Lundi 19 mai 2008
Ou les vertus et les limites du dialogue argumenté.

Face au déferlement de commentaires pour le moins contestables (même si tout commentaire ne se doit pas d'opiner du bonnet) sur le dernier article politique de ces lieux, se pose une question déontologique.
Que faire face à des thèses qui apparaissent, au fur et à mesure qu'elles se dévoilent, de plus en plus périlleuses ?

Plusieurs options possibles :

1)  Le silence, lequel consiste :
- soit à effacer le commentaire, ce que je ne me permets pas de faire, la moindre des choses étant d'accorder à autrui la liberté d'opinion qu'on revendique pour soi-même.
- soit à ne pas répondre, ce dont je me sens parfaitement incapable. (Les élèves le savent d'ailleurs fort bien et en profitent, puisque je ne laisse jamais une question posée sans réponse, même si je viens de décider le contraire deux minutes plus tôt. La machine à expliquer en moi est plus forte, toujours, que la machine à discipliner. Il faut que je change de métier. )

2)  L'anathème, l'excommunication, la mise à l'index, etc... Ce serait parfois tentant si d'autres n'en abusaient pas de façon inconsidérée, vidant toute dénomination insultante de son contenu conceptuel. Garder toujours en mémoire les slogans galvaudés du type "CRS-SS" que je trouve abominablement insultants pour les véritables victimes des véritables SS. Sans compter que la répartie crétine des cours de récréation fonctionne ici : "C'est celui qui l'dit qui l'est". Oui, traiter de fasciste tout contradicteur transforme de fait le discours de l'imprécateur en accusation totalitaire.

3) Reste le dialogue, dont le choix initial s'impose à tous ceux qui ont lu ne serait-ce qu'une parole de Socrate.

I°/ Vertus.

a) Rien de tel que la nécessité de répondre à un contradicteur pour approfondir sa propre pensée.
Sans parler des plumes alliées offrant leur éclairage nouveau à une idée qu'elles revivifient de leur propre alchimie du verbe.

b) Rien de tel non plus que de faire parler ("nous en avons les moyens" sur ces blogs bénits des bavards) son adversaire pour en sonder les coeurs et les reins et le pousser dans ses retranchements.
Quelle meilleure chance de démontrer l'invalidité d'une thèse que de l'amener à en déployer les moindres zones d'ombre dans la lumière publique des forums de discussion ?
Sans même avoir besoin de préméditer quelque piège que ce soit, il apparaît évident que laisser parler l'adversaire permet, s'il s'avère effectivement  
qu'il a tort, de récupérer toute l'énergie des arguments contrés pour alimenter son propre discours, selon le principe bien connu des arts martiaux.

II°/ Limites.

 a) Le pouvoir d'action du logos est limité, les occasions de se heurter à de sombres impasses ne manquent pas.
Ventre affamé n'a pas d'oreilles. Coeur passionné non plus.
On ne compte plus les dialogues de sourds dus, non à l'audition défaillante de l'un des protagonistes, mais à l'épais mur séparant des systèmes de pensée par trop étrangers l'un à l'autre. Ou bien encore à la différence de niveau à laquelle on se place : se croiser sans se rencontrer semble souvent le mode de fonctionnement habituel de la communication humaine, exceptés quelques rares états de grâce accédant à une communion de perceptions et d'être au monde.

b) A supposer même que l'enchaînement des arguments fonctionne sur le plan rationnel comme il se doit, rarissimes sont les cas de persuasion avérés. Là encore, il est tentant d'invoquer un lexique religieux : la conversion, si rare, et pas toujours souhaitable d'ailleurs, de l'un à l'autre. Atteindre l'intellect est une chose. Toucher la personne dans son entièreté en est une autre.

III°/ Echappées.

"Si vous vous taisez, les pierres crieront.
a) Version hard : Discussion ou lapidation ?
b) Version soft : Orphée donnant de l'âme aux roches par ses charmes incantatoires.

Quand l’argument rationnel échoue lamentablement comme un beau vaisseau sur un écueil funeste, quand le logos devient impuissant, deux solutions :

a) Par le bas, la violence :
Comme issue au constat d'échec du logos :
- contre soi sous forme de suffocation d’impuissance, d'étouffement sous la pensanteur de l'aporie. Ou pire.
- contre l'autre qu’on voudrait dissoudre dans sa colère, par les cris ou les coups.

b) Par le haut, la poésie :
La poièsis, la création d'un univers de visionnaire là où l'on n'a pu amener l'autre à partager son point de vue.
Où la démonstration échoue, reste la métaphore et la contemplation de l’être.
La pacification du conflit par le redéploiement du verbe hors des tranchées parfois boueuses du combat d'idées, dans les vallons aux courbes adoucies et les ciels étirant leurs infinis horizons de l'Etre. Détourner son regard de l'autre pour le plonger dans la beauté du monde. Harmonia mundi.

