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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 01:22

 

(Essai, échec, un perd et passe)

Les cloportes colportent un discours si visqueux.
(Petit regret sur le mépris induit par ces "cloportes" mais leur musique me trottait dans la tête
depuis si longtemps qu'il fallait bien les emmener prendre l'air sur la toile d'araignée.)
Il est si difficile de bien, vraiment bien parler d’amour.
Parler de l’amour, depuis l’amour, depuis un état amoureux, sans gluer de confiserie,
déjà, ce n’est pas donné.
L’Union sacrée entre cortex et cordial est d’or : pas irréelle, non, mais inespérée.
Certains ont ce don-là, sont riches de cet absolu pouvoir qu’il leur confère.
"Ce dieu-là existe, je l’ai rencontré", peuvent dire les heureux(ses) élu(e)s.

Mais parler de l’amour pour essayer de cerner la bestiole, c’est beaucoup plus ardu.
Malgré quelques molles tentatives, je n’ai pas encore réussi à sortir de ma boîte à outils quelque chose de potable sur le sujet. Commencer une phrase par « L’amour, c’est… » c’est … mal parti, d’abord.
C’est quoi donc, d’ailleurs ?
Un jardin de roses ? Deux papillons dans le ciel bleu ? Deux libellules sur un ruisseau ?
Un étalage de croissants au beurre ? Une paire de chaussures assorties ?
Un pot et son couvercle ? Une clef et sa serrure ? Une âme et sa sœur ?
Et la vôtre, elle va bien ?

« Le discours amoureux est tenu par tout le monde, soutenu par personne. »
dixit Barthes in Fragments d’un discours amoureux.
Oui,…et non. Tenu souvent, assez mal, en outre.
Mais pas assez, pourtant, et pas toujours par ceux dont on l’attendrait, en plus.
Ca fait pas intello de conter fleurette. C’est pas sérieux, ça déclenche les sarcasmes.
Car la perle est rare qui allie beau ramage et vrai visage.
Pas chimérique, non, mais rare. Si rare, si précieuse, qu’on l’imagine déjà broyée par les nuées de convoitises qui s’abattront sur elle comme la misère sur le monde.
Zeus dévoré par les bacchantes, une poudre de nacre inondant de sa pluie les mortelles enfiévrées.

C’est ainsi : d’un côté, les détails de l’affaire nous demeurent inconnus.
Et de l’autre, il faut bien essayer de se débrouiller avec la finitude de nos contingences et l’infinité des univers nés de nos caboches. C’est à cela que ça sert, les définitions. A faire un peu concorder les deux. A jointoyer les plaques telluriques de nos improbables tectoniques d'un peu de plâtre mal séché.
A colmater les brèches de nos planchers pour ne pas s’engouffrer dans de fatals précipices.

Alors en voici une, de définition.
Une toute petite, une toute bête, une toute banale. Une déjà vue, une déjà lue, parce qu’avec le nombre de cœurs ayant déjà battu, l’inédit dans le domaine, à part au rayon des prouesses de la chirurgie cardiaque, je ne vois pas trop. En tous cas, je ne sais pas faire.

Aimer, c’est … (oui, je vous avais prévenus, ça commence mal) vouloir le bonheur de l’autre même s’il ne passe pas par le sien.
Ca vous en bouche un coin, ça, hein ? Personne il avait encore jamais dit ça aussi bien !
L’exact contraire de la propriété affective, donc. Avoir des droits sur un coeur est un contresens.
L’amour ne se décrète, ni ne se réclame, ni ne s’impose, ni ne se revendique.
Il s’éprouve, dans le dénuement de son intime vérité.
Ou pas. Et si « pas », s’effacer.
Il se construit, pourtant, aussi, oui. Comme on construit un feu* dans le Grand Nord, malgré le froid mortel. Et il s’écrit, infiniment. Mais pas sur un texte de loi ou un registre.
Quand l’amour ne rame pas dans le même sens que le flot de la vie, quand il lutte contre le courant de la liberté, il doit rendre les armes **, car derrière la cuirasse, il n’y a déjà plus qu’un cadavre éperdu.

 

*Construire un feu, court récit de Jack London sur la marche solitaire d’un homme qui sait son salut ne tenir qu’à sa dernière allumette. Grandiose simplicité.

