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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 23:22

… Je n’eus pas besoin de perdre la vue comme Saint Paul sur le chemin de Damas pour comprendre que je n’y entendais goutte en ce domaine ô combien peu glamour qu’est l’économie. Il va donc de soi que la première nulle dont il est question dans le titre de cette palpitante saga, c’est mézigue.
Et pourtant, l’économie, c’est tout de même fondamental, comme dirait le grand Jacques (pas Brel, le russophone amateur de sumos), puisque étymologiquement, n’êst-ce pâs, c’est la mise au jour des lois (nomos) de son environnement (oïkos), la compréhension des principes qui régissent le monde d’échanges dans lequel nous sommes bon gré mal gré aussi étroitement liés qu’un banc de sardines dans les mailles du chalut. Et il est d’ailleurs assez suspect que la plupart des adultes inconsidérément lâchés dans la nature après avoir usé les bancs de l’école plus ou moins longuement n’aient aucune connaissance un peu structurée des mécanismes fondamentaux de l’économie. Des fois qu’ils aient un peu trop conscience du goût de la sauce à laquelle ils sont mangés. L’économie, aussi fastidieuse soit-elle, devrait s’enseigner, dans toute démocratie qui se respecte, durant toutes les années de lycée, car il suffit aujourd’hui d’avoir suivi une filière littéraire ou scientifique ou technique pour n’en avoir jamais étudié une ligne ou presque, ce qui est quand même assez monstrueux, dans la mesure où ne rien y connaître, c’est comme être livré pieds et poings liés au premier bonimenteur venu ; et c’est pas ça qui manque sur la place publique.

Bref, le monsieur qui déploya les pages jusqu’ici lourdement collées à mes yeux du grand livre des rouages économiques se nomme M. Thierry Rebour. Agrégé de géographie, docteur ès lettres, maître de conférences à l’Université d’Amiens, chercheur à Paris I et Paris VII : abondance de titres ne nuit pas. Condition nécessaire mais non suffisante, elle se révèle du meilleur augure quand ils explorent plusieurs disciplines. Ne pas mener une carrière rectiligne, guidé par la seule perspective de monter en grade est un gage de curiosité intellectuelle suffisamment peu pragmatique pour être désintéressé. Se limiter à sa seule spécialité peut permettre, au mieux, de devenir un excellent technicien, mais rarement d’être un grand esprit. Ce prestigieux pedigree laissait donc apparaître la conférence sous de fort prometteurs auspices. Ils ne furent pas déçus.
Car le Professeur exposait, avec la rigoureuse simplicité que seule procure la profonde maîtrise de son sujet, la marche du monde économique. Ni plus ni moins. Alors si vous ne voulez pas mourir idiot, vous pouvez retrouver le contenu de cette limpide conférence, bien loin des faux débats ici 
ou dans son livre, La Théorie du rachat, qui semble avoir été écrit le lendemain du dernier krach boursier alors qu’il fut publié en 2000. Mais si vous êtes comme moi, la prose écrite économique provoquera chez vous une somnolence du plus mauvais effet pour vos capacités intellectuelles. Alors je m’en vas essayer, retroussant mes bras de chemise comme Hercule avant de nettoyer les écuries d’Augias, de vous traduire les propos pourtant limpides du monsieur en termes comestibles pour littéraires peu portés sur les pourcentages et autres taux boursiers.
Bien que le plan de la conférence fût des plus rigoureux, je me permettrai donc quelques entorses, afin de le rendre un peu plus primesautier et seyant dans les pages d’un lieu aussi peu sérieux que céans. J’espère que vous me pardonnerez mon peu respectueux postulat de départ, lequel consiste à vous supposer aussi ignares que moi en la matière. Comme je ne doute pas que ce ne soit pas le cas, je vous prie humblement de ne vous point offusquer de la nature pédagogique du propos, et de ne point hésiter à corriger les erreurs qui se glisseront certainement au fil de la retranscription de ces notes prises avec la graphie fébrile caractéristique des cours les plus denses.
(Et me voilà qui ai déjà pondu trois trop longs textes sans même avoir abordé le cœur du sujet. Et je m’étonne après que mes élèves bavardent en cours…
Hum. Oublions, reprenons et apprenons.)

Déjà, ce que j’avons bien apprécié, c’est la mise en perspective historique du propos. Ca vous  remet les choses à leur juste mesure et calme ou inquiète, c’est selon. Inquiète, en l’occurrence.
Donc, nous vivons actuellement, depuis une quarantaine d'années, l'une des quatre longues dépressions de l'Europe post médiévale.

1°) Le quinzième siècle vous évoquait le Quattrocento italien : Botticelli, Buonarroti, De Vinci et tutti quanti ? Que nenni ! C’est surtout une période de grave crise économique qui se termina vers 1450.

2°) Le dix-septième resplendissait à vos yeux émerveillés d'ancien écolier des dorures du Roi Soleil et de Versailles, s’ornait des rubans alexandrins de Racine et Corneille ? Certes aussi, mais c’était pour mieux masquer la grande dépression qui s’acheva vers 1750.

3°) La Belle Epoque, ses belles robes, son Proust, ses salons, ses quatuors et sa petite phrase de Vinteuil ?  Cache-misère que tout cela ! Toute la fin du XIXème, jusqu’en 1910 et surtout à la guerre de Quatorze, salutaire machine à relancer l’industrie (nous sommes en économie, et l'économie écrase l'homme tel un aveugle Moloch, souvenez-vous en), ne fut qu’une grise crise, elle encore.

