Cahiers de l'aube.

1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
l'oeil du vent.

2°) Les métaphores, c'est comme les collants. 
Ca file vite si on n'y prend pas garde.

Mardi 6 mai 2008
 
« Ce qui ne peut devenir nuit ou flamme, il faut le taire ». 

Ces mots incandescents, ce sont ceux de Catherine Pozzi,
qui fut durant huit ans la maîtresse torturée et mystique 
du sage Paul Valéry.
D'elle, il ne reste que six poèmes et quelques courts écrits.

 

"La grande amour que vous m'aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons
Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrés
Nous nous tenions.
 
Mais le futur que vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu
Toute vendange à la fin qu'il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu'ivre
Du vin perdu."


Sa biographie bouleversante, on peut la trouver ici :
http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pozzi/pozzi.html

Extrait :
"Les fées de la richesse lui avaient mis le bandeau de la facilité sur les yeux, elle l'aura arrachée par son ardeur de faire un trou au plafond du ciel, pour voir l'azur, pour voir Dieu. Elle se sera émancipée, elle sera devenue indépendante et cultivée dans un milieu de potiches et de préjugés.
Libre, libre elle voulait être. Libre de se consumer tout entière.

Elle ne prenait pas les voilettes de la mélancolie, les affectations des drames.
Non, cette voix était ruisseau, tension vers le haut. Ses paroles d'amour humains très religieuses, ses paroles d'amour divin très sensuelles." 


                                

 

 

par Clarinesse publié dans : Citations fascinées
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Lundi 5 mai 2008


Respirer par les mots ou crever de silence.
Se laisser emporter par les phrases intenses.
Se livrer sans mesure au langage en lumière.
Me prive-t-on un jour de la splendeur du verbe
Et mon âme asphyxiée en sanglote de rage.

C'est ici, dans cette ombre de feu, que l'orage
Assourdi éclata et, tourmente absolue, s'éleva.
Je ne suis qu'une vague frémissant sous les souffles,
Les mots sont des bourrasques. Je les lis et j'étouffe.
Je me cramponne aux mots, mais ils chavirent aussi,
Et nous sombrons, verbe enlacé, dans l'eau des lyres.
Point de vie sans les livres et leurs fougueux délires.
Tout ce qui m'en éloigne, la boue du quotidien,
J'en suis vampirisée, et son poids me retient.
C'est le verbe puissant qui doit transfigurer
Tout le plomb du réel en nuances dorées.
Les mots qui ressuscitent et les mots qui vous tuent,
Parfois ce sont les mêmes. Ici, ils se sont tus.
Maintes fois, de la main, ils furent esquissés,
Sur le clavier d'ébène, puis furent effacés,
Comme la mer aplanit sans répit au rivage
Les blessures légères infligées sur le sable.
Mais toujours, comme un feu qui ne veut pas se vaincre,
Ils réapparaissaient, inondant de lumière l'univers tout entier.
Ce bel îlot brûlant, ce torrent, ce brasier,
Je n'y suis qu'une corde de harpe qui résonne,
De la pointe emmêlée des cheveux qui frissonnent
Jusqu'aux pieds. Du désert au chaos, via la grâce.
L'ordre reviendra-t-il ? Il n'est plus rien à craindre.


par Clarinesse publié dans : Echappées poétiques communauté : Biffures chroniques
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Jeudi 1 mai 2008
Message du pilote :
En raison de quelques turbulences rencontrées par le vaisseau volant du Wind Auge,
nous vous prions de bien vouloir excuser le retard de parution de la suite de la Question infligée à la démocratie.
Nous espérons que les passagers voudront bien pardonner ce délai et nous engageons à les dédommager en espèces sonnantes et non trébuchantes dès la remise en état de l'appareil.
                 Merci de votre compréhension.
                                            L'irresponsable.

par Clarinesse publié dans : Epistolaire
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Mercredi 30 avril 2008

Une fois passée outre l'affectation de Valéry qui singe parfois les circonvolutions maniérées des dialogues socratiques, on peut apprécier dans ses petits traités d'esthétique une acuité certaine. En relisant ce texte que je n'avais pas rouvert depuis le tout début de mes études, je suis surprise de voir combien il vit encore en moi. Combien ce style a innervé le mien (sans prétendre l'égaler, of course).

