Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 21:02
Où comment expliquer à un enfant de trois ans qu'il ne faut pas manger avec les doigts sa purée de courgettes conduit à philosopher une éponge à la main.
 
Extrait de dialogue :
" - Pierre, il ne faut pas manger avec ses doigts. 
Regarde, tu mets de la purée partout, c'est sale.
  - Ah bon, la purée, c'est sale ? 
Mais alors, il ne faut pas la manger, si elle est sale.
 - ... . Non, elle n'est pas sale dans l'assiette, 
mais elle devient sale sur ton pull ou par terre. 
Elle est sale quand elle n'est pas à sa place.
 - ..."
 
Le résultat escompté est obtenu, mais le message est-il passé ?

Comment faire comprendre que la purée sur les doigts, par terre ou sur le pyjama, c'est sale, alors que la même purée, dans l'assiette est propre. 
Que la terre dans le jardin est fertile et bienfaisante pour les brins d'herbe et les fleurs, mais pas franchement la bienvenue sur le pantalon.
Que la pâtée, c'est pour les chats, 
mais que le pâté, c'est pour les hommes.
Donc, donner du foie gras à Minette, 
ce n'est pas exactement ce qu'il est convenu d'appeler une bonne idée.

Tout est affaire de limites, de référentiel, de situation.
Le relativisme expliqué à trois ans, ou l'enfance des Lumières.
Toute une histoire.

Repost 0
Published by Clarinesse - dans Enfantillages
commenter cet article
27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 12:02
Où l'on s'aperçoit que l'auteur de ces lignes n'est qu'une insipide fleur bleue maintes fois coupée mais qui rechigne à fâner.

Procédons par ordre. 
a) Définition :
Pour figurer dans cette liste éminemment honorifique,
chacun de ces films a dû être vu entre trois et ...trente fois, peut-être, 
dans les périodes de cure anti-dépressive intensive.
b) Cette liste est programmatique.
On essaiera par la suite, au fil du temps et des articles, de faire un sort à chacun de ces chefs d'oeuvre, magistraux ou intimistes.
c) Classification :
Comme dans une armoire à pharmacie où il vaut mieux éviter de ranger les cachets contre l'Alzheimer du grand-père avec les pastilles au fluor du dernier né, nous nous efforcerons sagement de classer ces merveilleux antidépresseurs par catégories : par genres, par époques ou par pays, par réalisateurs ou acteurs fétiches,...
Parmi eux, de grands classiques aimés de tous, mais l'originalité n'est pas pour moi une vertu cardinale.
Mais aussi des films légers et mineurs dénigrés par tout intellectuel qui se respecte. Où l'on est bien obligé de reconnaître que je n'entre pas dans cette prestigieuse catégorie.

1°) Commençons par ce cher James Stewart.
Absolutely irresistible chez Capra :
Mr Smith goes to Washington (Monsieur Smith au Sénat)
It's a wonderful life
(La vie est belle).

Chez Lubitsch :
The shop around the corner  (dont Vous avez un message, avec Meg Ryan et Tom Hanks est un fade quoique tout à fait comestible remake truffé de références à son délectable aïeul)

Chez Franck Borzage :
The mortal storm, film moins connu mais touchant comme tout sur les débuts de la guerre en Allemagne

Chez Cukor :
Philadelphia story (Indiscrétions), 
avec Katherine Hepburn, Cary Grant et toujours James Stewart, qui eut un Oscar pour ce rôle.
Dialogues brillantissimes et numéros d'acteurs à l'alchimie unique.

2°) David Lean :
Pour son art de sublimer le regard à travers ceux de ses acteurs et pour sa façon de donner vie aux paysages, d'animer les moindres détails d'une feuille qui tremble ou d'une tache sur un papier peint.
Outre les archi-connus et justement multidiffusés 
Le docteur Jivago et Lawrence d'Arabie,
il a tourné une transposition irlandaise de Madame Bovary, 
La fille de Ryan, qui transfigure paysages et visages. Il ne craint pas d'y sublimer un romantisme incandescent à une époque (le début des années 1970 ) dominée par les déconstructions intellectualistes en tous genres. Les critiques, oeil myope et coeur sec, ont éreinté le film, et assez blessé David Lean pour lui faire cesser le cinéma pendant de longues années.
Comme lui, je ne m'en suis pas encore remise.

