Samedi 31 mai 2008


Discuter, disputer, batailler, raisonner ;
Ne jamais s'absorber tout à fait au combat.
Se battre, parfois oui, à la plume, il le faut.
Mais la réduire à l’arme, c’est la laisser brisée.
C’est tuer l’âme vive : et en l’autre, et en soi.
Convaincre et vaincre : l’un est de trop.


Préserver, à l’écart, l’espace pour le chant
De la contemplation entre deux arguments.
Déployer l’air qui souffle et qui porte les ailes
Au-delà de la boue des tranchées en querelles.
Ouvrir grand la fenêtre et sortir des cohues
Retrouver l’être au monde, hors des foules exiguës.


A l’abri des grands arbres, des hauts ciels insufflant
Leur beauté, majesté oubliée, sous les coups succombant.

Argumenter sans contempler, c'est expirer sans inspirer.


La véhémence de l'idée s'étouffe d'elle-même comme un moteur
Qu’on noie sous des accélérations intempestives.
Rien ne lasse comme la répétition lancinante d’une même rengaine.

Trop d’idées tue l’idée.

Il y faut de l’art. Il y faut du beau. Il y faut du calme et du détour.


Et celui qui s’immerge en entier dans le fracas bousculé du combat des idées s’expose,  démuni si sa cause est vainqueur. Que faire après ?
La guerre appelle la guerre.
Il faut bien occuper les armées oisives.
Il faut bien donner une nouvelle cause à ronger
à celui qui n’a vécu que pour défendre son idéal devenu réalité.
C’est ainsi que le boucher tue le songeur, qui parfois même vivait en lui.
L’idéaliste a un rêve, une vision vaste et pleine ;
le fanatique un horizon aussi bas que les cadavres couchés qu’il laisse sur son passage.

L’adversaire terrassé devient un hôte indésirable.
Nuire à quelqu'un, c'est héberger à jamais sous son crâne
le fantôme de sa victime.
Blesser un homme, c'est se condamner jusqu'à la mort
à vivre avec l'âme du meurtri.
Bien pire que le simple remords, c'est la promiscuité hideuse
imposée avec l'être abhorré.
C'est offrir à sa victime un immense pouvoir sur soi.
C'est lui confier les clefs de son destin.
C'est lui donner le pouvoir d'empoisonner
chaque pensée, chaque parole, chaque sensation.
C'est supporter de ne voir pour toujours le monde
qu'à travers le filtre gris du repentir,
de n'apercevoir le spectacle du réel que derrière l'image
surimprimée derrière ses pupilles, de la Faute irréparable.
C'est, meurtrier, devenir un tombeau vivant.

par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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Vendredi 30 mai 2008


"La barbarie civilisée poubellise l'univers. La terre ?
Un bauge où des verrats enrichis se vautrent
dans leur graisse empuantie de pus honorifrics."
 (Joruri, in http://gresils.sosblog.fr/Dires-b1/Poeme-de-fin-mai-b1-p382.htm )

Voici quelques idées de petit bois à allumer en contre-feu dans la lutte contre le grand brasier pétrolier.

Prêcher des convaincus, ça fait plaisir, ça donne de l'énergie, mais ça ne sert pas la lutte. Voyons donc ce que disent les voix d'outre terre.
 
L'un des grands arguments des négateurs du réchauffement ou de la causalité humaine de celui-ci consiste, pour discréditer le discours des chercheurs actuels, à ressortir les prévisions, vieilles parfois d'une trentaine d'années, des experts qui ont eu l'imprudence d'assortir leurs conclusions, justes souvent sur le fond, d'un calendrier quantifié.
Evidemment, la complexité des systèmes climatiques ne peut qu'introduire des facteurs d'erreurs qui invalident, sur un plan superficiel, leurs vues.
Ainsi a-t-on pu constater que le seuil de fonte des glaces arctiques prévu il y a peu encore pour dans une cinquantaine d'années était déjà atteint aujourd'hui.
Ca fait chaud dans le dos et ne fait que donner, hélas, plus de force encore à leurs analyses.

