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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 23:38

Guérir.
Gagner un peu d’espace. Entre soi-même et ce qui hante.
Sauver un peu de temps, entre deux assauts noirs de cafard.
Espacer les visites de la mélancolie.
Mettre des cales sur les fenêtres pour qu’un vent trop violent
ne les claque à la face de l’air frais.
Conquérir, à la force du clavier, à l’éclat du papier,
Minute après minute, un peu de paix et de clarté.
Et le répit repose. Mais le dépit dépasse.
Aplanir les effrois ; faire taire les doutes.
Et lisser sur le front de la pulpe du pouce
Toutes peines en plis et tous soucis en rides,
Juste sous le sourcil, où se tend la tristesse.

Il est des îles englouties.
A leur surface l’eau troublée reste trop sombre,
Maelström intranquille qui n'en finira pas
D’enrouler son tourment tout autour de l’absence.

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Published by Clarinesse - dans Echappées poétiques
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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 23:08

 

Vous m’excuserez de troubler votre digne repos par une si piètre requête.
Mais il en va du confort de vos yeux et de la quiétude de vos migraines.

Voilà, pour des raisons qui m’échappent encore, (car les voies de l’informatique sont aussi impénétrables à mes neurones malencontreusement rétifs au binaire que celles de la Providence au troupeau des fidèles) : la taille de caractères des textes publiés sur cette respectable plateforme blogophore demeure, à la lecture, rédhibitoirement sourde à toute tentative de modifier les paramètres d’affichage : seuls les commentaires s’amusent à dévaler ou gravir allègrement l’échelle des zooms, depuis Lilliput jusqu’à Brobdingnag en passant par Gulliver. Mais les textes demeurent aussi imperturbables que le marbre dans lequel ils ne seront jamais gravés.
Et comme la taille d’iceux dépend de la résolution de l’écran sur lequel ils font leur apparition, ils sont, sur certains, fort obligeamment lisibles, mais sur d’autres un peu exigus.
Aussi me suis-je risquée, dans le dernier texte, à augmenter la taille des caractères : mais celle-ci me semble un peu excessive. Alors j’ai besoin de vos avis.
Vous importunerait-il par trop la fibre indépendante et littéraire de vous plier à un modeste sondage ?

Pour « Non, non, ne changez rien, en 12 points, ça me convient : tapez « 12 » dans la petite fenêtre à commentaires, oui voilà, celle-là. »
Pour « Oui, comme vous le proposez si gentiment, vous seriez bien aimable de causer un peu plus haut et d’écrire un peu plus gros car ma vue baisse et mon ouïe se durcit (comme ça) tapez « 14 » (oui, toujours dans la petite fenêtre) »


Mârci bôcoup.
Le vote est gratuit et rémunéré d’avance par la production du fiston qui suit. (Oui, en plus, elle monnaie les trouvailles de son héritier afin de faire tourner sa boutique. Honte à ceux qui exploitent le travail des enfants.)

Il va de soi que Pierre unique a un registre de langage fort châtié, et qu’il s’écrie après avoir englouti trois gâteaux et son chocolat, la moustache lactée ourlant délicatement le fin duvet de sa lèvre aussi tendre que mutine : « Mmh , c’est succulent ! »
Bien que je n’eusse pas poussé le vice jusqu’à lui enseigner le substantif, il eut lui-même l’intuition de le dériver, et entre deux gorgées, s’écria ce matin, l’œil lumineux et le sourire triomphant du savant inspiré : « La succulence d’un plat, c’est quand c’est tellement bon qu’on le lance dans sa bouche ! Car dans "succu-lance", il y a "lance". »

C’est chouette, quand même, le conditionnement ! Aussi bien pour les petits pois qui, sans leurs boîtes adaptées, s’éparpilleraient joyeusement sous les pas négligents des passants, que pour les petits z’hommes qui peuvent ainsi acquérir le merveilleux réflexe de la construction linguistique avant l’âge du cours élémentaire. Pauvre de lui !

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Published by Clarinesse - dans Enfantillages
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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 00:18

