, esthétiques, poétiques, écologiques et bricoleuses.
  • Contact

Cahiers de l'aube

1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
l'oeil du vent.

2°) Les métaphores, c'est comme les collants. 
Ca file vite si on n'y prend pas garde.

3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

Recherche

Chat échaudé...

Archives

Clarinesse ?

Pour la quête 
de clarté dans la langue,
de musique dans la voix.