4°) Passons sur celle de 1929 dont naquirent les horreurs de 1933 et des années 1940.
Et ben vous savez quoi ? La crise de 1929, à côté de ce qui germe aujourd’hui depuis ce que les économistes néoclassiques ont indûment qualifié de premier choc pétrolier et depuis l’éclatement de la bulle financière ? Et ben c’est de la gnognotte. Et pourtant, le ton n'était en rien alarmiste : si ça fait moins mal aujourd'hui, c'est parce que les gouvernemenst ayant quand même l'expérience de ce premier krach, ils ont su à peu près réagir à l'un de ses paramètres au moins.


Et le monsieur explique, indices, taux, soldes et regard d’historien et géographe à l’appui, pourquoi c’est-y donc que ce qu’on commence à entrevoir, il y a des chances que ça ressemble comme deux gouttes d’eau fétide à ce qui se passa à la chute de l’Empire romain. Je vous vois déjà ricaner (ce que je fus tentée de faire quelques millisecondes aussi) : "ah, ah, encore un illuminé qui agite de fantasmagoriques phobies devant les invasions barbares qui ont suivi". Ben non, c’est beaucoup plus posé que ça, beaucoup plus calme et plus glaçant. Quand une civilisation choit, il est bien plus fréquent qu’elle le fasse sur son propre épuisement, sur ses propres dysfonctionnements qu’à la suite de conquêtes exogènes.
D’abord, il s’agit aujourd’hui tout simplement, selon le monsieur, de la première période où les flux migratoires sont, quelle que soit l’échelle que l’on prend (régionale, nationale ou internationale) centrifuges et non centripètes. L’exode rural, symptomatique de la croissance d’une civilisation et qui fut constant en Occident  depuis le Haut Moyen Age, devient un exode urbain. (Là, je me suis dit que la donnée inédite des nouvelles technologies : moyens de transport plus rapides, moyens de communications plus performants permettant le télétravail, etc… pouvait fausser la donne et compenser l’aspect inquiétant du paramètre. Pas osé objecter. Suppose que c’est un facteur négligeable. Sais pas.)
Mais surtout, ce qui m’a semblé assez génial, c’est l’analogie qu’il a établie entre ces deux périodes éloignées de deux millénaires, et qui est fondée sur l’évolution de ces trois données fondamentales : le travail, la terre et la monnaie.


La suite un autre jour si vous le voulez bien…

Dans le(s) prochain(s) numéro(s) :
Pourquoi il est question de la féodalité pour expliquer la crise des subprimes.
Taux de change et taux d’intérêt : pourquoi la banque européenne et le FMI y z’ont tout faux.
Crises longues et crises courtes : pourquoi on est coincé que c’est grave et que personne y sait quoi faire et même pas lui.

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Published by Clarinesse - dans Ecolonomie
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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 22:33

... Et pourtant, l’autre soir, le miracle se produisit. La montagne alla à Mahomet et l’économie vint à moi. Les yeux étincelants d’étoiles, le sourire béat du converti ébloui prêt à étreindre son sauveur, j’eus la Révélation. J’ai approché l'un de ceux que les francs-maçons appellent les Illuminati,  « Ceux qui Savent ». (simple métaphore pour désigner un brillant universitaire, je précise, des fois que...)
Néanmoins, quand je m’aventure sur un terrain aussi mouvant et inconnu pour mon faible appareil théorique, je garde mon esprit critique aussi éveillé qu’une lampe torche en pleine randonnée sylvestre nocturne, aussi serré dans un coin de ma cervelle que les cailloux dans le poing du Petit Poucet, guettant dans le public les éventuelles réactions sceptiques de ceux qui me semblent en savoir plus long que moi sur le sujet, et surtout, me fiant un peu à ce que je crois percevoir de l’intelligence et de l’honnêteté du personnage ; de son histoire, aussi, celle d'où est né son point de vue plus général sur la société.

