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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 00:11

Avertissement au lecteur et précautions d’emploi : billet à forte teneur en autodérision, point de message subliminal bonapartiste là-dedans. Vous voilà prévenus…  
 

 David, Bonaparte franchissant les Alpes au col du Saint Bernard le 20 mai 1800.

 

Avouez que c'est ballot. Faire un billet sur le deux décembre le trois. Non mais franchement !
Tout ça en vertu d'un manque d'organisation que c'en est à se donner des coups de pied au derrière !
Tout ça, aussi, pour dire que cette date recèle d'inexplicables vertus euphorisantes sur ma personne.

Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je suis amenée à écrire « 2 décembre » sur un chèque ou au tableau, je me sens pousser au coin des lèvres un stupide sourire en forme de bicorne à l'envers. J’ai l’impression de fomenter un coup d’état en douce.

J’y peux rien, c’est plus fort que moi.

 

Pourquoi le 2 décembre ? Ca ne me fait pas ça pour le 11 novembre ou le 8 mai. Non, les jours fériés sont à tout le monde et à personne. Mais qui aurait l’idée saugrenue de célébrer une telle date, si ce n’est quelques confréries nostalgiques du petit corse fort de café et de ses neveux ? Alors, c’est un peu comme un sentiment de clandestinité inoffensive, une cachotterie de gamine qui me saisit lorsque j’écris « deux décembre ». Une sorte de formule magique à remonter dans le temps, une trappe à disparaître et à se propulser ailleurs. Deux siècles plus tôt.

 

Rappelons les faits, d’abord, à ceux qui auraient oublié que nous devons à la Corse le Code Civil, la Bérésina, le GR 20 et des fromages tellement puissants que pour faire fuir les fonctionnaires d’Etat, les indépendantistes insulaires y gagneraient à les poser, bien inaccessibles, dans les doubles plafonds des administrations à la place des bombes. En plus, ils pourraient récupérer les locaux, après évacuation et désinfection.

Donc, le 2 décembre, c’est d’abord en 1804 que ça se passe, le jour où Napoléon le petit grand offrit un nouveau chapeau à sa Joséphine, tout en or et pierres précieuses, après en avoir d’abord choisi un pour lui dans le magasin, et avoir fait déplacer le patron, pardon, le pape, histoire de bien montrer qui qu’était l’chef. Bref, un Sacré jour, quand même. Je ne sais pas si vous imaginez la quantité de petits fours nécessaires pour nourrir tout ce monde, mais cela expliquerait la taille du tablier de cuisine que traîne l’épouse pour ramasser les miettes (du futur empire ?). Seulement, il aurait fallu lui expliquer que c’est devant que ça se porte, un tablier de cuisine. Sinon, ça ne sert à rien. Ralala, faut tout leur dire, à ces aristocrates qui ne savent rien faire de leurs dix doigts.

 
Le 2 décembre, c’est aussi, en 1805, la fulgurante victoire d’Austerlitz, restée dans l’Histoire comme le Soleil d’Austerlitz. Celui qui éblouira Hegel, un an plus tard à Iena, lorsqu’il verra passer sur son cheval l’ « Esprit de l’Histoire » en personne.

Bref, le 2 décembre, ça me remet dans la peau d’un enfant d’un siècle qui n’a jamais été le mien, pardon Alfred pour l’usurpation. Vous permettez que je vous appelle Alfred, même si personne ne m’a jamais appelée George ? (Ndlr : Musset est né juste un peu trop tard pour avoir connu l’exaltante épopée napoléonienne et, dans sa Confession d’un Enfant du Siècle, fournit à deux générations de romantiques neurasthéniques assez de nostalgie pour leur donner envie de se flinguer le nez contre une vitre pluvieuse, au son d’un piano tout aussi liquide. A ce propos, n’aviez-vous jamais remarqué que le féminin de Chopin est « chopine », et qu’il n’y a pas plus liquéfiant comme musique que les dégoulinades pianistiques de Frédéric ? C’est pas que c’est laid, le piano en polonais. C’est que ça me donne un cafard monstrueux en deux temps et trois mesures. Franchement, je préfère Beethoven et sa symphonie héroïque qui, comme chacun sait, fut composée en l’honneur du petit corse, avant que la dédicace ne lui fût retirée après les excès de son impérialisme. Ach, mein Gott, Ludwig !

Et voilà, j’étais partie pour causer de Napoléon, et je passe en revue tous les amants de Madame Dupin. Si vous suivez toujours le filandreux cours de ce propos, le point commun entre Musset et Chopin, c’est
elle
 :  her name is Sand. George, Sand. )

Mais revenons à nos Léons. Napo, Léon.

 
Le deux décembre, donc, ça me remet irrémédiablement en mémoire (mode « repeat ») ces deux vers de Totor célébrant la glorieuse année de sa naissance, deux ans plus tôt. (Ah ben faut suivre, venez pas réclamer, hein) :

« Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte

Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte. »

Impossible de dire ces vers sans pouffer. C’est ça que j’adore chez Hugo.

Son amphigourique mécanique ronfle tellement bien qu’elle ne s’enraye même pas de quelques grains de dérision ici ou là dans ses rouages.

 

Inexplicable, vraiment, le mystérieux pouvoir du deux décembre sur mon humeur, sachant que c’est surtout la date que choisit Napo le Trois pour fonder l’Empire, le Deux.
(Sachant que le Deux, de Napo, n’eut guère le temps de grand-chose, Aiglon sans grand destin qu’il fut.)

Donc, le 2 décembre 1851, c’est quand même ce jour où le neveu, en mémoire du sacre de son auguste César de tonton, décida de transformer la toute jeune Seconde République en Second Empire.

Et quand je dis inexplicable, je pèse mes mots, parce que je n’ai guère de sympathie pour les coups d’état, et encore moins pour ceux qui sonnent le glas des républiques.

 

A ce sujet, je me plais toujours à penser qu’il vaut mieux essayer d’améliorer et de réformer un système que de le fiche par terre à grands coups d’état dans les tibias, tant le XIXème siècle français illustre avec la frénésie vaudevillesque des maris jaloux la succession des régimes politiques qui claquent les portes du pouvoir avec un emportement aussi enthousiaste que sanglant parfois.

 

Bref rappel (z’avez le doit de le passer) :

 

1792 : Fin de l’Ancien Régime et de plus d’un millénaire de monarchie plus ou moins bordélique ou despotique selon les temps et les gens (point une once de nostalgie royaliste, je précise, juste une vague perplexité sur le rapport entre la Philosophie des Lumières et la Terreur, et l’efficacité de couper des tonnes de têtes pour faire baisser le prix du pain). Proclamation de la Première République.

1795 : Directoire jusqu’au coup d’état du 18 brumaire an VIII, soit le 9 novembre

1799, qui instaura le Consulat, antichambre du Premier Empire  né en

1804 : sacre de Napoléon Ier, le 2 décembre,  jusqu’à Waterloo qui ramena Bonaparte dans une île et la monarchie dans la France, sans oublier la parenthèse des Cent Jours.

1815 : Restauration de la monarchie avec le ventripotent Louis XVIII suivi de l’atrabilaire Charles X, jusqu’en

1830 : Insurrection des Trois Glorieuses qui assouplit la royauté en une Monarchie de Juillet Louis-Philippique modérément débonnaire.

1848 : Le printemps des peuples souffle sur les nations d’Europe et instaure en France la brève Seconde République jusqu’en

1852, puisque le 2 décembre 1851, (le revoilà) le nouveau président de l’encore fraîche Seconde République s’octroie les pleins pouvoirs dans son coup d’état qui fonde le Second Empire, jusqu’à la défaite de Sedan en

1870 où le désastre est tel que la Commune est proclamée à Paris, avant d’être violemment réprimée pour instaurer la Troisième République qui, elle, eut besoin de la défaite de 1940 pour succomber.

