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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 23:38
Plus la matière est froide et dure au toucher,
plus il lui faut de chaleur pour se laisser aller à la fusion,
plus elle vous éblouit de sa lumière chtonienne :
un soleil en son ventre.


Pour terminer l’année, éclusons quelques images qui attendent depuis le printemps dernier, de ces deux expériences artisanales puisées au savoir de deux maîtres burkinabés.
Le premier, ès batiks, fut déjà brièvement évoqué.
Le second, bronzier de son état, nous fit manier la sculpture à la cire perdue, répandue dans toute l’Afrique (occidentale au moins) dont j’avais fait la connaissance en Côte d’Ivoire il y a, (déjà, hum !) une douzaine d’années.

On commence par modeler la figure de son choix dans une cire un peu tiédie. Puis on la couvre d’une épaisse gangue d’un mélange d’argile et de crottin, pour que les fibres d’icelui maintiennent une cohésion et limitent les fissures. (Ah, le plaisir de malaxer le crottin chevalin au grand air !) Puis on fait cuire les moules de glaise séchés, afin de les durcir et de laisser la cire s’écouler. De l’autre côté, dans un four de terre façonné à la main, on a fait fondre divers métaux (pas trop vite pour éviter les chocs thermiques qui produiraient des explosions) pour obtenir du bronze liquide. On récupère ensuite le fer, plus léger, qui flotte à la surface. Une fois le métal prêt, on remplit un creuset tenu par une longue pince, qu’on verse dans les moules encore chauds (toujours gaffe aux chocs thermiques).
Très vite, on peut briser le moule et découvrir, un peu ému et plus inquiet encore, l’éclosion des formes mal dégrossies que les mains aussi malhabiles que patientes devront polir des heures durant pour les rendre présentables.

Je ne me risque à poéter sur les couleurs dantesques de ce feu vert et bleu qui fascine comme au seuil des enfers, sur la lave aveuglante qui flambe et passe en une seconde du rouge en four à l’or en moule, sur la résistance de la matière qui impose sa loi d’airain et ne se plie qu’aux gestes qui la choient.


Evidemment, vous reconnaîtrez sans peine les pataudes hybridations de la seule enquiquineuse* du petit groupe qui ne voulut pas suivre les modèles exotiques proposés, lesquels engendrèrent par ailleurs une prolifique descendance d’une douzaine d’éléphants, tortues et autres motifs traditionnels.
*relativement, car très autonome quand même (non, non, toute seule, ça ira, merci).

2009-BronzePerso 111

Mais quelle grâce dans les silhouettes autochtones !
C’est après qu’on se rend compte de la maîtrise nécessaire à la naissance de tant de finesse.

2009-BronzeBurkina 149
Celle-ci est un cadeau du maître de forge : touchée par sa grâce !

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Published by Clarinesse - dans Bricolotrucs
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commentaires

Agnès 28/12/2009 21:55


Il y a de ça quelques années, mon compagnon qui était sculpteur avait construit avec des amis kazacks un four artisanal et votre texte ravive l' émotion que nous avions ressentie à la première
fonte...
C' était une nuit de printemps. C' était comme une naissance...


Clarinesse 30/12/2009 00:50


... Emotion partagée au surgissement de ce souvenir précieux.
Contemplation silencieuse et imaginée de la mémoire en écho.
Comme une naissance, oui.


Brigitte giraud 28/12/2009 18:40


Des sculptures à la cire perdue... C'est très beau cette expression -là !
Puis ce que tu as créé est d'une grâce éperdue. Une rusticité et une noblesse mêlées. Des formes accidentées et harminonieuses. Un paradoxe là que l'on touche, qu'on aimerait toucher en vrai. Je ne
connaissais pas cette technique, "à la cire perdue"....


Clarinesse 28/12/2009 19:44


Oui, même si la cire (euh, autant que je le sache, suis pas une spécialiste) est toujours (?) utilisée pour façonner un moule de l'intérieur et le libérer ensuite en fondant, la caractéristique de
"la cire perdue" vient de ce que l'on modèle directement la cire : il n'y a pas de figure initiale en dur dont elle ne serait ensuite qu'une réplique, une étape reproductive.
Chaque sculpture est donc unique, puisqu'il faut tout recommencer depuis le début : la cire a fondu, le moule est cassé. Au boulot ! Au suivant !


Sylvaine 28/12/2009 18:35


Forge...ou valse à 800° 4ème photo de Poem...j'ai assisté et photografié toute cette alchimie qui est d'une fragilité minutieuse dans la précision des instants qui ne se ressemblent pas de la
fusion à la réalisation.  V'là Ayron qui sera content et tout ceux qui te lisent...
Bonne fête au chaudron ! à Ayron et ton fils...s'appelle pas Vulcain ! oh


Clarinesse 28/12/2009 19:40


Waouh ! Serais curieuse de voir tes photos sur le sujet !
Jamais photographie n'aura mieux mérité son nom, "écriture de lumière".
Y a pas plus poète que la langue toute nue.


papet croûton sans blog 28/12/2009 18:34


La fusion du verre n'est pas mal non plus, d'autant qu'on peut le modeler (enfin, pas avec les doigts !), le réchauffer, le reprendre...
C'est autre chose, mais tout aussi fascinant, je trouve...


Clarinesse 28/12/2009 19:36


Oui, je me souviens avoir visité la verrerie de Soisy-sur-Ecole, et pour avoir un cousin qui travaille à la cristallerie de Baccarat, j'ai eu quelques émerveillements.
Somptueux, oui, ces bulles de feu lisse et sans flamme, cette "liquescence" (sais pas si ça existe, mais déliquescence et liquéfaction sont également insatisfaisants, alors zut... :) du verre qui
se découpe, se file, se souffle,...
Hommes fils du feu, toujours aussi vrai depuis Prométhée.


Ayron 28/12/2009 15:46



Une image valant 20.000 mot et un film valant 24 images/secondes…


 


Voici un aperçu d’une coulée à la Fonderie de Coubertin, l’une des plus fameuses, sinon la plus réputée d’Europe (ils ont coulé la monumentale « Porte de l’enfer » de Rodin). On y voit
vers le milieu, la coloration d’un bronze (la patine) , puis une épreuve des « Lutteurs d’Ousmane Sow. :


http://www.youtube.com/watch?v=2qCQMV-lGQw


 


Et une explication très pédagogique de l’ensemble du procédé ici  (avec il me semble, un petit zeste d’accent québécois) :


http://www.youtube.com/watch?v=0VTtTm8_L1A&NR=1


 




Clarinesse 28/12/2009 19:31


Y a du Rodin chez Ousmane Sow. Je suis une abominable ignare en art contemporain, mais ce sculpteur-là, my Godness, il est grandiose !

Merci de ces informations sur toutes les étapes du bronze.
En particulier sur les finitions.
Eh ben forcément, je pouvais toujours essayer d'y arriver, à ce poli si lisse :
z'avais pas de chalumeau !
Quant à la patine à l'acide, la version artisanale consiste à faire pipi dessus.
Hum, et sur ce, je me sauve.


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