Alors voilà : la vérité est ailleurs. (Et non, je vous prie de croire que je n’ai jamais regardé plus d’un épisode d’ « X Files - Aux Frontières du réel », un soir d’égarement, il y a bien longtemps. La réalité me semble bien assez riche et complexe comme ça sans éprouver le besoin d’aller faire joujou avec des forces occultes quelconques qui amusent les bambins à l’âge d’Harry Potter. Jamais eu aucun goût pour l’ésotérisme et la science fiction. Pour aucun de ces deux termes, en réalité. Préfère l’art et la poésie à la science, et le vrai à la fiction. )
Mais il suffit de changer d’échelle et de référentiel, et tout apparaît sous un jour nouveau. Comme ce fut le cas avec la révolution copernicienne, avec les géométries non-euclidiennes, la théorie de la relativité ou la physique quantique. Et les économistes qui mènent le monde aujourd’hui n’ont pas encore fait leur révolution copernicienne. C’est un brin inquiétant.
Car oui, mes bien chers frères, j’ai rencontré le Copernic de l’économie. Et j’ai même pu causer avec lui, avant et après sa conférence, armée de mon petit bloc notes et de ma toute neuve petite carte de presse, et même dîner dans la brasserie la plus chic de la ville (enfin, je suppose, j’avais encore jamais vu une salade aussi chère !). Ouais !
Et je puis vous le dire, les enjeux sont ailleurs. Il ne s’agit pas d’alimenter les peurs millénaristes dont Hollywood se repaît, de nourrir de risibles psychoses fondées sur de fumeuses théories du complot : la réalité est hélas moins mélodramatique et plus tragique. Il s’agit plus prosaïquement d’incompétence ; d’une impasse théorique dans laquelle s’enlisent nos élites, prisonnières d’une idéologie aussi symétriquement utopique que le marxisme : le libéralisme, la croyance religieuse dans les vertus d’un dieu - marché qui s’autorégulerait par miracle, alors même qu’il est en crise permanente depuis 40 ans.
Ca, tout le monde le sait. Mais une fois qu'on a nommé la maladie, on est tous aussi avancés que les médecins de Molière avec leur latin de cuisine : ouiche, et les remèdes, alors ?
Car il existe pourtant des alternatives économiques fondées sur une bonne compréhension de ces mécanismes fluctuants dans lesquels est pris chaque acteur économique, de l’individu à la banque, des matières premières aux produits financiers. Et il est urgent de les explorer.

Reprenons donc depuis le début.
Le libéralisme est l’application aveugle de ce principe énoncé au XVIIIème siècle par le visionnaire Adam Smith, leur père à tous : «  La somme des intérêts particuliers bien compris aboutit à l’intérêt général. » Et vogue la galère. Le seul menu problème, infime et négligeable détail, c’est que tous ces libéraux néoclassiques qui constituent la quasi-totalité de nos élites oublient la deuxième moitié de la phrase : « La somme des intérêts particuliers bien compris aboutit à l’intérêt général… si et seulement si les différents partenaires sont à niveau de développement égal. » Oups, y aurait pas comme une erreur avec la dérégulation des rapports sociaux, les délocalisations sauvages et la mondialisation débridée ?

... To be continued

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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 20:58

Avertissement au lecteur
En guise de préambule à cette étude fleuve, une de ces grosses colères, qui, ne pouvant atteindre leur objet, s'en prennent au reste du monde. Une salve de mots pour faire taire l'amertume, un nettoyage panique ; comme une envie de ne plus croire à rien ou presque, de tout renvoyer balader. 'solée.


Depuis bien des années, il me semble évident que les débats politiques visibles du public ne sont que des leurres destinés à amuser le bon peuple, à l’irriter juste ce qu’il faut dans une fausse direction, pour prendre les véritables décisions bien au calme quand ça s’agite dans la rue sous les mauvaises fenêtres ; que les quelques mesures mises en avant par les équipes de communication ou les syndicats et relayées docilement par les médias sont bien trop partielles et coupées de l’ensemble du système pour que l’on puisse en juger le bien fondé de quelque manière que ce soit. Que les hommes politiques s’agitent devant les écrans comme la rouge muleta devant le taureau pour qu’il lui fonce bien gentiment dessus sans comprendre que les banderilles viendront de plus haut. Les enjeux sont plus loin, à des milliers de lieues des débats publics, qui se cramponnent à des idéaux fantoches et à des peurs d’opérette.

Des années que je considère que pas un seul nom de nos actuels dirigeants, pas plus que de leurs opposants, ne mérite de faire couler une ligne d’encre. Bouh !  Huons en chœur le vilain pas beau liberticide « Nie Koala S. » Comme si dans le pays des Gaulois qui se foutent des poissons pourris sur la tronche pour un oui ou un non, de Voltaire et des débats parlementaires sans fin, des grèves chroniques et des pavés de mai 68, du patronat le plus sourdingue et le plus crispé qui se puisse trouver (lequel récolte en face les syndicats assortis qu’il mérite), on pouvait arriver à faire taire quelque contestation que ce soit ! Quand râler contre tout et son contraire et exprimer son mécontentement constitue depuis des siècles le sport national ? Socialement, nous sommes un pays indécrottablement latin, fit-elle entre un soupir et un regard envieux vers nos voisins du nord qui savent conjuguer le verbe « négocier » et ont compris que le réel se plie aux pragmatismes mais se brise sous les idéologies. Soyons sérieux. Les seuls qui menacent la liberté d’expression, ce sont les intégrismes et les obscurantismes, religieux ou non, qui se construisent sur toutes nos ignorances. Pas les politiques, et à l’heure d’Internet encore moins qu’avant. Oui, le service public est menacé, l’emploi aussi, mais pas la liberté d’expression. Pas par l’Etat.
Sans parler des querelles de cour de récréation du camp d’en face qui ont fait la une des journaux et de tant de blogs pendant des semaines. Pauvres de nous d’être capables de nous intéresser plus de deux secondes à cela ! Nous méritons bien de nous faire balader comme nous le sommes. Quand  « Ces Gaules Haines » articule laborieusement ses pathétiques citations évangéliques de madone du seizième - arrondissement, pas siècle, hélas - elle me fait mal au lieu de me faire rire, tant j’ai honte pour elle.  « Faut pas jouer aux pauvres quand on est plein de sous », disait Le Luron à Laurent F., ce richissime fils d’antiquaire qui s’empressa d’exonérer les œuvres d’art de l’impôt sur la fortune. Mascarade que tout cela. Comme si toutes ces mesurettes avaient un autre rôle que d’agiter la fourmilière pendant qu’on cache avec soin son vrai pouvoir, et surtout, plus tragique encore, sa profonde incompétence.