De plus, ils tentent de noyer le poisson en rappelant, justement sur le fond, mais de façon pernicieuse dans la forme, que focaliser l'attention et les craintes de l'opinion publique sur le réchauffement climatique et les émissions de CO2 conduisent à détourner sa vigilance d'autres questions cruciales :
les  diverses pollutions chimiques, les OGM, etc...
La perverse force de conviction de ce sophisme vient de sa vérité de fait, mais de sa traduction délirante en termes de complot : il s'agit certes d'une conséquence indésirable, mais non d'une intention délibérée.
Et même si certains pollueurs ne contribuant pas à l'effet de serre s'en réjouissent, même si d'autres drames écologiques se jouent, 
s'ensuit-il que le réchauffement global soit à négliger ?

En outre, que celui-ci ait, entre autres, des causes naturelles est véridique, dans un système aussi complexe que l'atmosphère terrestre et ses variations, où les causalités s'enchaînent les unes aux autres et se déclenchent mutuellement : l'augmentation des émissions de méthane, de CO2 et autres gaz fait grimper la température qui fait grimper le taux de CO2 etc...
S'ensuit-il cependant qu'il faille continuer à l'alimenter au lieu d'essayer de le compenser, et raisonner en termes aussi aveuglément binaires ?

Autre sophisme faussement rutilant arboré sur leurs armoiries :
les pays émergents pollueraient bien plus que les états développés qui ont conçu, grâce aux dernières innovations techniques, des moyens de production et de transport plus propres.
Certes, les vieilles guimbardes dont l'Europe se débarrasse en Afrique ou ailleurs et qui continuent à rouler sur les routes défoncées à vingt ans ou plus polluent davantage que les derniers modèles équipés de moteurs plus économes ; certes aussi, se chauffer dans des équipements de fortune au fuel par exemple, pollue plus que les dernières chaudières à condensation les plus élaborées.

Et alors ? En quoi ces remarques basiques apportent-elles la moindre goutte d'eau saumâtre à leur malsain moulin ?
Feindraient-ils donc de croire et de faire croire que tous les écologistes sont hostiles au progrès technique ? Qu'ils prônent un retour à l'âge de pierre ?
Alors même qu'ils sont à l'origine du développement des dernières innovations technologiques afin de tirer partie des énergies renouvelables : le solaire, l'éolien, les pompes à chaleur.
Oui pourtant, si la totalité de la classe moyenne émergente en Asie troque son vélo pour une voiture, il y a de quoi s'inquiéter.
Et c'est bien pour cela qu'il faut conceptualiser un développement raisonné, et non s'y opposer frontalement.
La hausse du prix du pétrole a ainsi fait baisser sensiblement l'usage par les particuliers de leur voiture, ainsi que le trafic aérien, rendu peu à peu inabordable par le coût du carburant. Youpi ! Je me réjouis bien de ne plus sortir que mon vélo pour aller au boulot.

Enfin, la question de la finitude des ressources reste, par eux, toujours éludée.
Quelles que soient l'intensité et la causalité du réchauffement, il demeure pourtant que la rondeur de la terre en fait un espace par définition limité, exigu bientôt, et que continuer à pomper inconsidérément des ressources sans raisonner sur la gestion de leur amaigrissement constitue simplement un manque cruel et délibéré de bon sens et d'honnêteté.
Prendre au pied de la lettre l'injonction génétique (de la Genèse) :
"Croissez et multipliez-vous", et servez-vous sans compter dans la Création devient criminel, comme les famines qui recommencent à sévir le prouvent.


Continuons à  nous enrichir, quitte à tout saccager.
Qu'importe si je vide la Terre, puisque je remplis mon portefeuille ?
Rien ne se perd ! De quoi se plaignent-ils ?
De simples vases communiquants, rien de plus !

Nul besoin d'invoquer une diabolisation dont ils se gargarisent, se posant complaisamment en victimes, exactement comme ces élèves insupportables qui viennent ensuite pleurer et s'indigner que c'est toujours eux qui prennent. Les pauvres choux !




par Clarinesse publié dans : Ecolonomie
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Mercredi 28 mai 2008

(Note préliminaire :
Il n'y a pas moyen. Pas moyen de domestiquer la course du temps à l'aide d'un quelconque programme.
A chaque fois que j'ai l'intention de mettre en ligne un article bien entamé, il y en a toujours un autre pour lui griller la priorité. J'y peux rien. Chronos ne veut pas se laisser dompter. )

Dans la rubrique :
"Mais comment font-ils donc pour ignorer à ce point où nous courons tous ?", c'est fou ce qu'on pourrait décerner comme palmes d'or du plus crétin dévoreur de ressources du monde.
Sur le podium, une certaine chanteuse canadienne dont le coffre n'a rien à envier à celui d'une voiture familiale est assez bien placée.

