Ou la mission de l'awesome blogger
Sur les murs, j’exècre les tags autant que les émissions de vessies canines.
Sur les blogs, il peut arriver qu’ils ne soient point déplaisants,
avant tout par l’affection que nous portent ceux qui nous les transmettent.
Voici donc que Brigitte Giraud me décerne, ainsi qu’à d’autres blogueurs amis, l’illustre titre
d’ 
Toute ma reconnaissance à l’auteur de Paradis Bancal pour
cette pensée,
et surtout pour sa précieuse et très sensible fidélité.
Il me faut donc, pour en valider l’attribution officielle,
outre sacrifier à quelques formalités liantes
dont je me suis acquittée dans le rapide préambule qui précède,
« dire sept choses que mes lecteurs ne savent pas sur moi. »
Voilà qui ne va pas de soi.
a) Parce que, pas plus que je ne sais suivre une recette de cuisine sans la modifier, je n’aime obéir à une
consigne sans y mettre mon grain de sel tatillon.
b) Parce que, si les lecteurs ne le savent pas, aussi bienveillants et amicaux soient-ils, c’est précisément parce
que j’ai jugé bon qu’ils l’ignorassent, et que ce n’est certes pas à la faveur d’une obédience en chaîne que je trahirai des secrets bien enfouis.
c) Parce qu’enfin, ayant déjà répandu sur ce blog, avec l’impudeur la plus éhontée, mille fois plus que ce qui est
connu au sujet de mon humble personne par ceux qui en côtoient chaque jour l’enveloppe charnue, je ne vois plus guère grand-chose à étaler au grand jour.
Nous allons donc, comme à notre indisciplinée habitude, détourner l’exercice et :
α) soit dévoiler ce qui le fut déjà, comme les apôtres portant l’évangile de leur religion déjà révélée (elle
aussi) au vaste monde. (Oui, j’aime l’hyperbole, surtout quand elle est déplacée. Pouët !*)
β) soit avouer ce dont nul n’a que faire, comme par exemple la couleur préférée des chaussettes de
l’archiduchesse.
Commençons donc.
Comment sont donc incandescents ces brefs aveux ?
(Si je veux, j’alexandrine)
[*Ca s’appelle le grotesque : parler en termes épiques de
ce qui est trivial.
Inverse exact du burlesque qui, lui, consiste à parler en
termes grossiers de nobles choses.
L’ascenseur fonctionne dans les deux sens.
Voilà deux définitions sommaires et gratuites pour votre gouverne. Aïe ! Pas taper sur les
pédants.]
Paradoxe n°1 :
Autant seul le plancher des vaches a le pouvoir d’apaiser ma carcasse paysanne, autant les circonvolutions
incompréhensibles de ma matière grise se débrouillent pour toujours susciter le vertige et s’en griser, qui seul les fait respirer à pleines brassées l’air du grand large.
Paradoxe n°2 :
Je suis infichue, mais alors infichue d’organiser quoi que ce soit de cohérent dans un planning, de domestiquer si
peu que ce soit cette grande bête indomptable et mystérieuse qu’on appelle le temps.
Alors que je suis une maniaque (contrariée) de l’ordre dans l’espace : j’adore ranger, classer, étiqueter, bien
aligner. Un peu comme la maman d’Amélie Poulain qui vide son sac, l’époussette et le range au début du film. Puissamment sensuel, n’est-il pas ? Le rangement, flanqué de ses deux acolytes que
sont bricolage et ménage, est, avec l’écriture, ma thérapie privilégiée anti-cafard. Terriblement efficace, foin de traces.
Paradoxe n°3 :
J’ai un besoin viscéral de solitude, au point d’exploser la soupape de ma marmite crânienne, quand, plusieurs
jours de suite, ou même un jour entier, je suis privée de ce luxe inouï qui consiste à pouvoir dérouler une idée jusqu’au bout sans qu’elle soit interrompue mille fois par mille interférences
extérieures. Hein, t’es rompue ?