D’où ma réserve complète quant à la vie politique française, décidément très forte à rester engluée dans des impasses idéologiques dépassées depuis un demi-siècle. Je continue pourtant à user scrupuleusement de mon droit de vote avec autant d’enthousiasme que s’il fallait choisir, non point entre la peste et le choléra, ce serait faire trop d’honneur à leur impuissance, mais entre faire ses courses à Carrefour ou Leclerc, et parce qu’il faut bien continuer à le garder vivant et effectif jusqu’au jour où il servira de nouveau à quelque chose puisque, à la différence d’une brosse à dents,  il ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.

Mais je me lamentais in petto de ma totale ignorance en matière d’économie, puisque là demeure le nerf de la guerre et celui de la paix, et de ma cécité de crédule brebis qui en résultait de facto, bien incapable de discerner le vrai du faux dans les affaires de ce monde. J’avais beau avoir à peu près saisi qu’un certain Keynes avait eu de très bonnes idées, que le libéralisme pur et dur était voué à l’échec, il devait bien y avoir quelqu’un entre Marx et Riccardo, que diable ! Mais je n’avais pas encore pris le temps et le courage de me plonger dans un manuel d’économie, me disant avec une certaine sagesse que le monde n’avait pas besoin que je le comprenne pour continuer à tourner.

A suivre
 ...

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Published by Clarinesse - dans Ecolonomie
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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 22:32


Quel est le principe du blogueur à explosion ?
L'énergie thermique
Produite par combustion.
Quelle est sa dynamique
Et ses multiples fonctions ?
Voyons le principe du blogueur à explosion.

Le clavier s’affole, libérant le texte en l’air,
Le commentateur, ricochant sur l’eau des mots,
Répond au propos et forge une chaîne en réseau.

Jubilation, compréhension,
Temps auteur, inspiration
Sont les atouts de la production.
Aspiration, compression,
Temps moteur*, expulsion,
Sont les données de la propulsion.
(* Le « moteur » désignant bien sûr la machine à fabriquer des mots.)

Parfois il arrive que le blogueur s’enraye,
Que la mécanique devienne pure panique
Et quand par mégarde, la combustion prend ses aises
Que l’incendie gagne la matière du système
L’énergie cosmique pulvérise les soupapes
Et sans vent sans élan pour dissoudre toutes cendres
L’inspiration s’encrasse, en décomposition.

Tel est le principe du blogueur à explosion.
Burn out. Surchauffe. Explosé.

PS : Est-il besoin de préciser que ce bricolage approximatif est greffé
sur la chanson de Boris Vian transformée par les soins des virtuoses maîtres chanteurs
de Chanson Plus Bifluorée en virevoltant joyau ?

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Published by Clarinesse - dans Musiques intérieures
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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 23:24



Attendre ou vivre, il faut choisir. Apolline ne savait comme toujours que subir et tenir.
Contradiction d’un stoïcisme ramolli, attiédi.
Attendre, nier le présent, ici et maintenant. L’anti-vie.
Mais peut-on espérer l'avènement du jour suivant sans rien attendre ; n’est-ce pas une seule et unique respiration, vérité en deçà et au-delà des Pyrénées, comme Montaigne ne disait pas ?
Esperar, attendre et tendre son esprit vers l’à venir qui ne vient pas, car détrompons-nous :
l’avenir n’arrive que si on va le chercher. Le temps qui avance est vide. A soi seul de l’emplir.
Attendre, terré dans sa terreur, ou bien « le chant du galet, le boire au fond de soi »,
comme disait le monsieur du royaume d’à côté ?
N’être plus que l’écrin du métronome fou qui s’emballe en fougueuse chamade, galopant derrière ses rêves qui le chahutent comme un cheval effrayé traînant dans la poussière le corps menotté, écorché du condamné à la potence. A la démence.
Ponctuation d’attente. A l’heure exacte, le cœur se bat pour ne pas éclater.
Chaque minute qui s’écoule couvre de terre les voiles qui palpitent. Puis c’est fini.
Restera le silence en apnée.
Le cœur serré comme un citron qui se répand, larmes acides de l’être en manque.
Il ne bat plus qu’étroitement. Il frappe encore un peu, ligoté par l’angoisse, sans amplitude, sourdement, fonction physique en mode survie, au minimum.
Anéanti. Ne pas même s’échapper. Articuler sans même y croire : ne plus se laisser prendre, jamais. Pauvre niaise, à quoi t’attendais-tu donc ?
Se raisonner. Arraisonner les vagues qui déferlent contre toute mesure, qui débordent les semblants de barrages dont la terre s’effrite.
Se murer. Ca tombe bien, les murs ne sont pas loin, jamais désertés qu’ils demeurent. De prison ils redeviennent refuge. Retour à la case idoine. Ne passez pas par la case départ. Ne touchez pas vingt mille francs. Hypothéquez vos châteaux en Espagne. Revendez vos rêves élyséens. Monopolisez vos chimères, gardez-les souterraines, cadenassez-les, refermez les pans d’or.
Car le manque a des degrés :
l’absence simple et réciproque, douce plus qu’amère ; le rendez-vous manqué ;
l’adieu qui, encore, s’adresse à vous, vous place au centre, destinataire privilégié de la blessure, suprême honneur de recevoir le fer ;
l’oubli, le silence, sans pitié, qui vous laisse sur le quai, à l’abandon, dans le cinglant des courants d’air ;
et le coup de grâce, quand vous voyez le cœur qui est encore le centre du vôtre se tourner vers un autre, encore lié et bien forcé d'accompagner cette torsion aussi indolore que de plier son bras à l'envers de son coude.
Bien appliquée, Apolline rejouait sans se lasser le même scénario, le seul inscrit à son répertoire, le seul qu’elle connaisse, rassurée de retrouver ses traces sur le chemin de boue séchée.
Mais tout ceci n’est que fiction, rêverie d’effraction immobile.
Le fond demeure une autre histoire, n’est-ce pas. D'un mauvais rêve, on se réveille.