Il semblerait donc que la dame consomme pour son ranch plus de 29 millions de litres d'eau par an, ce qui revient à peu près à 80 m3 d'eau par jour, soit une piscine de deux mètres de profondeur pour vingt de long sur deux de large.

http://www.palmbeachpost.com/treasurecoast/content/tcoast/epaper/2008/05/24/m1a_tcwater_05251.html?imw=Y

Et pour ceux qui douteraient encore :
a) de la réalité du réchauffement climatique
b) de la responsabilité de l'activité humaine dans celui-ci,

sachez qu'il y a un rapport strictement proportionnel entre le taux de CO2 dans l'atmosphère et la température d'icelle, qui est établi sur plusieurs millénaires, comme le prouve la courbe ici présente :


Comme il est incontestable (sauf pour ceux qui nient tous les phénomènes ayant un rapport avec le gaz, qu'il soit en chambre ou en atmosphère,  suivez mon regard...) que les transports et l'industrie humaine, sans compter la démographie incontrôlée et préoccupante de notre espèce, constituent aujourd'hui la source la plus écrasante de CO2 sur la planète, il apparaît urgent, selon le bon sens le plus élémentaire, de faire tout ce qu'on peut pour en diminuer les émissions.

En effet, ceux qui remettent en cause la dangerosité du réchauffement climatique arguent du fait que la planète a connu, y compris depuis que l'homme en occupe la surface, d'importantes variations climatiques,
- comme le réchauffement du XIIe siècle auquel le Groënland doit son nom : le Green Land, ou Grüne Land, le pays vert, qui permit à des colonies vikings de s'y implanter et d'y prospérer.
- ou le petit âge glaciaire des XVIIe et XVIIIe siècles.

Certes oui, la Terre et son atmosphère ne sont pas des données invariantes de l'univers. Le taux de CO2 a subi des variations importantes, dues à des causes naturelles, comme par exemple l'activité volcanique. Mais il n'en reste pas moins vrai que jamais le taux de CO2 n'a été aussi haut, et de très loin, que ces dernières années, et que l'incommensurable inertie que constitue la complexité du système climatique nous laisse attendre des lendemains qui chauffent pour notre canicule.
Certes encore, la Terre en verra d'autres. Des espèces animales disparaîtront, d'autres prolifèreront ou apparaîtront. Il ne s'agit en effet pas de prôner un conservatisme de directeur de musée, de faire de la Terre entière une réserve figée interdite d'évolution.
Mais il se trouve qu'une espèce en particulier risque fort d'en pâtir grandement : la nôtre, et sa civilisation dont on sait depuis Valéry et la Première Guerre Mondiale qu'elle est bien mortelle.

par Clarinesse publié dans : Ecolonomie
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Mardi 27 mai 2008

Afin d'éviter tout malentendu, nous commencerons par une mise au point capitale sur un point essentiel de l'orientation existentielle de ce site.
Question politique ? métaphysique ? esthétique ?
Que nenni. Question pataphysique : je suis nulle en cuisine.
Voilà qui est dit.
C'est, une fois de plus, le rapport à la temporalité qui m'insupporte dans la préparation de ce qui est destiné à être englouti plus ou moins rapidement.


1°) Il faut anticiper. Problème majeur.
a) Savoir plusieurs jours à l'avance ce qu'on va devoir préparer pour pouvoir acheter les ingrédients nécessaires requiert des capacités d'organisation auxquelles mon absorption totale dans l'instant me rend cruellement inadaptée.
Incapable de préméditer quoi que ce soit, y compris un pot au feu.
b) De plus, comme un enfant qui a du mal à quitter ses jeux pour répondre à l'appel lancinant de l' "à table", il m'est souvent très difficile de m'arracher à mes occupations passionnantes (ménage, bricolages divers, éducation du rejeton, écritures en tous genres) pour penser, une heure à l'avance, à ce qu'on pourra bien manger le soir.