 

 Vous vous demanderez peut-être quelle mouche m’a piquée de vous infliger ce fastidieux pensum de collège ? Ben je ne saurais trop vous dire, sinon que je le trouve presque comique, ce défilé de pas moins de dix régimes politiques pour un seul siècle. Avec le recul, c’est quand même assez insensé, non ? Et ce ne sont pas nos voisins anglais qui  y trouveront à redire, eux qui ne perdent pas une occasion de se payer notre tête, du haut de leur monarchie parlementaire multiséculaire.

Je ne juge pas. Je m’amuse (ou me désole, selon l'humeur), seulement, quand je pense aux querelles de cour de récréation qui continuent de plomber notre vie politique aujourd’hui encore.

Ceci dit, elle est belle, la Liberté  guidant le peuple, même si elle trébuche quand même pas mal sur les démons des barricades.

 

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 22:11

 

 

 

Camille Claudel, La vague.

 

« La sculpture, c’est de la musique pétrifiée. »

                                                                       Goethe.

 

Dans Eupalinos ou l'architecte, Valéry disait à peu près la même chose

de l'architecture et de la musique :

que c'étaient les deux seuls arts que vous pouviez habiter, qui avaient le pouvoir de vous envelopper totalement, dans lesquels vous pouviez vous blottir dans toutes vos dimensions.

Et je regrette un peu le temps où sculpture et architecture ne faisaient qu'un, où l'on n'avait pas peur de l'ornementation. La première reconstruction, celle d'après 1914-18, n'avait pas encore renoncé à cette Union Sacrée entre les deux, dans la folle exubérance de l'Art Déco, comme ce fut le cas avec la symbiose entre l'architecte Expert et le sculpteur Sarrabezolles, parfois franchement lourdaud dans ses colosses de béton, mais parfois aussi touché par la grâce. Alors que la deuxième, plombée par l'urgence, naufragée de l'humanité, laminée par l'horreur, ne jure plus que par la nudité du concept.

Logique. Tragique.

 

Je n'ai pas pris le temps de retrouver la citation exacte, sorry... Ah ben si, je retombe dessus, la voici :

"[...] D'un côté, la musique et l'architecture ; de l'autre, les autres arts. Une peinture, cher Phèdre, ne couvre qu'une surface. [...] .La statuaire, mêmement, n'orne jamais qu'une portion de notre vue. Mais un temple [...] forme pour nous une sorte de grandeur complète dans laquelle nous vivons. Nous sommes, nous nous mouvons, nous vivons alors dans l'oeuvre de l'homme. ! Il n'est de partie de cette triple étendue qui ne fût étudiée, réfléchie. Nous y respirons en quelque manière la volonté et les préférences de quelqu'un. Nous sommes pris et maîtrisés dans les proportions qu'il a choisies. Nous ne pouvons lui échapper.

[...Blabla dialogué socratiforme ... ]

{Quand] l'orchestre emplissait la salle de sons et de fantômes, ne te semblait-il pas que l'espace primitif était substitué par un espace intelligible et changeant ; ou plutôt que le temps lui-même t'entourait de toutes parts ? Ne vivais-tu pas dans un édifice mobile, et sans cesse renouvelé, et reconstruit en lui-même : tout consacré aux transformations d'une âme qui serait l'âme de l'étendue ? N'était-ce pas une plénitude changeante, analogue à une flamme continue, éclairant et réchauffant tout ton être par une incessante combustion de souvenirs, de pressentiments, de regrets et de présages, et d'une infinité d'émotions sans causes précises ? Et ces moments et leurs ornements ; et ces danses sans danseuses; et ces statues sans corps et sans visage (mais pourtant si délicatement dessinées), ne te semblaient-ils pas t'environner, toi, esclave de la présence générale de la musique ? Et cette production inestimable de prestiges, n'étais-tu pas enfermé avec elle, et contraint de l'être, comme une pythie dans sa chambre de fumée ?"

 

        Paul Valéry, Eupalinos ou l'architecte, Nrf Poésie gallimard, p 41 - 42.

 

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Published by Clarinesse - dans Citations fascinées
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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 13:46

Ca y est ! Ma fortune est faite. Je me suis trouvé une nouvelle vocation : publiciste.

Vendre son âme aux marchands.  Après tout, faut bien manger.

L’amour de l’art et les belles idées, ça nourrit pas son homme.
Demain j’appelle une société d’autoroute, l’Océane ou la Sanef, qu’importe,

et c’est sûr, un pont d’or me sera offert. C’est comme si le contrat était déjà signé.

Jugez vous-même.

Hier soir, en revenant d’un concert jubilatoire sur lequel j’avais brodé un petit article enthousiaste dans le canard local, connaissant l’excellent groupe en question, je traverse un vaste pont qui enjambe successivement une autoroute et un canal. Et me vient l’idée d’un mirifique spot de pub pour vanter les mérites des péages à autos.

Imaginez :

 

Le film commencerait par le spectacle nonchalant d’une péniche voguant, tranquille, sur le calme du canal. Léger mouvement de caméra vers l’autoroute voisine où foncent les voitures, tous phares et gaz dehors.
Un slogan s’affiche : « Prenez l’autoroute, vous irez plus vite. »
Puis la caméra retourne sur le canal où l’on aperçoit un homme qui se jette du pont et met d’interminables secondes (court-métrage oblige) à barboter avant de se noyer, irrémédiablement plombé par le poids invaincu de son désespoir gorgé d’eau noire. Re-caméra sur l’autoroute, où le scénario se reproduit avec une légère variante : quelques mètres plus loin, un homme se jette lui aussi du même pont, mais atterrit cette fois sur l’autoroute, où, en une fraction d’éclair, sproutch, aplati, fini, scrabouillé menu, façon puzzle.

 

 

Non ? Vous ne croyez pas que ça leur plairait ?

C'est beau, une autoroute, la nuit.
 La prochaine fois, promis, je la refuserai, la coupe de champagne que décidément, on s’obstine toujours à me fourguer, et que je n’ai pu faire autrement que d’avaler, cette fois. La flûte était vraiment trop belle pour la laisser en plan. Mais qu'est-ce que c'est amer, ce truc. Et ça pique, en plus. J'aime pô quand ça pique ! J'préfère la coke à la veuve. Z’auriez pas un sirop de coquelicot, plutôt qu'une Veuve Cliquot ? Non ? Si, ça existe , et c'est exquis !



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Published by Clarinesse - dans Humeurs - rumeurs
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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 21:38

 

 Quelques réflexions issues d’un spectacle intitulé Unter Eis, Sous la glace (du système), de Falk Richter.

 

Moins de glace au sommet du Kilimandjaro, mais de plus en plus sur les flancs des entreprises,  selon un curieux principe de vases communicants.

Après les Trente Glorieuses, revoici l’âge de glace d’une société enlisée dans des mécanismes qui l’étouffent.

Où l’on retrouve cet éternel aspect du pouvoir : le savoir, mais un faux savoir, un savoir de bateleur de foire, destiné à impressionner, à entretenir le même mystère imposant, effrayant que celui dont s’entouraient les scribes de l’Egypte pharaonique. L’élaboration et l’usage d’un langage à la complexité soigneusement étudiée pour éloigner le plus grand nombre de la maîtrise du système dont il n’est qu’un maillon. Faible, forcément.

Un peu comme si l’engrenage infernal qui happait Chaplin dans Les Temps Modernes était devenu abstrait, impalpable, insidieux : des rouages de phrases cassantes, des dents de mots ronflants.