"Mais qu'est-ce qu'une flamme, ô mes amis, si ce n'est le moment même ?
Chose vive et divine !...
Ce qu'il y a de fol, et de joyeux, et de formidable dans l'instant même ?
Flamme est l'acte de ce moment qui est entre la terre et le ciel.
O mes amis, tout ce qui passe de l’état lourd à l’état subtil, passe par le moment de feu et de lumière…

La forme insaisissable et fière de la plus noble destruction.
Ce qui n’arrivera jamais plus, arrive magnifiquement devant nos yeux.
Comme la voix chante éperdument; comme la flamme follement chante entre la matière et l'éther, -et de la matière à l'éther furieusement gronde et se précipite,- la grande Danse, ô mes amis, n'est-elle point cette délivrance de notre corps tout entier possédé de l'esprit du mensonge, et de la musique qui est mensonge, et ivre de la négation de la nulle réalité ? -Voyez-moi ce corps, qui bondit comme la flamme remplace la flamme, voyez comme il foule et piétine ce qui est vrai ! Comme il détruit furieusement, joyeusement, le lieu même où il se trouve, et comme il s'enivre de l'excès de ses changements !
Mais comme il lutte contre l'esprit ! Ne voyez-vous pas qu'il veut lutter de vitesse et de variété avec son âme ? Il est étrangement jaloux de cette liberté et de cette ubiquité qu'il croit que possède l'esprit !
Sans doute, l'objet unique et perpétuel de l'âme est bien ce qui n'existe pas : ce qui fut et qui n'est plus ; ce qui sera et qui n'est pas encore ; ce qui est possible, ce qui est impossible ; voilà bien l'affaire de l'âme, mais non jamais, jamais, ce qui est !
Et le corps qui est ce qui est, le voici qui ne peut plus se contenir dans l'étendue !
Où se mettre ? Où devenir ? Cet Un veut jouer à Tout. Il veut jouer à l'universalité de l'âme. Il veut remédier à son identité par le nombre de ses actes. Etant chose, il éclate en événements. Il s'emporte ! Et comme la pensée excitée touche à toute substance, vibre entre les temps et les instants, franchit toutes différences ; et comme dans notre esprit les possibles s'ordonnent, ce corps s'exerce dans toutes ses parties, et se combine à lui-même, et se donne forme après forme, et il sort incessamment de soi. Le voici enfin dans cet état comparable à la flamme, au milieu des échanges les plus actifs... On ne peut plus parler de "mouvement"... On ne distingue plus ses actes d'avec ses membres...
Cette femme qui était là, dévorée de figures innombrables... Ce corps dans ses éclats de vigueur, me propose une extrême pensée : de même que nous demandons à notre âme bien des choses pour lesquelles elle n'est pas faite, et que nous en exigeons qu'elle nous éclaire, qu'elle prophétise, qu'elle devine l'avenir, l'adjurant même de découvrir le Dieu, ainsi le corps qui est là veut atteindre à une possesion entière de soi-même, et à un point de gloire surnaturel. Mais ce ne sont et ne peuvent être que des moments, des éclairs, des fragments d'un temps étranger, des bonds désespérés hors de sa forme.
- Regarde, mais regarde, elle danse là-bas et donne aux yeux ce qu'ici tu essaies de nous dire... Elle fait voir l'instant. O quels joyaux elle traverse. Elle dérobe à la nature des attitudes impossibles, sous l'oeil même du Temps. Il se laisse tromper... Elle traverse impunément l'absurde. Elle est divine dans l'instable, elle en fait don à nos regards.
- O mes amis, ne vous sentez-vous pas enivrés par saccades, et comme par des coups répétés de plus en plus fort, peu à peu rendus semblables à tous ces convives qui trépignent et qui ne peuvent plus tenir silencieux et cachés de leurs démons ? Moi-même, je me sens envahi de forces extraordinaires qui sortent de moi, qui ne savais pas que je contenais ces vertus. Dans un monde sonore, résonnant et rebondissant, cette fête intense du corps devant nos âmes offre lumière et joie....
Tout est plus solennel, tout est plus léger, tout est plus vif, plus fort ; tout est possible d'une autre manière ; tout peut recommencer indéfiniment. Rien ne résiste à l'alternance des fortes et des faibles. Battez, battez!... La matière frappée, et battue, et heurtée en cadence ; la terre bien frappée ; les peaux et les cordes bien tendues, bien frappées, forgeant joie et folie : et toutes choses en délire bien rythmé règnent.
Mais la joie croissante et rebondissante tend à déborder toute mesure, ébranle à coups de bélier les murs entre les êtres. Hommes et femmes en cadence mènent le chant jusqu'au tumulte. Quelque chose grandit et s'élève. J'entends le fracas de toutes les armes de la vie ! Les cymbales écrasent à nos oreilles toute voix des secrètes pensées. Elles sont bruyantes comme des baisers de lèvres d'airain.
On croirait que ceci peut durer éternellement. Elle pourrait mourir ainsi... Dormir peut-être, s'endormir d'un sommeil magique. Elle reposerait immobile, au centre même de son mouvement. Isolée, isolée, pareille à l'axe du monde. Elle tourne, elle tourne, elle tombe.
-Je ne suis pas morte et pourtant je ne suis pas vivante.
-D'où reviens-tu ?
-Asile, asile, ô Tourbillon !
J'étais en toi, ô mouvement, en dehors de toutes les choses."