** Et désolée pour les références. En ce moment, les classiques sont estampillés à partir de quatre ans, à la maison.


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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 00:58
Photo : Copyright Sylvaine Vaucher  (Merci)

Partir de la détresse. Colorer peu à peu les ténèbres.
Plutôt que secouer l’éploré, le bercer doucement.
Et murmurer dans ses cheveux du bout des lèvres
Sur son front sinueux, dessiné de tourments.
Ne pas braquer le projecteur d’une énergie vive et braillarde,
D’une joie indécente sur des yeux qui ont vu la camarde
Et depuis leur retraite, imprégnés d'inconscience
Ne connaissent plus que la pénombre et le silence.
Entrouvrir les volets, animer l’air trop gris
De quelques notes à peine audibles, de la douceur de l’empathie.
Et l’effleurer de sa présence, souffle clair et léger.
Etre là, tout regard, toute écoute, mais prêt à s’envoler.
Tout plutôt que peser, tout plutôt qu’envahir. S'effacer.
Et après, seulement, retrouver les rayons éclatants hors l'abîme,
Les accords, là, majeurs, des espaces désertés du sublime.

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Published by Clarinesse - dans Echappées poétiques
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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 17:45


(NB - titre : latin d’arrière cuisine garanti sans Gaffiot. Avis aux correcteurs…)


Les chats s'amusent et le fils vous apporte une bûche pour que s'embrasent vos foyers (leurs cheminées, seulement, hein, suis pas pyromane...)

Recevant la moissonneuse batteuse qui hante ses rêves et ponctue ses discours quotidiens depuis des mois, petit Peter s’écrie :
 « Je suis si heureux que je pleure de joie. Mais mes larmes sont tellement petites qu’on ne les voit pas. »
Eh oui, ayant entendu dans Le Petit chaperon rouge que la maman pleurait de joie en retrouvant ses descendante et ascendante dans les entrailles de la bête, et ayant aperçu une fois ou l’autre semblable manifestation chez la sienne, d’ascendante directe, Pierre Lapin exprime désormais souvent ainsi le summum de son bonheur et de ses espérances : « Si vous me donnez ce (cochez la case) [ ballon, chocolat, camion, déguisement,… ], je serai teeellement heureux que je pleuuurerai de joie. » Déjà expert en hyperboles, le bonhomme. On fait plus terrible, comme chantage, non ?
Rassurons-nous pourtant, les larmes ne coulent chez lui, comme chez tous les petits n’enfants, que lors des menus ou gros bobos du corps ou du cœur.
Néanmoins, même si je le laisse dire en souriant, j’ai tout de même tenté de lui expliquer que seuls les adultes pouvaient pleurer de joie, ce qui d’ailleurs me plongea dans une certaine perplexité.
C’est vrai, ça, à partir de quel âge est-on capable de pleurer de joie ?
Je n’arrive pas à me rappeler cette première fois-là, me concernant.
Je suppose qu’il faut pour cela s’être déjà mangé un nombre certain de baffes dans la figure, avoir déjà vu plus souvent qu’à son tour son lot de bonheur s’évanouir sous son nez, pour que chaque plaisir un peu intense vous remue les tripes jusqu’à faire déborder le fin fond de tristesse intrinsèque qui y demeure. Une joie pour mille regrets. « Ne me secouez pas, je suis rempli de larmes. » (Henri Calet ; si juste bien que si usée)

Mais nul doute que le nombre d’années auquel on acquiert cette capacité doit être bien plus précoce chez tous ceux qui ont eu le malheur de naître au milieu du chaos ou du dénuement.
Non, décidément, les
Jouailleux Nouillels ont du mal à passer. Trop d’absents.

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 00:21

 

 (Retranscription approximative de lettres du peintre Fernand Léger écrites depuis le front de la guerre de quatorze, lues au théâtre par Jacques Gamblin.)

 

Un champ de bataille déserté à Douaumont, non loin de Verdun. La terre y est remuée sur trois mètres de profondeur et sur des kilomètres carrés. Rien, absolument rien de vivant ne subsiste. Pas une fleur, pas un arbre, pas un oiseau. Pas un homme. Plus même un morceau de bois. Pour transporter les blessés, les brancardiers utilisent des jambes de cadavres encore bottées en guise d’armature. Y séjourner pourtant. S’abriter dans un trou d’obus : statistiquement, il est très rare que deux marmites tombent au même endroit. Mais par temps de pluie, les éviter absolument : les parois de glaise rendent toute remontée impossible au soldat isolé et en font un noyé à coup sûr.