 

C’est l’anglais des écoles de commerce et de management qui a remplacé le latin de cuisine des médecins de Molière, mais le but est le même : masquer la peur de ne pas dominer l’autre par un jargon incompréhensible, une langue de bois et d’airain destinée à hypnotiser le plus faible, à l’étourdir sous des concepts abscons, et à masquer sa propre ignorance d’un système économique devenu fou. Un monde d’apprentis sorciers en somme, qui psalmodient, terrifiés et terrifiants, des formules magiques erronées pour enrayer la faillite d’un système qu’ils verrouillent avec une violence proportionnelle à leur impuissance fondamentale.

 

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 00:05

 

 

Evidemment, il est permis de rester perplexe. Comment être crédible, quand on passe son temps à défendre des causes, et que soudain, on se met à prôner un désengagement absolu ?
Quand on bataille pour le sauvetage de l’éducation, des ressources naturelles, de la dignité humaine, et que subitement, on se met à défendre avec la même énergie le refus de l’interventionnisme, la non-ingérence dans la vie d’autrui comme horizon indépassable ?
(L’horizon indépassable, M’sieur Kant, il l’appelle « idéal régulateur », et j’ai toujours adoré l’idée. Un absolu inaccessible que l’on sait tel, mais auquel on ne doit pas renoncer. A soi tout seul, ça définit d’ailleurs bien ce que doit être le politique : « rendre possible ce qui est nécessaire ».  Cela dit, comme styliste, on fait mieux que le « grand Chinois de Königsberg », ainsi que l’appelait Nietzsche. Parce que toute puissante que fût sa pensée, il écrivait quand même comme un pied. Alors on va le laisser se rendormir en évitant de le réveiller davantage.)

Donc, comment c’est-y qu’on va résoudre cette contradiction, hein ? Ben comme toujours, en la dépassant grâce à Miss Dialectique. Vous savez, cette idée merveilleuse qui considère tout objet comme un millefeuille, et qui fournit en plus le ressort permettant de passer d’une couche à l’autre, un peu selon le principe du saut à la perche. Et hop, quand y en a plus, y en a encore, une profondeur de plus à explorer.
(Certes, le millefeuille, c’est un peu monotone : crème, biscuit, crème, biscuit, et c’est pas la couche de sucre glace au sommet qui évite la lassitude. En plus, elle fait éternuer si on respire au mauvais moment.
Non, je préfère l’opéra, ce petit truc qui alterne beurre de cacao, crème au beurre saveur moka, une petite couche feuilletée 100% pur beurre, un peu de praliné pur sucre, etc. Que du léger, mais que du bon.
Mais on va garder le millefeuille comme métaphore, parce que dans la phrase suivante, la polysémie de l’opéra* ,ça fait tache. Et pas que sur la chemise blanche du dimanche.)
Donc, disais-je avant d’être importunément interrompue par moi-même et de ne parvenir qu’avec difficulté à sortir du pétrin de cette digression pâtissière, c’est oublier un peu vite qu’un être humain, à l’instar d’un millefeuille, a plusieurs couches. Avec, dans l’ordre d’apparition à l’ego : son caractère, son histoire, ses idées. Et j’ai toujours pensé que ses actions reflétaient davantage les deux premières composantes que la dernière, artefact somme toute assez secondaire, sauf pour ceux qui sont capables de mourir et de faire mourir pour elles autrement que de mort lente.

Bref, on peut bien à la fois avoir construit une conception du monde et de la nature humaine qui pousse à discourir sur tout et n’importe quoi, juché sur les échafaudages rutilants d’analyses biscornues, avec le même enthousiasme indescriptible qu’un enfant assemblant la plus haute tour de legos jamais vue par les murs de sa chambre (car les murs ont des yeux autant que des oreilles, on l’oublie trop souvent), et demeurer aussi pusillanime qu’un chinchilla dès qu’il s’agit d’infléchir le cours de la vie privée d’autrui de quelque façon que ce soit. Se trouver, seul devant sa page blanche ou son écran luminescent, des élans d’orateur prêt à changer la face du monde depuis la chambre des députés de la Troisième République, et demeurer, dès qu’il s’agit de s’adresser à la première épaisseur de chair humaine venue, aussi réservé et pétrifié qu’un bas-bleu dans une maison close.
Asséner au clavier de grands coups de vérités, mais ne jamais se permettre de donner des conseils à quiconque sur la façon de mener sa vie, comme tant d'autres le font dans les conversations de tous les jours. Ou bien faut vraiment qu'on vous marche sur les pieds et alors, quand même, vous suggérez au passant de bien vouloir aller poser ses péniches ailleurs, si ça ne le dérange pas trop.

Car l’interventionnisme que s’arrogent tant de bonnes âmes charitables sur l’existence du premier venu qui passe à leur portée m’a toujours sidérée.
Cela va de la débonnaire mais étouffante insistance de ces maternelles maîtresses de maison : « Mais si, allez, vous reprendrez bien encore une troisième fois de ce gros gâteau ! » alors qu’on est au bord de l’apoplexie, au verre de champagne tendu avec le sourire carnassier et l’assurance qu’il sera accepté. Avoir l’inconcevable audace de répondre d’une petite voix désolée que non, on n’aime pas le champagne risque alors de le glacer à tout jamais. « Comment ?! Vvvvous n’aimez pppas llle chhhampagne ? » s’insurge le prévenant flûtophore, aussi choqué que si l’on avait déclenché le tonnerre de Zeus en pleine messe dominicale ou si l’on avait affirmé haut et fort sa sympathie pour la si pittoresque coutume de l’excision. Alors, comme je suis bien élevée, bonjour monsieur, merci madame, je prends la flûte, j’y trempe délicatement mes lèvres en fin connaisseur, et je la repose dès que je peux, à moins de pouvoir la refiler à quelqu’un pour qui la promiscuité labiale avec ma personne via la médiation d’un fluide alcoolisé ne constitue pas un motif de dégoût rédhibitoire.
Bref, cette insistance intrusive de tant de bonnes gens qui s’arrogent le droit de décider de ce que vous allez infliger à votre estomac m’a toujours laissée perplexe. Bien sûr, tout hôte se trouve, par définition, dans l’obligation de décider à la place de ses invités de ce qu’ils vont absorber. Mais l’hôte propose, et l’autre dispose. Quel besoin de pousser plus avant l'ingérence en ingestion ? D’ailleurs, il est bien probable que là est à chercher, dans cette réticence à décider pour autrui, mon peu de goût pour la cuisine. Comment ça, c’est pas crédible et seule est en cause ma paresse ? L’un n’empêche pas l’autre, mais je vous en prie !
Sans parler des certitudes bien figées de ces bonnes mères de famille qui vous assènent que "Si, si, ma chère, je vous assure, avoir un frère ou une soeur, c'est absôôlument indispensable pour l'épanouissement d'un enfant. Un fils unique, pouah, quelle horreur ! Il sera un monstre d'égoïsme, un tombeau de mélancolie !" Ben oui, hein, z'avez qu'à regarder sa mère...
Non mais quand même, en y réfléchissant deux secondes, n’est-ce pas hallucinant, cette intrusion de ceux qui ne vous sont rien ou si peu dans ce que vous devez faire de vos entrailles ?
Sans parler non plus de cette conception mortifère qui confond aimer et posséder, embrasser et contraindre, union et annexion, conquête et bannissement.

Bref, ceux qui passent leur temps à vous dire comment vous devez agir, vous, personnellement, ce que vous devez faire de vos tripes, de votre plume, de vos vacances, ça me fait fuir, à toutes jambes. Non mais, qui êtes-vous pour me donner des conseils qui ressemblent tant à des ordres ? Avez-vous trouvé le secret du bonheur absolu ? La pierre philosophale ? Savez-vous de quelle matière intime je suis tissée ? Non ? Alors gardez votre salive et passez votre chemin, merci bien.
Le problème, c'est que je me révolte ici, toute fiérote dans le silence feutré de mon refuge, dans la trop rare solitude chérie de mon bureau, mais ces nuées de conseils aussi denses que des essaims de mouches m'empoisonnent la vie outre mesure, se mêlent à mes propres indécisions et me travaillent jusqu'à me dissoudre dans une cacophonie infernale où je n'entends plus ma propre voix. Comme ce supplice chinois de la goutte d’eau qui finit par engendrer la folie.

