
Epuisée, je suis lasse des violences.
Et puis z'ai grand besoin de silence.
Epuisette, crevette, fatiguette, lessivette.
La sauvette. Haine et cris : oubliettes.
Désolée, ça m'a échappé. Je me suis échappée.

Accompagnement pictural : John Constable.
Avertissement au lecteur : fiction.
Le premier qui me dit que les femmes
Sont peuplées de contradictions,
Ne pouvant s'empêcher de causer
Mais voulant bien aussi du répit,
Je lui rétorque... qu'il est possible qu'il n'ait point tort.
Et puis, je n'dis pas ça pour vous : just in the mood.
C'est pour entendre les échos qu'il faut faire taire
L'agitation et les tumultes ancillaires.
The fool on the hill. Seul sur sa colline.
Le soleil s'est couché sur la course-existence.
Elle n'a pas encore pu converser en silence.
Ecouter au-dedans le si doux clapotis
De ses rythmes enfouis, de ses phrases en suspens.
Laisser une seule pensée se dérouler
Sans rencontrer d'interruption ni s'y briser.
Toute entière soumise aux hurlantes urgences
Aux écumes agitées des présents trop pressants.
Quelles que soient les attaches ; quelle que soit leur chaleur,
Le regard a besoin d'échappée, de trouées de lueurs,
De saisir l'horizon, d'agrandir la prison.
Aimer la solitude : mais en bonne compagnie.
Accompagnement musical :
Côté adret : Moustaki.
http://uk.youtube.com/watch?v=QvFLBs9S8FY
Côté ubac : Barbara.
http://uk.youtube.com/watch?v=CYnr6GQZ9V8&feature=related
Georges de la Tour, Le Tricheur à
l'as de carreau.
Je n’ai jamais eu de goût pour le jeu.
Pas l'enjouement, pas la faculté de s'amuser :
le jeu fermé réglant l'affrontement de deux adversaires,
désignant perdant et vainqueur.
"Faire une partie" m'a toujours donné envie de partir.
D'abord, parce que je partage l’aversion viscérale de Desproges
pour le groupe, pour la foule, pour les stades.
Je ne me sens seule qu’au milieu d’un groupe recroquevillé
sur des codes qui m’échappent.
« Quand plusieurs personnes s’agitent dans un même but, l’intelligence est inversement proportionnelle au nombre de gens présents sur le terrain. »
« Quand je vois une foule en délire acclamer un chanteur,
ou quelqu’un qui se croit tel (Francis Lalanne en l’occurrence)
en levant les mains en chœur, je ne peux m’empêcher de penser
que des bras tendus aux poings levés criant « Heil quelqu’un », il n’y a pas loin.»
http://www.dailymotion.com/video/xqj15_desproges-interview_fun
Ensuite, parce que nul n'est besoin de jouer pour être enjoué.
On peut très bien faire jeu de tout choix, de tout acte, quel qu'il soit.
C'est le regard qu'on porte sur une tâche qui en fait une corvée ou un amusement, qui en détermine la pénibilité ou la charge ludique.
Quel rapport entre d'Aboville et Ben-Hur aux galères ?
Barboter dans un évier ou compter les pieds d'alertes alexandrins
m'amuse bien plus que de laisser verrouiller une conversation
sous les échanges codés d'obtus initiés.
J'étouffe dans les jeux aux règles closes,
fermées sur leur inanité, obtues dans leurs potentialités.
Préférer lire des livres que lire des cartes.
Fuir ceux qui expliquent comment les manipuler.
Cf le prodigieux Perceval du Kaamelott d'Alexandre Astier, ici :
http://uk.youtube.com/watch?v=yufFDqLYlRw
Les jeux, ceux du cirque et ceux d’argent,
ceux des soirées aux cartes avinées m’ont toujours fait horreur.
Trop puritaine en ce domaine pour en goûter la vacuité.
Et bien trop folle pour en souffrir les règles étriquées.
J’aime le grand délire de l’âme qui
brise ses chaînes.
L’instant qui s’engouffre, le présent qui subjugue.
Toujours ce rapport au temps qui s'interpose entre le jeu et moi.
1°) Le jeu organisé en "parties" est un gouffre à temps,
un dévorateur de durée et de pensée.
"Taper le carton pour tuer le temps".
Jamais entendu un programme plus crétin.