Mysticisme torride.
Qui a dit que Valéry était poussiéreux ?

 

par Clarinesse publié dans : Citations fascinées
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Mardi 29 avril 2008

Quelques éclaircissements nécessaires pour dissiper les sombres nuages qui semblent flotter depuis quelque temps sur l'horizon de ces rivages.

J'ai plus d'une fois formulé en ces lieux de virulentes critiques contre les dérives de la démocratie, dans la rubrique pôle éthique et politique.

Mais les réactions qu'elles suscitent chez certains me font prendre conscience de l'ambiguïté de ces colères qui ressemblent par trop parfois à des caprices d'enfant gâté.

Tout d'abord, quel autre régime politique me permettrait l'expression de critiques aussi acerbes à son encontre sans me jeter en prison ?
Ne crachons pas dans la soupe.

Ensuite, mon goût immodéré pour le débat d'idées me pousserait à disputer avec le diable en personne. Ce n'est pas, en effet, servir l'idéal qu'on défend que de refuser le dialogue avec ses détracteurs, quelle que soit la mouvance sulfureuse à laquelle ils appartiennent. Leur répondre par l'anathème ou le silence est le plus bel argument qu'on puisse leur offrir.
J'affichais crânement il y a peu la posture fanfaronnante de "la femme sans appartenances", refusant de subordonner ses amitiés à l'inféodation de quiconque à tel ou tel parti, même si la grande majorité de mes affinités se situe du même côté de la balance politique.
Je préfère la liberté fragile de l'individu aux pesantes chaînes de l'inertie du groupe. Considérer la complexité des choses de ce bas monde avec les outils conceptuels exclusifs d'un seul parti me semble aussi absurde que de choisir sa jambe droite ou sa jambe gauche pour marcher.

 Nul en effet n'a le monopole du coeur, ni celui de l'intelligence. La bêtise comme la richesse intellectuelle, l'ouverture d'esprit comme le fanatisme se retrouvent de chaque côté.
Mais, de même qu'une secte qui a réussi devient une religion, nommant la secte vaincue hérésie, l'idéologie dominante ne se reconnaît pas dans la dénomination de fanatisme, quelles que soient parfois son intolérance et sa rigidité.
Ceci dit, on pourrait définir comme critère de fréquentabilité d'un parti l'inoffensivité de ses membres les plus crétins.


Passons ce préambule précautionneux, et (ba-)taillons dans le vif du sujet.

Mais demain.

par Clarinesse publié dans : Pôle éthique et politique
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Dimanche 27 avril 2008

A cloche-plume,
De flaque d'encre en flaque d'eau,
Elle sautille, sans amertume.
Dans le ciel beau, nul n'est fardeau.
Pour que la cloche, comme l'enclume,
Sonne et résonne, ne faut-il pas
Faire vibrer l'air pur et vif
D'un coup de griffe ou de canif ?
Non, c'est la joie qui clame là
Tous les matins sans ombre,
Et les beautés du monde.

En direct de Clocher-les-Bécasses.

Rappel pour les retardataires :
Une clarine étant une cloche à vaches,
Qu'une clare* y naisse n'est donc point surprenant.

Désolée, ça m'a échappé.

*Qu'est-ce qu'une "clare", me direz-vous ?
Définition du petit Folbert illustré :
"La clare est aux lettres ce que la fine de claire est aux huîtres :
beaucoup de chair vaseuse, et une perle de temps en temps."

En écho à la légèreté de cette petite comptine que chantonne le fils en ce moment :

"Je reprends ma valise, ma canne et mon pépin,
Ma grosse malle grise et mon p'tit sac à main,
Et je sors : "Ohé, cocher, y a-t-il une place pour moi ?"
-Occupé !
-Je reprends ma valise..."

Il fait beau. Je vous aime.
par Clarinesse publié dans : Echappées poétiques communauté : Biffures chroniques
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Vendredi 25 avril 2008
Petit intermède musical et synthétique de circonstance,
ou l'art de rebondir dans les vers et en images.
Pour une fois, la version française est aussi bonne que l'américaine,
alors vous avez le choix.