  Bien sûr, je ne parle pas des conseils des vrais amis que l’on sollicite. Il ne s’agit pas de faire la sourde oreille à la sagesse de ceux qu’on estime. Il s’agit que les Madame Michu à poil teint et à poussettes en fer vous lâchent les godillots.
 Faudrait pas non plus que tout le monde se sente réduit au silence par tant de véhémence, et que je me retrouve toute seule à hurler dans mon désert. C’est pas contrariant, le désert. Ca vous laisse mourir de soif dans le calme. Néanmoins, je crois que je préfère encore être dérangée de temps de temps.

Mais c’est à ce niveau-là, celui de l’interférence entre les personnes, que me semble séduisante cette conception de la vie si légère de Pessoa, cette si petite vie en marge, "je ne fais que passer, ne vous dérangez pas", cet idéal fantasmé de l’effacement, de la dissolution dans la contemplation. Cherchant sa vie durant à réduire son empreinte autant que possible, se cachant derrière des pseudonymes, gardant toujours son petit boulot d'employé de bureau invisible, ne s'engageant en rien, pour que rien ne dérange le continuum de ses méditations.

Ma vie sans moi, pour reprendre le titre de ce si beau film d’Isabel Coixet.
(Rappel) « Nous vivons tous, ici-bas, à bord d’un navire parti d’un port que nous ne connaissons pas, et voguant vers un autre port que nous ignorons ; nous devons avoir les uns envers les autres l’amabilité de passagers embarqués pour un même voyage. […] Ne pas faire de bien, parce que je ne sais ni ce qu’est le bien, ni si je fais réellement le bien lorsque je crois le faire. […] Dans le doute, je m’abstiens. Et il me semble même qu’aider ou conseiller, c’est encore, d’une certaine manière, commettre la faute d’intervenir dans la vie d’autrui. »

Et ce rêve récurrent et impossible, « ce rêve étrange et pénétrant », dirait Verlaine, m'a tentée un bon moment, me tente toujours. Pourtant, une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage de la vie de famille, qu’on a fondé (fondu, en l’occurrence) une chaîne dont on est le maillon inaugural, ffrrrrout, envolée, la liberté de disparaître, de s’effacer. Les deux pieds dans la glaise et les deux mains dans la lessive.

Et puis, quoi que l'on fasse, on intervient toujours dans la vie d'autrui, comme repoussoir ou comme modèle, par le seul fait d'exister et d'être perçu de telle ou telle façon. L'universel effet papillon, ces infimes bruissements qui influencent les trajectoires des autres. Cette passante, par exemple, ignore que c'est en voyant sa grâce que je me suis décidée à me coiffer comme elle.

Et puis aussi, cette non-ingérence ne fonctionne qu’entre adultes indépendants, autonomes, égaux. Elle ne peut évidemment tenir dans un rapport déséquilibré : entre l’enfant qu’on éduque et les adultes qui le guident, dans les situations d’urgence, etc...

En cas de péril, ne pas intervenir, c’est intervenir, c’est tuer. Il est des cas ou refuser de tendre la main, c’est la couper à l’autre. La non-assistance à personne en danger, ce n’est pas être neutre, c’est se faire complice de l’accident ou du bourreau. Respecter la liberté de l’autre, ce n’est pas le regarder se noyer sans broncher en se disant que c’est peut-être lui épargner le supplice beaucoup plus long auquel il sera soumis plus tard en mettant des années à mourir d’un cancer. Ne pas intervenir, ce n’est pas rester bras croisés et bouche cousue. C’est sauver et laisser choisir en connaissance de cause. C’est dire et expliquer sans conclure. C’est éclairer sans guider. C’est donner les moyens de la liberté.

Et la liberté de choisir, en cette période d’Avent, mes bien chers frères, ne serait-ce pas de renoncer à cette désolante habitude des cadeaux de Noël qui illustrent si chèrement que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Combien sont-ils, les cadeaux qui font autant plaisir à ceux qui reçoivent qu’à ceux qui offrent ?
Si l’amour suffisait à inspirer, quel Eden ! Mais on le sait bien, dans ce domaine aussi, l’amour est aveugle. Les seuls cadeaux qui tombent juste, sauf bien sûr les commandes directes, ce sont ceux qu’on fait aux jeunes enfants dont les vœux sont si peu inhibés, si transparents qu’il faut vraiment de la mauvaise volonté pour tomber à côté, et ceux des amoureux en pleine fusion. Les autres se heurtent comme des mésanges à une vitre trop propre à l’infranchissable incommunicabilité entre les êtres, à l’imperméable étrangeté de l’autre. Certes j'exagère, et les petits présents amicaux m'ont toujours réjoui le coeur. Mais
si l’on prenait en compte cette précaution élémentaire, ben ça éviterait d’engraisser inutilement le commerce, d’empoussiérer les étagères et d’épuiser les ressources.

 (« Chaque jour qui passe fait la terre plus lasse », hélas Yannick.)
Alors je suggère (et me v’là à nouveau en train de prêcher, prétérition, quand tu nous tiens…) qu’en ces prochaines fêtes de fin d’année, au lieu de nous ruer, toutes voiles et cartes dehors, dans les rayons trop achalandés de nos boutiques débordantes, nous offrions des arbres, ici ou

Mais non, pas un sapin sans pieds ! Plutôt le certificat qui atteste qu’on a bien financé la replantation d’un arbre dans une forêt sinistrée. C’est bien, les arbres. Ca offre obligeamment son tronc prévenant aux amoureux qui s’étreignent, ça abrite du soleil et du vent, et ça fait respirer.
Plantez des arbres !
Où l’on constate qu’ignorer l’obscure essence du bien suprême ne dispense pas d’en bricoler des bribes en espérant ne pas trop se tromper.

* Merci à Ayron pour le lien.

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 21:31

 


Bon, ben voilà mon baptême du tag. Faut un début à tout.
« Je suis tombée par terre, c’est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau,
Et que le tag surgisse, c’est la faute à Loïs
. »
(C’est très mauvais, je sais, mais on va quand même pas faire quelque chose de sérieux dans un jeu, non ?)
Me voici donc devenue un maillon (faible) de ces chaînes à blog.
Et si je n’avais pas été en aussi bonne compagnie dans ce petit groupe de tagués,
je ne suis pas sûre que la docilité l’aurait emporté.

Mais si l’on analyse le choix ci-dessous à l’aune des justifications présupposées des tags, il est peu probable qu’elles soient toutes remplies :
1°) Touiller la blogosphère pour en sortir quelques remous et faire causer : ben comme il faut bien un minimum de cohérence entre l'extrait choisi et l'écrin qu'on lui offre, je ne me vois pas donner de consigne après avoir cité un monsieur qui se dit que mieux vaut ne pas en donner. Il semblerait donc que la chaîne ne se poursuivra pas de ce côté. Tu m'excuseras ?
2°) Faire découvrir de nouveaux auteurs : là, c’est raté aussi. Mort et enterré depuis longtemps.
3°) Dévoiler ses paysages intérieurs et ses sources d’inspiration : là, c’est bof aussi, parce que les livres que j’ai le plus relus ont la fâcheuse idée d’avoir une page 123 bien insignifiante, voire carrément niaiseuse. A moins qu’il ne s’agisse pas d’une coïncidence et que l’évidence s’impose, drapée dans ses sombres atours majestueux : les livres que j’ai tant aimés sont niaiseux, et moi avec.