« La métaphore seule peut donner une sorte d’éternité au style.» dixit Proust.

Et pour cause, puisqu'elle seule permet d'ancrer son discours à l'univers, le concret à l'abstrait, la Poésie à la Création.

Au commencement était le Verbe.

par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique communauté : La commune des philosophes
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Lundi 21 avril 2008
Gracq ou Duras ?
Petit écho en réponse aux commentaires durassiens de Richard Andrieux sur l'article gracquien qui précède.

Rappel :
" - Un jour, Marguerite Duras a déclaré :
« Savoir écrire, c’est assez simple ; il faut aimer le whisky, et savoir rayer »
Et c'est ainsi qu’elle vécu, entre... litres et ratures.

- Ca tombe mal. Je n'aime pas l'alcool (pour ma conso personnelle. Aucune velléité prohibitionniste, rassurons-nous.). J'ai toujours pensé que mes neurones avaient la capacité de s'imbiber tout seuls comme des grands, sans l'aide d'aucune chimie psychotropique du cancer.
Qu'importe la boisson, pourvu qu'on ait l'ivresse. 
On peut très bien avoir l'air complètement pompette à côté d'une tasse de thé.
Pour les ratures, fort juste. Et ce cher traitement de texte permet de le maltraiter, justement, sans laisser de traces. Un vrai rêve de tortionnaire.
- Et que faites-vous alors de votre pudeur........vous la noyez dans votre thé????
- Comment ça, ma pudeur ??!! Mais je la noie où je veux !
Dans l'encre le plus souvent.
Et il arrive même parfois que je ne me souvienne plus où je l'ai cachée,
 tant j'ai à coeur qu'on ne la voie pas. Par pudeur, bien sûr.
- Si Duras n'a jamais pu écrire que dans l'ivresse, c'est pour dépasser cette non acceptation d'elle même, de ses maux et de ses mots.
le prix de l'honnêteté peut être lourd, très lourd...
- Certes oui, l'honnêteté, ça peut être lourd à porter, mais est-on pour autant obligé de se shooter pour prouver qu'on est honnête ? "
Ce débat méritant discussion, passons au salon,
si vous voulez bien me suivre, après ces préambules de vestibule.
Sortons la question du sous-sol des commentaires pour lui offrir de siéger sur un article plus moelleux. Ah, les commodités de la conversation..."

D'abord, l'honnêteté trop fort claironnée ressemble un peu à une pose idéologique qui peut agacer.
Rappelons l'irritation de Desproges face à Duras :
"Hiroshima, mon amour ! Pourquoi pas Auschwitz mon loulou ?"
Il n'a pas tort.
Ensuite, je ne pense pas que Duras buvait pour maintenir à flot son écriture et son honnêteté. Elle buvait pour porter une enfance désastreuse, ravagée par ce barrage sans cesse rompu par le Pacifique, sans cesse brisant les forces de sa mère. Pour survivre malgré les horreurs de la guerre et des totalitarismes, malgré la misère de la colonisation.
Incapable, jusqu'à la fin, de supporter le spectacle insoutenable des malheurs du monde au journal télévisé.
Loin de moi l'idée de la juger sur ce qu'elle choisit d'absorber ou pas, soyons clairs.
Chacun est libre, fondamentalent, foncièrement, viscéralement, d'utiliser tous les moyens qu'il veut pour extraire de son for intérieur les potentialités de son génie et de son bonheur, à l'unique et exclusive condition de ne pas nuire à autrui.
Par contre, me sentir obligée d'adopter des poses d'artiste pour me sentir ou me faire accepter comme telle, non merci. J'ai assez fréquenté les cercles intellos et estudiantins parisiens pour avoir senti le poids de ces diktats snobinards et mondains.