2°) Le rapport de durée préparation  / consommation
me déprime à l'avance.
a) Ars longa, vita brevis.
J'ai toujours adoré bricoler, passer des heures à façonner des bouts de bois, de carton ou de tissu, parce que la résistance de la matière est gage de la pérennité de l'oeuvre achevée, même si la plupart des élucubrations obtenues sont loin d'être impérissables.
Des traces des forfaits ici :
http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/album-1088179.html
Il y a du Parnasse là-dedans : "Vers, marbre, onyx, émail."
Ce n'est point hasard si Théophile Gautier n'a convié la pâte à pain et le gigot d'agneau à cette énumération.
En moins éthéré, je reprendrais bien aussi à mon compte la devise d'Harpagon :
"Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger."
Ceci dit, qu'on ne se méprenne pas. La gourmandise n'est point le péché capital dont je sois le moins à l'abri.
(Quoique, y en a-t-il vraiment ?

Voyons voir : la paresse, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie. A y vite réfléchir, nulle ne m'est étrangère complètement.
A damner sur le champ. Mais nous nous égarons. Il va bien me falloir rôtir quelques dindes sur le fourneau avant d'y passer à mon tour en enfer.)

Je ne rechigne donc point aux plaisirs de la bonne chère, loin de là. Mais il se trouve que je me régale davantage d'un bon sandwiche amoureusement confectionné que d'un coq au vin mariné pendant trois heures. Voilà tout.
Rassurons-nous, j'essaie quand même de faire des efforts pour ne pas empoisonner les cobayes dévoués qui prennent le risque de se laisser inviter.
b) Enfin, le temps de cuisson est, hélas pour mes proches, souvent synonyme de combustion avancée ou de déliquescence affligeante.
Que préférez-vous ? Nouilles trop cuites ou courgettes carbonisées ?
Totalement incapable de suivre une recette, donc de programmer un temps de cuisson fixe, j'en suis réduite à devoir surveiller les opérations, ce qu'évidemment j'oublie au bout de deux minutes, reprise par le fol cours de mes pensées et des multiples tâches domestiques ou romantiques entamées.
La preuve ici encore :
http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-16490707.html
Donc, passer des heures à mitonner ce qu'on mettra dix minutes à avaler, ne me réjouit pas plus que ça la fibre littéraire.


3°) Dépassement dialectique.
(Vous remarquerez le plan dissertatif en trois parties applicable quel que soit le sujet)

En bricolage comme en cuisine, c'est, chez moi, la main qui guide la tête et non l'inverse. Rien ne me réjouit plus que d'improviser avec les moyens du bord. Impossible d'obéir à un patron, fût-il de papier, ou de suivre une recette :
- d'abord parce que je n'ai jamais tout ce qu'il faut sous ladite main.
- ensuite, parce que tenir compte des goûts et dégoûts de chacun conduit toujours à remplacer la moitié des ingrédients par d'autres.
- enfin, ce n'est pas parce qu'on se trouve dans une cuisine qu'on change subitement de caractère et qu'on va devenir d'un seul coup de cuiller à pot docile aux modes d'emploi concoctés par d'autres sans me demander mon avis. Non mais quand même !

Il s'ensuit donc :
a) que je pourrais presque finir par inventer des recettes d'omelettes sans oeufs ou de tartes sans pâte.
b) que je suis la reine des quiches (au propre et au figuré, mais je vous en prie) qui ont l'obligeance extrême de se plier à toutes mes lubies avec la plus parfaite docilité. Tenez, demain, ce sera poivrons et feta.
La semaine dernière, c'était brocolis et chèvre.
Ca bêle de partout dans cette maison...
c) Et qu'il n'y a guère, sinon, que les recettes sans cuisson qui sont épargnées par mon inaptitude congénitale à l'organisation.


Conclusion.
En guise de récompense (ou de punition, c'est selon) pour avoir consciencieusement mené jusqu'au bout la lecture de cet indigeste pensum :