En revanche, j’ai la fâcheuse tendance à développer de cruelles dépendances affectives, et à me débarrasser, aussi
difficilement qu’un bout de pain de son fromage à fils dans une fondue savoyarde, de ce qui ressemble fort à des addictions, sachant que le bouton de ma télécommande intime qui désactive le mode
« attente » est bloqué.
Paradoxe n°4 :
J’ai toujours du mal à comprendre pourquoi on me qualifie souvent de pudique, alors que je me trouve terriblement
indécente avec mes déballages à peine travestis.
Paradoxe n°5 :
Durant toute ma scolarité et mes études, j’ai toujours réussi à donner l’image de la parfaite élève modèle,
consciencieuse, organisée, scrupuleuse, attentive, (seul épithète à n’être point usurpé), etc, etc, … alors que, dès le collège, j’étais déjà habitée par le démon de la dernière minute, que je ne
me souviens pas avoir fait un seul devoir autrement que dans l’urgence la plus périlleuse, et que j’ai toujours eu l’impression de ne pas en fiche une. D'où cette inconfortable impression de ne
jamais être celle qu'on croit, d'être ailleurs, toujours, à côté de l'image qu'on donne, imméritée. Je me souviens d'un vers d'alors :
"Je vais avoir vingt ans, je n'ai fait que semblant." Youp lali, youp lala !
Mais je lisais, ceci compense cela.
Paradoxe n°6 :
Je suis facilement claustrophobe, n’aime pas les volets fermés, les pièces sans fenêtres, les couvertures sur la
figure, etc… mais fort frileuse au demeurant, ne me promène que fort rarement sans une écharpe autour du cou, même en été. En ai tout plein, adore ça : en soie, en coton, en lin, en laine, en
velours,…
Paradoxe n°7 :
Ce dernier paradoxe est un oxymore, celui, canonique, du clair-obscur.
Ma couleur préférée est celle des yeux de mon père, un turquoise à tomber, mais en plus foncé : ce qui nous donne le bleu pétrole des ciels d’orage, aux mille nuances de gris entre le bleu et le
vert, de cette intensité moirée qui recrée la lumière sous la teinte la plus sombre.
Quant à la dernière partie de la consigne qui consiste à refiler le mistigri à d’autres : comme à mon accoutumée,
je me garderai bien de déroger à mon honorable principe qui consiste à ne faire les choses qu’à moitié et à couper les fruits en deux ou plus avant de les manger. Me dispensant donc d’opérer une
bien périlleuse sélection, je conserverai le trophée fort égoïstement, ou, ce qui revient au même, l’éparpillerai aux quatre vents de tous les « awesome commenters » de céans, blog ou pas
blog.
Car ma curiosité est grande de connaître semblables révélations de mes pairs,
mais plus grande encore ma crainte d’essuyer un refus.
Par Clarinesse
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Publié dans : Epistolaire
9
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L’autre jour, la grand-maman de Pierre posa sur la table un magnifique pain en forme de fleur (plus beau que celui
de la photo), dont chacun des six pétales était parsemé de graines diverses : pavot, lin, tournesol, sésame,… L’ensemble abominablement doré, encore un peu chaud. Diabolique, en somme. Afin de
masquer la bassesse de mes appétits terrestres déjà salivants sous un alibi pseudo-esthétique et de faire honneur à la maîtresse de maison, je m’écriai : « Mais c’est de l’art !
»
Le petit quinquennal (j’en profite, parce que c’est pas tous les ans qu’il aura l’âge d’un plan stalinien), sans
avoir vu l’objet de mon ravissement mais ayant repéré qu’il reposait sur la table, me demande de l’air mi-curieux, mi-méfiant dont il s’enquiert de la comestibilité d’un plat qu’il ne se rappelle
pas avoir goûté :
« Est-ce que j’aime l’art ?
- Oui, mon chéri, tu l’aimes*…
Mais d’habitude, c’est par tes yeux et tes oreilles qu’il t’arrive, pas dans ton assiette.
