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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 22:55


Discuter, disputer, batailler, raisonner ;
Ne jamais s'absorber tout à fait au combat.
Se battre, parfois oui, à la plume, il le faut.
Mais la réduire à l’arme, c’est la laisser brisée.
C’est tuer l’âme vive : et en l’autre, et en soi.
Convaincre et vaincre : l’un est de trop.


Préserver, à l’écart, l’espace pour le chant
De la contemplation entre deux arguments.
Déployer l’air qui souffle et qui porte les ailes
Au-delà de la boue des tranchées en querelles.
Ouvrir grand la fenêtre et sortir des cohues
Retrouver l’être au monde, hors des foules exiguës.


A l’abri des grands arbres, des hauts ciels insufflant
Leur beauté, majesté oubliée, sous les coups succombant.

Argumenter sans contempler, c'est expirer sans inspirer.


La véhémence de l'idée s'étouffe d'elle-même comme un moteur
Qu’on noie sous des accélérations intempestives.
Rien ne lasse comme la répétition lancinante d’une même rengaine.

Trop d’idées tue l’idée.

Il y faut de l’art. Il y faut du beau. Il y faut du calme et du détour.


Et celui qui s’immerge en entier dans le fracas bousculé du combat des idées s’expose,  démuni si sa cause est vainqueur. Que faire après ?
La guerre appelle la guerre.
Il faut bien occuper les armées oisives.
Il faut bien donner une nouvelle cause à ronger
à celui qui n’a vécu que pour défendre son idéal devenu réalité.
C’est ainsi que le boucher tue le songeur, qui parfois même vivait en lui.
L’idéaliste a un rêve, une vision vaste et pleine ;
le fanatique un horizon aussi bas que les cadavres couchés qu’il laisse sur son passage.

L’adversaire terrassé devient un hôte indésirable.
Nuire à quelqu'un, c'est héberger à jamais sous son crâne
le fantôme de sa victime.
Blesser un homme, c'est se condamner jusqu'à la mort
à vivre avec l'âme du meurtri.
Bien pire que le simple remords, c'est la promiscuité hideuse
imposée avec l'être abhorré.
C'est offrir à sa victime un immense pouvoir sur soi.
C'est lui confier les clefs de son destin.
C'est lui donner le pouvoir d'empoisonner
chaque pensée, chaque parole, chaque sensation.
C'est supporter de ne voir pour toujours le monde
qu'à travers le filtre gris du repentir,
de n'apercevoir le spectacle du réel que derrière l'image
surimprimée derrière ses pupilles, de la Faute irréparable.
C'est, meurtrier, devenir un tombeau vivant.

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Published by Clarinesse - dans Humeurs - rumeurs
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commentaires

Lephauste 01/06/2008 23:56

Bien sur qu'il faut se battre et encore se battre contre tous les moulins d'où ne sortent que des farines impropres à la délectation.

Clarinesse 02/06/2008 00:42



J'en suis essoufflée d'avance.



Loïs de Murphy 01/06/2008 14:20

T'as lu l'Eloge du conflit de Benasayag ?

Clarinesse 01/06/2008 14:38



Non, mais je viens d'aller faire un tour sur le site de l'éditeur, La Découverte, ici :
http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-_loge_du_conflit-9782707152961.html
pour voir de quoi ça cause, et ça m'a tout l'air d'aller dans le sens de quelques papiers d'ici. Du coup, j'en viens à culpabiliser d'avoir supprimé certains commentaires par trop conflictuels,
après avoir culpabilisé de les avoir laissés.
"Should I stay or should I go ?"



Georges F. 01/06/2008 08:26

Hé bé, on en sort tout pensif. et dire que c'est dimanche, et dire qu'il fait beau ! Je me sens soudain un peu tombeau vivant.

Clarinesse 01/06/2008 09:02


Désolée : hier soir, il faisait nuit et il pleuvait. (Attention, je ne dis pas de mal de la pluie, il paraît qu'enfin les nappes phréatiques du sud sont plus renflouées que depuis longtemps. Cette
année, il n'y aura pas besoin de puiser dans les réserves de foin pour nourrir le bétail en plein milieu de l'été. Et quel plaisir de chanter sous la pluie...)
Le prochain numéro, qui aurait dû voir le jour mercredi dernier devrait remonter le moral. Un peu.


luc 31/05/2008 23:58

Fumes, c'est du belge
http://fr.youtube.com/watch?v=cmzGK_RJ9ts

Clarinesse 01/06/2008 09:33


1°) Ouf, j'ai eu peur du conseil.
La preuve ici : http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-16419186.html 
2°) Excellent lien, comme toujours : tu es bien meilleur que Google, car tu révèles les chemins inconscients que l'on ne cherche pas. Mille mercis. Voici donc un petit compte rendu des
fulgurances de Brel le bel :
"Les gens prudents ont plus d'avenir que de présent." J'adore cet éclair !
"Il sont assis et se croient debout."
"Et puis lutter toujours, sans question, sans repos."
Yes, mais lutter, c'est aussi se retrouver sur les hauteurs pour ne pas se perdre dans le désordre de la bataille ; mais c'est bien ainsi qu'il l'entendait.



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