3°) (Michel Deville et) Nina Companez.
pour l'infinie grâce de leur esthétique littéraire et musicale :  
Raphaël ou le débauché, dont la lente tragédie qui se lit dans les yeux de Françoise Fabian est sans fond. 
L'Ours et la poupée, plus léger mais dont le charme aérien ne me lasse pas.
Il faut dire que sans l'apesanteur rythmée de la musique de Rossini, ce marivaudage plein de mots d'esprit perdrait beaucoup.
L'Allée du roi, ou la vie de Mme de Maintenon racontée par les voix ouatées de sagesse et nimbées de regrets de Dominique Blanc et Didier Sandre.

4°) Kenneth Branagh et Emma Thompson.
Much ado about nothing. (Beaucoup de bruit pour rien),
solaire adaptation shakespearienne.
Dead again, fable fantastico-sentimentale pas toujours réussie, mais attachante.


Repost 0
Published by Clarinesse - dans Panthéon filmique
commenter cet article
24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 21:42
Figure de style fait oeuvre utile.
C'est bien vain d'espérer qu'une idée ne survive 
Si les mots qui la servent ne font que marcher
Bien alignés, bien sagement allant au pas.
Si l'on veut la graver dans le marbre des lois,
Et la semer dans la terre meuble des esprits,
Il faut danser avec les mots sur leur naissance,
Il faut offrir à la parole la danse du sens.
La ligne droite s'oublie, s'annule sitôt franchie.
Tout se résume au chronomètre de l'efficace.
Mais du chemin ne reste plus aucune trace.
La course au sens se résume à l'instant du trajet.
Proférée, aussitôt elle meurt dans l'oubli, dans l'ennui.
Les circonvolutions, virtuoses sinuosités, 
Badinage artistique, impressionnent le regard
Et célèbrent le beau pour honorer le vrai.

Comme en dessin, tout est affaire de trait.
Slogan n'est pas coutume : "Abstraction, trahison. 
Non aux déKantations. Oui à l'incantation."
J'ai longtemps cru 
que tout bon philosophe se devait d'effacer,
comme traces d'un crime, 
toutes les circonstances entourant la naissance 
de l'idée, pour la garder, pure et intacte, 
dans les limbes de l'universel abstrait.
Mais que peut la sécheresse du squelette obtenu, 
trop sec même pour que le formol veuille de lui ?
Désincarner les mots, c'est les tuer, pauvres bêtes !
Leur ôter la chair, leur couper leurs racines, quelle barbarie !
L'aridité du discours transforme le penseur en marcheur au désert.
Comment croire un instant que l'indigent précipité qui subsiste
Puisse encore abreuver le lecteur à la source,
Si son auteur y a tari le souffle vif sitôt puisé ?


Que l'on me pardonne de redécouvrir le fil à couper le beurre, 
mais c'est l'enfance de l'art. Ca semble aller de soi ? 
Simple considération posthume 
devant les cadavres des carnets adolescents qui gisent, 
inertes dans leurs concepts en cendres, fossiles séchés, 
réduits en poudre comme un herbier mal conservé.
"Pulvis es, et in pulvis reverteris, dit l'image à l'idée.
Iconoclaste, tu as cru te passer de mes services ?
Bien mal t'en a pris, pauvre chose décharnée.
Plus jamais ne danseras sur les vagues aiguës de la langue."

Et voilà comment je redescendis, à cheval sur mes principes,
de la montagne du philosophe et des sommets arides du pur concept,
vers les verdoyantes prairies des belles vertes, euh, des belles lettres.

