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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 01:22

 

(Essai, échec, un perd et passe)

Les cloportes colportent un discours si visqueux.
(Petit regret sur le mépris induit par ces "cloportes" mais leur musique me trottait dans la tête
depuis si longtemps qu'il fallait bien les emmener prendre l'air sur la toile d'araignée.)
Il est si difficile de bien, vraiment bien parler d’amour.
Parler de l’amour, depuis l’amour, depuis un état amoureux, sans gluer de confiserie,
déjà, ce n’est pas donné.
L’Union sacrée entre cortex et cordial est d’or : pas irréelle, non, mais inespérée.
Certains ont ce don-là, sont riches de cet absolu pouvoir qu’il leur confère.
"Ce dieu-là existe, je l’ai rencontré", peuvent dire les heureux(ses) élu(e)s.

Mais parler de l’amour pour essayer de cerner la bestiole, c’est beaucoup plus ardu.
Malgré quelques molles tentatives, je n’ai pas encore réussi à sortir de ma boîte à outils quelque chose de potable sur le sujet. Commencer une phrase par « L’amour, c’est… » c’est … mal parti, d’abord.
C’est quoi donc, d’ailleurs ?
Un jardin de roses ? Deux papillons dans le ciel bleu ? Deux libellules sur un ruisseau ?
Un étalage de croissants au beurre ? Une paire de chaussures assorties ?
Un pot et son couvercle ? Une clef et sa serrure ? Une âme et sa sœur ?
Et la vôtre, elle va bien ?

« Le discours amoureux est tenu par tout le monde, soutenu par personne. »
dixit Barthes in Fragments d’un discours amoureux.
Oui,…et non. Tenu souvent, assez mal, en outre.
Mais pas assez, pourtant, et pas toujours par ceux dont on l’attendrait, en plus.
Ca fait pas intello de conter fleurette. C’est pas sérieux, ça déclenche les sarcasmes.
Car la perle est rare qui allie beau ramage et vrai visage.
Pas chimérique, non, mais rare. Si rare, si précieuse, qu’on l’imagine déjà broyée par les nuées de convoitises qui s’abattront sur elle comme la misère sur le monde.
Zeus dévoré par les bacchantes, une poudre de nacre inondant de sa pluie les mortelles enfiévrées.

C’est ainsi : d’un côté, les détails de l’affaire nous demeurent inconnus.
Et de l’autre, il faut bien essayer de se débrouiller avec la finitude de nos contingences et l’infinité des univers nés de nos caboches. C’est à cela que ça sert, les définitions. A faire un peu concorder les deux. A jointoyer les plaques telluriques de nos improbables tectoniques d'un peu de plâtre mal séché.
A colmater les brèches de nos planchers pour ne pas s’engouffrer dans de fatals précipices.

Alors en voici une, de définition.
Une toute petite, une toute bête, une toute banale. Une déjà vue, une déjà lue, parce qu’avec le nombre de cœurs ayant déjà battu, l’inédit dans le domaine, à part au rayon des prouesses de la chirurgie cardiaque, je ne vois pas trop. En tous cas, je ne sais pas faire.

Aimer, c’est … (oui, je vous avais prévenus, ça commence mal) vouloir le bonheur de l’autre même s’il ne passe pas par le sien.
Ca vous en bouche un coin, ça, hein ? Personne il avait encore jamais dit ça aussi bien !
L’exact contraire de la propriété affective, donc. Avoir des droits sur un coeur est un contresens.
L’amour ne se décrète, ni ne se réclame, ni ne s’impose, ni ne se revendique.
Il s’éprouve, dans le dénuement de son intime vérité.
Ou pas. Et si « pas », s’effacer.
Il se construit, pourtant, aussi, oui. Comme on construit un feu* dans le Grand Nord, malgré le froid mortel. Et il s’écrit, infiniment. Mais pas sur un texte de loi ou un registre.
Quand l’amour ne rame pas dans le même sens que le flot de la vie, quand il lutte contre le courant de la liberté, il doit rendre les armes **, car derrière la cuirasse, il n’y a déjà plus qu’un cadavre éperdu.

 

*Construire un feu, court récit de Jack London sur la marche solitaire d’un homme qui sait son salut ne tenir qu’à sa dernière allumette. Grandiose simplicité.