S’agiter dans le vide. Tuer le temps ? Quelle horreur.
Le temps meurt bien assez vite comme ça.
Jamais je n’en ai assez pour déployer tous les possibles de mes désirs.
Convoquons les grands auteurs : Michel Fugain,
http://fr.youtube.com/watch?v=uzm0MOzvhKg&eurl=http://video.google.fr/videosearch?q=je+n%27aurai+pas+le+temps&hl=fr&sitesearch
L'ennui m'est inconnu.
Quand on me maintient pieds et poings liés, je regarde et j'écoute,
je lis et j’écris si je peux, je bricole et fabrique si se peut.
Jamais compris comment on peut s'ennuyer en compagnie de soi-même.
A moins de n'avoir alors à contempler que son vide intérieur.
2°) Totalement dépourvue de cette forme d'intelligence
capable de déployer tactiques et stratégies,
planifiant le déroulement des opérations,
différant l'expression de ses émotions.
Jouer, c'est calculer, c'est manipuler, et je n'aime pas cela.
J’aime construire, j’aime frémir, j’aime lire et écrire.
J’aime danser et marcher. Non faire marcher.
Petit rappel ici, lorsque l'avenir de la planète se joue sur une partie de poker entre boursicoteurs de tout poil :
http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-15679126.html
et autocitation extraite du lien pour les pressés :
"J’ai toujours nourri une aversion profonde, viscérale, de vache des prés un peu janséniste, pour l’univers délétère des jeux d’argent où tout part en fumée : le fruit du labeur, le sens clair et
distinct du réel, la santé des poumons et des cœurs."
Le spectre du Joueur de Dostoïevski toujours présent.
Discuter, disputer, batailler, raisonner ;
Ne jamais s'absorber tout à fait au combat.
Se battre, parfois oui, à la plume, il le faut.
Mais la réduire à l’arme, c’est la laisser brisée.
C’est tuer l’âme vive : et en l’autre, et en soi.
Convaincre et vaincre : l’un est de trop.
Préserver, à l’écart, l’espace pour le chant
De la contemplation entre deux arguments.
Déployer l’air qui souffle et qui porte les ailes
Au-delà de la boue des tranchées en querelles.
Ouvrir grand la fenêtre et sortir des cohues
Retrouver l’être au monde, hors des foules exiguës.
A l’abri des grands arbres, des hauts ciels insufflant
Leur beauté, majesté oubliée, sous les coups succombant.
Argumenter sans contempler, c'est expirer sans inspirer.
La véhémence de l'idée s'étouffe d'elle-même comme un moteur
Qu’on noie sous des accélérations intempestives.
Rien ne lasse comme la répétition lancinante d’une même rengaine.
Trop d’idées tue l’idée.
Il y faut de l’art. Il y faut du beau. Il y faut du calme et du détour.
Et celui qui s’immerge en entier dans le fracas bousculé du combat des idées s’expose, démuni si sa cause est vainqueur. Que faire après ?
La guerre appelle la guerre.
Il faut bien occuper les armées oisives.
Il faut bien donner une nouvelle cause à ronger
à celui qui n’a vécu que pour défendre son idéal devenu réalité.
C’est ainsi que le boucher tue le songeur, qui parfois même vivait en lui.
L’idéaliste a un rêve, une vision vaste et pleine ;
le fanatique un horizon aussi bas que les cadavres couchés qu’il laisse sur son passage.
L’adversaire terrassé devient un hôte indésirable.
Nuire à quelqu'un, c'est héberger à jamais sous son crâne
le fantôme de sa victime.
Blesser un homme, c'est se condamner jusqu'à la mort
à vivre avec l'âme du meurtri.
Bien pire que le simple remords, c'est la promiscuité hideuse
imposée avec l'être abhorré.
C'est offrir à sa victime un immense pouvoir sur soi.
C'est lui confier les clefs de son destin.
C'est lui donner le pouvoir d'empoisonner
chaque pensée, chaque parole, chaque sensation.
C'est supporter de ne voir pour toujours le monde
qu'à travers le filtre gris du repentir,
de n'apercevoir le spectacle du réel que derrière l'image
surimprimée derrière ses pupilles, de la Faute irréparable.
C'est, meurtrier, devenir un tombeau vivant.
L'espace comme déploiement. Le temps comme contrainte.