Sinon, ça s’écrit pas pareil et ça fait grossir. »
*Nous nous engageâmes ensuite dans un vaste chantier de définition afin de lui faire saisir que tout ce qui se
nomme ainsi n'en est pas nécessairement, et qu'il ne suffit pas de mettre une jolie étiquette sur un gros ratage (car nous restons polis) pour en faire de l'art. Où il finit par être question de
Baudrillard.
En quoi nous l'exhortâmes, autant que de lui suggérer d'exercer son esprit critique qui néanmoins me semble déjà
souvent fort judicieux (c'est-à-dire à l'image de sa formation), à s'en remettre au discernement de ses parents.
Par Clarinesse
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Publié dans : Enfantillages
6
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(Illustration extraite d' "En peinture Simone", d'Alain Créhange,
d'après Nicolas Poussin, Les Bergers d'Arcadie.)
Dans la série "Laissons écrire les autres parce qu'on sait pas trop si ce qu'on a en tête, c'est du l'art ou du
cochon", nous poursuivons ce soir avec un esbaudissant recueil de néologismes dont les définitions sont quand même bien trouvées. Je me suis décidée à acheter les trois tomes de ce dictionnaire
hors de prix, aux jolies couvertures de tissu coloré (s'il vaut mieux attendre pour se l'offrir
qu'il sorte en poche, la trilogie reliée fait un joli cadeau de Noël) pour avoir confirmation que je
ne faisais pas fausse route dans un petit article que je pondis au printemps dernier dans la presse sur la propriété intellectuelle. Il sera reproduit ici dans quelques
jours.
Belgoyer : se pencher pour ramasser ses clefs et faire tomber stylo, lunettes, monnaie et téléphone portable.
Breudeune : disparition des symptômes le temps de la visite chez le médecin.
Eèèèèèèèèèè : chat qui s’est assis sur votre clavier d’ordinateur.
Pouer : découvrir à la fin du paragraphe qu’on ne se souvient de rien de ce qu’on
vient de lire.
Poutskov* : chapitre 2 d’un roman russe que vous relisez pour la troisième fois pour vérifier si « Katioucha », « Macha », « Maria Fedorovna » et « ma petite Douchka » sont bien la même
personne.
Flobarder : être tellement en avance qu’on finit par arriver en retard.
Efidopthèque :
1°) personne qui vous serre la main en regardant ailleurs.
2°) personne qui voit tout plus grand que nature, tout sauf vous.
Eguélé : truc récupéré qu’on aurait mieux fait de laisser dans la rue.
Fam : insulte entre conjoints.
Gosomer : se sentir obligé d’acheter quelque chose parce qu’on est resté longtemps dans la boutique.
Huindre : s’égarer au premier rond point alors qu’on vient de vous expliquer l’itinéraire.
Ir : mourir avant d’avoir rangé ses affaires.
Izguter : intervenir avec véhémence dans une discussion où l’on ne parlait pas du tout de ça.
Joche-burer : associer deux plaisirs qui s’annulent.
Ex : écouter l’adagio de la Cinquième de Mahler en dégustant un tourteau.
Hurseoir : s’engager en courant dans un escalator en panne.
Com. : annoncer une bonne nouvelle à quelqu’un qui la connaissait déjà.
Jorobrahir : relire à jeun l’idée géniale qu’on a notée dans la nuit.
Par ext : ne pas réussir à se relire.
Oxu : objet qu’on vient de retrouver et qu’on perd aussitôt.
Puiffer : se demander soudain si on n’avait pas rendez-vous ailleurs, ou ici mais hier.
Retolburer : partir en claquant violemment une porte à fermeture
hydraulique.
Somtamer : ne plus oser bouger les genoux pour ne pas déranger le chat.
Zoupard : distance entre le ticket de péage et le doigt tendu (ord. 5,3 cm)
*Ma préférée : j'ai pouffé à "Poutskov"
Par Clarinesse
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Publié dans : Citations fascinées
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