Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 23:38
Gracq ou Duras ?
Petit écho en réponse aux commentaires durassiens de Richard Andrieux sur l'article gracquien qui précède.

Rappel :
" - Un jour, Marguerite Duras a déclaré :
« Savoir écrire, c’est assez simple ; il faut aimer le whisky, et savoir rayer »
Et c'est ainsi qu’elle vécu, entre... litres et ratures.

- Ca tombe mal. Je n'aime pas l'alcool (pour ma conso personnelle. Aucune velléité prohibitionniste, rassurons-nous.). J'ai toujours pensé que mes neurones avaient la capacité de s'imbiber tout seuls comme des grands, sans l'aide d'aucune chimie psychotropique du cancer.
Qu'importe la boisson, pourvu qu'on ait l'ivresse. 
On peut très bien avoir l'air complètement pompette à côté d'une tasse de thé.
Pour les ratures, fort juste. Et ce cher traitement de texte permet de le maltraiter, justement, sans laisser de traces. Un vrai rêve de tortionnaire.
- Et que faites-vous alors de votre pudeur........vous la noyez dans votre thé????
- Comment ça, ma pudeur ??!! Mais je la noie où je veux !
Dans l'encre le plus souvent.
Et il arrive même parfois que je ne me souvienne plus où je l'ai cachée,
 tant j'ai à coeur qu'on ne la voie pas. Par pudeur, bien sûr.
- Si Duras n'a jamais pu écrire que dans l'ivresse, c'est pour dépasser cette non acceptation d'elle même, de ses maux et de ses mots.
le prix de l'honnêteté peut être lourd, très lourd...
- Certes oui, l'honnêteté, ça peut être lourd à porter, mais est-on pour autant obligé de se shooter pour prouver qu'on est honnête ? "
Ce débat méritant discussion, passons au salon,
si vous voulez bien me suivre, après ces préambules de vestibule.
Sortons la question du sous-sol des commentaires pour lui offrir de siéger sur un article plus moelleux. Ah, les commodités de la conversation..."

D'abord, l'honnêteté trop fort claironnée ressemble un peu à une pose idéologique qui peut agacer.
Rappelons l'irritation de Desproges face à Duras :
"Hiroshima, mon amour ! Pourquoi pas Auschwitz mon loulou ?"
Il n'a pas tort.
Ensuite, je ne pense pas que Duras buvait pour maintenir à flot son écriture et son honnêteté. Elle buvait pour porter une enfance désastreuse, ravagée par ce barrage sans cesse rompu par le Pacifique, sans cesse brisant les forces de sa mère. Pour survivre malgré les horreurs de la guerre et des totalitarismes, malgré la misère de la colonisation.
Incapable, jusqu'à la fin, de supporter le spectacle insoutenable des malheurs du monde au journal télévisé.
Loin de moi l'idée de la juger sur ce qu'elle choisit d'absorber ou pas, soyons clairs.
Chacun est libre, fondamentalent, foncièrement, viscéralement, d'utiliser tous les moyens qu'il veut pour extraire de son for intérieur les potentialités de son génie et de son bonheur, à l'unique et exclusive condition de ne pas nuire à autrui.
Par contre, me sentir obligée d'adopter des poses d'artiste pour me sentir ou me faire accepter comme telle, non merci. J'ai assez fréquenté les cercles intellos et estudiantins parisiens pour avoir senti le poids de ces diktats snobinards et mondains.

Et puis, entre l'ordre et la grâce du souffle, je refuse de choisir.
Entre l'apollinien et le dionysiaque, nul n'est besoin de tuer l'un pour faire vivre l'autre.
Comme celui du poète maudit, le mythe de l'artiste brouillonnant dans son antre a la vie dure.
A peine peut-on prétendre au rang convoité des inspirés si l'on n'en a pas les défauts : désordre congénital, humeurs virulentes, dépendances enfumées et imbibées.
Cette panoplie est un uniforme comme d'autres, dans lequel je refuse de me laisser embrigader.
Non, non, on peut bien à la fois faire régner sur les choses un ordre méticuleux de maniaque, sur son personnage social un flegme de buveur de thé, et laisser au-dedans le tumulte bruyant des idées se débattre. 
Spirituel sans spiritueux.
Après m'être contrainte pendant des années à accepter les coupes de champagne qu'on me tendait pour ne pas voir la moue consternée d'incompréhension qui se dessinait dès que j'esquissais un mouvement de refus, je considère aujourd'hui que je suis assez grande pour décider que mon estomac n'a pas à absorber ce que lui imposent les rites sociaux non validés par mes papilles.
De même qu'il y a une sorte de coquetterie du littéraire à avouer une aversion viscérale pour les mathématiques auxquelles il est de bon goût de professer son allergie, de même doit-on absolument s'épanouir dans le bazar et l'alcool.
Et non, je me suis toujours beaucoup amusée à traduire des problèmes en équations et à les résoudre, à calculer le jeu des vecteurs forces combinant leur mécanique.
Je considère une flânerie en forêt bien plus libératrice des forces vives de la création que la bouffée d'une cigarette ou une gorgée alcoolisée.
Tous les poètes ne sont pas des buveurs de whisky.
Tous les savants ne sont pas des Professeur Tournesol.
La mise en ordre avant la mise en mots. 
La mise en boîte avant la mise en grâce.
Le classement des choses comme propédeutique à la classification des idées.