Il suffit qu'une idée devienne projet, qu'un programme devienne obligation pour faire fuir l'élan qui la fit naître.
Comme si ancrer une esquisse à un point fixe du temps la lestait de toute la pesanteur inamovible d'un continent entier à soulever.
Ca m'apprendra à promettre des délais...
Cela fait bien deux semaines maintenant que j'annonçais ici la suite d'une petite réflexion sur la démocratie pour le lendemain.
A tout bien peser, il n'y a guère pourtant que quelques lettres
qui distinguent demain de DEux seMAINes.
Sans compter que nul ne peut savoir de quoi demain sera fait,
et qu'il est certains demains dont on aimerait qu'ils durent toujours.
Mais nulle heure propice n'a jamais suspendu son cours.
Comme l'aventurier inconscient, agrippé au planeur qui le mène au large, fasciné par les bleus infinis de ses horizons en fusion, je me laisse
porter.
La terre est loin maintenant. Ne restent que ciel et mer.
Plus le vertige est long, plus la noyade est sûre.
Le feu ou l'eau. La brûlure des ailes ou l'asphyxie des profondeurs ?
Le sel ou le poivre ?
S'arracher au spectacle de l'abîme.
S'arracher à l'étreinte du trop beau.
Ouvrir les yeux. Ouvrir ses mains. Et plonger.
Lâcher prise pour ressaisir l'insaisissable.
L'heure a passé. Trop tenir, c'est mourir.
S'arrêter, c'est sombrer, car on est seul, toujours, quand on s'arrête.
Le train des jours, jamais, ne rompt son rythme.
Il avance, écrasant sous son poids le figé, pétrifié.
Ajoutant chaque instant au fardeau une pierre nouvelle à tailler.
Marche ou crève. Se sauver ou se laisser ensevelir.
Vivre : alterner sans répit souillure et purification, en tous domaines.
Vivant : lieu d'échange permanent.
Je donne et je prends, j'emprunte et je rends.
Empreintes, légères ou grossières, sur cette terre d'emprunt.
Epure. "Eppur si muove ".
Et pourtant, se mouvoir, il le faut.
Et pourtant je ne m'y soustrais pas,
à cette plongée quotidienne dans l'antre de la misère humaine,
dans l'enfer où s'enferrent les sauvageons.
Le prof n'est guère qu'un mineur de fond.
Il ressort noir du poison qui ronge les coeurs
en ces contrées décomposées, décivilisées.
Ne pas se leurrer :
la société des hommes meurt de cet abandon
où ne survit que celui qui sait cogner, qui sait souiller.
Le sait-on bien, là où l'on lit, où l'on écrit,
combien l'insulte y est le seul, y est l'unique langage connu ?
Sait-on bien les ravages profonds qu'elle brandit comme une victoire ?
Sait-on que l'obscurantisme le plus médiéval
gagne chaque jour sur les Lumières ?
Que les mères sont niquées à chaque minute en mille bouches,
Que les ta race sont maudites chaque seconde,
Que chaque mot de plus de trois syllabes est jeté aux orties
comme une écharpe de grande folle par une horde de néo-nazis ?
A-t-on mesuré l'étendue de cette marée noire, de ces cerveaux mazoutés ?
A-t-on pesé la violence inouïe dont s'enivrent les meutes (l'émeute) ?
A-t-on saisi le prix payé par les missionnés de l'Etat Minor
sur le front de ces ténèbres ensanglantées,
pour cacher aux beaux quartiers
la guerre qui gronde à ses portes ?
Comment après avoir subi tant de chaos, rentrer serein en son foyer ?
Le corps se lave dans l'eau,
L'esprit s'épure en mots.
Ecrire est mon salut, mon radeau sur cet océan de fiel,
mon flambeau dans cette nuit sans fin.
Sans le couteau du verbe écrit, du mot choisi, les saletés de la vie
restent collées à mon angoisse comme des moules à leur rocher.
Il me faut me baigner toute entière dans les flots du poète
pour ôter à ma peau ces relents d'insultes trop poisseuses,
où croupissent en eaux troubles tant de jeunes en friche,
tant d'esprits en jachère.
Ecrire et lire, l'eau claire du mot incandescent qui jaillit
sans scories de qui sait regarder et dire ce qu'il a vu.
Un évier comme lave-vaisselle (on l'saura)
Un clavier
comme lave séquelles.
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