Et puis, entre l'ordre et la grâce du souffle, je refuse de choisir.
Entre l'apollinien et le dionysiaque, nul n'est besoin de tuer l'un pour faire vivre l'autre.
Comme celui du poète maudit, le mythe de l'artiste brouillonnant dans son antre a la vie dure.
A peine peut-on prétendre au rang convoité des inspirés si l'on n'en a pas les défauts : désordre congénital, humeurs virulentes, dépendances enfumées et imbibées.
Cette panoplie est un uniforme comme d'autres, dans lequel je refuse de me laisser embrigader.
Non, non, on peut bien à la fois faire régner sur les choses un ordre méticuleux de maniaque, sur son personnage social un flegme de buveur de thé, et laisser au-dedans le tumulte bruyant des idées se débattre. 
Spirituel sans spiritueux.
Après m'être contrainte pendant des années à accepter les coupes de champagne qu'on me tendait pour ne pas voir la moue consternée d'incompréhension qui se dessinait dès que j'esquissais un mouvement de refus, je considère aujourd'hui que je suis assez grande pour décider que mon estomac n'a pas à absorber ce que lui imposent les rites sociaux non validés par mes papilles.
De même qu'il y a une sorte de coquetterie du littéraire à avouer une aversion viscérale pour les mathématiques auxquelles il est de bon goût de professer son allergie, de même doit-on absolument s'épanouir dans le bazar et l'alcool.
Et non, je me suis toujours beaucoup amusée à traduire des problèmes en équations et à les résoudre, à calculer le jeu des vecteurs forces combinant leur mécanique.
Je considère une flânerie en forêt bien plus libératrice des forces vives de la création que la bouffée d'une cigarette ou une gorgée alcoolisée.
Tous les poètes ne sont pas des buveurs de whisky.
Tous les savants ne sont pas des Professeur Tournesol.
La mise en ordre avant la mise en mots. 
La mise en boîte avant la mise en grâce.
Le classement des choses comme propédeutique à la classification des idées.

La même face d'une médaille peut avoir plusieurs piles.
Réciproque du théorème, énoncée par Hemingway 
dans
Pour qui sonne le glas ?:

"Ce n'est pas parce qu'on est manchot qu'on est la Vénus de Milo."
Ce n'est pas parce qu'on boit de l'absinthe qu'on est Verlaine.
(Plus fade que sa boisson, soit dit en passant.)
Ce n'est pas parce qu'on ne s'enivre pas de chimie
qu'on ne s'enivre pas de mots.
par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique
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Samedi 15 mars 2008
Un bagage culturel trop bien garni, c'est parfois lourd à porter. 
Des références intellectuelles se peuvent faire aussi envahissantes dans un texte que des étiquettes de voyages sur une valise : 
on finit par n'en plus voir la couleur d'origine.
Pour garder à sa veine tout son flot créateur, délions les mots :
- de leurs affinités éculées : c'est là qu'un peu de pensée aide.
- du poids des concepts et des discours trop didactiques : 
c'est là que trop d'étude pèse.

Je préfère les bouquets de fleurs sauvages aux fleurs de serres trop bien cirées.

Mais ne crachons pas sur l'Alma Mater. 
Eriger l'ignorance en vertu n'est qu'un des combles du snobisme.
Simplement, il faut avoir osé se salir les mains à la glaise de la vie, 
tremper le feu de son savoir dans l'eau glacée des luttes de survie,
pour endurcir l'acier de sa plume servant dehors.
Car de trop blanches mains ne font souvent qu'un blanc-manger un peu douceâtre.
 
(Petit hommage en réponse à Lephauste : 

"Dans un joug aussi on peut dans le secret de l'esprit tailler des pointes de flèches et les endurcir au feu de la révolte et de l'amour. Qui sont à quelques lettres près le même et unique sentiment, le sentiment de vivre en homme."


et Jonavin.)
par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique
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Vendredi 29 février 2008
Sans le verbe, l'âme au désert se condamne au silence radio.
Les mots rendent sensibles les longueurs d'ondes où soufflent les âmes.
Mais chaque esprit a sa propre fréquence.
Tant qu'on ne l'a pas trouvée, on n'entend qu'un inintelligible grésillement.