** Et désolée pour les références. En ce moment, les classiques sont estampillés à partir de quatre ans, à la maison.


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commentaires

Désirée 01/01/2009 18:26

L'amour je ne cerne approximativement ce que c'est qu'au coup par coup, si j'ose dire (oui j'ose allez) En comptant un +un. Pas plus. Je peux dire ce qu'est l'amour entre lui et moi. Pas plus. D'ailleurs chère Clarinesse serait-il vraiment raisonnable de faire de l'amour une généralité? C'est tout le sens et la raison d'être de "Inspiré de..." petit texte qui dit un amour deux. Pas plus.

Un truc plus basique me turlupine depuis deux jours, me mets même en vrac, le genre question existentielle propre à vous fiche le moral en berne (questionnement issu d'un curieux rêve). La Vie, à quoi ça sert, au fond du fond?

Clarinesse 01/01/2009 20:31



Ben d'accord ! Je ne cherche pas de généralité en la matière, et demeure comme toi, comme tous, réduite à causer du peu que je connais, de mon petit point de vue, en espérant qu'il concorde avec
quelques autres.
Et pour "la vie, à quoi ça sert ?", m'est avis qu'il faut le demander aux bactéries :
c'est elles qu'ont commencé.  



Sylvaine 31/12/2008 11:26

Il faut beaucoup…. de muscles
Ceux de la tête si complexes
Ceux de la respiration pour la dilatation et la ventilation
Ceux des testicules et du clitoris qui sont deux de chaque côté,
Ceux de la ferveur qui font différents mouvements de bas en haut en dehors, en dedans, en rond
Ceux du cœur butinateurs, vasoconstricteurs, horlogeateurs, greffons greffés,
Ceux des humeurs, épineux, châtoyeux, cahoteux et j’en passe
Je n’ai toujours pas trouvé de réponse. Merci d'y contribuer.

Clarinesse 01/01/2009 15:26


Moi non plus, n'ai point de réponse. Point du tout. Mais des morceaux de pas de réponse, ça finira bien par faire un fragment de mosaïque, sur le sol de la salle des pas perdus.


Loïs de Murphy 30/12/2008 20:32

Puisqu'on est dans la guimauve des sentiments ;o)
écoute les paroles de cette chanson de Calogero :
http://www.deezer.com/track/1093569
Elle dit à peu près la même chose.
(Et non, je n'écoute pas que du baroque et du jazz !)

Clarinesse 31/12/2008 10:45


Comment ça, on est dans la guimauve ??!! :)
Ben oui, tu m'tends une perche, alors j'la prends ! On m'a toujours expliqué qu'il n'était pas poli de laisser ceux qui vous offraient quelque chose les bras tendus dans l'attente déçue que vous
vouliez bien avoir l'obligeance de saisir ce qu'ils vous donnent.
C'est vrai que cette chanson dit la même chose. C'était pas bien original, faut dire. :)


brigitte giraud 30/12/2008 12:39

ce n'est pas dominique boudou, mais moi qui suis l'auteur du commentaire, mirage de l'informatique !
bien à toi, clarinesse.

Clarinesse 31/12/2008 10:36


Ah, ben j'me disais bien aussi que je voyais mal Dominique Boudou parler comme ça à une inconnue de ce qui "tremble amoureusement". Et en la tutoyant, en plus ;)
Ce qui ne m'aurait en rien choquée, en outre, mais ton commentaire est bien le tien, et te ressemble vraiment (autant que je puisse me permettre d'en juger, of course)
Eh oui, les mystères de la maintenance (informatique) sont impénétrables.

Bien à toi aussi, et merci de ta fidélité qui m'honore, vraiment !


dominique boudou 30/12/2008 12:37

J'irai voir ce qui se cache derière "rendre les armes" plus tard, mais je m'empresse de laisser commentaire tant ton billet me convient. La substance qu'il contient est loin des mièvreries. Tout dépend comme toujours, comme souvent, de l'énonciation qui nous hissera un peu plus haut que nous et fera toute la différence entre un discours convenu et rebattu et un autre. Je crois qu'aimer peut être laisser l'autre dans sa puissance, c'est-à-dire, lui laisser l'espace de "ce qu'il peut", (ce qui n'a rien à voir avec un pouvoir qui s'exercerait sur l'autre). Accepter sa liberté de ce qu'il peut, oui, et que la nôtre aussi le soit. Je me dis ça, écoutant, apprenant de ce qui tremble de la vie, amoureusement.

Clarinesse 31/12/2008 10:30


"Laisser l'autre dans sa puissance, lui laisser l'espace de ce qu'il peut".
Très, très belle définition. Et "écoutant, apprenant de ce qui tremble de la vie, amoureusement. " Magnifique, m e r c i !


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