Donc, après quelques hésitations, voici comment je me suis pliée à la consigne susdite.
Ouvrir un livre à la page 123 et en recopier les cinq phrases suivant les cinq premières lignes.
Evidemment, la thèse de Pessoa ne va pas de soi. Ca se discute, …
(Et non, ce billet n’est pas sponsorisé par « Thé est Foin. »)

« Nous vivons tous, ici-bas, à bord d’un navire parti d’un port que nous ne connaissons pas, et voguant vers un autre port que nous ignorons ; nous devons avoir les uns envers les autres l’amabilité de passagers embarqués pour un même voyage. Et ne pas faire de bien, parce que je ne sais ni ce qu’est le bien, ni si je fais réellement le bien lorsque je crois le faire. [ Hum, là, pas d’ac’] [[Sais-je quels malheurs je peux entraîner en faisant l’aumône ? Sais-je quels maux je peux causer si j’éduque ou instruis ? ]] Dans le doute, je m’abstiens. Et il me semble même qu’aider ou conseiller, c’est encore, d’une certaine manière, commettre la faute d’intervenir dans la vie d’autrui. »

Fernando Pessoa (1888-1935) Le livre de l’Intranquillité, Christian Bourgois éditeur, p123.

Bon, c’est surtout la première et la dernière phrase que j’aime. Parce que le reste, hum, il est probable que si le monsieur avait vécu dix ou douze ans de plus, il eût conçu une idée un peu différente de la notion d’aide à autrui. M'enfin j’dis ça, j’dis rien, hein, vais pas faire tourner les tables et parler les morts, non plus.

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Published by Clarinesse - dans Citations fascinées
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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 22:21

 

Au commencement était le verbe, y a pas à dire.
En câbles de réseau ou en cordes de lyre
Au toucher velouté, les mots incandescents,
Caressent le clavier jusque sur les écrans,
Tant qu’yeux se ferment et bouche s’ouvre et souffle passe.
Le brasier de la forge brise la carapace.







Haut les plumes, peau d'lyrique, l'âme est tresse en mailles écrites.
(Oups, ça m'a échappé.)
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Published by Clarinesse - dans Echappées poétiques
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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 09:32

 




Pour toute huître qui se respecte, compatissante et précautionneuse,
nulle poussière n'est assez vile pour n'être point cernée de nacre.
Nul être n’est assez humble pour ne pas mériter rhétorique,
nul sujet assez insignifiant pour ne pas éveiller le plaisir du verbe.
Il faut faire feu de toute émotion pour nourrir création.

 "Sortir de soi le chaos pour accoucher d'une étoile qui danse". Nietzsche


Réponse à la "devinette" :
James Joyce  (1882-1941)
Auteur du « Bildungsroman » (roman d’apprentissage à peu près autobiographique,
en ce qui concerne la formation intellectuelle en tous cas)

A portrait of the artist as a young man.

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 20:51


Préambule à lire ici

De omnibus trolleybus (clic)

Comme tout bon fat, le troll est confortablement vautré dans le fauteuil avachi de sa suffisance, comme la mouche du coche dans la certitude de son efficacité. Persuadé d'être l’un des phares de l’esprit critique, dernier rempart contre le nivellement de la pensée guimauve, il en possède au contraire juste assez pour distinguer toute velléité de réflexion et cracher dessus. Il se laisse déterminer aussi sûrement par l’opinion commune dont il prend mécaniquement le contre-pied dans un réflexe pavlovien, que s’il la suivait aveuglément.
« Ils disent oui ? Je dis non ! Et na ! J’fais c’que j’veux. »
Mais oui, mon brave, vas-y, défoule-toi.
A ce stade, la contradiction, ce n’est plus de l’esprit, c’est du prurit.

Ne se remettant pas de l’amer constat qui le pousse parfois à reconnaître, dans la pénombre rance de son for intérieur, qu’il ne sera jamais le virtuose de l’écriture qu’il a rêvé d’être, et qu’il appartient définitivement à l’espèce grouillante des tâcherons de la plume, il ne cesse, pour s’en consoler, de décerner ce titre infâmant à tous ceux qui ont le malheur de passer à sa portée sans lui avoir auparavant présenté leurs hommages.
Ah mais aussi, se récrie-t-il entre deux filets de bave quand sa cible n’a pas l’obligeance de tendre la joue gauche, si l’on s’expose aux lecteurs, il faut accepter les critiques !
Qu’on se le dise, donc. Quiconque écrit et a la suprême audace de faire lire ce qu’il écrit, doit se soumettre au verbe ordurier de Môssieur. « Vous sollicitez les lecteurs, et vous vous offusquez de leurs réactions. » Ah pardon … Aurais-je sollicité une audience de Son Eminence sans m’en rendre compte ? Comme c’est fâcheux ! Je croyais au contraire avoir été sollicitée et prêté ma plume à qui me le demandait. Vraiment, ce monsieur qui se croit le maître de cérémonie de tous les sites de « sa » sphère a une idée tout à fait surprenante de son importance.

Le problème, avec ce genre de personnage, c’est que son vocabulaire comporte quelques lacunes. Le sens de certains mots lui a toujours échappé, comme la saveur indicible du plus fin des entremets échappe au scarabée coprophage. Ainsi a-t-il une fâcheuse tendance à confondre liberté d'expression et liberté de déjection, critique et tabassage, discernement et acrimonie, vidange de ses humeurs malignes et expression d’un jugement.
L’indigente casuistique dont il se sert quand on a l’insupportable impudence de s’insurger contre ses insultes ferait sourire n’importe quel collégien quand l’un de ses camarades la brandit comme dérisoire ligne de défense sous la remontrance d’un professeur. « Mais z’enfin, je n’ai jamais dit que vous étiez une sous-m*de, j’ai seulement dit que vous écriviez comme une sous-m*de ! Ce n’est pas une insulte, c’est une critique ! » Le pauvre ! Si c’est-y pas malheureux, à son âge, d’en être resté à de si pathétiques sophismes ! 
Dans la confusion fallacieuse qu’il entretient avec une subtilité pachydermique entre critique et lynchage (ce que d’autres ont enfin eu l’honnêteté de reconnaître, et je les en remercie sobrement), il ressasse sans se lasser la rengaine de la saine acceptation de la « criitiique », avec la même belle constance que Krasucki appelant à la « grèèève ». Mais le plus drôle, c’est qu’il ne craint pas de se contredire en affirmant tout aussi catégoriquement que celle-ci demeure incapable de faire progresser l’imbécile. A part dans le balbutiement du pochtron chronique, je ne vois vraiment pas où chercher la cause de tant d’incohérence.

Sachant que dans cet espace de liberté, nul n’est contraint de fréquenter qui l’insupporte, et que l’émulation demeure bien plus efficace que la critique acerbe et venimeuse pour faire progresser, rien n’autorise la goujaterie et les violences ad hominem. Chacun tricote ses petits mots avec ce qu’il sait faire, dans sa catégorie, avec son style. Il ne s’agit pas de dire que tout se vaut dans le mièvre nivellement d’un tiède consensus. Il s’agit de reconnaître que tous ont le droit de s’exprimer tant qu’ils ne viennent pas vous hurler dans les oreilles. Blesser quelqu’un ne présente aucun intérêt. Si la victime est effectivement une guimauve médiocre, on ne voit pas bien par quel miracle une piqûre de venin lui inoculerait un peu de génie.
Et dans le cas inverse, la bave du crapaud atteint bien plus facilement qu’on ne le dit la blanche colombe. Ceux qui drapent leurs crachats venimeux dans les atours du sacro-saint droit à la critique ne reconnaissent d’ailleurs que leur propre liberté d’expression, étant les premiers à modérer les commentaires chez eux ou à en supprimer, et à s’offusquer de l’impudence de quiconque a la mauvaise idée de ne pas prêter le flanc assez obligeamment à leurs coups bas et de leur rabattre leur caquet bouffi.