Crédit photo : Sof17

Comme tout petit n’enfant qui a la chance de pousser dans un décor bucolique au moins dominical, Pierre petit adore cueillir des fleurs.
Au tout début, après les avoir occises au ras de la corolle, il les gardait jalousement dans sa menotte fermée, et il en ressortait quelques instants plus tard une purée de pétales modérément esthétique dégageant, mêlés à la moiteur de sa paume et à la poussière du chemin, une odeur qui ne ressemblait que de fort loin au fumet délicat des alambics parfumeurs de Grasse.
Puis les tiges s’allongèrent. Elles devinrent présentables, et furent offertes en bonne et due forme à sa maman ou à toute autre présence féminine dans les parages.
(Cet enfant a un sens de la galanterie mystérieusement inné. Il n’avait pas encore deux ans qu’il essaya de séduire la maman inconnue d’une condisciple dans un square en lui faisant présent d’une somptueuse feuille morte desséchée à souhait.)
Mais contempler la production florale d’une belle étendue verdoyante désastreusement moissonnée m’a toujours procuré un léger pincement au cœur.
Bien sûr, j’avais, comme il se doit, soin de toujours remercier chaleureusement le fruit de mes tripailles de ces offrandes rituelles, mais lorsque cette habitude se mua en extermination systématique à échelle industrielle des primevères et autres violettes sylvestres, je ne pus m’empêcher de lui réitérer, mêlée à l’expression de ma gratitude, l’assurance que je préférais de loin laisser après notre passage le tendre tapis vert parsemé de taches vives et claires, que de ne plus tenir à la fin de la promenade que le cadavre déjà pourrissant d’une malheureuse anémone des bois assoiffée.
Il fallut que les fleurettes champêtres passassent encore une saison en enfer avant que le message n’arrivât à bon port, sur le bateau ivre de joie de sa ferveur filiale.
Mais ô félicité suprême ! Dès les premiers rayons de ce printemps, la mission était accomplie, et le témoin passait du sacrifice floral au rituel verbal.
L’humanité mit des millénaires à transformer les sacrifices humains de ses religions implacables en liturgie symbolique. Il suffit de quelques ans au petit Pierre (sur le dos duquel nulle église n’est encore bâtie) pour épargner à tant d’innocents pédoncules ces barbares arrachages sanguinolents de sève : une Révolution s’était accomplie.
Il était passé du don au dire, du cadeau à la parole. Et il avait compris que rien ne faisait plus plaisir au spécimen de dame qui lui sert de maman qu’une belle parole. Bien plus que l’objet qu’elle remplace.
Je lui avais en effet suggéré, pour ne pas briser l’élan de sa générosité, ni froisser la fragile éclosion de sa tendresse, de simplement me montrer quelles fleurs il souhaitait m’offrir, lui affirmant que ce geste dédicatoire seul suffisait à mon bonheur. Parce que « c’est l’intention qui compte » et que je saurais ainsi, en voyant ces fleurs poursuivant paisiblement dans l’herbe leur brève vie de fleurs, qu’il m’en avait fait don, et que cela valait reconnaissance.
Et de le voir, enthousiaste et triomphant à chaque essaim de fleurettes rencontré, les désigner d’un ample et caressant mouvement de la main accompagné de l’auguste formule : « Maman, ces fleurs-là, je te les offre, et puis celles-là aussi ! » avec la fierté solennelle et sautillante d’un universel propriétaire terrien faisant visiter son domaine à son invitée, et ben vous savez quoi ? Ca m’émeuhhh !
Heureusement que l’analogie bovine s’arrête là. S’agirait pas que cette empathie fusionnelle avec la nature ne pousse sa génitrice, telle une génisse en appétit, à brouter ces fleurs dont le salut fut conquis de si haute lutte.
Ainsi êtes-vous prévenus : toute sauvagine des prés croisée dans la région m’appartient désormais symboliquement. Mais rassurez-vous. Je ne réclame pas de péage à qui passe devant, ni de pourcentage à qui les regarde avec un peu trop d’insistance.

Ou comment enseigner à sa progéniture la toute puissance du verbe créateur et protecteur de vie, capable de donner sans rien prendre, et d’offrir sans rien coûter.

Ainsi naquit le onzième commandement :
A Pâques, point de pâquerette ne guillotineras, et les douceurs par la parole prodigueras.

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Published by Clarinesse - dans Enfantillages
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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 10:38


Ce qu'il y a de bien, quand on écrit pour un canard,
c'est qu'on peut permettre à sa plume de sourire en coin.
Non seulement j'm'amuse, mais en plus, on me paie.
Pas beaucoup, certes, mais trois fois rien, c'est déjà quelque chose.
Bon, j'avoue, j'étais toute fière de mon petit jeu de mots, avant de m'apercevoir qu'évidemment, il courait les colonnes de journaux depuis des mois.
Bon, tant pis, on peut pas inventer le fil à couper le beurre tous les jours.



Le G20 d’un côté, les « J’ai faim » de l’autre.
C'est incroyable comme les trônes bien rembourrés de cuir n'amortissent pas que le postérieur, mais aussi les bruits de la vallée de larmes qui n’arrivent plus que fort affaiblis et déformés au sommet des puissants. Ce n'est pas que le siège fasse la classe, on n'est pas dans le train. Mais plus le coussin est mou, plus l'oreille est dure. Cuir sous l’assise, langue de bois et dur de la feuille.
 Tout corps posé sur son despotisme se voit aussitôt affligé d'une surdité aiguë. L'abus de pouvoir est dangereux pour l'audition. Et comme « ventre affamé n’a pas d’oreille » non plus, le dialogue de sourds ne peut manquer de se transformer en joli grabuge.
Car si les grands ont daigné très légèrement égratigner les paradis fiscaux, ces repères de vautours où soustraire aux Etats redistributeurs de billets et blanchir en secret l’argent de la corruption, des parachutes dorés et autres détournements de fonds, ils n’en ont pas moins épargné sans scrupules les paradis sociaux, ces pays d’accueil pour délocalisations sauvages, où l’on choisit entre chômage ou esclavage, où salaire rime avec misère.
« Par ici le paradis ! ». Car un paradis, par définition, c’est un jardin clos sur ses privilèges, exclusif, bien séparé du reste du monde. Et plus le séjour sur le plancher des vaches ressemble pour beaucoup à l’enfer ou au purgatoire, plus les heureux élus s’arc-boutent sur leurs haies épineuses et renforcent leurs clôtures.
La noblesse de 1789 eût été bien inspirée de relire La Fontaine, et de comprendre que le chêne se brise à force de ne rien céder à la tempête, alors qu’il est beaucoup moins facile de tronçonner un roseau qui plie mais ne rompt pas. Ou comment se retrouver en un « couic » de guillotine des Champs Elysées au Tartare. Etre entarté, à côté, c’est du gâteau.

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 23:20

 Préambule (bis) et précautions d'emploi :

Sachant qu'Apo est à Cla ce que Hyde est à Jekyll, ne point confondre. 
Présence non autorisée de l'une en l'autre.
Mais rien à faire, la catharsis dans le secret n’opérait pas :
il fallait traîner l'âme damnée au grand jour pour l'exorciser. Alors voilà.
Parce qu'il y a d'autres sujets qui attendent, interdits de séjour tant que page blanche n'a point été montrée et que page sombre continue d'obstruer les issues.