la recette du tiramisu sans boudoirs, sans café et sans alcool.  Si, si !
Si je prends la liberté éhontée de vous faire part de cette aberration, c'est qu'après l'avoir recopiée maintes fois à la demande de ceux qui y ont goûté, il me semble qu'il est temps de figer pour l'éternité numérique la formule de cette émulsion magique.
Explications d'abord : un certain nombre des convives habituels n'aimant ni le café, ni l'alcool,  je les ai remplacés par de la vanille et de la fleur d'oranger.
De plus, un jour de panne de boudoirs, je leur substituai des petits beurres : bien meilleur !
La voici donc, sans vouloir concurrencer les pages marmite
de Moches et Râteaux.
250 g de mascarpone (quand même, l'hérésie a ses limites)
100 g de sucre
3 oeufs
un demi paquet de petits beurres.
deux bonnes cuillerées à soupe (ou plus si affinités)
d'eau de fleur d'oranger et de vanille.
du chocolat en poudre pour la déco (mais c'est facultatif.)
D'un côté, battre les blancs d'oeufs en neige.
De l'autre, mélanger tout le reste (sauf les biscuits bien sûr).
Attention, le mascarpone, à mi-chemin entre la crème fraîche, le beurre et la cancoillotte possède un haut pouvoir de gluance dont il faut se méfier.
(Afin d'éviter de passer vingt minutes à essayer de décoller du pot, puis de la cuiller la masse visqueuse de ce sous-produit laitier, mieux vaut choisir la stratégie propre à circonvenir l'ennemi. Il s'agit de désolidariser la crème du pot en créant un appel d'air, mais deux écoles s'affrontent :
a) Ceux qui percent le contenant :
 les partisans de la tactique dite du "Flamby démoulé", préconisant de perforer le fond du pot et de laisser la gravité se charger de laisser choir pitoyablement le corps déconfit du délit dans le saladier.
b) Ceux qui percent le contenu :
les partisans de la récup' des pots en tous genres auxquels lacérer un récipient crève le coeur. Il s'agit alors d'adopter un tour de main d'une dextérité que nous envierait Stradivarius lui-même, en invitant sans hâte, pot retourné, d'une grande cuiller plantée jusqu'au tréfond, et c'est là qu'est l'art, au coeur même de la substance convoitée - et non en son tour, comme le naïf néophyte serait tenté de se laisser enduire d'erreur - la masse solidaire et néanmoins fondante de ce machin, à bien vouloir glisser doucement le long des parois de l'abri exigu de son pot pour envahir celui plus ample du creuset dont l'alchimie exaltera sans retenue ses parfums.
Imaginez l'opération délicate que constituerait le fait d'ôter à l'une de ces créatures débordantes de Botéro un collant bien ajusté, si l'on considère qu'elle y laisse en même temps sa peau.)
Une fois les éléments enfin réunis, vous pouvez touiller sans vous lasser le mélange jusqu'à fusion complète et homogène de tous ses atomes.
Il est alors temps de mêler délicatement les oeufs en neige au reste, puis de disposer en tranches, façon lasagnes, biscuits et crème.
Vient la partie que je préfère : laisser reposer le tout pendant au moins trois heures au frais, pendant que vous vous précipitez sur l'aspirateur et sous la douche (l'inverse est déconseillé : sous l'aspirateur, c'est un peu lourd et poussiéreux, et sur la douche, c'est un peu acrobatique) afin que votre maison brille de mille feux pour les invités, mais pas votre nez.

par Clarinesse publié dans : Bricolotrucs
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Dimanche 25 mai 2008
Les plus grands ennemis d'une idée ne sont pas ses adversaires,
mais ses défenseurs extrémistes, dont l'outrance la discrédite définitivement.
par Clarinesse publié dans : Pôle éthique et politique
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Vendredi 23 mai 2008

FUSION.


 

Quand la forme défaille sous l'effort des volumes,
La couleur en coulures de ses détours allume
Le dessin. Contamine contours et contrastes
Pour éclairer le trait de fusions et de fastes.
De la naissance du pigment 
Vient la nuance du tourment.
Froide ligne propose,
Teinte chaude dispose.
L'eau s'enfuit dans les nues et les ciels,
En pesanteur ascensionnelle
Echappe à l’agressif et acide incendie du citron.
Contagion
.
 

Version pouétisante de l'éternelle querelle 
entre les poussinistes "dessinistes" 
et les rubenistes coloristes.
Tenants du trait contre alliés de la couleur,
L'ordre contre le mouvement.


Exhumation ter repetita.

par Clarinesse publié dans : Echappées poétiques
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Mercredi 21 mai 2008

Ceci n'est pas de l'art. Tout au plus son enfance.


Chose promise à certains, chose due et imposée à tous.