Repost 0
23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 19:03
1°) Je ne saurais trop recommander la lecture de ce recueil de chroniques prononcées sur France Inter qui, bien que publiées déjà en 1999, demeurent d'une justesse et d'une acuité prodigieuses. 
2°) Comme je n'arrive pas à remettre l'oeil sur le texte exact de la citation que je voulais ici développer, je vais me contenter de la paraphraser. Honte à moi. Ah, si seulement je pouvais maîtriser comme Luchini l'art de faire vibrer les mots des autres ! 
Bref, il s'agissait en substance de distinguer culture d'un côté, et moeurs et coutumes d'autre part, lesquelles se trouvent trop souvent assimilées depuis les années 1980, abusant d'un concept mal assimilé issu de l'anthropologie, qui permet de flatter une dérive démagogique de la société et conclut un peu trop facilement que tout se vaut.
Penser la pluralité, garder à l'esprit un sain relativisme ne consiste pas à renoncer à toute pensée universalisante. L'universel, c'est ce qui se tourne vers le tout, pas ce qui le possède, ce qui l'entrave dans une préhension totalitaire avide d'absolu.
Ainsi, remarque Philippe Val, risque-t-on de justifier des coutumes parfois peu respectueuses de la liberté, voire de l'intégrité de l'être humain, en particulier de la femme, au nom de la sacralisation de toute civilisation, comme inscrite sur la liste d'un patrimoine mondial et pittoresque à conserver. Nombreuses sont ces coutumes devenues intouchables sous prétexte qu'elles seraient partie intrinsèque d'une "culture".
Et bien non, s'indigne-t-il. La culture, celle des penseurs de toutes civilisations, n'a jamais cautionné les pratiques avilissant les êtres. 
La culture élève l'homme, ce que ne font pas toujours les moeurs, fussent-elles érigées en traditions. Non seulement les tolérer ne respecte pas les civilisations en question, mais elles les offensent au contraire, comme si le destin de certains peuples les contraignait pour toujours à perpétuer ou subir des gestes d'aliénation. Ainsi a-t-on pu entendre ici ou là des paroles stupéfiantes qui incitaient à tolérer la lapidation des femmes adultères ou l'excision puisqu'il fallait respecter l'altérité des cultures qui les hébergeaient, irréductibles à nos mentalités d'occidentaux. Rien ne me semble plus insultant précisément pour ces cultures, ravalées de ce fait au rang de civilisations sanguinaires ! Ne serait-il pas plus raisonnable de faire entendre plutôt les voix issues de ces pays, qui, elles, luttent sans crainte de se voir taxées d'intolérance par une molle pusillanimité, contre les coutumes les plus avilissantes ? Il me semble que l'on ferait bien plus progresser l'entente entre les peuples en mettant en exergue les textes d'Averroës, de Tahar Ben Jelloun ou de bien d'autres, plutôt que de conserver comme emblèmes d'une civilisation ce que condamne toute culture. 


Repost 0
22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 21:16
De même que la foi du charbonnier est l'exact symétrique de l'athéisme obtus le plus radical, la religion de l'homme instruit est très semblable au doute cartésien de l'agnostique. Elle a été inventée pour que la place du pouvoir absolu reste vide.
Tabou catégorique. Interdit aux hommes de se prendre pour Dieu ou pour son serviteur et confident.
Et c'est pourtant l'inverse qui souvent se produit.
La ligne de rupture ne sépare pas les croyants des athées ou des agnostiques. Elle distingue ceux qui pensent et qui doutent de ceux dont une certitude figée, confortablement installée dans leur cerveau, le pétrifie peu à peu.
Dans une chronique, Philippe Val regrettait que notre modernité glorifie un peu trop la folie, tout en cultivant le mépris de l'imbécile, dont les critères de désignation laissent d'ailleurs grandement à désirer. L'imbécile, en effet, reste relativement inoffensif. Le fou s'approprie l'univers et ne connaît plus les frontières entre ses désirs et le réel.
Le totalitarisme triomphe quand toute limite au pouvoir humain est abolie. 
L'absolutisme se déploie quand pouvoir temporel et pouvoir spirituel se confondent et que nulle instance n'est plus reconnue au-dessus d'eux. C'est alors que le fanatisme se déchaîne. Celui de l'Inquisition de la très catholique Espagne, celui des procès staliniens, celui de tous les intégrismes, que le dieu qu'ils invoquent trône sur un nuage ou soit botté de cuir et armé de plomb. 
Il est de toutes façons très clair que la persécution des religions par les totalitarismes athées ne vise pas à éradiquer l'idée d'un dieu, mais à se l'approprier pour la remplacer par une religion dont le dogme terrestre n'a rien à envier aux religions révélées. 
René Girard, faisant référence à Clausewitz, nomme "désir mimétique" ce ressort universel et immémorial de tout conflit : "Je veux ce que l'autre possède ou désire". Les guerres, celles du bac à sable comme celles des cités, ne visent jamais qu'à se disputer un commun objet de convoitise :
un territoire, une ressource (or, pétrole, eau, etc...), ou un titre symbolique. 