Il en est de l’amour comme de l’alcool ou du chocolat. Certains savent y goûter avec modération, en fins gourmets, connaisseurs raisonnables des plaisirs d’ici-bas. Et d’autres s’y engouffrent, aspirés par la tornade incontrôlée d’une attraction qui ne trouve sa fin que dans l’autodestruction. Toute inclination leur est passion ; toute passion leur devient addiction. Ils en meurent ou la tuent.
A n’en pas douter, Apolline faisait partie de cette seconde et fluctuante catégorie.

 

Pour eux, l'amour, c'est comme le cancer :
ce n'est pas parce qu'on tranche une tumeur qu'on empêche les métastases de s'éclater.
Telle une souris effarouchée, pourtant bien décidée à ne plus remettre en jeu sa pompe à sang dans ces bûchers qui vous laissent aussi exsangue et calciné que ceux des chasses aux sorcières, Apolline s’était réfugiée dans une impasse.
Tellement étroite qu’elle ne savait plus comment faire demi-tour.
La tête prise dans un cauchemar, au lieu de suivre les fils d’or et d’Ariane qui lui montraient la voie, elle les avait rongés.
Se murer dans un détachement anesthésique était la seule solution qu’elle avait trouvée pour rester debout toutes ces années, malgré le reste.
Une salle d’attente. Une antichambre. Apolline n’avait jamais quitté l’antichambre de l’existence.
Jamais encore fait coïncider autrement que dans les apparences rêve et réalité. 
Lèvres closes et bras croisés, "elle vit sa vie par procuration, toute à son poste de dépossession."
La bouche cousue, suturée sur des tourmentes tues, des silences hurlants, le cœur pressé derrière des poings serrés, comprimé par l'apnée et battant d’autant plus sourdement qu’il y a moins d’oxygène.
Et sourire, encore et toujours. Tout va bien…

Puis elle avait entrebâillé la porte, et jeté l’encre à marée haute, enfin.
Comme un mollusque attendant sous le sable, elle avait laissé les fragiles membranes de ses chairs ondoyer sous les amples courants du grand large.
Elle avait lu, avait écrit ; elle s’était laissée dissoudre, perméable, poreuse.
Dépossédée de son refuge. En attente. En transit.
Sous perfusion. Elle avait vécu sous perfusion pendant des mois.
Disparue dans le siphon. Il lui fallait reprendre pied.
Noyée dans l’eau salée intarissable. Comme le Paic Citron : quand y en a plus, y en a encore.
Et il aura fallu en faire couler, des litres d’eau, pour réussir à les décoller un peu, ces patates carbonisées au fond de la poêle. Quand elles s’attachent, elles y laissent leur peau.
L’avait failli laisser la sienne. Mais seul un petit bout y était resté.
Non, décidément, elle n’était pas faite pour le vaste monde.
L’huître se referme. Le bigorneau réintègre sa coquille.
Pont levis relevé et couvre-feu. "Couvrez ce feu que l'on ne saurait prendre."  
Ce feu de paille qui n’en finissait plus d’embraser la forêt desséchée de ses impasses, qui n'en finissait plus de se laisser attiser sans plus personne ni pour l'éteindre, ni pour s'y chauffer.
Le silence avait été décrété, imposé. Fort bien, donc.
Ce silence qui grandit comme une méduse au fond des poumons et qui étouffe, étouffe.
Jusqu’à enfin pouvoir le crever, en percer la poche et en répandre l’eau trouble sur la page.
Ne plus penser. Ne plus relire et ne plus lire. Ne pas regarder le vide au-dessous. Ne plus laisser ce vertige s’emparer de son être disloqué. Ne rien remuer de cette coupe pleine à ras bord encore d’acide qui ne demande que le moindre cahot pour déborder toujours.
 Non, décidément, elle ne s’en remettait pas.
Un caillou dans la chaussure. Un caillou qu’il lui fallait lancer sur la surface imperturbable du lac pour troubler le reflet qui la hantait et enfin, pouvoir détourner son regard sous hypnose.
Elle avait posé les clefs 
sur la page, mais elles ne furent pas prises.
Alors elle s'est arraché le cœur, l'a enfermé dans le coffre cadenassé, et a jeté la clef.


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Published by Clarinesse - dans Errements narratifs
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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 23:10

Prologue :

Euh (timide regard lancé sur la salle à travers un petit pan de rideau rouge vaguement soulevé)
Y a encore quelqu'un ?
Ah ben oui ! En fait, c'est sur la scène qu'y a plus personne, mais il reste encore quelques fauteuils occupés. Tenir un siège malgré une telle disette, cela requiert un héroïsme à saluer, une fidélité à confondre l’incrédule !  Permettez que je m’incline.

C’est vrai, quand même, s’en aller en douce, s’arrêter de causer sans même prévenir que le spectacle est fini, et vous laisser en plan comme ça, c’est vraiment pas des manières !
Je vous prie donc humblement d’accepter les plus plates excuses qui se puissent trouver sous le sabot d’un percheron.
Sans vouloir vous importuner, auriez-vous encore deux minutes à me prêter (je vous les rends tout de suite) pour entendre les raisons de cette désertion impie ?


Bulle 1 :
Bon, et d’une, comme le disait Mâme de K,
« me suis perdue dans une faille de l’espace-temps ».
Y a un peu d’ça. Peux pas tout faire.
Cinq papiers sur papier, justement, chaque semaine, ça en fait autant de moins sur écran.
Sans compter qu'il ne faut négliger personne.
Si je possédais ce divin don de ne pouvoir dormir que quatre heures par nuit, tout irait bien. Mais là, ça suit pas.