Car le troll se croit investi d’une sainte mission : initier les blogueurs novices aux dures réalités de l’existence. Ah ben, heureusement que vous êtes là pour m’apprendre la vie, moi qui croyais que c’était Disneyland. Jamais rien encaissé avant vous. Toujours épargnée. Aucun coup dur, aucun deuil, aucun revers, rien. Le petit monde enchanté du Truman Show. Merci, vos Altesses, de m’apporter la crue lumière de vos hauteurs de vues, et d’apprendre à une bête oie blanche que l’on est censé accueillir avec le sourire les baffes dans la figure parce qu’on est « entre adultes ». C’est curieux, parce que ce qui me semblait au contraire définir un adulte parvenu normalement au terme de son éducation, c’est précisément la capacité à se comporter avec un minimum de respect. Ce qui n’interdit pas la critique, loin de là. Certains commentateurs de ce site excellent d’ailleurs dans l’art de la remarque aiguisée, dont je tiens le plus souvent compte avec la plus grande vigilance. Mais ce mépris ordurier me semble au contraire symptomatique d’un manque inquiétant de maturité, et l’âge ne fait rien à l’affaire, ce n’est pas Brassens qui me contredira.
Car il est un autre substantif essentiel qui fait défaut au lexique du troll : la politesse. Vous savez, ce vieux machin démodé qui consiste à s’excuser quand on a marché sur les pieds de quelqu’un, même quand on ne l’a pas fait exprès. Pour le troll, politesse rime avec faiblesse, et courtoisie avec hypocrisie.
Il faut dire que, comme la moisson de louanges que recueillent ses élans plumitifs est souvent bien maigre à son (dé)goût, et qu’ils ne suscitent au mieux que les assauts de langues vipérines mêlant leur bile à son venin, le troll affiche un mépris hautain pour les éloges, en particulier ceux destinés aux autres. « Moi, Madame, je ne fais jamais de compliment. Les compliments, c’est pour les tapettes. Moi, ch’uis un homme, un vrai. » Meuh oui, Rambo, personne ne remet en cause la taille de tes muscles et du reste, t’en fais pas, rengaine ton bazouka.
Pour lui, la franchise est la valeur suprême. Mais attention, pas la franchise en général : sa franchise à lui seulement. Exprimer avec sincérité l’affliction dans laquelle peuvent jeter ses outrages, ce n’est pas de la franchise, c’est du chantage. Allons bon, encore un mot dont il ignore le sens. Décidément, si quelqu’un pouvait avoir l’obligeance de lui offrir un dictionnaire (assorti d'un manuel de savoir vivre), c’est ça qui serait charitable.
Car le troll est persuadé qu’il a du savoir-vivre, sous prétexte qu’il est amateur de bon vin et qu’il sait reconnaître un Chablis d’un Sauternes. « Tout ce qu’il fait se fait » (G. Flipo, Qui comme Ulysse, citons nos sources)
Mais, cher Monsieur, ne savez-vous pas qu’on peut être à la fois bon vivant et malappris ?
Bien des officiers nazis étaient de fins amateurs d’art, qui ont pillé tant de musées en pays conquis.

Mais le plus curieux, c’est que le troll a juste assez d’intelligence, cette ruse particulière nécessaire à la survie des fielleux en milieu à peu près civilisé, pour avoir réussi à embobiner toute une petite cour de flatteurs dont certains possèdent d’ailleurs un talent bien plus aiguisé que le sien et qui prennent pourtant chacun des postillons de leur Roi Soleil pour des étincelles. Mais enfin, ouvrez les yeux, bon dieu, et cessez de minauder sous les crachats des goujats ! Vous vous méprenez. C’est le bouffon que vous appelez roi.

Quoi de plus jubilatoire pour un misanthrope de profession qui a fait du mépris et de l’insulte son fonds de commerce pour faire parler de lui malgré la fadeur insignifiante de ses propres écrits, que de voir tous ces courtisans l’entourer comme des éphémères certes parfois gracieux autour d’un verdâtre Luminaire?

Comme tout haineux qui a pignon sur rue, c’est un besoin vital pour lui que la caution de respectabilité que lui offrent si obligeamment les rares belles plumes dont il a acheté l’indulgence par quelques cadeaux opportuns. Et hop, dans la poche. En politique ou en affaires, cela s’appelle de la corruption : dessous de table, pots de vin, le malotru venimeux affectionne tous les moyens d’action qui sont à la hauteur des bas morceaux. « Mais je vous assure, ma chère, il est absolument adorable en privé » me disait-on. Mais je n’en doute pas. Comme je ne doute pas non plus qu’auraient pu en dire autant les inoffensifs artistes de bonne foi qui fréquentaient les mondanités parisiennes au début des années quarante. « Comment, cet officier de la milice a participé à des séances de torture ? Mais je n’en savais rien ! Je suis la première étonnée. Il est pourtant si aimable, si charmant, tellement sensible.» Oui, voilà, sensible, c'est le mot que je cherchais. 

Comme écrivait une plume acérée qui me pardonnera, j’espère, de ne pas la citer pour ne pas salir son nom en le mêlant à cette diatribe : « Le baisemain impeccable du salaud me laisse de marbre. » Certains sur lesquels il a jeté son dévolu feraient bien de s’en inspirer, qui vendent leur bienveillance contre un plat de lentilles et quelques invitations. Comme c’est gratifiant, les assiduités d’un grossier personnage !

Mais ne voit-on pas que c’est justement à cela qu’on reconnaît la bonté d’un homme : quand sa correction ne se limite pas aux membres de son clan et qu’il ne devient pas incapable de toute empathie avec le reste de l’humanité ?
Les pires crapules sont souvent adorables avec leur petit cercle de familiers. Hitler aussi traitait avec beaucoup d’humanité ses bergers allemands et savait honorer d’un sourire sa maîtresse et sa secrétaire.
D’ailleurs, il est fréquent que ceux qui vivent en meute affectionnent la compagnie des animaux.
C’est bien, les chiens, pour l’ego des aigris : ça salit le trottoir du voisin, ça aboie après les passants s’ils approchent de leur territoire, ça obéit servilement, ça lèche la main, ça remue la queue quand ça vous voit et ça revient quand on les frappe. Malheureusement, je n’ai pas assez de canin en moi pour apprécier ce genre de personnage.
Démonstration par l’absurde de cette maxime de Desproges (reprise à WC Fields) : « Quand on n’aime ni les chiens, ni les enfants, on ne peut être complètement mauvais. » Il est tellement facile de se délecter de sa supériorité de seigneur et maître en compagnie des bêtes.
C’est d’ailleurs bien cette logique de clan, de meute, qui est effrayante, ce mécanisme de déréalisation de l’autre, de déni de son humanité et de sa sensibilité qui est la base même de tout glissement vers la barbarie, qui transforme des hommes ordinaires en bourreaux. Sans avoir l’indécence de comparer ces lynchages de pacotille avec ce qu’ont subi les véritables victimes des véritables barbares, c’est bien la même logique qui est à l’œuvre, dans cet espace qui n’a rien d’autre de virtuel que la technologie dématérialisée du Net, et l’identité floutée des pseudonymes. Le moyen de communication, en aucun cas son contenu. Les doigts qui tapent sur les claviers, les cervelles qui leur dictent les mots, les pompes à sang qui s’emballent ou s’oppressent, tout cela n’a rien, rien de virtuel. Le peu que l’on sait des personnes réelles devrait au contraire inciter à la plus grande prudence. Comment savoir que celui qu’on va rabaisser plus bas que terre ne vient pas de perdre un être cher ? N’est pas en train de quitter son boulot, de vivre une séparation, ou que sais-je encore ? Ou tout cela à la fois ? Messieurs les trolls, votre hubris est abjecte et sans excuse aucune. Le monde entier n’est pas une poubelle destinée à recevoir vos ordures. Le silence des agneaux, ça va bien un moment, mais la patience a des limites. 
R a s   l e   b o l  !
Ce n’est pas parce qu’un espace inédit émerge depuis quelques années que l’on doit y oublier les fondements mêmes de toute éthique. Il est étonnant de voir combien certains se trouvent facilement désorientés dans un nouveau milieu, y perdant leurs repères moraux essentiels, se demandant benoîtement s’il est de bon ton de tolérer ce qu’il ne leur viendrait jamais à l’idée d’accepter une seconde dans un espace réel. Comme ces jeunes appelés du contingent en Algérie ou ailleurs, bien propres sur eux, éduqués dans une brave morale bon teint, à qui quelques officiers expliquent par a + b que si, si, il est tout à fait tolérable, parce qu’on est en guerre, de torturer jusqu’à plus soif (le temps de se servir une bière et on revient) l’adversaire prisonnier de se(r)vice. Et l’on accepte l’inacceptable de nauséabonds goujats sous prétexte que nous sommes dans un espace soi-disant abstrait.