Doit-on pour autant en conclure que tous les belligérants sont à renvoyer dos à dos ? Qu'il n'y a pas de guerre "juste" ? Il serait hélas trop facile de se laisser aller à ce trop confortable pacifisme. Il y a tout ce même un certain nombre de conflits issus d'une résistance légitime à la barbarie. Mais elles aussi peuvent se résoudre à ce théorème. " Tu veux ma liberté, je me bats pour la reprendre". Que l'objet de convoitise soit bien commun, ne signifie pas que les torts soient également partagés.

Si Bush, donc, (SVP, si quelqu'un en ce bas monde a un pouvoir quelconque, pourrait-il expliquer aux Américains que voter Obama ou Clinton serait un grand service à rendre à la planète ? Merci d'avance.) supporte si mal les puissances islamiques, ce n'est bien sûr pas par désir d'émanciper les peuples, mais, outre l'accès aux ressources énergétiques du Golfe, c'est en raison de son propre intégrisme dont l'obscurantisme s'accommode fort mal de la concurrence que lui opposent ses semblables, de l'autre côté de la Mer Rouge. 
Et l'on pourrait multiplier à l'infini les exemples, dont l'un des plus évidents manque tant de correction politique qu'on s'abstiendra d'en parler. Courageuse, mais pas téméraire. Des pages et des pages ne suffiraient pas à dissiper les malentendus une fois installés, car nulle argumentation, aussi limpide, aussi logique soit-elle, ne peut dissuader celui qui a décrété une idée illégitime et lèse-majesté de condamner en bloc celui qui la profère, tout simplement parce que, dans une logique de clan où l'on exclut, le procès est joué d'avance. On est alors en-deçà même de la mauvaise foi, au-delà même de la passion : on est dans l'arbitraire de droit divin, dans la damnation sans rémission. Et je ne suis pas taillée pour me battre contre le déferlement des haines qui ont, par exemple, submergé des penseurs comme Finkielkraut. Même si je ne suis pas toujours d'accord avec lui, je trouve ignoble la façon dont certains s'arrogent le droit de le bannir de leur caste de bien-pensants. Est-ce cela le débat démocratique ? Le Bien contre le Mal ? L'Ombre contre les Lumières ? Ne peut-on pas faire crédit à tous ceux qui ont fait preuve dans leur vie d'intelligence et d'humanité de manifester des divergences sur les moyens de faire progresser le monde, sans pour autant les accuser de vouloir le faire reculer ?


Rien n'est pire que lorsqu'on se croit habilité à combattre au nom de l'absolu, à agir au nom d'un dieu. Mais ne voient-ils donc pas qu'il n'y a pas pire péché d'orgueil, pour raisonner selon leur logique ? 
Le fanatisme, c'est comme le café : avec ou sans caféine, avec ou sans dieu. 
Avec : "Et oui, Dieu m'a parlé, mais pas à toi, c'est pour ça que je vais te transpercer de mon épée." 
Sans : "La vérité m'appartient, et je te ferai perdre la tête plutôt que de te laisser dans ton ignorance." 