Bulle 2 :
Et puis, j'voulions tout fermer (pas effacer, juste arrêter). Mais pô possible. Vous m'manquez trop.
Mais quand on ne contient plus qu’une substance aussi amère que chicorée, mieux vaut la fermer que de risquer de la répandre dès qu’on l’ouvre. Et de deux.
Pourtant, j’avais suivi les conseils avisés de tout le monde : quand de vilaines idées illisibles vous travaillent sans l’autorisation de votre bon sens, vous les couchez bien gentiment sur le clavier, (comme ça, voilà, bordées dans les draps frais de la page blanche), et puis vous les laissez reposer dans un tiroir en attendant que ça s’endorme. Tu parles ! Ca fait des mois que ça gigote au fond de ce casier, que ça s’agite, que ça cogite, que ça grignote. Que ça empêche d'écrire autre chose (écrire vraiment, pas gratouiller sur commande). Comme si mettre en conserve une idée noire pouvait lui permettre de s’évaporer ! On ne vous a jamais expliqué que la conserve conserve tout ? Même le goût de l’amertume, même les vitamines de la déprime ? Ben non, pour que ça s’évente, faut aérer, faut publier. Mais c’était pas possible comme ça ! Ben trop noir, ben trop âpre ! J’ai tout essayé pourtant : le laisser exposé aux premiers rayons du soleil printanier pour l’éclaircir un peu ; le passer à la Javel, le dire à personne. Non, rien à faire, pas moyen que les ténèbres dégorgent un peu. Alors voilà, ne pouvant ôter le noir, j’ai un peu retaillé, histoire d’enlever là où l’obscur faisait vraiment trop tache : ce qui nous donne la fiction suivante, que vous êtes priés de lire sans vous énerver contre l'ouvreuse. [...demain, pour vous laisser le temps de saisir que l'entracte est fini]


Bulle 3 :
Meuh non, c’était une farce. Tout va bien.
C’est juste que dans la famille, on a toujours aimé faire des blagues, pour le premier avril.
Quels boute-en-train, tout de même ! Tenez, par exemple, il y a cinq ans, le père de votre dévouée servante, chéri comme il se doit par sa fille adorée, eh ben le 1er avril, hop, enterré, qu’il fut ! Qu’est-ce qu’on a ri, mais qu’est-ce qu’on a ri ! Bon, c’est sûr, il y eut une légère erreur de timing : trois mois et demi avant la naissance de son premier et seul petit-fils, c’était pas franchement le moment rêvé, mais ça n’a pas empêché de le saluer avec les honneurs recueillis que personne ne songeait à lui contester.

Post scriptum :
Et non, je n’oublie pas la suite de la série économique. Mots promis, mots dus.
Mais fallait d’abord assainir le réseau avant de rétablir la connexion.

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Published by Clarinesse - dans Epistolaire
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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 22:32

 

Ou ce que peuvent donner les cogitations approximatives d’une lycéenne littéraire égarée en terminale scientifique, pendant les neuf heures de maths et les cinq de physique (si ma mémoire est bonne) imposées à sa folle semaine.

J’ai toujours aimé les maths. Cette façon de percer le secret du réel en formules acérées se jouant du bon sens, à tout prendre, est-elle si différente du travail du poète ?
Certes, c’est à la mode. Deux numéros déjà que Télérama consacre en quelques mois à la beauté des maths, réaffirmant leur appartenance au vaste monde fort accueillant de la culture. Sans oublier la nécessaire rubrique de Madame de K,
chantre officielle inspirée d’icelles.
Mais oui, c’est beau, les maths, qui en doutait ? Ce monde idéal où les objets n’existent que par leur définition, où formules et figures coïncident dans une parfaite harmonie, où les théorèmes se vérifient toujours.
Mais s’il me divertissait grandement de transposer un problème en équations, de figurer une force par un vecteur, de traduire sans fin une expression en une autre équivalente jusqu’à l’avoir réduite à sa plus simple expression, j’avoue avoir dédaigné avec morgue les fastidieuses formules chimiques et autres mystères électriques auxquels je demeurais aussi hermétique que le tribunal de l’Inquisition devant les démonstrations de Galilée.
Car la différence essentielle entre maths et physique est là : en maths, on maîtrise le système, de a à z. C’est un petit monde clos, qui fonctionne uniquement par autoréférences : énoncé, définitions, théorèmes. Tout y est, et rien d’autre. Si on a pigé le truc, on peut le retrouver tout seul, même si la mémoire fait défaut. D’ailleurs, les matheux sont souvent connus pour leur mémoire de poisson rouge. Quel besoin de s’encombrer d’une formule qu’on peut redémontrer sans trop de peine ?
Alors qu’en physique, et bien sûr je ne parle pas là de la science elle-même mais des programmes du secondaire, n’ayant pas poussé le vice à aller voir plus loin, on vous assène des formules que vous n’avez pas les moyens théoriques de comprendre, qu’on vous demande de bien vouloir apprendre par cœur et d’appliquer alors même que vous y allez à l’aveuglette, comme si l’on voulait que vous fassiez joujou avec un hochet en plein milieu d’une obscure forêt, juste parce que les concepteurs des programmes ont pensé que ça vous esbaudirait les esprits animaux de voir la diode s’allumer et le petit machin faire « tut » quand vous fermez le circuit. Ouais ! Ca marche ! Vous avez suivi le mode d’emploi, étape par étape, et ça marche ! Vous n’avez pas compris pourquoi, vous ne le pouvez pas parce que le processus mis en œuvre excède grandement ce qu’on vous a expliqué, mais vous êtes prié de vous émerveiller.
Ben ça m’énerve. Sans compter que les électrons vont dans un sens et l’électricité dans l’autre, parce qu’on n’a pas corrigé l’erreur du premier savant qui a choisi au courant un sens conventionnel et qui ignorait à l’époque que les électrons avaient une charge négative.
Résultat : après un bac C, je suis toujours infichue de brancher correctement un interrupteur.
Passons.

