Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 21:28

Une fois de plus guidée par le lumineux conseil de bienveillants lecteurs, c’est à Mister Tea que je dois cette fois la tranquille splendeur d’une découverte essentielle : un poète dont j’ignorais l’existence il y a encore un an, et la texture façonnée de paisibles tourments il y a un mois. 
Toute ma gratitude pour la plénitude simple de cette évidente révélation.

 
                               Hors de portée

Ah, s’il pouvait être de chair vivante, cet homme
Debout sur l’horizon, qui charge les nuages
Dans sa brouette, s’il pouvait emporter un peu
De la boue des jours qui traînent dans les regards
Et les os, dissiper cette ombre en nous
Qui fait tapisserie devant l’indéchiffrable
Partition du ciel et de la terre,
Tu ne piétinerais pas ici derrière la vitre
Comme Jonas au fond du navire malmené,
Priant que la lumière se fasse tout à coup
Et que vire l’accord de toutes choses :
Désirs, joies, souffrances – hors de portée
Comme les voix blanches et noires de la musique.


Guy Goffette, Eloge pour une cuisine de province, suivi de La vie promise
Nrf Poésie Gallimard, p 203.

Partager cet article

Repost 0
Published by Clarinesse - dans Citations fascinées
commenter cet article

commentaires

Tiffauges 19/05/2010 10:48



Je me réjouis de retrouver ici des mots de Guy Goffette. Il était mon instit quand j'étais môme. Pendant les récrés, il nous lisait Don Quichotte, Oliver Twist, les Misérables,... Je garde un
souvenir fabuleux de ces moments qui m'ont fait aimer les mots et les voix. Oh, sa voix ! Et puis, il y a un texte que j'aime particulièrement, "maintenant c'est le noir"... Envie de partager.


Maintenant c'est le noir
Les mots c'était hier
dans le front de la pluie
à la risée des écoliers qui
traversent l'automne et la
littérature
comme l'enfer et le paradis
des marelles


Tu prêchais la conversion pénible
des mesures agraires
à des souliers vernis
des sabreuses de douze ans
qui pincent le nez des rues
et giflent la pudeur
des campagnes étroites


Tu prêchais dans les flammes
du bouleau du tilleul
à des glaciers qui n'ont
pas vu la mer encore
et qui la veulent tout de suite
et qui la veulent maintenant


Maintenant c'est le noir tu
changes un livre de place
comme s'il allait dépendre
de ce geste risible en soi
que le chant te revienne
et détourne enfin
avec la poigne de la nuit
le cours forcé
de ta biographie



Clarinesse 01/06/2010 06:32



Merci de votre visite et bienvenue, malgré le piteux retard de réponse en ce lieu si désaffecté.


Vous avez été l'élève de Guy Goffette ? Mazette ! J'en suis toute impressionnée ! 


Quelle chance inouïe que de grandir sous une telle voix et un tel regard ! 


Merci, vraiment, de partager ici ce bonheur qui éclabousse par delà les ombres et les lieues. !


Et merci de ce texte si doux.


 


PS : Je vous avais rendu plus d'une visite muette, lorsque j'étais plus assidue, il y a quelques temps, parmi les blogs amicaux. 


 



dominique boudou 20/02/2010 21:52


Oui, c'est très bien, Goffette.


Clarinesse 25/02/2010 09:34


Bon, décidément, tout le monde connaît ce monsieur très bien, et il était plus que temps que j'intègre le club de ses fans ! Ouf, j'ai échappé belle à une funeste ignorance ! :)


Slevtar 18/02/2010 20:27


L'indispensable carte mère de mon ordi m'autorisant de nouveau à naviguer, je cours de ce pas à la recherche de cette prometteuse partition.


Clarinesse 25/02/2010 09:33



Eh oui ! Que ferait-on sans sa carte mère, avec son petit nordi orphelin tout désemparé, pas encore sevré, et qui ne sait pas marcher... ?
Heureuse de le savoir adopté par une nouvelle maman-carte ! :)



15/02/2010 13:08



Connais pas mais m'étonne pas que cela vienne de mystèreté.
Je note, merci à vous deux,
;-))



Clarinesse 18/02/2010 19:20


Pas d'quoi. :)
Oui, ce recueil est vraiment somptueux ! Un vrai bonheur !


Brigitte giraud 13/02/2010 22:34


"Elle, par bonheur, et toujours nue" un livre sur le peintre Pierre Bonnard et son amour passion pour sa femme.


Clarinesse 18/02/2010 19:18


Ah ? J'aime beaucoup ce peintre, et, plus encore que ses tableaux dont j'éteindrais parfois un peu la palette, le regard dont ils témoignent. Précieux.


Cahiers Brouillonnants

  • : L'oeil du vent
  • L'oeil du vent
  • : Méditations métaphoriques et pensées en tous sens : philosophiques, esthétiques, poétiques, écologiques et bricoleuses.
  • Contact

Cahiers de l'aube

1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
l'oeil du vent.

2°) Les métaphores, c'est comme les collants. 
Ca file vite si on n'y prend pas garde.

3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

Recherche

Chat échaudé...

Archives

Clarinesse ?

Pour la quête 
de clarté dans la langue,
de musique dans la voix.