La même face d'une médaille peut avoir plusieurs piles.
Réciproque du théorème, énoncée par Hemingway 
dans
Pour qui sonne le glas ?:

"Ce n'est pas parce qu'on est manchot qu'on est la Vénus de Milo."
Ce n'est pas parce qu'on boit de l'absinthe qu'on est Verlaine.
(Plus fade que sa boisson, soit dit en passant.)
Ce n'est pas parce qu'on ne s'enivre pas de chimie
qu'on ne s'enivre pas de mots.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

joruri 12/05/2008 08:59

Ca commence à nous faire un sacré paquet de points communs... : ))

Clarinesse 12/05/2008 09:10


Il semblerait...


richard 24/04/2008 01:03

c'est beau comme du Duras a jeun...:o)

Clarinesse 24/04/2008 14:16



Voyez-vous ça ?
Z'allez devoir revenir sur votre position parce que la prochaine ponte risque d'évoquer la liqueur offerte par les montagnards aux Bronzés sans leurs skis. On the ring and on the rocks.
PS : Ah ben non, finalement, il y a un autre papier qui lui a grillé la priorité.



richard 23/04/2008 22:58

difficile d'y voir clair...
mais bon, il vaut mieux avoir l'oeil à vent que la pupille après...

Clarinesse 23/04/2008 23:17


J'vas vous aider à y voir Net, sur le Web, môa. Suffit d'aller fouiller dans le capharnaüm des commentaires de cet article-là :

http://laminute.canalblog.com/archives/2008/03/15/8284184.html#comments

Bécassine.



richard 23/04/2008 20:27

L'oeil du vent, c'est avoir un tivite conjonc...????:o)))

Clarinesse 23/04/2008 22:52


Psytacisme interblogosphérique :
1°) Non mais oh, y fait rien qu'à m'embêter çui-là ! Est-ce que j'ai l'air d'avoir une paille dans l'oeil ?
2°) C'est pas parce que je conjonc tivite, euh, que je conjugue très vite que je vais pouvoir poster mon prochain article avant minuit ce soir avec ça. Y en a qui bossent !
3°) Après mon pseudo, v'là qu'on s'attaque au nom du site, maintenant ! Bouh !
4°) Devinette : comment diantre est-il possible de tourner en dérision une si musicale clarinesse ?


Jovialovitch 23/04/2008 15:16

Ton article me fait penser qu'il m'est arrivé jadi d'écrire des Nouvelles complètement bleu... et le résultat était loin d'être rimbaldien...

Cela dit, ta reflexion m'a donné une idée de "journal intime". Et je m'en vais l'écrire tout de suite : bien sûr, elle te sera dédié !

Jovialovitch, ou le pouvoir d'influence suprême

Clarinesse 23/04/2008 18:52


a) Avant lecture : oh là, je piaffe d'impatience de lire l'opus.
b) Après lecture : ma capacité d'autodérision étant limitée, je suis partagée, voire déconcertée. Je ne pensais pas déclencher par cet article-boutade tant de virulence.
c) Après rectification : merci de cette dédicace qui me touche beaucoup.


Cahiers Brouillonnants

  • : L'oeil du vent
  • L'oeil du vent
  • : Méditations métaphoriques et pensées en tous sens : philosophiques, esthétiques, poétiques, écologiques et bricoleuses.
  • Contact

Cahiers de l'aube

1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
l'oeil du vent.

2°) Les métaphores, c'est comme les collants. 
Ca file vite si on n'y prend pas garde.

3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

Recherche

Chat échaudé...

Archives

Clarinesse ?

Pour la quête 
de clarté dans la langue,
de musique dans la voix.