Alors je m’amusais, durant ces longues heures qu’il fallait bien subir, à philosopher sur la physique, à injecter un peu de psy dans ce phy dont trop d’éléments m’ennuyaient ; à faire de ces formules des sciences des symboles des hommes.
Et je m’étais ainsi avisée un jour que l’on pourrait représenter, fort grossièrement je vous l’accorde, pas la peine de hurler, l’humaine psyché sous forme d’ectoplasmes patatoïdes, à inscrire dans un de ces repères orthonormés et tridimensionnels qui servent à figurer ces adorables fonctions à trois variables. Vous vous souvenez ?
Soit x l’axe des abscisses, y celui des ordonnées et z celui de la troisième dimension.
Et bien donc, dans mon petit monde déconnecté d’ado binoclarde et proprement effrayée par tout ce qui n’était pas pur esprit et ressemblait de près ou de loin à de la chair humaine, on pouvait représenter chaque type de caractère par un solide gélatineux, façon Barbapapa
dont chaque dimension correspondrait à une variable fondamentale de son moi profond.

En x, on figure les largesses du cœur : l’altruisme, la générosité, les capacités d’amour qui vous portent vers l’autre. Version passive, la sensibilité, l’empathie ; version active, l’abnégation.
En y, on place la hauteur de vues : l’intellect, les facultés d’entendement, d’abstraction.
Et en z, ce qui permet de dire « il ira loin » : la volonté, la force de caractère, la persévérance.
Où l’on s’aperçoit que les tournures de la langue n’ont  pas attendu ce genre de schéma pour figurer le caractère en 3 D.
 En plus, on peut affiner l’outil : au-delà de ces trois types primaires, ça vous donne une palette de sept combinaisons (Ah, les délices des combinatoires !
C indice n puissance p = 2 puissance n ; ici 2 puissance 3 = 8, moins un
car nul n’est néant et l’on ne tient pas compte de l’élément o,o,o.
Ce qui nous donne 8-1 = 7. CQFD.) …
qu’on peut ensuite varier à l’infini selon les degrés de chaque dimension, les textures, les couleurs, les densités, les formes, …

Bien sûr, tout cela demeure fort réducteur, et si l’on s’avisait de vendre cette symbolique combinatoire à des profilers ou des chasseurs de tête pour compléter la batterie des tests de QI et autres mises en boîte de la matière humaine, oui, on pourrait rouspéter. Mais tout cela reste entre nous, et c’est la première fois que j’ose faire part de ce cafouilleux bidouillage qui dormait dans mes carnets depuis l’année lointaine de mes seize ans.
La faute à Ayron  
qui réveilla, avec sa citation biblique laissée en commentaire sur le billet (b moins 2) , ces antiques velléités modélisatrices. Je le cite :

« La Bible fait une analogie entre l'humanité et un bouquet de végétaux rituels dans lesquels le parfum représente l’esprit, ainsi que la connaissance; tandis que le fruit représente l’action :
- Le cédrat, fruit et parfum symbolise les personnes qui étudient et agissent.
- La branche de palmier représente ceux qui agissent sans se cultiver.
- La myrte symbolise ceux qui cultivent leur esprit et sont érudits.
- La branche de saule, représente ceux qui n’étudient pas et n'agissent pas. »

Voilà, nous commencerons par les trois types primaires :
(NB : Il est bien entendu que le zéro affecté à chaque coordonnée est tout relatif)

- Le premier, Barbagentil, « x,o,o » de son petit nom, (« on veut pas être méchant, mais effectivement, il est gentil ») s’étale grassement, tout dégoulinant de tendresse pour son prochain, mais n’a pas inventé l’eau tiède. Un peu collant.
Un taxi-guimbarde qui avance cahin-caha, n’hésitant pas à faire mille détours pour rechercher les déshérités au fin fond des routes les plus boueuses. Tout ça ne mène pas bien loin, ne va pas bien vite, mais en sauve plus d’un.
- Le second, Barbabrute  (« o,o,z » en langue de maths) avance, loin souvent, mais pas haut, écrasant tout sur son passage. Un rouleau compresseur.
- Le troisième, Barbintello (« o,y,o » pour symbole) possède une intelligence supérieure, mais est invivable, imbuvable, intraitable.
C’est une fusée. La Terre lui est trop basse et trop étroite. Il brûle de tout savoir, il brûle toutes les ressources disponibles, et ne s’accommode d’aucune finitude. C’est l’espèce d’homme qui s’approche le plus du diable ou du bon dieu. Tout dépend de ses autres variables.

Bienvenue donc au niveau 2, avec les trois types secondaires :

- Barbasensible, aussi noté « x,o,z », est doué d’un fort pouvoir d’empathie, qui le rend réactif à la moindre émotion, les siennes comme celles des autres, sensitif au plus infime frémissement de ce qui l’entoure. Cette hyperesthésie lui est moteur quand les vents sont propices, mais l’étendue de sa voilure le rend vulnérable aux souffles contraires ou au calme plat. A la merci de toute houle un peu forte, il tangue et peut sombrer. « Fluctuat nec mergitur » espère-t-il pour devise, craignant parfois que le « nec » se transforme en « et ». On l’aura compris, c’est un voilier. Hisse et haut, glisse et bas, car n’ayant pas plus d’autonomie énergétique que de volonté interne, il dépend de ce qu’il peut absorber de la force du monde. Ainsi sont bien souvent les poètes et artistes.
 