* Illustrations extraites du film Der Fangschuss, adapté du court roman de Marguerite Yourcenar, Le Coup de grâce. Le glacial film en noir et blanc qu’en a tiré Volker Schlöndorff avec Margarethe von Trotta est bien plus intense encore que le récit écrit.
Vu et revu. Il y a longtemps.
Nul résumé ne peut rendre l'acuité crépitante de la brûlure à travers l'hiver inflexible, dans cette marche acceptée vers la mort donnée par l’aimé qui rejette, parfaite épure de tragédie .


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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 23:24



Qu’on se figure une marmelade d’orages amers, et l’on aura une idée assez juste du degré de consistance qui cimente le faible intérieur d’Apolline Mascarin, cahotant de cachots en chaos.
« Assumer », dit-il. Assommée, fut-elle.
Assumer ses choix. Assumer ses poids.
Une hotte de verre sur son dos de méandres.
Un logis de cristal. Un enfant de papier, tout en soie.
Elle est là. Sous le poids du fardeau. Tout se brise si elle le pose.
Les deux mains prises. Les deux mains pleines.
Même sortir un mouchoir, elle ne peut pas. Un porte-faix. Importe peu, ce qu’elle en pense.
Toujours tenir. Cariatide de glace, en colonne vertébrale, cérébrale, elle seule peut le porter.
Le sol est de cailloux, silex si durs et si tranchants, déjà jonché d’éclats des chutes précédentes.
Et le feu la fait fondre. Et le pilier vacille. Et la chaleur rougit.
Mais Apolline a les pieds pris dans le béton de sa maison.
Elle est un élément d’architecture. Des fondations à la charpente, elle s’y dissout.
Et pourtant, quand le jour est léger, la colonne se fait fleur.
De matériau de construction, elle devient décoration. Végétation.
Un hortensia à la fenêtre. Bleu, l’hortensia, comme lorsqu’il pousse dans un sol ardoisé.

Car Apolline était aussi timide qu’un hortensia. Ca pousse toujours à l’ombre d’un mur, un hortensia, ça s’appuie sur la pierre. Du granit, de préférence. Ca ne sort pas beaucoup la tête du buisson, des fois qu’une main à sécateur aurait l’idée de la couper. Ca s’abrite dans le massif, ça se laisse oublier. Mais ça a soif, toujours. De beaucoup d’eau. Beaucoup de mots. Beaucoup de ciel. Et ça regarde, de tous ses yeux, de tous ses cœurs, comme autant de paraboles sensitives aux moindres ondes des nuées, aux moindres aubes des clartés. Ne laisser échapper aucun signe, aucune goutte de rosée. Et les voir, et les boire. Les traduire en couleurs saturées et moirées. But ultime de sa vie.

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 00:15


Les massacres de Chio, Delacroix.


Ce soir, pas eu le temps de détourner le regard de Pierre petit à temps pour l’empêcher, passant par le salon après le bain et avant le lit, de se poser sur des images de fin du monde. On y voyait, bien alignés sur le sol, de très jeunes enfants, emmaillotés dans des linceuls blancs, attendant d’être chargés sur des brancards avant d’être évacués vers la fosse commune la plus proche. Un quart de seconde plus tard, remarque vaguement étonnée du bonhomme de quatre ans :
« Ils ont une drôle de façon de s’occuper des bébés ! »
Et, perplexe et presque vaguement amusé, il ajoute : « Ils les mettent dans des sacs ! »
Mais après deux ou trois questions et autant de réponses embarrassées, l’évidence était là, indéniable.
« Ils sont morts ? Cassés comme leurs maisons ? Et après, on les enterre ?
Et leurs mamans, elles sont très tristes ? »


Etre mère dans l’horreur. Je ne sais pas si on fait pire. Déjà, l’affronter quand on n’a que sa propre détresse à domestiquer… Mais être dans l’incapacité de soulager celui à qui on a "infligé la vie", comme disait Chateaubriand. Voir souffrir son enfant, sous la peur, sous la faim, sous la soif, sous l’ignorance de ce que sera l’heure suivante, sous les blessures et les infections, et ne pouvoir lui apporter nul remède, nulle réponse. Lire dans ses yeux le verdict de sa propre impuissance à obliger le monde à le sauver. A rétablir l’ordre des choses : manger, dormir, jouer. « Maman, pourquoi n’y peux-tu rien ? Tu n’as pas plus de pouvoir que moi, ballottée comme tous les autres dans l’Histoire. »
 Le rassurer, quand même, par instinct, par habitude, hurlant sous les déflagrations. Le serrer contre soi, le panser de caresses.
Imaginer les ravages de la guerre dans son esprit qui aura vieilli, en quelques jours, de plusieurs siècles. Qu’en ressent-il ? Comment se représente-t-il ceux qui lâchent ces monstres de feu ? Quelles pensées traversent les gravats de son âme ? Terreur ? Vengeance ? Hébétude ?