Alors, comme personne ne semble se dévouer pour remédier aux lacunes décidément inquiétantes de ces adeptes de l’insulte, je vais m’y coller. Un troll ne connaît pas non plus ce que signifie le mot « honte », et ne sait pas plus articuler un mot d’excuse qu’un mot de gratitude : cela lui écorcherait la bouche. Pourquoi aurait-il donc honte de ses débordements ? Déféquer est naturel, n’est-ce pas, et qu’importe si c’est dans le jardin du voisin. Le troll n’éprouve jamais de honte et s'en glorifie. Il assume son ignominie avec panache. Vulgaire et fier de l’être. C’est même à cela qu’on les reconnaît, dirait Audiard.
C’est dommage, car la honte est précisément l’un des sentiments qui distingue l’homme de la bête. Le chien n’a pas honte de se soulager sur le trottoir, ni de copuler en public. Le SS n’a pas honte de participer à la bonne marche d’un camp. L’aptitude à la honte est un gage d’humanité.
Si j’étais davantage adepte du jargon psychanalytique, il serait facile de comparer sa perversion avec le comportement de ces très jeunes enfants qui n’ont pas encore intégré l’inaliénable altérité du prochain, la frontière entre le moi et le monde, et qui s’autorisent à aller piétiner le château de sable d’à côté ou à gribouiller sur le dessin du voisin. Voire à le barbouiller de ce qu’ils viennent juste d’apprendre à retenir, sauf aux toilettes. Aux petits de deux ans, on apprend la propreté. Mais il semblerait que certains « grands » n’aient pas encore acquis le contrôle de leurs sphincters langagiers. Quel dommage qu’il n’existe pas de couches culottes pour empêcher les incontinents du verbe ordurier de se répandre partout. Ces malheureux partagent d’ailleurs avec les tagueurs ce marquage de territoire primitif qui dégrade ce qu’il ne peut posséder, et avec quelques adolescents en pleine crise l’incapacité de s’épanouir sans cracher leur bile à la face du monde. Se sachant assez dénués de talent pour pouvoir s’affirmer hors de la masse sans se hisser sur les cadavres de ceux qu’ils démolissent, ils exultent dans la baston. Hors des conflits dans lesquels leurs poumons vert-de-gris enfin se dilatent comme des baudruches à l’odeur grisante de la poudre et des corps pourrissants, ils s’ennuient autant qu’un chef d’état-major en temps de paix. Car le troll est impérialiste par nature. Tout espace est potentiellement son territoire. Il y est chez lui. Il aurait tort de s’en priver, puisqu’on l’y encourage. « Allez, bottez-moi les fesses, oh oui, encore… » Où y a d’la gêne, y a pas d’plaisir, hein ?


Mais il faudrait tout de même reconnaître la triste pérennité de ce constat : dans le blogocosme comme dans le reste de l’humanité, du bac à sable jusqu’aux gouvernements, il est deux sortes d’individus : ceux qui construisent et ceux qui détruisent. Ceux qui bâtissent et ceux qui démolissent. Et les seconds sont hélas convaincus de la grandeur de leur mission. C’est Dieu qui arme mon bras. Sainte est ma critique. Prosternez-vous.

L’humanité n’a certes jamais manqué d’imagination pour transformer un champ de blé en champ de bataille. Sur la blogosphère comme ailleurs, il est des lieux pour s’empoigner : ces sites qui ressemblent à des bistrots où l’on excelle dans ce somptueux passe-temps qui consiste à vomir à la face avinée de l’accoudé au zinc d’à côté sa violence désarticulée. Que ceux qui aiment pratiquer ce sport les fréquentent.

Car le troll ne manque jamais d’air, même vicié, confortablement installé dans son statut de catastrophe naturelle, et s’impose, avec la gluance d’une flaque de mazout, sous les pas de l’innocent promeneur. Mince, j'ai encore marché dans un troll !
Le troll est au blogueur ce que la tourista et les moustiques sont aux voyageurs en pays tropicaux : un incontournable. Sa légitimité est de fait. « La loi, c’est moi. Vous écrivez, donc vous me supportez. C’est moi ou la planche à repasser. » Faites gaffe quand même, parce qu’un fer à repasser bien chaud en pleine tronche, ça pourrait presque réussir à défriper un peu une face boursouflée de faux plis.
Quand il a la chance de tomber sur quelqu’un qui a un tant soit peu conscience de sa dignité et qui répugne à se laisser entraîner dans la boue par un adipeux catcheur, il peut fanfaronner tranquille, beuglant à l’encontre du vaincu les doux noms d’oiseau qui peuplent sa cervelle raffinée : pleurnichard (si l’on ose exprimer ce qu’on ressent) ou luciole* molle (*cherchez l’anagramme, elle commence par un c.) si l’on a le stoïcisme de garder le silence face à ses éructations. Mais apparemment, le seul langage que comprend cet arbitre des élégances, c’est la tarte dans la poire, car il revient à la charge tant qu’il ne l’a pas reçue. Alors, comme on n’est pas contrariant et qu’il remet le couvert deux mois plus tard, on va bien finir par le lui donner, son nonos à ronger ; lui permettre de triompher, de le rapporter à la maison, son trophée.
« Z’avez-vu, encore un(e) qui a passé du temps à causer sur moi ! Ouais, ouais ! Ouah, ouah ! Allez, les chiens, aboyez avec moi. » On récolte les gloires qu’on peut, faisons-lui ce plaisir. Et plutôt que de lui rétorquer bêtement « Mais, monsieur, la c*lle molle vous em* », mieux vaut s’aviser que c’est son milieu naturel, et qu’il y nage déjà jusqu’au cou avec délectation, comme tout porcin qui se respecte.
Mais qu’il tempère un peu sa fierté. Sa petite personne n’est hélas pas la seule représentante de sa nuisible engeance. Ce n’est pas un individu particulier qui m’intéresse, c’est le fonctionnement d’un type d’humain. C’est l’analyse d’un comportement. S’il était le seul de son espèce, je ne me fendrais pas d’un papier dont l’intérêt n’excéderait pas celui, fort limité, de sa pitoyable identité.