Avec une mère si prompte à s'enflammer,
quoi d'étonnant à ce que le fils ait la passion des camions de pompiers ?
Ah ! les méfaits de l'éducation...
Désolée.
par Clarinesse publié dans : Enfantillages
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Mardi 20 mai 2008
Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime bien cette date.
Le vingt mai, ça sonne clair, ça sonne simple.
Version gastronomie : vins, mets, ça vous met en appétit.
Version discussion : vains mais, ça vous dissuade de trop causer.
Et puis, j'ai beau n'avoir aucune affection pour la course du temps
qui m'insupporte tout à fait lorsqu'il clôt un jour trop vite
et m'indiffère absolument lorsqu'il clôt une année,
j'aime bien ces paroles que j'aurais presque envie de vous chanter :

"Que l'année entière
Vous soit douce et légère
Et que l'an fini
nous soyons tous réunis."

Même si je trouve consternant ce besoin
de faire pétarader des explosifs sous prétexte
qu'on change d'année sur le calendrier
ou de faire marcher le commerce de façon inconsidérée sur commande
sous prétexte qu'on vieillit et qu'on tourne une année de sa vie,
voilà, je profite de l'occasion pour vous dire que z'aime beaucoup
mes z'amis de la blogosphère.




par Clarinesse publié dans : Epistolaire
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Lundi 19 mai 2008
Ou les vertus et les limites du dialogue argumenté.

Face au déferlement de commentaires pour le moins contestables (même si tout commentaire ne se doit pas d'opiner du bonnet) sur le dernier article politique de ces lieux, se pose une question déontologique.
Que faire face à des thèses qui apparaissent, au fur et à mesure qu'elles se dévoilent, de plus en plus périlleuses ?

Plusieurs options possibles :

1)  Le silence, lequel consiste :
- soit à effacer le commentaire, ce que je ne me permets pas de faire, la moindre des choses étant d'accorder à autrui la liberté d'opinion qu'on revendique pour soi-même.
- soit à ne pas répondre, ce dont je me sens parfaitement incapable. (Les élèves le savent d'ailleurs fort bien et en profitent, puisque je ne laisse jamais une question posée sans réponse, même si je viens de décider le contraire deux minutes plus tôt. La machine à expliquer en moi est plus forte, toujours, que la machine à discipliner. Il faut que je change de métier. )

2)  L'anathème, l'excommunication, la mise à l'index, etc... Ce serait parfois tentant si d'autres n'en abusaient pas de façon inconsidérée, vidant toute dénomination insultante de son contenu conceptuel. Garder toujours en mémoire les slogans galvaudés du type "CRS-SS" que je trouve abominablement insultants pour les véritables victimes des véritables SS. Sans compter que la répartie crétine des cours de récréation fonctionne ici : "C'est celui qui l'dit qui l'est". Oui, traiter de fasciste tout contradicteur transforme de fait le discours de l'imprécateur en accusation totalitaire.

3) Reste le dialogue, dont le choix initial s'impose à tous ceux qui ont lu ne serait-ce qu'une parole de Socrate.

I°/ Vertus.

a) Rien de tel que la nécessité de répondre à un contradicteur pour approfondir sa propre pensée.
Sans parler des plumes alliées offrant leur éclairage nouveau à une idée qu'elles revivifient de leur propre alchimie du verbe.

b) Rien de tel non plus que de faire parler ("nous en avons les moyens" sur ces blogs bénits des bavards) son adversaire pour en sonder les coeurs et les reins et le pousser dans ses retranchements.
Quelle meilleure chance de démontrer l'invalidité d'une thèse que de l'amener à en déployer les moindres zones d'ombre dans la lumière publique des forums de discussion ?
Sans même avoir besoin de préméditer quelque piège que ce soit, il apparaît évident que laisser parler l'adversaire permet, s'il s'avère effectivement  
qu'il a tort, de récupérer toute l'énergie des arguments contrés pour alimenter son propre discours, selon le principe bien connu des arts martiaux.

II°/ Limites.

 a) Le pouvoir d'action du logos est limité, les occasions de se heurter à de sombres impasses ne manquent pas.
Ventre affamé n'a pas d'oreilles. Coeur passionné non plus.
On ne compte plus les dialogues de sourds dus, non à l'audition défaillante de l'un des protagonistes, mais à l'épais mur séparant des systèmes de pensée par trop étrangers l'un à l'autre. Ou bien encore à la différence de niveau à laquelle on se place : se croiser sans se rencontrer semble souvent le mode de fonctionnement habituel de la communication humaine, exceptés quelques rares états de grâce accédant à une communion de perceptions et d'être au monde.

b) A supposer même que l'enchaînement des arguments fonctionne sur le plan rationnel comme il se doit, rarissimes sont les cas de persuasion avérés. Là encore, il est tentant d'invoquer un lexique religieux : la conversion, si rare, et pas toujours souhaitable d'ailleurs, de l'un à l'autre. Atteindre l'intellect est une chose. Toucher la personne dans son entièreté en est une autre.