Laissons à l'examen des choses d'ici-bas le soin de nous guider pas après pas.
Tout le reste n'est qu'au-delà, et l'absolu n'est pas de cette terre. 
Ceux qui croient pouvoir contenir la totalité du monde dans leur petit cerveau ont une bien petite idée de l'univers, alors que les plus grands chercheurs brillent par leur humilité.  
Un simple petit schéma suffit à synthétiser ces deux postures si symptomatiques : 
la taille de l'univers vue par chacun est proportionnelle à celle de son entendement. Plus les vues d'un esprit sont étroites, plus est limité ce qu'il perçoit du monde, plus celui-ci lui semble simple et sans questions.
Et réciproquement.

Repost 0
21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 21:47

 Il me semble que tout, l'air brumeux, les labours gras, 
et les arbres et les basses nuées me parlent. [...]
Debout, la cime chevelue chauffée de la flamme du jour, [...]
ô terre argileuse et collante.
Et le vent m'applique un masque de pluie. [...]
Vers quelle plage blêmissante de l'air lèverai-je la bouche qui respire ?
- Sache que je ne suis point seul.
- Qui as-tu donc avec toi ?
- La voix de ma propre parole. [...]
Les ronces sèches grelottent [...]
Debout parmi l'espace, nous avons à chaque main le noir, 
la mélancolie de la terre.
Voici ce que pourrait dire le jeune homme qui, comme un roi détrôné, la tête passée à travers un sac, reste immobile, les yeux hagards,
Et dont le vent, comme une femme folle, s'amuse avec les cheveux,
Et qui contemple sans comprendre l'ouverture du jour,
Empli de chuchotements comme un arbre mort :
La foule des hommes vains qui s'interrogent et combattent, parlent et agitent les yeux. [...]

La forêt où chante le vent qui chasse. [...]
Mais je suis comme un homme sous terre dans un endroit où on n'entend rien. [...]
Chaque génération d'hommes germant du champ maternel en sa saison
garde en elle un secret commun, un certain noeud dans la profonde contexture de son bois. [...]
Mais un arbre a été mon père et mon précepteur. [...]
Et j'ai rencontré cet arbre et l'ai embrassé, le serrant entre mes bras comme un homme plus antique. [...]
C'est tout seul que je suis sorti de la protection de tes branches. [...]
O murmurant, fais-moi part de ce mot que je suis dont je sens en moi l'horrible effort !
Pour toi, tu n'es qu'un effort continuel, le tirement assidu de ton corps hors de la matière inanimée. [...]
La Terre inépuisable dans l'étreinte de toutes les racines de ton être,
Et le ciel infini avec le soleil, avec les astres dans le mouvement de l'année. [...]
O branches maintenant nues parmi l'air opaque et nébuleux. [...]
N'as-tu rien appris sous cet arbre de science ? [...]

J'ai erré comme une lueur. Il faut que je m'élève comme une flamme enracinée.





Repost 0
Published by Clarinesse - dans Citations fascinées
commenter cet article
18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 08:46
Les plus anciens documents écrits de l'humanité découverts à ce jour sont, si je ne m'abuse, des inventaires de commerçants ou d'administrateurs. 
Puis il fallut inventer le style pour introduire la présence du sujet parmi ces objets graphiques. Et le secrétaire devint auteur. 
J'aime ce rôle premier de l'écriture, qui sauve de l'oubli la liste de ce qui existe, marchandises ou idées, bien matériels ou richesses de l'esprit.
L'écriture est depuis toujours structurée par ces deux pôles : l'inventaire et la communication. La conservation et l'action.
J'avoue avoir longtemps préféré le premier, et je ne conçois le lien noué avec le lecteur que nourri de cet entrepôt intime sans lequel il n'est que vain bavardage.
A la question traditionnelle "Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ? ", que Bobin et Gracq me le pardonnent, ce n'est pas un de leurs chefs d'oeuvre que je choisirais. C'est un dictionnaire. Le Robert et ses citations pour chaque mot. Celui des noms propres si je ne peux avoir les deux. J'aime cette liberté offerte de flâner dans les allées du savoir, de butiner les fleurs des mots et de les féconder  de relations incongrues ou évidentes. Quadrillage limpide et subtil.