par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique
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Jeudi 28 février 2008
C'est incroyable comme le discours officiel est difficile à déstabiliser 
quand il s'asseoit dans un lourd fauteuil de cuir.
Ce n'est pas que le siège fasse la classe, on n'est pas dans le train.
Mais il semblerait que les trônes bien rembourrés n'amortissent pas que le postérieur : les sons aussi n'arrivent plus aux oreilles du trop bien assis que feutrés, distants et déformés.
Plus le coussin est mou, plus l'oreille est dure.
Cuir sous les fesses, bois sur la langue et dur de la feuille.
Soit que le visiteur se laisse impressionner par tant de froide onctuosité, comme l'aliéné épuisé qui s'arrêterait de crier dans une chambre capitonnée.
Soit que, malgré la résistante argumentation du visiteur,
 tout corps assis sur son despotisme 
se voie aussitôt affligé d'une surdité aiguë. 
L'abus de pouvoir est dangereux pour l'audition.
par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique communauté : Biffures chroniques
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Dimanche 24 février 2008
Figure de style fait oeuvre utile.
C'est bien vain d'espérer qu'une idée ne survive 
Si les mots qui la servent ne font que marcher
Bien alignés, bien sagement allant au pas.
Si l'on veut la graver dans le marbre des lois,
Et la semer dans la terre meuble des esprits,
Il faut danser avec les mots sur leur naissance,
Il faut offrir à la parole la danse du sens.
La ligne droite s'oublie, s'annule sitôt franchie.
Tout se résume au chronomètre de l'efficace.
Mais du chemin ne reste plus aucune trace.
La course au sens se résume à l'instant du trajet.
Proférée, aussitôt elle meurt dans l'oubli, dans l'ennui.
Les circonvolutions, virtuoses sinuosités, 
Badinage artistique, impressionnent le regard
Et célèbrent le beau pour honorer le vrai.

Comme en dessin, tout est affaire de trait.
Slogan n'est pas coutume : "Abstraction, trahison. 
Non aux déKantations. Oui à l'incantation."
J'ai longtemps cru 
que tout bon philosophe se devait d'effacer,
comme traces d'un crime, 
toutes les circonstances entourant la naissance 
de l'idée, pour la garder, pure et intacte, 
dans les limbes de l'universel abstrait.
Mais que peut la sécheresse du squelette obtenu, 
trop sec même pour que le formol veuille de lui ?
Désincarner les mots, c'est les tuer, pauvres bêtes !
Leur ôter la chair, leur couper leurs racines, quelle barbarie !
L'aridité du discours transforme le penseur en marcheur au désert.
Comment croire un instant que l'indigent précipité qui subsiste
Puisse encore abreuver le lecteur à la source,
Si son auteur y a tari le souffle vif sitôt puisé ?


Que l'on me pardonne de redécouvrir le fil à couper le beurre, 
mais c'est l'enfance de l'art. Ca semble aller de soi ? 
Simple considération posthume 
devant les cadavres des carnets adolescents qui gisent, 
inertes dans leurs concepts en cendres, fossiles séchés, 
réduits en poudre comme un herbier mal conservé.
"Pulvis es, et in pulvis reverteris, dit l'image à l'idée.
Iconoclaste, tu as cru te passer de mes services ?
Bien mal t'en a pris, pauvre chose décharnée.
Plus jamais ne danseras sur les vagues aiguës de la langue."

Et voilà comment je redescendis, à cheval sur mes principes,
de la montagne du philosophe et des sommets arides du pur concept,
vers les verdoyantes prairies des belles vertes, euh, des belles lettres.

par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique communauté : Biffures chroniques
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Lundi 18 février 2008
Les plus anciens documents écrits de l'humanité découverts à ce jour sont, si je ne m'abuse, des inventaires de commerçants ou d'administrateurs. 
Puis il fallut inventer le style pour introduire la présence du sujet parmi ces objets graphiques. Et le secrétaire devint auteur. 
J'aime ce rôle premier de l'écriture, qui sauve de l'oubli la liste de ce qui existe, marchandises ou idées, bien matériels ou richesses de l'esprit.
L'écriture est depuis toujours structurée par ces deux pôles : l'inventaire et la communication. La conservation et l'action.
J'avoue avoir longtemps préféré le premier, et je ne conçois le lien noué avec le lecteur que nourri de cet entrepôt intime sans lequel il n'est que vain bavardage.
A la question traditionnelle "Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ? ", que Bobin et Gracq me le pardonnent, ce n'est pas un de leurs chefs d'oeuvre que je choisirais. C'est un dictionnaire. Le Robert et ses citations pour chaque mot. Celui des noms propres si je ne peux avoir les deux. J'aime cette liberté offerte de flâner dans les allées du savoir, de butiner les fleurs des mots et de les féconder  de relations incongrues ou évidentes. Quadrillage limpide et subtil.