EN VF, c'est Saute-mouton :

http://uk.youtube.com/watch?v=ncepbjtjYsI

En VO, c'est Boundin :

http://uk.youtube.com/watch?v=7AYP1Y5CQzg&feature=related

PS : le DVD qui regroupe 13 courts métrages de Pixar en images de synthèse
recèle de véritables petits chefs d'oeuvre.
par Clarinesse publié dans : Panthéon filmique
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Vendredi 25 avril 2008
Il ne fait pas bon y rester.
Et il ventait devant ma porte.
Merci à ceux qui frappent encore
Et y laissent leurs menus mots.

Voix off :
Bon, ça va bien, maintenant .
Ce sera bientôt : "A vot'bon coeur m'ssieurs-dames", si ça continue, ici.

par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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Jeudi 24 avril 2008
Une petite exhumation (bis repetita)
en guise de réponse à l'article virevoltant de Jovialovitch
http://lemoindre.over-blog.fr/article-19021036.html
[à côté de la plaque, puisque, après dépouillement des bulletins,
il s'avère qu'il y avait :
d'un côté, beaucoup de talent et une petite maladresse,
et de l'autre, une certaine propension à l'autodénigrement.
C'est Loïs qui va bien rire.]
 Beaucoup de bruit pour rien, donc.
Tout le monde il est gentil avec moi,
pauvre parano pas thétique pour deux sous que je suis.
Mais bon, émotion il y eut, texte il restera.


Il est tant de façons de se brûler les ailes dans cette vallée de larmes.
Laisse-t-on l'espoir voler trop haut ? Plus dure sera la chute.
Le maintient-on ligoté à terre ? Comment alors vivre debout ?

Laisser ouvertes à tout vent les portes de son âme ou se préserver ?
Laisser à vif son être béant ou se blinder ?
Sans trouées dans la carapace, le coeur ne voit pas la lumière.
Mais ne pas oublier de conserver autour des blessures
assez de matière pour tenir debout.
Et tant pis si moins de clarté filtre à travers l'écorce. 
Savoir la trouver ailleurs, la beauté : 
dans les reflets du ciel, les couleurs de la terre, 
les tremblements des feuilles et les éclairs de la plume.

Même là pourtant, le danger guette le dur en idées mais doux en personne.
Ne pas trop s'enivrer des joutes oratoires au fil du verbe.
Car c'est toujours le coeur qui prend le coup, derrière le rideau de phrases.
Les combats d'idées grisent. Les conflits de personnes détruisent.
Les uns font vibrer la phrase. Les autres font trembler comme une feuille et y laissent couler, non l'encre mais les larmes.
Quand le forum devient arène, quand les jeux de mots deviennent jeux du cirque, le stade et ses huées piétinent la joie de dire.
Je ne suis pas taillée pour ces combats-là.
Les épaules et les chevilles pas assez larges.

(Mais la pompe à sang assez malléable pour fondre
comme neige au soleil à la lumineuse chaleur de vos nobles âmes .)
par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs.
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Lundi 21 avril 2008
Gracq ou Duras ?
Petit écho en réponse aux commentaires durassiens de Richard Andrieux sur l'article gracquien qui précède.

Rappel :
" - Un jour, Marguerite Duras a déclaré :
« Savoir écrire, c’est assez simple ; il faut aimer le whisky, et savoir rayer »
Et c'est ainsi qu’elle vécu, entre... litres et ratures.

- Ca tombe mal. Je n'aime pas l'alcool (pour ma conso personnelle. Aucune velléité prohibitionniste, rassurons-nous.). J'ai toujours pensé que mes neurones avaient la capacité de s'imbiber tout seuls comme des grands, sans l'aide d'aucune chimie psychotropique du cancer.
Qu'importe la boisson, pourvu qu'on ait l'ivresse. 
On peut très bien avoir l'air complètement pompette à côté d'une tasse de thé.
Pour les ratures, fort juste. Et ce cher traitement de texte permet de le maltraiter, justement, sans laisser de traces. Un vrai rêve de tortionnaire.
- Et que faites-vous alors de votre pudeur........vous la noyez dans votre thé????
- Comment ça, ma pudeur ??!! Mais je la noie où je veux !
Dans l'encre le plus souvent.
Et il arrive même parfois que je ne me souvienne plus où je l'ai cachée,
 tant j'ai à coeur qu'on ne la voie pas. Par pudeur, bien sûr.
- Si Duras n'a jamais pu écrire que dans l'ivresse, c'est pour dépasser cette non acceptation d'elle même, de ses maux et de ses mots.
le prix de l'honnêteté peut être lourd, très lourd...
- Certes oui, l'honnêteté, ça peut être lourd à porter, mais est-on pour autant obligé de se shooter pour prouver qu'on est honnête ? "
Ce débat méritant discussion, passons au salon,
si vous voulez bien me suivre, après ces préambules de vestibule.
Sortons la question du sous-sol des commentaires pour lui offrir de siéger sur un article plus moelleux. Ah, les commodités de la conversation..."