Rien de tel que chercher un corps perdu pour en trouver un autre.
Rien de tel que manipuler l'ordre des choses pour les ressusciter.
Objet perdu inventorié est à moitié retrouvé. 
Administration du souvenir.
C'est quand on perd qu'on nomme souvent.
La grandeur du langage, celui qui ne peut se remplacer par le doigt qui  montre, c'est dire l'absence. C'est dans ce gouffre sans fond que se déploie la gloire de la métaphysique et des romans d'amour courtois.
Ce n'est guère à la femme qui vaque dans la pièce voisine qu'on écrit des poèmes, mais à la dame isolée dans sa tour d'ivoire et sa contrée lointaine.
Et le ciel vide est si vaste qu'il est le lieu rêvé pour accueillir tous les concepts en mal de Terre.



Repost 0
16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 22:40
Entre dogmatisme et pragmatisme, le tribunal de l'histoire ne balance guère.
Cioran, qui s'y connaissait un brin en conséquences sanglantes du totalitarisme, osait affirmer que les chefaillons corrompus faisaient moins de dégâts sur cette Terre que les plus idéalistes des fanatiques.
(Je recherche la citation exacte et vous la livre dès que possible. Bonnes volontés bienvenues.)

Le dogmatique cherche à plier le monde à ses idées, quitte à le briser.
Le pragmatique plie ses idées au monde pour en modifier la forme peu à peu, comme un menuisier arrive à cintrer une planche en la courbant degré après degré, sans la brutaliser.

J'abhorre les sectarismes. Ils conduisent à jeter les bébés avec l'eau du bain. Ils conduisent au gâchis. Ils conduisent à la haine et à la violence. 
Ils conduisent à renoncer à penser, puisque penser, c'est balancer, 
c'est évaluer et réévaluer sans cesse une action ou une idée à l'aune de ses observations.

Ils conduisent aussi à condamner un auteur pour une opinion que l'on ne partage pas, sans souci de son talent. Ainsi Bobin a-t-il été catalogué comme "le ravi de la crèche" par Pierre Jourde, dans son pamphlet "La littérature sans estomac". L'anticléricalisme est un sectarisme parmi d'autres. Ne pas approuver toutes les positions d'une institution doit-il conduire à condamner ceux qui, de près ou de loin, ont le malheur de professer des idées proches, sans même prendre position aucunement ?

J'ai toujours eu aussi peu d'affinités avec les militants qu'avec les militaires, que l'on peut trop souvent renvoyer dos à dos.
Comme Brassens, je ne refuse pas de mourir pour une idée, mais de mort lente.

On pourra facilement objecter à ces condamnations qu'elles s'autodétruisent puisque condamner en bloc tous les sectarismes conduit à professer un sectarisme anti-sectaire. Certes, et je ne m'en défendrai que par la piètre réserve suivante : parlant d'idées et non de personnes, jamais je ne soumets mes amitiés au test de l'appartenance ou de la non-appartenance à tel ou tel clan.
La logique de caste mène inévitablement aux guerres tribales ou fratricides, et je fuis les partis quels qu'ils soient avec une aversion de concept et de tripes à la fois. 
 Je ne peux m'empêcher, en voyant des foules hurler d'une même voix un slogan politique dans la rue ou le nom d'une équipe de foot dans un stade, de songer combien la houle qui les soulève est de même nature que celle qui fit lever les bras ou les poings pour saluer les dictateurs les plus totalitaires.
Et il importe aujourd'hui de ne pas galvauder ce terme pour ne pas en perdre la force. Ce fut pourtant le cas du mot "fasciste", avec lequel ceux qui le lançaient inconsidérément à la tête de leurs opposants ont sali la mémoire des véritables victimes des véritables fascistes en identifiant sans complexe leurs petits pugilats d'enfants gâtés aux horreurs insoutenables subies par d'autres.
Comme Desproges qui ne craignait pas d'afficher son dédain pour les meutes de tous ordres, je ne supporte pas l'idée de hurler avec les loups.
On peut considérer le souci de rester inclassable comme une forme particulière de snobisme, et en ce cas je ne nie pas d'en être affligée, mais ce trait n'est qu'une suite et non une fin, une position et non une pose. 
Rester à distance pour rester libre. Ne jamais s'inféoder à un clan.
Se lier aux personnes mais ne jamais faire allégeance aux groupes.