Rien de tel que chercher un corps perdu pour en trouver un autre.
Rien de tel que manipuler l'ordre des choses pour les ressusciter.
Objet perdu inventorié est à moitié retrouvé. 
Administration du souvenir.
C'est quand on perd qu'on nomme souvent.
La grandeur du langage, celui qui ne peut se remplacer par le doigt qui  montre, c'est dire l'absence. C'est dans ce gouffre sans fond que se déploie la gloire de la métaphysique et des romans d'amour courtois.
Ce n'est guère à la femme qui vaque dans la pièce voisine qu'on écrit des poèmes, mais à la dame isolée dans sa tour d'ivoire et sa contrée lointaine.
Et le ciel vide est si vaste qu'il est le lieu rêvé pour accueillir tous les concepts en mal de Terre.



par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique communauté : Biffures chroniques
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Vendredi 15 février 2008
Il paraît que le sens peut danser sur les mots,
Et les faire rendre l'âme au son des grandes eaux,
Qui résonnent au rythme des lignes de chant.
En virtuose des langues, l'écrivain sème au vent.

par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique
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Mardi 5 février 2008
Entre deux mots, il faut choisir le moindre.
Se nourrir de vocables allégés en dérivation. Préférer les radicaux libres.
Un taux excessif de suffixes ou préfixes dans le corps de la phrase nuit à la bonne circulation du sens.

Quand le nom dérive du verbe, mieux vaut user du verbe. 
Quand le substantif prime et que le verbe en descend, usons du nom.
Quand l'adjectif est premier, laissons-le passer.

Allier la fluidité du verbe à la densité minérale des noms galets où coule la rivière en phrases.
Que l'eau ricoche et ondule, et prête ses reflets à la pierre lisse et dure.
par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique
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Mardi 29 janvier 2008

A-t-on jamais trouvé jouet plus fabuleux que le langage ?
Seul jeu laissé à la portée des damnés d’Auschwitz et d'ailleurs. 
Combien les mots en ont-ils sauvés de l’abandon et de la folie, griffonnés à la sauvette sur des brisures de papier écorché ?
Langage. L’homme sans la bête.
Intégralement gratuit si l’on oublie ce qu’il a coûté de jubilatoires efforts pour l’acquérir.
Merveilleusement léger. Sans poids et sans volume. 
Voyageur sans bagages mais si riche.
Absolument infini dans les multiples combinaisons qu’il offre aux mots de se féconder entre eux. Nul jeu de Mécano, nul Kamasutra n’offre autant de possibilités.

« En desserrant de son mieux les règles mécaniques d’assemblage des mots, en les libérant des attractions banales de la logique et de l’habitude, en les laissant « tomber » dans un vide intérieur à la manière de ces pluies d’atomes crochus qu’imaginait Lucrèce, en mettant son orgueil dans une surnaturelle neutralité, [l’écrivain] observera et suivra aveuglément entre eux de secrètes attractions magnétiques, il laissera « les mots faire l’amour » et un monde insolite finalement se recomposer à travers eux en liberté. »
   Julien Gracq, André Breton, quelques aspects de l’écrivain.


Respecter le langage exige de l’écrivain ce que le musicien obtient de son instrument, le peintre de ses couleurs, ce que le psychologue s’impose avec son patient.
Il faut le faire clamer son si beau sens, le malmener assez pour le pousser dans ses retranchements et en faire surgir la résonance juste, mais ne jamais le disloquer.
Le faire sonner pour que le sens jaillisse vif de ses entrailles, mais non le briser.
Il faut lui permettre de déployer ses plumes, non lui tordre les ailes.
Malaxer sa chair de mots, mais ne pas rompre les os de ses phrases.
L’opulence du vocabulaire reste lettre morte, enfermée dans les moisissures d’un coffre-fort verrouillé au fond d’une cave, sans la force d’une belle et saine grammaire pour la porter.
Faire fuser les verrous des (mal-)façons de parler, mais ne pas pulvériser les joyaux de son âme.

Version bavarde du roseau pensant de Pascal : le roseau parlant.
Maîtriser le langage, 
c'est maîtriser ce qu'on connaît et qu'on ignore du monde.
Dire un échec, c'est le transformer en demi-victoire.
Comme un enfant qui chante dans les ténèbres pour conjurer sa terreur.

par Clarinesse publié dans : Stylismes: Petit art poétique communauté : Biffures chroniques
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