III°/ Echappées.

"Si vous vous taisez, les pierres crieront.
a) Version hard : Discussion ou lapidation ?
b) Version soft : Orphée donnant de l'âme aux roches par ses charmes incantatoires.

Quand l’argument rationnel échoue lamentablement comme un beau vaisseau sur un écueil funeste, quand le logos devient impuissant, deux solutions :

a) Par le bas, la violence :
Comme issue au constat d'échec du logos :
- contre soi sous forme de suffocation d’impuissance, d'étouffement sous la pensanteur de l'aporie. Ou pire.
- contre l'autre qu’on voudrait dissoudre dans sa colère, par les cris ou les coups.

b) Par le haut, la poésie :
La poièsis, la création d'un univers de visionnaire là où l'on n'a pu amener l'autre à partager son point de vue.
Où la démonstration échoue, reste la métaphore et la contemplation de l’être.
La pacification du conflit par le redéploiement du verbe hors des tranchées parfois boueuses du combat d'idées, dans les vallons aux courbes adoucies et les ciels étirant leurs infinis horizons de l'Etre. Détourner son regard de l'autre pour le plonger dans la beauté du monde. Harmonia mundi.

« La métaphore seule peut donner une sorte d’éternité au style.» dixit Proust.

Et pour cause, puisqu'elle seule permet d'ancrer son discours à l'univers, le concret à l'abstrait, la Poésie à la Création.

Au commencement était le Verbe.

par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique communauté : La commune des philosophes
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Vendredi 16 mai 2008


Comme on ne voit rien à la légende, je précise que :
- le gros rond en bas à droite représente "le rouleau pour couper les épis"
- la spirale du milieu est le volant.
- le petit rond avec le trait : la tête et le bras du pilote.
Si vous êtes sages, vous aurez droit à un camion de pompier du même style, l'autre grande passion de l'auteur.

Dans la rubrique "Rions un peu pour détendre l'atmosphère" :

Hier, Pierre, trois ans trois quarts, rentre de l'école désolé :
- La maîtresse n'était pas contente de mon dessin.
Elle m'a dit de me lever et de rester debout à côté de ma chaise.
- Ah bon ? Et qu'avais-tu dessiné sur ta feuille ?
- Une moissonneuse-batteuse.
- Ah ? Et qu'avait-elle demandé de faire ?
- Il fallait dessiner une fleur.
- Oui, évidemment, une fleur et une moissonneuse-batteuse, ça ne fait pas meilleur ménage dans une salle de classe que dans un champ de coquelicots.
Tu sais, Pierre, à l'école, tu ne peux pas faire ce que tu veux. Il y a des consignes, et il faut respecter la consigne.
Sinon, la maîtresse ne peut pas vous expliquer ce qu'il faut faire pour bien grandir : vous êtes trop nombreux pour faire tous ce que vous voulez tout le temps.
- Mais elle était belle, ma moissonneuse-batteuse !
- Je veux bien te croire. Veux-tu m'en dessiner une autre ?"

Qu'aurais-je fait à la place de la maîtresse ?
Probablement lui aurais-je expliqué qu'une moissonneuse batteuse sans fleurs et sans épis à couper, c'est aussi inutile qu'un peigne sans cheveux (ou même avec des cheveux, d'ailleurs, on ne peut pas dire qu'on en use beaucoup à la maison...) et qu'il fallait donc dessiner maintenant une belle fleur pour faire plaisir à la moissonneuse-batteuse.
Certes, ne pas renoncer à faire arriver la tête dure où l'on veut, mais pourquoi pas un petit détour par les fossés buissonniers. N'est-ce pas là qu'on trouve les plus belles fleurs des champs ?
M'enfin, chacun fait comme il peut avec ce qu'il a ...

par Clarinesse publié dans : Enfantillages
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Cahiers brouillonnants

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