- Barbapuissant, ou encore « o,y,z », allie à une volonté de fer une intelligence qui lui donne les moyens de ses fins. Il fonce vers l’horizon à ras de terre. Il va vite, il va loin, mais tout cela ne vole pas toujours bien haut non plus.
C’est un TGV, bien sûr de lui sur ses rails dont jamais il ne sort, ignorant beaucoup des espaces qu’il traverse et transperce sans les voir. Ainsi sont la plupart des puissants, en politique ou ailleurs.

- Barbabienfait, « x,y,o » associe à un altruisme impressionnant énergie et persévérance. C’est un tramway omnibus, qui s’épanouit en milieu associatif et humanitaire.

Enfin, Barbagénie, parfaite combinaison d’ « x,y,z », allie à une intelligence hors du commun une générosité sans faille et une ferme volonté. Une main de fer dans un gant de velours, pour la bonne cause et sans se gourer.  Et là, plus besoin de le figurer sous forme de moyen de transport : il a tout sur place. C’est une sphère parfaite, un monde entier à lui seul. 

Vous me direz : « Toute cette fumeuse usine à gaz pour ça ?! » Alors qu’elle ressemble autant à des maths que certaines « œuvres » à de l’art ; alors qu’elle ne suscite que haussements d’épaules consternés et soupirs exaspérés chez tout véritable esprit matheux qui se respecte ?

Euh, ben oui. Avec toutes mes confuses excuses pour le dérangement, fit-elle avec un sourire niais et un gloussement idoine. Ca fait deux fois de suite qu’elle vous fait des sandwiches ou vous ouvre des boîtes de conserve au lieu de cuisiner. Va falloir se reprendre ou bien fermer boutique.  :(
Et encore, on vous a épargné les schémas illustratifs…

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 23:44
Prologue :
L'autre soir, comme tout soir, je me penchais sur la baignoire où barbotait Pierre le petit.
Et s'y penchaient aussi deux anglaises, surplombant les continents de mousse à la dérive sur l'océan de la bassine bleue. Deux anglaises, certes, mais nous n'étions pas quatre pour autant, dans cette salle de bain.
Seulement, il se trouve que le sort ayant affublé sa maman d'une tignasse tire-bouchonnant, petit Pierre aime parfois s'y emmêler les doigts lorsque l'inclinaison des protagonistes le permet.
Or ce jour-là, temps pluvieux aidant, ce n'étaient même plus des anglaises, mais de vrais rouleaux où l'on aurait juré voir des bigoudis oubliés, tant ça tire-bouchonnait.
"On dirait deux petites jambes en ressorts", s'exclama petit Peter, inspiré probablement par une réminiscence zébulonesque. Et voilà posées les prémisses d'une histoire à la structure aussi répétitive qu'une musique de Philip Glass, et qui, non sans quelque surprise, lui arracha des éclats de rire redoublant à chaque épisode. Comme quoi, les capacités à se représenter concrètement les choses narrées sont à cet âge telles que leurs petites cervelles doivent être peuplées de joyeuses foules bien bigarrées.
Fort juste, mon fils, lui répondis-je doctement. Connais-tu d'ailleurs l'histoire de Cotillon Tire-Bouchon ? Non ?

Corps du récit : (en vous priant de l'excuser pour sa monstrueuse et torrentielle excroissance. Z'avez le droit de passer la monotonie jusqu'à la conclusion.)

Cotillon Tire-Bouchon était un petit bonhomme toujours pressé et plein d'entrain, qui se hâtait sans cesse sur les chemins. Cela lui était aisé, puisqu'à chaque pas, ses petites jambes à ressorts le faisaient rebondir gaiement : "Chtoing, Chtoing." Fort guilleret, il allait ainsi de ville en ville, par monts et par vaux.
La seule chose qui chagrinait un peu Cotillon Tire-Bouchon, c'était qu'il n'avait que deux jambes. Qu'il n'était que deux jambes. Ni corps, ni bras, ni mains. Et de tête, point non plus. Certes, pour voyager, c'était pratique : nulle perte d'énergie, un pur moyen de locomotion. Mais il ne pouvait rien voir de ce qui bordait son chemin, rien entendre. Il n'était qu'un mouvement perpétuel rebondissant, un empressement fait chair, une Rollex à pattes. Alors il se dit que tout de même, il lui faudrait un jour acquérir ce qui manquait encore à sa silhouette.

Pour remédier à ces funestes* carences, il décida donc d'acquérir ce qui lui manquait tant et se rendit au village le plus proche, où c'était jour de marché. Il s'approcha d'abord du marchand  de corps :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter un corps, s'il vous plaît.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Un tout rond ? Un bien carré ? Un long et fin ?
- Euh, je ne sais pas. Un tout rond, par exemple.

