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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 06:49

Toute ménagère avisée sait bien que mieux vaut se conformer aux inscriptions qu’arborent fièrement les vêtements sur leurs discrètes étiquettes, telles de post-diluviennes armoiries délavées. Ainsi ne traite-t-on pas un pull en angora comme un jean usé, sous peine de voir la fibre livide rétrécir, difforme et grimaçante sous l’outrage.

Texte ou textile, il en va très exactement de même : matière induit usage. Au morceau tout tissé d’écriture, il faut parler doucement pour qu’il ne se froisse, l’entretenir de ses impressions, repasser si besoin ses faux plis, mais sans trop le brûler.

Tricotons quelques mailles à partir, à l’endroit d’inventaire :

Certains textes sont en bois : ils ne seront polis, souples et doux sous la langue que passés au rabot du brouillon abrasif, du commentaire (en)caustique.

D’autres sont en cristal : le contact trop rugueux des retouches à la lime les ternit. Paille de fer, toile de verre s’abstenir. Attention fragile, pas toucher.

Il y en a aussi d’acier, rougeoyant des brasiers de colère. Ceux-là sont dans la forge, et il est permis d’apporter son marteau : il rebondira sur l’enclume, et le fera résonner plus fort sous les coups, tintement métallique et guerrier, galvanisé d’insurrection.

Au détour du chemin, il arrive parfois que le pied du lecteur - promeneur trouve une pierre qui s’avère encore lave, et s’il choisit de la saisir, aspirant ses fumerolles, enivré comme d’alcool, l’abandon est requis.

Certains écrits sont des ruisseaux, ou des torrents, ou de grands fleuves : refuser au courant de s’y laisser porter, chipoter sur telle feuille qui altère le miroir de l’onde pure, c’est rester sourd au mouvement, c’est se murer dans un autisme condamné comme une porte étouffée.

D’autres encore ont paraît-il des mots si bleus qu’ils insinuent de leurs méandres octopussiens, dans les replis de matière grise, une encre sombre et cafardeuse qui filtre tant l’éclat du jour, qu’absorbé par l’ailleurs de la nuit qui étreint l’étincelle vacillante de l’ici, vous n’êtes plus qu’absence, indigo indécis indigent, dépossédé de forces vives, anéanti par la présence insaisissable d’un Horla qui boit en vous l’eau sans ressources.

(...)

 La liste n’est pas close, et l’esquisse accueillante à toute suggestion.


&&&

Voici donc, d'après M'dame de K : les textes fleurs, embaumant de parfums et de rythmes légers à faire tourner la tête.

Ou d'après Slevtar (sans blog mais en coms) : les textes en soie, caressant de frissons les peaux de sensitives.




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commentaires

Enfantissages 30/12/2009 23:06


Le paragraphe sur les mots bleus, une pure merveille. Ah, chère Clarinesse, je suis bien contente que tu sois venue me chercher! J'ai adoré aussi ton texte sur ton invention du gare-debout.


Clarinesse 31/12/2009 08:21


Waouh ! Tes mots si chaleureux me touchent infiniment, vraiment !
Très heureuse de cette rencontre, et de lire que ce que tu trouves ici te plaît.
Youpi ! :)


Slevtar 28/12/2009 22:22



Ils n'étaient pas du temps des portables et leurs "textos". Plutôt à griffonner au doux d'un billet, comme celui-ci le jour de leur noces d'or :
Elle :
Certains textes sont de soie
quand la main qui les tissent
à ma soif est calice.

Lui :
Tous mes textes sont de toi
tant la faim me dévore
de t'étancher encore.


 



Clarinesse 30/12/2009 00:53


Eh bien ! "Noces d'or" ! Vous ne les faites pas ! :))

Textes de soie pour noces d'or...
"Impressions, matières touchant."
Il y en a qui ont de la chance, que les mots et la vie ne fassent qu'un... !

Admiration...

Jamais entendu duo d'opéra plus émouvant que ces mots-là.
C'est somptueux !



dominique boudou 26/12/2009 09:45


Probablement l'un des meilleurs textes que j'ai lus ici. Les matières de la langue étant quasi infinies je comprends que la liste ne soit pas exhaustive et d'autres correspondances peuvent
s'établir, avec des sons par exemple, pris dans l'univers musical. Il y aurait là un livre à faire, vraiment !


Clarinesse 28/12/2009 00:46


Ah bon ? Soit, alors, merci.
Amusant, c'est comme pour les disserts : parfois, on sort tout content, et on se ramasse un machin terne autour de la moyenne, voire en-dessous. Et inversement, on croit avoir raté, et on décroche
le pompon.

Quant à en faire un lvre, bien d'accord !
Il y a tant de textes ici dont je me dis qu'il faudrait en faire des livres.
Fichu conditionnel !


papet croûton sans blog 24/12/2009 07:16


C'est pourquoi j'ai beaucoup de mal à commenter certains textes. Je ne suis pas sûr de bien sentir l'alliage précieux dont ils sont faits.


Clarinesse 25/12/2009 19:34


C'est très touchant, cette prévenante précaution !
Touchée, donc. Merci !
Et bonne année à vous et à la toute petiote !


madame de K 23/12/2009 17:00


il y a aussi des textes-fleur, peints par petites touches de soie rose et orange, qui enveloppent ton âme de douceur et de chaleur satinée

(sois pas si sombre miss Clarinette ;-)


Clarinesse 25/12/2009 19:29


Fort juste pour les textes fleurs ! Adjugé !
L'adjoindrai à la liste quand j'aurai un tout petit peu plus de temps...
Pis t'en fais pas, pour la luminosité. Dans la carcasse d'ici, c'est comme en Bretagne : il fait beau plusieurs fois par jour, entre les tempêtes et les pluies ! :)


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