Par ce présent billet, manifeste du parti détrolliste, j’instaure donc la dictature du détrollariat, puisqu’il est stalinien, paraît-il, de ne pas tolérer les grossièretés les plus répugnantes. Et plus simplement, je décrète ce blog interdit aux malpolis. Oui, je préfère qu’il demeure un boudoir feutré plutôt qu’un bistrot d’ivrognes. Etonnant, non ?

Trollés de toutes sphères, unissons-nous. Cessons de nous terrer et de nous taire.

Et maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je vais m’arrêter là dans cette opération de dératisation, car, à la différence de l’objet de ce pamphlet, j’ai autre chose à faire que de jouer à la guéguerre avec les atrabilaires, n’ayant pas besoin d’endosser le rôle du bouffon grimaçant pour exister en ce bas monde. M’enfin, quand on n’a le physique ou le mental que de cet emploi-là, nous n’allons pas lui reprocher d’essayer de caser ses sombres talents. Le chômage, vous savez… Et puis ne perdez pas espoir, vous y arriverez bien, à laisser derrière vous une petite publication. Je ne sais pas, moi. Une étude comparative sur les vomis de vin et de bière. Offert en supplément gratuit du guide Gault et Millau. Je suis sûre que le domaine est resté inexploré. Courage.

Un dernier mot pour vous remercier quand même, Monsieur Dégoût. Grâce à vous et à votre cour, je vais enfin pouvoir apprécier à leur juste valeur les comédies de Molière qui jusqu’ici m’avaient toujours semblé par trop caricaturales pour m’arracher un sourire.
Grâce au dîner de cons auquel je fus conviée il y a deux mois et dont vous épongez les taches aujourd’hui encore, je compris enfin que les petits marquis enrubannés qui cachaient derrière leurs rictus pincés et les dorures de leurs salons la vulgarité la plus maniérée n’étaient pas plus outrés que leurs modèles réels. C’est tellement amusant de lyncher un intrus et de se congratuler après à grands coups de claques dans le dos et de chansons à boire. Qu’est-ce qu’on se sent plus intelligent après cela !


Allez, sans rancune, tout cela n’est que du théâtre, hein, et l’on ne fait que jouer un rôle, n'est-ce pas ? En fair-play, vous êtes expert.
La « c*ille molle » vous salue bien bas (il est toujours important de se placer au niveau de son interlocuteur), et espère que vous avez comme il se doit apprécié cet hommage à votre art, puisqu’elle n’a fait que suivre avec humilité vos conseils avisés. 


PS : Une fois n’est pas coutume, je me permettrai, sur ces billets, de modérer les commentaires, parce que zut, quand même, je commence à en avoir assez de devoir subir les sautes d’humeur de déséquilibrés à qui je n’ai rien demandé.
Et je vais essayer de découvrir ce nouveau plaisir de jeter à la poubelle, d’un simple clic de  souricette, les messages maculés que cette petite satire pourrait m’attirer.




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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 20:34


Je prie les lecteurs habituels de ce blog d’excuser la véhémence des propos qui vont suivre, à laquelle ces pages ne se laissent pas souvent aller. Car jamais la virulence de la pensée n’y a débordé sur les attaques personnelles. Et ce billet d’autodéfense qui s’espère définitif et unique est l’exception qui confirme la règle.
Car il s’agit bien de légitime défense. Il est des circonstances où l’on n’a pas le choix. Je ne vois pas comment faire comme si de rien n’était. Tout est sens dessus dessous ? Qu’importe, asseyons-nous et causons ! Non, non, après un cambriolage, soit on ferme boutique et on met la clef sous ce qui reste de la porte, soit on change la serrure. Quand un espace a été violé, il faut, peu à peu, se le réapproprier pour y réaménager ses objets familiers. Car le troll a beau se draper dans les nobles atours de la « critique », il n’est qu’un récidiviste du viol de plume.

Rappelons brièvement les faits.
D’abord, pour les éventuels lecteurs qui ne seraient pas assez familiers des blogs pour en connaître tout le jargon, précisons qu’un troll désigne un personnage à forte tendance impérialiste qui considère tout site comme son propre territoire, destiné de facto à recevoir l’expression de ses épanchements orduriers.  
Chers amis, nous voilà prévenus : pour le troll, il est du dernier mauvais goût de faire état d'une quelconque réticence à se bastonner. C'est très mal vu quand on est entre adultes et qu'on sait ce qui se fait ou non.
 
Et de même qu’il existe des peaux à moustiques, il semblerait aussi qu’il existe des plumes à bile et des blogs à trolls. Je savais faire partie de la première catégorie. Je dois maintenant me rendre à l’évidence : j’appartiens aussi à la seconde. En dix mois de blogage relativement assidu, j’ai ainsi attiré trois trolls, chacun représentant une espèce particulière de cette féconde engeance. Sans compter deux épisodes trollesques isolés, sans véritable troll incrusté au bout, et que je ne rappellerai donc pas, voici les trois espèces de troll commun dont j’eus l’extrême plaisir de faire la connaissance :

- Le troll idéologique, dont le fanatisme caractérisé le pousse à exercer un prosélytisme forcené chez ceux qui ont la naïveté de croire le dialogue possible avec tout humain, quelles que soient ses idées. Il s’agissait dans mon cas d’un authentique néo-nazi révisionniste jusqu’au bout des ongles, et dieu sait pourtant que je répugne à jeter le tragiquement galvaudé anathème de fasciste à la face de quiconque n’est pas d’accord avec moi.

- Le troll cyclothymique, qui alterne des phases d’harmonie planante et talentueuse avec les accès de haine la plus aigrie. Ses qualités poussent d’ailleurs à supporter ses défauts avec une certaine constance, mais faut pas pousser non plus, et là, ce sera stop.

- Le troll atrabilaire, dont le cas particulièrement pathologique fera l’objet d’une étude plus approfondie dans le billet suivant pas plus tard que tout de suite, et a laissé des taches ici et là.

Bien sûr, on pourrait dédaigner toutes ces attaques d’un silence stoïcien, et passer son chemin la tête haute. Certains en sont capables. Pas moi. Pour eux, le fiel des acrimonieux n’est que pipi de chat. Pour moi, c’est une morsure de chien.

Je pourrais leur rétorquer un fiérot « Même pas mal »,  mais qui y croirait ? Probablement pas eux, et pas moi en tout cas. Si, « mal », très mal, même. Et si ça leur fait plaisir, et bien, tant mieux pour eux, je leur fais l’aumône de cette jouissance trouble dont ils se nourrissent.
Et de toutes façons, le silence, ces gens-là, ça ne les décourage pas. Ils sont comme les pit-bulls, ils ne lâchent pas leur proie. Alors autant leur laisser entendre ce qu’on pense d’eux.

Et comme j'en suis à mon troisième troll, je pense avoir gagné mes galons de détrolleur agréé.
Attention, ici, blogueur trois trolls. Slaloms, pistes noires et skieur sur bosses confirmé.

Ceci dit, j’ignore s’il s’agit d’une faiblesse technique de mon ordinateur, mais il semblerait que son écran laisse passer les crachats sans les arrêter. A moins que cette porosité ne s'avère après examen due à une erreur de distribution des aptitudes de l’auteur de ces lignes.
L’intellect batailleur mais le palpitant plus malléable que la cire. C’est bête, hein ?
Raffoler du débat d’idées quand on ne supporte pas les conflits de personnes, ce n’est pas très pratique. Un peu comme un moteur trop nerveux dans une carcasse de Deux-Chevaux : ça coince.

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  • : Méditations métaphoriques et pensées en tous sens : philosophiques, esthétiques, poétiques, écologiques et bricoleuses.
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Cahiers de l'aube

1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
l'oeil du vent.

2°) Les métaphores, c'est comme les collants. 
Ca file vite si on n'y prend pas garde.

3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

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de clarté dans la langue,
de musique dans la voix.