Et il s'en alla, son emplette sur ses pattes, chez le marchand de mains :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter une main, s'il vous plaît.
-Ah non, répondit celui-ci.
Un peu interloqué par ce premier refus, Cotillon se demanda bien pour quelle raison ce marchand-là ne voulait pas marcher.
Je ne les vends que par deux, et bras et mains compris. C'est un lot. Indispensable et non négociable.
- Bon, bon. Cotillon, qui n'était pas contrariant, se trouva un peu déconcerté par cette réponse abrupte superflue : il n'avait pas besoin qu'on lui pointe les "i" aussi sèchement pour obtempérer.
Radouci par une docilité si manifeste, le marchand lui demanda :
"- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Des mains de pianiste, fines et blanches, délicates et fragiles comme les ailes d'un papillon ? Des mains de charpentier, rudes et solides, habiles et rassurantes, qui savent tenir et saisir, façonner et sentir ?"
Ne le laissant pas finir son énumération, Cotillon Tire-Bouchon choisit sans hésiter les mains de charpentier, tant elles lui semblaient en harmonie avec ses pieds qui depuis toujours foulaient le sol, en sentaient la résistance, y puisaient leur énergie.

Galvanisé par cette trouvaille, il se rendit alors chez le marchand de cous :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter un cou, s'il vous plaît.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Un cou de cygne, un cou de taureau ? Un coup de Trafalgar ? Un coup de grisou ?
Un peu perplexe, Cotillon Tire-Bouchon n'osait guère poser de questions, tant il avait peur de montrer son ignorance. Un cou de cygne ou de taureau, il voyait à peu près à quoi ça pouvait ressembler, mais un coup de Trafalgar, non, vraiment. Il opta donc pour un cou de cygne, se disant que c'était certainement ce qui l'encombrerait le moins dans ses pérégrinations.

Un peu plus loin, le voilà s'adressant au marchand de têtes :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter une tête, s'il vous plaît.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Car il y en a beaucoup, vous savez. "Quot capita, tot sensus" fit-il pour impressionner le chaland et faire grimper le prix. Une tête de linotte ? Une tête de bois ? Une tête de Turc ? Une tête bien faite ? Une tête bien pleine ? Une tête brûlée ? A ces mots, Cotillon frémit et faillit s'enfuir à toutes jambes. Après tout, qu'avait-il à faire d'une tête ? Un mauvais pressentiment lui fit songer que cette innovation là ne lui apporterait que du tracas. Mais son projet était arrêté. Coûte que coûte, il complèterait son schéma corporel. Il opta donc pour une brave tête, un peu ronde elle aussi pour ne pas trop dépareiller, un peu rose, une bonne tête de moujik.

Il continua son parcours chez le marchand de bouches :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter une bouche, s'il vous plaît.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Une fine ? Une épaisse ? Une pincée ? Une bavarde ? Une muette ?"
Là, curieusement, sans hésiter, allez savoir pourquoi, il choisit la bavarde.

Poursuivant son marché, il s'arrêta chez le marchand de nez :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter un nez, s'il vous plaît.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Un nez d'aigle ? Un groin de cochon ? Un museau de musaraigne ?"
Bof. Aucun de ces modèles ne lui plaisait. Non, il en voulait un tout simple. Un peu rond, un peu rose, mais pas rouge. Et un qui ne s'enrhume pas trop, si c'était possible. Bien sûr, le marchand avait ça en stock. Il avait tout à vendre, pourvu qu'on le lui achète.

Ce fut ensuite le tour du marchand d'oreilles.
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter une oreille, s'il vous plaît.
- Ah non, répondit celui-ci." Allons bon, encore un refus ! Etait-il lui aussi un adepte du système binaire ?
"Je ne les vends que par deux. C'est plus pratique pour garder l'équilibre. Et en plus, vous pouvez savoir d'où vient ce que vous entendrez.
- Bon, bon, alors mettez m'en une paire.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Des oreilles d'âne ? Des oreilles d'éléphant ? De souris ? Des oreilles avec un joli pavillon en colimaçon ?
- Oui, voilà, c'est cela même, celles-ci, les dernières," fit Cotillon Tire-Bouchon qui ne se risqua pas à répéter cette expression amusante mais néanmoins mystérieuse.

Et Cotillon termina sa promenade par le marchand d'yeux :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter un oeil, s'il vous plaît.
- Ah non, répondit celui-ci.
Et craignant de se voir rabrouer une nouvelle fois, Cotillon Tire-Bouchon anticipa :
- Ah, vous aussi, vous ne les vendez que par deux ? Eh bien mettez m'en une paire, je vous en prie.
Heureusement surpris de n'avoir pas à insister, le marchand poursuivit son ballet bien rôdé de questions :
-Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Des yeux de chat ? Des yeux de lynx ? Des yeux de chouette ?
- Des yeux de chat, merci."

Enfin au complet de lui-même, Cotillon Tire-Bouchon s'éloigna, ses mains toutes neuves battant les airs, ses yeux tout neufs n'en finissant pas de s'émerveiller du bleu du ciel et du vert de l'herbe, ses oreilles sensitives n'en revenant pas de la beauté du chant des oiseaux. Et il se demanda comment il avait pu faire pour garder son allant pendant si longtemps, pour avoir traversé ces forêts et ces champs si souvent sans jamais rien y voir ni entendre, comme si rien n'existait d'autre qu'un espace vide à réduire, que le temps à tuer, que la distance à annuler, que le trajet à terminer, sans souvenir de par où il passait. 



 Avertissement rétrospectif au lecteur :
Et vous êtes priés de passer sur la totale incohérence de l'histoire, puisque son absence de tête et de sens ne l'empêche pas de soliloquer et de se diriger. Merci d'avance
Mais après tout, qu'en savez-vous ? Peut-être était-il équipé d'un GPS télécommandé ?
Quant à l'aspect "fable capitaliste" où l'on achète des corps comme des hôtels au Monopoly, où l'on choisit son phénotype comme dans le laboratoire d'Eugénie Génétique, euh, certes, c'est un brin gênant. Rien à dire pour ma défense. Sinon une totale absence de préméditation dans l'invention de ce truc.
C'est encore plus grave, docteur ?