Chercher dans la glaise un endroit où la concentration en morceaux humains est plus faible. On n’enterre plus les cadavres depuis longtemps. Le pilonnage suivant les déterre aussitôt. Se retrouver, malgré tout, à voisiner avec une main, un morceau de crâne. S’y résoudre. Y planter sa cape en guise de toile de tente. Dans la boue parfaitement remuée, le seul point fixe où accrocher ses affaires, ce sont les pieds d’un soldat qui dépassent de la terre. Une patère comme une autre.

 
Et l'on y voit un nouveau groupe d'hommes en train de creuser une nouvelle tranchée, pour de nouveaux combats, au même endroit, exactement au même endroit déjà saturé de cadavres.


Ce qu’il y a de fascinant, c’est la merveilleuse rationalité de cette guerre où tous les moyens de tuer sont rassemblés, de la plus traditionnelle baïonnette à l’implacable puissance des plus modernes : marmites, gaz,… Tant d’hommes au kilomètre carré, tant d’obus à la minute, tant de tonnes de chair hachée par heure. C’est parfait, c’est carré.

 

Et ces paysages ! Pour un peintre cubiste, c’est épatant. Y a qu’à copier ce qu’on voit. Aux abords de Douaumont en ruines, le point culminant est cet arbre mort au sommet duquel s’est accrochée une chaise. On le prendrait pour un fou, celui qui oserait peindre cela !

 

 Et t’écrire, t’écrire, à toi, à l’arrière, ce qu’on voit quand on ne peut pas le peindre. Ecrire pour ne pas devenir dingue. Pour ne pas crever. Noircir des lettres et des lettres, compulsivement, pour ne pas hurler de terreur. Vous tous qui êtes à Paris, que savez-vous de la vie ? Que savez-vous des minutes de vie que vous laissez perdre ? Que savez-vous de ce qu’est une chaussette, un bouton, un briquet ? Moi, je sais, moi, je sais ce que c’est. Je saurai les regarder, quand j’en reverrai.

 

Ce qui me scie toujours, c’est qu’il ait pu en revenir un, un seul, qui ne soit pas fou, profondément fou.

Et pourtant, à les lire, ceux qui n’en ont plus parlé jamais, on comprend l’inconcevable capacité d’adaptation de la nature humaine, ce formidable pouvoir du verbe et de l’œil. Fixer un détail de son regard distancié de peintre pour ne pas s’étouffer dans le chaos total. Ecrire et voir pour demeurer debout, malgré tout, dans la boue. Le verbe recréateur, une plume contre l’acier, combat d’ondes contraires.  


Oups, j'allais oublier : joyeux Noël ! Vous reprendrez bien un peu de foie gras... Non, vraiment ?
Non, non, ne me remerciez pas, votre cholestérol s'en chargera.
Quand même, aucun sens de l'à propos, celle-là.
Même pas prémédité, en plus. Voulais faire un texte sur l'amûr, pas sur la guerre,
et v'la-t-y pas que les tranchées se sont imposées.
Va  comprendre...

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Published by Clarinesse - dans Citations fascinées
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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 16:43


Dans l'improbable hypothèse où certains douteraient encore de la profonde inconsistance de l'hôtesse de céans, et de sa fâcheuse propension à écrire sur tout et n'importe quoi avec la plus insensée des irrévérences, permettez-moi de vous asséner la preuve irréfutable d'icelles.

Ainsi suffit-il du simple reflet d'un éclat de rire dans un message et de la réjouissante lecture de l'article ci-lié de Noniouze rendant compte des résultats de la requête "bison+Hugo+neige" sur Google pour transformer en rire nerveux quelque tourment tenace.
Comme quoi il en faut vraiment bien peu à un brin d'herbe pour changer la couleur de la flaque d'eau où il s'abreuve. On aurait cru Gargantua à la naissance de Pantagruel (qui fut aussi, accessoirement, rappelons-le, la mort de sa femme) : "Et, ce disant, pleurait comme une vache, mais tout soudain riait comme un veau."
La démence n'est plus loin, c'est moi qui vous l'dis.

Voici donc l'affligeant quatrain de mirliton que bibi commit après maint jours de morne peine, bien loin de Waterloo.
La genèse de ce verbe-là fut la consigne suivante auto-infligée :
faire figurer en un même alexandrin les susdits termes "bison, Hugo et neige". Pouët.