D'abord, l'honnêteté trop fort claironnée ressemble un peu à une pose idéologique qui peut agacer.
Rappelons l'irritation de Desproges face à Duras :
"Hiroshima, mon amour ! Pourquoi pas Auschwitz mon loulou ?"
Il n'a pas tort.
Ensuite, je ne pense pas que Duras buvait pour maintenir à flot son écriture et son honnêteté. Elle buvait pour porter une enfance désastreuse, ravagée par ce barrage sans cesse rompu par le Pacifique, sans cesse brisant les forces de sa mère. Pour survivre malgré les horreurs de la guerre et des totalitarismes, malgré la misère de la colonisation.
Incapable, jusqu'à la fin, de supporter le spectacle insoutenable des malheurs du monde au journal télévisé.
Loin de moi l'idée de la juger sur ce qu'elle choisit d'absorber ou pas, soyons clairs.
Chacun est libre, fondamentalent, foncièrement, viscéralement, d'utiliser tous les moyens qu'il veut pour extraire de son for intérieur les potentialités de son génie et de son bonheur, à l'unique et exclusive condition de ne pas nuire à autrui.
Par contre, me sentir obligée d'adopter des poses d'artiste pour me sentir ou me faire accepter comme telle, non merci. J'ai assez fréquenté les cercles intellos et estudiantins parisiens pour avoir senti le poids de ces diktats snobinards et mondains.

Et puis, entre l'ordre et la grâce du souffle, je refuse de choisir.
Entre l'apollinien et le dionysiaque, nul n'est besoin de tuer l'un pour faire vivre l'autre.
Comme celui du poète maudit, le mythe de l'artiste brouillonnant dans son antre a la vie dure.
A peine peut-on prétendre au rang convoité des inspirés si l'on n'en a pas les défauts : désordre congénital, humeurs virulentes, dépendances enfumées et imbibées.
Cette panoplie est un uniforme comme d'autres, dans lequel je refuse de me laisser embrigader.
Non, non, on peut bien à la fois faire régner sur les choses un ordre méticuleux de maniaque, sur son personnage social un flegme de buveur de thé, et laisser au-dedans le tumulte bruyant des idées se débattre. 
Spirituel sans spiritueux.
Après m'être contrainte pendant des années à accepter les coupes de champagne qu'on me tendait pour ne pas voir la moue consternée d'incompréhension qui se dessinait dès que j'esquissais un mouvement de refus, je considère aujourd'hui que je suis assez grande pour décider que mon estomac n'a pas à absorber ce que lui imposent les rites sociaux non validés par mes papilles.
De même qu'il y a une sorte de coquetterie du littéraire à avouer une aversion viscérale pour les mathématiques auxquelles il est de bon goût de professer son allergie, de même doit-on absolument s'épanouir dans le bazar et l'alcool.
Et non, je me suis toujours beaucoup amusée à traduire des problèmes en équations et à les résoudre, à calculer le jeu des vecteurs forces combinant leur mécanique.
Je considère une flânerie en forêt bien plus libératrice des forces vives de la création que la bouffée d'une cigarette ou une gorgée alcoolisée.
Tous les poètes ne sont pas des buveurs de whisky.
Tous les savants ne sont pas des Professeur Tournesol.
La mise en ordre avant la mise en mots. 
La mise en boîte avant la mise en grâce.
Le classement des choses comme propédeutique à la classification des idées.

La même face d'une médaille peut avoir plusieurs piles.
Réciproque du théorème, énoncée par Hemingway 
dans
Pour qui sonne le glas ?:

"Ce n'est pas parce qu'on est manchot qu'on est la Vénus de Milo."
Ce n'est pas parce qu'on boit de l'absinthe qu'on est Verlaine.
(Plus fade que sa boisson, soit dit en passant.)
Ce n'est pas parce qu'on ne s'enivre pas de chimie
qu'on ne s'enivre pas de mots.
par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique
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