L’autre jour, la grand-maman de Pierre posa sur la table un magnifique pain en forme de fleur (plus beau que celui
de la photo), dont chacun des six pétales était parsemé de graines diverses : pavot, lin, tournesol, sésame,… L’ensemble abominablement doré, encore un peu chaud. Diabolique, en somme. Afin de
masquer la bassesse de mes appétits terrestres déjà salivants sous un alibi pseudo-esthétique et de faire honneur à la maîtresse de maison, je m’écriai : « Mais c’est de l’art !
»
Le petit quinquennal (j’en profite, parce que c’est pas tous les ans qu’il aura l’âge d’un plan stalinien), sans
avoir vu l’objet de mon ravissement mais ayant repéré qu’il reposait sur la table, me demande de l’air mi-curieux, mi-méfiant dont il s’enquiert de la comestibilité d’un plat qu’il ne se rappelle
pas avoir goûté :
« Est-ce que j’aime l’art ?
- Oui, mon chéri, tu l’aimes*…
Mais d’habitude, c’est par tes yeux et tes oreilles qu’il t’arrive, pas dans ton assiette.
Sinon, ça s’écrit pas pareil et ça fait grossir. »
*Nous nous engageâmes ensuite dans un vaste chantier de définition afin de lui faire saisir que tout ce qui se
nomme ainsi n'en est pas nécessairement, et qu'il ne suffit pas de mettre une jolie étiquette sur un gros ratage (car nous restons polis) pour en faire de l'art. Où il finit par être question de
Baudrillard.
En quoi nous l'exhortâmes, autant que de lui suggérer d'exercer son esprit critique qui néanmoins me semble déjà
souvent fort judicieux (c'est-à-dire à l'image de sa formation), à s'en remettre au discernement de ses parents.
Par Clarinesse
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(Illustration extraite d' "En peinture Simone", d'Alain Créhange,
d'après Nicolas Poussin, Les Bergers d'Arcadie.)
Dans la série "Laissons écrire les autres parce qu'on sait pas trop si ce qu'on a en tête, c'est du l'art ou du
cochon", nous poursuivons ce soir avec un esbaudissant recueil de néologismes dont les définitions sont quand même bien trouvées. Je me suis décidée à acheter les trois tomes de ce dictionnaire
hors de prix, aux jolies couvertures de tissu coloré (s'il vaut mieux attendre pour se l'offrir
qu'il sorte en poche, la trilogie reliée fait un joli cadeau de Noël) pour avoir confirmation que je
ne faisais pas fausse route dans un petit article que je pondis au printemps dernier dans la presse sur la propriété intellectuelle. Il sera reproduit ici dans quelques
jours.
Belgoyer : se pencher pour ramasser ses clefs et faire tomber stylo, lunettes, monnaie et téléphone portable.
Breudeune : disparition des symptômes le temps de la visite chez le médecin.
Eèèèèèèèèèè : chat qui s’est assis sur votre clavier d’ordinateur.
Pouer : découvrir à la fin du paragraphe qu’on ne se souvient de rien de ce qu’on
vient de lire.
Poutskov* : chapitre 2 d’un roman russe que vous relisez pour la troisième fois pour vérifier si « Katioucha », « Macha », « Maria Fedorovna » et « ma petite Douchka » sont bien la même
personne.
Flobarder : être tellement en avance qu’on finit par arriver en retard.
Efidopthèque :
1°) personne qui vous serre la main en regardant ailleurs.
2°) personne qui voit tout plus grand que nature, tout sauf vous.
Eguélé : truc récupéré qu’on aurait mieux fait de laisser dans la rue.
Fam : insulte entre conjoints.
Gosomer : se sentir obligé d’acheter quelque chose parce qu’on est resté longtemps dans la boutique.
Huindre : s’égarer au premier rond point alors qu’on vient de vous expliquer l’itinéraire.
Ir : mourir avant d’avoir rangé ses affaires.
Izguter : intervenir avec véhémence dans une discussion où l’on ne parlait pas du tout de ça.
Joche-burer : associer deux plaisirs qui s’annulent.
Ex : écouter l’adagio de la Cinquième de Mahler en dégustant un tourteau.
Hurseoir : s’engager en courant dans un escalator en panne.
Com. : annoncer une bonne nouvelle à quelqu’un qui la connaissait déjà.
Jorobrahir : relire à jeun l’idée géniale qu’on a notée dans la nuit.
Par ext : ne pas réussir à se relire.
Oxu : objet qu’on vient de retrouver et qu’on perd aussitôt.
Puiffer : se demander soudain si on n’avait pas rendez-vous ailleurs, ou ici mais hier.
Retolburer : partir en claquant violemment une porte à fermeture
hydraulique.
Somtamer : ne plus oser bouger les genoux pour ne pas déranger le chat.
Zoupard : distance entre le ticket de péage et le doigt tendu (ord. 5,3 cm)
*Ma préférée : j'ai pouffé à "Poutskov"
Par Clarinesse
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