Fastoche, le "canon à 'lexandrins" ( © Noniouze)


Les bisons cavalaient dans la neige hugolienne
Quand soudain le troupeau s'arrêta : "Hé là, freine !"
S'écria le premier, tandis que le second
Ne cessait de glisser dans l'élan de ses bonds.

Avec les enjambements de Totor en prime, notez bien.

"- ..."

Un grand silence frise (Merci F'murr) dans l'assemblée consternée.
Ne serait-ce pas un bide que l'on voit poindre parmi le ciel qui grisoit et la neige qui blanchoit ?

Non, non, partez pas, j'le f'rai plus. Non, j'vous en supplie, reviendez.
Me laissez pas seule !

Signé : une flaque.


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Published by Clarinesse - dans Echappées poétiques
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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 16:45

Et vous, vous l'aimez comment, la crucherie ? Saignante ou à point ?
Chez le Perceval de Kaamelott, il semblerait qu'elle soit plutôt du genre gratinée.

PS : oui, je triche. Ceci n'est pas un texte. Mais les neurones sont en état de burn-out avancé,
et les 200 billets seront atteints avant le 31, foi de Cla.

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Published by Clarinesse - dans Panthéon filmique
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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 22:23


(Si vous avez manqué le début, clic.)


Quelques mois plus tard, beaucoup de sang avait coulé sous les éponges, mais le rouge n’avait pas chassé le noir. Des éclaircies de temps à autre, des accalmies entre tempêtes, mais il fallait si peu, si peu, pour que déborde de nouveau le flot amer tant réprimé au puits obscur de ses mirages.
Mi-rage, mi-désespoir. Le béton désarmé de sa tombe laissait filtrer l’humidité.
La fissure était là, dans le mur ; l’eau passait en suintant.
Maintenant, elle s’engouffre ; le barrage est brisé.
Les parois du caveau patiemment édifiées ont volé en éclats.
La tombe était un masque : on ne tue pas un mort.
Passez votre chemin, il n’y a rien à voir, dit en silence le blessé immobile sur le champ de bataille à ceux qui, baïonnette à la main, achèvent les mourants.
C’est solide, une tombe. Ca ne bouge pas. Investir dans la pierre, ça ne mange pas de pain. Ca résiste à la crise. Pas aux bombes. Surtout celles qui sont déjà en la place, en plein cœur de la forteresse.
Mais Apolline ne savait pas, bête indécise qu’elle était, si l’eau qui filtrait de la roche était poison ou renouveau, si elle allait s’y abreuver ou s’y noyer.
Alors elle essayait, plus mal que bien, de colmater toutes les brèches. Et chaque couche de ciment rétrécissait son territoire. Les murs se rapprochaient, les fenêtres se fermaient, meurtrières ou condamnées. Un étau d’anti-ondes. Une chape de plomb lisse et nette.
Mais elle commençait à se demander si cela valait la peine de se laisser emprisonner dans sa maison pour la seule raison que c’était elle qui l’avait construite ; capitaine suicidaire qui préfère couler avec le navire dont il connaît chaque planche plutôt que de se sauver sans lui ; petite vieille qui s'obstine à crever avec sa bicoque cernée par les eaux ou lézardée par les prémices d’un séisme plutôt que de laisser à l’abandon des pierres aussi usées qu’elles ; ou tortue piégée, dos au sol et pattes en l’air, qui meurt de ne savoir se détacher de sa carapace.

Apolline était une chimère : mi-tortue, mi-volaille. Non identifiée. Les ailes bien à l’étroit sous la carapace. Un peu comme une coccinelle dont le dos ne serait pas fendu. Peu commode erreur de conception.

Vivre, après tout, n’était-ce pas se laisser fracasser ?

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Published by Clarinesse - dans Errements narratifs
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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 00:00

 


On sous-estime trop souvent le rôle de l’odorat dans l’écriture.
C’est d’ailleurs insensé le nombre d’activités dans lesquelles notre appendice nasal, minuscule ou péninsule, est requis à notre insu : outre ses fonctions primaires de respiration et d’odorat, on ne peut, sans nez, ni savourer, ni cuisiner, ni causer correctebent ; encore moins chanter, sans parler de tout ce qui réclame un minimum d’implication physique sincère.

Essayez donc de bien doser le sel de vos mots quand vous ne pouvez les goûter.
Essayez donc d’écrire quelque chose de sensé si vous ne pouvez rien sentir, si vous ne pouvez pas identifier le parfum de l’air qui vous entoure.
C’est terriblement frustrant ! Peut-être avez-vous oublié de changer la caisse du chat et vous n’en savez rien ?
Et dans l’abominable angoisse de cette incertitude existentielle, comment faire preuve de bon sens ?