Se résoudre à le laisser dans un coin, prostré, pour rassembler à la hâte quelques affaires : le pain qui reste (s’il en reste), un peu d’eau. Ah non, les conduites sont explosées, plus d’eau potable. Il va falloir courir au hasard des rues pour désaltérer sa gorge desséchée, déjà.
Quelques vêtements. Pas trop pour ne pas s’encombrer et ralentir sa fuite.
Le calmer. Lui donner des raisons. Lui expliquer l’inexplicable. « Ca va passer. » Un jour, ce sera calme. Un jour, la paix sera. « C’est quoi, la paix ? » Difficile de répondre. Depuis soixante ans de guerre, la mère pas plus que le fils ne savent à quoi ça ressemble. Un mythe parmi d'autres, probablement.
Il a faim. Il ne pleure plus. Il n’en a plus la force.
D’autres bombes s’abattent. Des murs s’effondrent. Du sang salit son visage encore beau, malgré la misère. Où, où est-il blessé ? Vite, vite, savoir où. Sur son front, un éclat. Peu profond, heureusement. Fulgurant soulagement. Mais il gémit. Il a mal. Au ventre, montre-t-il de ses mains qui se serrent. Et le calvaire, le vrai, commence. « Un paquet hurlant de souffrances intolérables »* . Chercher, éperdument, ce qui pourrait ressembler à un médecin. L’hôpital est en ruines, et dans le campement précaire où les soins sont donnés, cela fait longtemps qu’il n’y a plus ni anesthésiques, ni désinfectants, ni rien. Amputations à vif, plaies purulentes, agonies sans fin. C’est beau, un embargo.

* (Erich Maria Remarque, A l’Ouest rien de nouveau)


 A des milliers de kilomètres de là, les marchands d’armes se frottent les mains. Encore de bien beaux bénéfices en perspective. C’est chouette quand même, tous ces gens qui se tapent dessus sur commande. Rien de plus facile à attiser que la haine. Et le pire, c’est qu’ils y croient, ces pantins tueurs, à la cause qu’on leur agite sous le nez comme un chiffon rouge sous le museau du taureau.

Et ça ne date pas d’hier :
« On croit mourir pour la patrie, et on meurt pour des industriels. »
dixit il y a un siècle Anatole France.
« Lorsqu'un gouvernement est dépendant des banquiers pour l'argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. » (Hein M'sieur Bush ?)
Napoléon Bonaparte. Eh oui, il avait quand même pigé un certain nombre de trucs avant de virer barjo.

Non seulement les guerres ne sont pas décidées par les peuples, mais à peine davantage par leurs gouvernements. Ce sont les intérêts financiers et cette satanée et protéiforme soif de pouvoir qui tirent les ficelles : rien de tel qu'une bonne guerre pour faire marcher les aciéries. « Il suffit alors de trouver le premier prétexte venu, incident diplomatique ou attentat, tensions de voisinage ou cristallisation idéologique factice pour mettre le feu aux poudres et mobiliser les foules. »
(Noam Chomsky, propos en substance, recueillis par Daniel Mermet.)
C’était le cas en 1914, en 1933, en 2001. Ca l’est toujours aujourd’hui.
Et quand la cause en question est aussi docilement source de conflit que la promiscuité et une densité de population démentielle, y a plus qu’à s’installer confortablement pour assister au spectacle.

Gaza : plus de 700 (?) morts en moins de deux semaines de bombardements.
Congo : six millions de morts en dix ans de massacres, depuis 1998.
Sri Lanka : plus de cent mille morts depuis 1997.
Pour n’en citer que quelques uns qui font rage aujourd'hui ...
(Même si le point de vue adopté dans le lien n'est pas impartial et construit une moche argumentation sur le macabre décompte en disant : "On en tue moins que d'autres donc on n'est pas méchants", le tableau permet de se rendre compte de l'ampleur du désastre. Il ne s'agit pas de relativiser, de minimiser l'un par rapport à l'autre dans un marchandage sordide et indécent, il importe seulement de constater. Je n'ai pas croisé les chiffres avec d'autres données, donc, prudence.)

Et parce que rien ne ressemble à une victime de guerre comme une autre victime de guerre, pour finir, ce poème d’Hugo écrit après le massacre de l’île grecque de Chio par l’armée ottomane qui émut toute l’Europe romantique (Byron, aussi, notamment ou Delacroix).
Passons sur la peu probable blondeur et les yeux bleus de l’enfant grec dont la symbolique de pureté, après le passage d'Adolf, met un peu mal à l’aise, et lisons :

L’enfant

Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,
Chio, qu'ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un choeur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l'onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l'affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d'avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d'Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu'un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

Victor  Hugo, Les Orientales.