La seule arme que je m'autorise à utiliser est celle de ma plume. Et la seule cause que je tente de défendre est l'avenir de la planète.Eduquer l'homme pour sauver la Terre. La conservation du patrimoine naturel et culturel. 

Comment cela, ce texte se mord la queue ?
Mais le ciel de la nuit est trop sombre pour cette tâche de dentellière.
Ces idées attendront l'éclaircie d'une aube nouvelle. 
Théorie à suivre.





Repost 0
15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 21:58
Il paraît que le sens peut danser sur les mots,
Et les faire rendre l'âme au son des grandes eaux,
Qui résonnent au rythme des lignes de chant.
En virtuose des langues, l'écrivain sème au vent.

Repost 0
14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 23:11
Pourquoi mettre ce titre en exergue plutôt qu'un autre ? 
Il est si difficile de choisir parmi les noms dont Bobin baptise ses livres. 
Chacun constitue un poème à lui seul.
Pourquoi donc une bibliothèque de nuages ?
Parce qu'il exprimait avec toute la légèreté possible l'idée de florilège :
quelques phrases en passant échappées de ses pages, 
fragments évanescents de nuées sans pesée, 
limpides et floues comme l'azur.
Mais il me semble qu'il est malpoli d'écrire longuement sur un auteur admiré sans lui laisser la parole. 
Il a ciselé ses mots. Il n'a pas besoin des nôtres.
Voici donc, au hasard de ses pages, quelques éclats de lumière :

Une bibliothèque de nuages.
"J'entends les morts qui se rapprochent de nous, j'entends les os des feuilles mortes craquer sous leurs pieds de lumière."
"Quand je me penche sur une phrase pour la polir, 
le monde n'est plus qu'un duvet d'oie volant dans la chambre."
"Chaque fois que j'entends quelqu'un maudire la neige ou la pluie, cela me fait de la peine, comme si on disait du mal d'un de mes proches".
"J'ai grandi à l'intérieur d'une larme."


Autoportrait au radiateur.
"Ma vie est bien plus belle lorsque je n'y suis pas."
"Un seau rempli de lumière. On le renverse d'un seul coup sur le carrelage de papier blanc."
"Un petit marteau de lumière heurtant le bronze du réel."
"Je me nourris de ce que le monde néglige. Je prends conseil auprès de ces choses sans valeur. Je prends conseil et je prends soin. J'écris."
"Théorie du brin d'herbe" : ce pourrait être un des titres de ce livre.[...]
Les brins d'herbe passent leur temps à ça : 
danser au moindre prétexte et remercier pour les grâces chaque jour reçues."
"L'écriture est la soeur tardive de la parole où un individu, voyageant de sa solitude à la solitude de l'autre, peuple l'espace entre les deux solitudes d'une Voie lactée de mots."


PS : Ce petit trésor n'est pas clos. Il sera complété au fil des jours et des relectures. Alors n'hésitez pas à revenir l'effeuiller si leur souffle soulève votre âme. Je crains déjà les questions de droit d'auteur qui se pointent, car je ne vois pas comment m'arrêter avant d'avoir recopié la totalité de ses livres.
Repost 0
Published by Clarinesse - dans Citations fascinées
commenter cet article

Cahiers Brouillonnants

  • : L'oeil du vent
  • L'oeil du vent
  • : Méditations métaphoriques et pensées en tous sens : philosophiques, esthétiques, poétiques, écologiques et bricoleuses.
  • Contact

Cahiers de l'aube

1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
l'oeil du vent.

2°) Les métaphores, c'est comme les collants. 
Ca file vite si on n'y prend pas garde.

3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

Recherche

Chat échaudé...

Archives

Clarinesse ?

Pour la quête 
de clarté dans la langue,
de musique dans la voix.