Rhume et plume ne font pas bon ménage.
Si pas un souffle d’air ne filtre à travers vos méninges, je ne vois pas bien comment ladite plume pourrait s’envoler. Alors elle reste à terre, pitoyablement engluée dans la poussière, gisant sur le sol à la merci du premier pied malvenu qui lui aplatirait son duvet frissonnant.

Et puis, la phrase ne peut pas respirer correctement si celui qui l’a fabriquée a gardé pendant tout le temps de sa confection cet air tragiquement benêt que lui confère l’obligation de rester la bouche ouverte pour oxygéner laborieusement ce qui lui reste de cerveau, lequel essaie sans grand succès de surnager au-dessus de sinus délétèrement marécageux.

Le phrasé comme le nez doit avoir du souffle. Quand l’un en est privé, l’autre suffoque, crachote, toussote, cahote. Pffeu, pffeu. D’ailleurs, esprit et souffle ne font qu’un depuis la nuit des temps étymologiques. Et il n’était guère besoin de toutes ces circonvolutions pour achopper sur cette équation linguistique d’une évidence antédiluvienne. Quand je vous disais qu’on en perd le sens de l’orientation, et que sans nez, on s’emmêle dans les hautes herbes d’un verbe opaque et déroutant.
CQFD.

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 21:16


Que ne faut-il faire pour élever un enfant !
Ainsi de cruelles lacunes sont-elles apparues dans l’éducation de Pierre le petit, quatre ans depuis cinq mois, lors d’une de ces animations dont certains magasins de jouets régalent leurs jeunes clients et assomment leurs parents.
Il s’agissait d’un petit spectacle interactif à base de ballons gonflables qui, selon les besoins de l’histoire, se faisaient animaux ou déguisements. Toujours enthousiaste, Pierre se porte volontaire pour incarner un chevalier, face à une jolie princesse qui avait à peu près deux fois sa taille et son âge, mais rien n’effraie les braves. Dans la scène, le chevalier la délivre du vilain dragon, grâce à son épée en ballon. Jusque là, pas de problème. Taper sur un dragon, en ballon lui aussi, Pierre sait faire. Fastoche. C’est après que ça se corse. Car une fois la princesse délivrée, il faut lui faire la conversation. Il faut l’entretenir. Et ça se lasse vite, une princesse. Ca a des attentes, des exigences. Ca veut des billets doux, de ferventes déclarations à genoux, de la belle amour, du roman courtois. Tout le monde sait ça.
Sauf Pierre. Que fait sa malice ?! L’animatrice a beau se faire narratrice, décrire avec force redondances la situation au public, souffler à demi-mot leurs répliques aux acteurs néophytes, comptant sur leur connaissance de la scène archi-stéréotypée. Rien. Silence radio du côté de Pierre qui se demande, interloqué, ce qu’on peut bien avoir à dire à une princesse affublée de deux ailes roses de papillon, alors qu’on a soi-même un magnifique casque de chevalier sur la tête, et qu’un casque de chevalier, c’est fait pour se battre, pas pour faire causette autour d’une crinoline, nom d’une carabine à bouchon !
Alors, dans un sursaut désespéré d’inspiration, il improvisa brillamment une réplique historique qui déclencha l’hilarité générale dans le petit public parental débonnaire :
 « Eh ben moi, z’ai un gros camion et plein de belles voitures et même qu’elles roulent drôlement vite. » C’est sûr, quand on s’attend à :
« Ze suis le prince de vos rêves, vous z’êtes la reine de mon coeur, épousez-moi ! »,
ça surprend. Un franc succès, donc.
Et le sentiment de gloire qui se saisit de Pierrot le Bref à l’issue de l’ovation finale lui donna assez d’entrain pour étriper tous les dragons que nous pûmes rencontrer sur le chemin du retour.
Cependant, il apparut crucial de remédier à cette béance de sa précoce culture, et il fut sur le champ décidé qu’il était urgent de lui montrer ce chef d’œuvre canonique du discours galant qu’est La Belle au Bois dormant, afin qu’il sache comment Mars doit causer à Vénus s’il veut avoir une chance de réduire la distance intersidérale qui les sépare. Après la période "pompiers", il nage donc maintenant en pleine chevalerie, pourfendant tous les démons de la maison à grands coups d'épée de bois et chantonnant :
« Mooon amouuur, ze t’ai vu au beauuu milieuuu d’un rêve.... »