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 00:22


Quand même, se disait Apolline. Qu’est-ce que c’est traître, une définition ! Vous êtes là, bien concentré, à tenter d’assembler tant bien que mal deux pierres sur votre muret, et vous vous apercevez que les sables au-dessous sont mouvants, et que le ciment aura beau être aussi compact que vous le voudrez, l’ensemble s’effondrera, sans aucun égard pour vos efforts.
Pire même. Vous avancez dans une prairie marécageuse, et pour assurer vos pas, vous jetez devant vous quelques branches en guise de pont flottant. Mais non, ce que vous preniez pour du bois, n’étaient que des reptiles fuyants qui enserrent vos chevilles et vous entraînent insidieusement tout au fond du marais. Rien de plus rassurant qu’un concept à l’abord. Rien de plus grouillant vu de près.

On lui avait pourtant bien expliqué, à Eve, que mieux valait ne pas y toucher, à ce fruit-là.
Ben non, elle est plus maligne que les autres, elle va réussir, elle, à définir l’indéfinissable. A se dépatouiller avec ce truc qu’elle évitait si soigneusement depuis longtemps. A circonscrire le feu. Un si joli joujou !
Certains, cracheurs de feu ou pyrotechniciens, y arrivent bien, à domestiquer la puissance des brasiers sans jamais s’en laisser dévorer. Pourquoi pas elle ? Mais non, elle, elle appartient définitivement à l’espèce de ceux qui ne sont pas fichus de frotter une allumette sans se brûler.
Et elle s'adressa à elle-même, avec la voix nochalamment métallique de Clint, cette réplique mémorable du Beau, la Bête et le Galant :
"Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui tiennent le chalumeau, et ceux qui s'brûlent. Toi, tu t'brûles."

Quoi c’est-y donc, l’amour, hein ? Nous sommes tous bien convaincus (en deux mots, aussi, mais je vous en prie) que le fait même de se poser la question est un contresens. L’amour ne se définit pas. Il se vit et se meurt, il s’éprouve ; il ne se laisse pas statufier dans des concepts aussi peu solides que lui.
Et pourtant, il faut bien essayer de se forger une boussole, de se dessiner une carte, dans ce pays du Tendre si escarpé.

Et au seuil de se perdre dans le delta des eaux immenses, le confort a un goût d’amertume. Rester au port. L’amour n’est jamais qu’un malentendu, un contretemps aléatoire, un pas de deux syncopé.
L’éphémère conjonction de deux élans, de deux univers qui jamais ne coïncident.
« Fuis-moi, je te suis. Suis-moi, je te fuis. » Amère tragédie.
Il y en a toujours un en manque de l’autre et qui s’étiole,
Et l’autre qui étouffe dans la soif du reste du monde.
L’un en manque et l’autre en trop.
Ne jamais attendre tout de l’autre.
Et renoncer à vouloir être son tout.
Non point posséder l’autre, et ne pas plus rêver de posséder tout ce dont l’autre rêve, d’être le tout de son idéal.

« L'amour, c'est un désir de possession en équilibre sur l'exigence de liberté. » avait-elle lu. Ou cru. Renoncer à ce démon qui hante tout amour désireux d’absolu. Ce poison mutant dont il faut trouver l’antidote chaque jour, qu’il faut combattre sans relâche pour l’empêcher de se muer en son contraire.
Mais la phrase ne dit pas si c’est désir de posséder ou désir d’être possédé(e). Non tant par l’autre que par la flamme qui naît de ce désir, comme on dit possédé par le diable, Lucifer, le porteur de lumière.
Et possession n’est pas propriété. Empêcher à tout prix que sa force ne se fige en état. En contrainte.
Non, non, il s’agit bien plutôt de se laisser déposséder de ses frontières, de laisser fondre ses limites. De perdre ses contours, de perdre consistance et résistance.

Et laissant son regard divaguer sur les lignes ondoyantes des mots, elle se laisse peu à peu dissoudre, à son corps si peu défendant, dans la fusion des éléments. Des ailes amantes. Se laisser habiller par les mots. Se dévêtir en quelques phrases.
Non, non, point de malentendu. Un ballet aquatique, une nage harmonieuse, une compréhension de chaque seconde, où nul regard n’est perdu, où chaque mot est dit et entendu, où le moindre frémissement est perçu, accompagné ou apaisé.
Une danse du sens, une danse des sens, un ballet où nul ne guide et nul ne suit. Comme ces bancs de poissons nageant tous à l’unisson, guidés par la seule vibration de l’eau. Comme ces nuées d’étourneaux déployant dans le ciel rose du soir de ces chorégraphies parfaites et tournoyantes. Point de concertation, nul besoin de délibérer, de discutailler. Sentir ensemble le même remous de l’eau, de l’air, et s’y glisser, sans se heurter, d’un même élan.

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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 20:19

(Et elle récidive, en plus.)

 Définition n°2

L'amour, c'est un désir de possession en équilibre sur l'exigence de liberté.
Et c'est super casse-gueule.