(* et de 3)
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Published by Clarinesse - dans Enfantillages
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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 23:23

 

C’est une question de densité. Nous sommes des éponges.
Certains absorbent, d’autre dégorgent.
Certains ont ce besoin de toujours se trouver
de nouveaux flux où abreuver leur désert intérieur.
D’autres n’en peuvent plus, débordant d’un trop plein bouillonnant de courants et de vagues.

Certains s’agitent au beau milieu du tourbillon, là où se croisent les énergies,
en reçoivent et en donnent, traversés de mille forces,
déplaçant des montagnes, propulsant les remous.
D’autres s’échouent dans le bras mort. Hors d’haleine, hors d’élan, hors des lignes de force.
Nulle énergie ne leur parvient, nulle vigueur ne les anime.
Epuisés d’inertie, anémiés d’inaction ; abandons d'impuissance, ils attendent.

Un fragile équilibre pour chacun :
les premiers multiplient les échanges, renforcés de tout acte accompli.
Jusqu’au point de rupture, surmenés à pleurer,
éperdus dans leur for intérieur étourdi, assommés de ces bruits.
Et les autres parfois, d’un échec sur la grève, d’un regard vers le ciel,
échappant de si peu à leur funeste soif, retrouvent l’équilibre,
et, sans souffle de vent, se souviennent qu’ils ont pied à défaut d’avoir plume
acceptant de marcher quand flotter ne se peut.


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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 23:45

(Où l'on constate que l'introduction ne vise qu'à tromper la confiance de l'innocent lecteur et à perfidement l'égarer sur une piste  qui n'a rien à voir avec le sujet.)

L'athlétisme a toujours entretenu avec ma modérément bonne volonté des rapports aussi distants que circonspects. A l'âge où, comme tout le reste du bataillon, il me fallait consacrer deux heures hebdomadaires de mon précieux temps à cette infâme et suante activité qu'est le sport en salle ou en stade, je contournais les haies au lieu de les sauter, et j'attendais que les autres soient arrivés avant d'entamer le 100 m.* Se ruer en même temps que tout le monde, quelle faute de goût, tout de même ! Ce qui n'a rien à voir avec la solitude fort appréciée du coureur de fond ou du marcheur au loin que je ne boudais point.
(* On voudra bien pardonner une légère distorsion hyperbolique des faits destinée à mieux servir les besoins de la démonstration. Image même de la docilité la plus policée, jamais je n'ai fait tourner en bourrique aucun professeur, sauf en songe.)

Car l'athlétisme, comme la cuisine et un certain nombre d'activités que requiert habituellement l'exercice commun de ce qu'on a coutume d'appeler commodément "la vie", impose un certain rapport au temps, qui consiste à courir plus vite que lui, ce qui n'est pas toujours des plus plaisants.
Je préfère nettement le temps passé, qui, lui, a l'obligeance de bien vouloir ne plus bouger et se prêter à une paisible observation de ses agitations désormais révolues.
On aura ainsi déjà remarqué que je goûte fort l'Histoire et les dates dont l'humanité eut la bonne idée de parsemer son parcours pour que les générations suivantes ne perdent pas trop sa trace. Mais je trouve  toujours le moyen, pour en parler, d'observer un léger décalage afin de ne point mêler ma singulière voix au tumulte de la foule.
C'est donc toujours une fois que tout le monde a fini de causer, une fois même que tout le monde a déserté les lieux que je l'ouvre enfin. De préférence quand plus personne n'écoute, car déjà occupé à vaquer à d'autres affaires courantes.
Car rappelez-vous : après avoir évoqué le 2 décembre le 3, nous allons maintenant parler du 14 février le 15. Et même le 16, eu égard à l'heure tardive de la mise en ligne de cette page.

Juste pour rappeler que la Saint Valentin de 1349 fut aux Juifs ashkénazes de Strasbourg ce que la Saint Barthélemy de 1572 fut aux Huguenots parisiens : un sympathique massacre où furent brûlés vifs des milliers de ces empoisonneurs de puits responsables de la terrible épidémie de peste noire qui ravagea l'Europe à l'époque. Laquelle toucha la ville plusieurs semaines après la purge, preuve indéniable que les coupables avaient été judicieusement choisis et justement châtiés.
La seule différence entre ces deux massacres demeure que le second fut assez isolé dans l'histoire des protestants pour qu'il en devienne un indélébile emblème, alors que les seconds n'ont que l'embarras du choix pour célébrer ce genre de festivités :
 - entre les Croisades (point n'est besoin d'attendre la Terre Sainte pour chasser l'infidèle, puisqu'on en trouve installés au beau milieu de l'Europe rhénane et qu'il n'est pas inutile de se dégourdir l'épée en chemin.)
- les crises économiques (encore elles) où le plus sûr moyen de se débarrasser de ses dettes consiste à supprimer ses créanciers.
- les meurtres d'enfants non élucidés et forcément attribués aux tortionnaires du Christ
- et les épidémies où se mettre d'accord sur un bouc émissaire commun évitait avantageusement à la vindicte populaire de se disperser dans une pagaille des plus menaçantes pour l'ordre public.

C'est, entre autres détails pittoresques, ce qu'on pouvait apprendre dimanche dernier sur Arte, après le revisionnage d'Ivanhoé (on ne s'en lasse pas), dans une belle mise en perspective de l'histoire médiévale des habitants du "Schum", les trois grandes villes de la vallée du Rhin où prospérèrent, entre deux saignées, les communautés de Spire, Worms et Mayence.

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