Pitié, cessez cette torture, j’avoue tout : où sont cachés les cadeaux, si le père Noël est une ordure. Tout. Je ne veux pas mourir noyée dans le sirop. C’est vraiment trop injuste !
Car le petit bonhomme s’est pris d’une passion envahissante pour l’opus en question, redemandant à le voir jusqu’à connaître par coeur arias et dialogues, comme il le fait pour tous les classiques qu’il a eu l’occasion de découvrir. Fort bien pour la chanson de la pluie de Bambi,
les arpèges des Aristochats la ballade de Robin des Bois ou la copine de Mowgli avec sa cruche à la rivière
(Mais pourquoi faut-il donc que les seules versions que l’on en trouve soient chantées par des ados qui rajoutent à une mélodie qui n’en avait pas besoin des intonations dégoulinantes de Star’Ac),
tous petits airs croquignolets à souhait, mais cette scie-rupeuse, là, non, vraiment, c’est inhumain.

Et à force de contempler la nunucherie impressionnante des mines confites de la Belle, une voix finit par me susurrer à l’oreille : mais au fait, quel était donc le troisième don que s’apprêtait à faire la bonne fée Pimprenelle lorsque l’infâme sorcière Maléfice lança son funeste sort :
« Avant son seizième anniversaire, elle se piquera le doigt à une quenouille et mourra. » ?
Car rappelez-vous. La première fée fait don à la princesse de la beauté, la seconde d’une voix d’ange, mais la troisième se trouve dans l’obligation de conjurer la malédiction et transforme la mort de la belle en un long sommeil dont le baiser du Prince charmant la réveillerait. Ainsi doit-elle renoncer à son présent initial. Et le spectacle vraiment cucul de la mijaurée laisse planer un doute.
Le troisième don n’eût-il point été, par hasard, celui d’une certaine vivacité d’esprit ? D’une once de jugeote ? Quel dommage ! Voyez vous-même

A noter toutefois que, dans le conte de Grimm, les bonnes fées n’étaient pas trois mais douze, et ce n’est que la treizième, absente de la liste des invitées pour cause d’assiettes en or en nombre insuffisant et probablement pour d’obscures raisons céniques, qui dirigea son dépit contre l’innocente enfant. Onze bonnes fées avaient donc eu le temps de se pencher sur le berceau de Dornröschen (« Epine de rose » en VO) et de lui distribuer avec prodigalité bien des vertus.
Mais la malheureuse Sleeping Beauty de Disney ne fut guère gâtée, il faut l’avouer.


PS : Et comme vous avez été sages, je vous infligerai la liste des noms authentiques des héroïnes de Grimm. Le premier qui dit que le teuton donne envie d’éternuer a le droit de sortir.
En ces temps de rhume épidémique, c’est plus prudent.
Avant toute chose, signalons à ceux qui ne se sont jamais aventurés à causer à la mode d’Outre-Rhin que le suffixe « –chen » est un diminutif souvent affectueux, comme dans « Mädchen », petite fille.
Donc, la Belle au bois dormant, c’est Dornröschen, petite épine de rose, ce qui, avouons-le, est plus poétique qu’aiguille de quenouille dans le registre piquant.
Pour Blanche Neige, on se contente de traduire bêtement, comme le fait l’anglais Snow White, ce qui nous donne Schneewitchen.
Même littérarité pour le Petit Chaperon Rouge : Rotkäpchen.
Mais ma préférée, c’est Cendrillon : Aschenputtel, (de Aschen, les cendres, et putzen, épousseter, nettoyer.) A vos souhaits ! Laquelle en anglais donna Cindirella, dont je rappelle parfois à quelques élèves judicieusement prénommées que Cindy en est le diminutif, ce qui les laisse modérément réjouies, selon le degré d’humour dont elles sont dotées.

Et je vous conseille de réviser, car il y aura interro au prochain billet.

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Published by Clarinesse - dans Enfantillages
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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 09:31

Ce qu'il y a de bien, avec ce genre de slogan, c'est que ça facilite le choix du bout de papier qu'on met dans l'urne, aux élections.

Et en bonus :
 "Si vous trouvez que l'éducation coûte cher, essayez donc l'ignorance."
                                                                                                             Lincoln.

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