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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 10:11


Je n’ai jamais rien compris à cette entité vide de sens qu’est le temps. Se réjouir à coups de pétards, de beuveries et de confettis d’avoir un an de moins qui nous sépare de l’issue fatale de son bref passage sur terre m’a toujours prodigieusement agacée. Que certains se croient obligés de faire le plus de bruit possible pour se prouver qu’ils existent malgré la vacuité de leur for intérieur, cela fait maintenant un certain temps que je m’y suis habituée, contrainte et forcée.
Il m’arrive fréquemment de réveillonner, une tasse de thé au côté du bureau, quand je n’ai pas fini un texte avant la naissance du jour nouveau. Mais m’obliger à veiller un verre de (non, pas de champagne, on vous a dit) jus d’orange à la main pour attendre minuit et me transformer en citrouille en public sous l’effet de la fatigue la moins élégante qui se puisse imaginer, non merci.
Autant Noël, avec la chaleur qui rayonne des yeux de la chair de sa chair et la beauté des rares cantiques qui me font immanquablement et malgré moi monter aux yeux quelque humidité, suintant probablement d'une nostalgie mal enfouie et des restes modérément bien digérés des murets de l'enfance ; autant Noël, donc, demeure un foyer de lumière dans cette obscurité hivernale, autant le Nouvel An m’insupporte absolument, et je le boycotte sauvagement.
En outre, la coutume qui consiste à envoyer des cartes sur commande à une date précise et parfaitement insignifiante en terme de contenu m’a toujours semblé un peu trop convenue pour que la forme particulière de snobisme dont je suis affligée m'autorise à y sacrifier. Mais il s'avère au fil des ans que le temps court décidément plus vite que les pauvres créatures qui se débattent dans ses flots : attendre une occasion extraordinaire pour donner et prendre des nouvelles s'est donc révélé mettre en péril les attachements sincères bien que lointains qui tissent notre vie en ce bas monde, et cela fait maintenant une paire d’années que je me plie à cette obligation. Depuis que la sale bête qui décide de kidnapper les vivants qui nous sont les plus chers, laissant quelques chaises vides aux tables de fête, me fit ressentir le besoin de me rapprocher un peu de ceux qui connaissaient et chérissaient aussi ceux qui les occupaient. Depuis aussi que les quelques amis véritables que j’ai conservés du temps troublé de ma jeunesse déjà lointaine se sont éparpillés aux quatre coins de l’Europe, voire du monde pour les plus contrariants d’entre eux.
Mais je n’irai pas jusqu’à prendre des résolutions, tant elles ressemblent furieusement à celles de 2008, elles-mêmes analogues à s’y méprendre à celles de 2007.

Cependant, ces quelques réserves de rigueur ne m’empêcheront pas de vous exprimer, à vous tous, esprits bienveillants qui hantez de vos pas délicats la clairière de l’œil du vent, et à vous aussi, amis du monde géographiquement réel au courant de ce lieu, toute l’intensité de ma reconnaissance pour l’incommensurable chaleur dont votre petit cercle ne fut point avare, tout au long de la première année de cette humble fenêtre.
J’étais à mille lieues d’imaginer, lorsque j’ouvris cette trappe sur l’air libre, il y aura un an dans deux jours, tout ce qu’elle recèlerait. De simple refuge, elle se transforma peu à peu en caverne d’Ali Baba à belles âmes. Ou en boîte de Pandore, tout dépend du point de vue sur la chose qu’on choisit d’adopter.

En commençant ce texte, j’étais à deux doigts d’être n’émue, ben là, y reste même plus un ongle.
Alors voilà, ze vous embrasse tous. Pour l’ambiance, imaginez-vous, ceux qui auraient vu Quatre mariages et un enterrement (‘solée, n’ai point trouvé la séquence sur Vot’tube) les épanchements lacrymaux de la première mariée, celle qualifiée de meringue par Fiona (Kristin Scott Thomas), l'amie sombre et fidèle doucement éconduite par Huuugh Grant, confidente à défaut d'être amante (ceux qui me connaissent, cherchez à qui je me suis identifiée en voyant le film. Question fastoche à deux francs, anciens), lorsqu’au départ des invités, elle affirme à chacun, entre deux larmes fortement alcoolisées et deux poignées de main collantes, combien elle les aime, (« Et toi aussi, je ne te connais pas depuis longtemps, mais je t’aime beaucoup, si, si j’insiste ») sous le regard décontenancé et passablement inquiet de son tout frais mari, espérant que cette débauche d’amour soudaine n’est à attribuer qu’à son ébriété passagère :
« Don’t mention it. She’s drunk. That is to say, I hope so. »,
avec l’air gêné de circonstance du britannique, flegmatique comme il se doit.

Et même si les amitiés véritables et pas virtuelles pour deux sous qui se sont nouées au fil de ces mois s'épanouissent harmonieusement dans l'espace circonscrit et néanmoins infiniment riche de cette étrange lucarne, je caresse parfois le rêve étrange d'écouter retentir quelques éclats de voix et de rires en un même lieu, tant l'espace semble bien être l'unique contingence qui nous sépare parfois. Et tel sera l'unique voeu que je formulerai : nous réunir un jour, peut-être. Et vous voir heureux.

Et en avant la rentrée, en musique. En remplaçant "Prozac" par carré de chocolat et "Grand Marnier" et autres produits distillés par "textes et commentaires du blog", c'est à peu près ça.

PS  : au fait, j'oubliais. Ceci est bien, conformément aux clauses du contrat ci-devant mentionné et selon les termes de l'article 192 alinéa 3 du code blogal, le deux-centième billet du Blov pondu en 2008, première année de sa courte existence. CQFD.

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