Je me permets d'exhumer des strates géologiques déjà enfouies sous la jeune chronologie de ce blog, un vieil article rédigé dans des ciconstances peu réjouissantes il y a quatre ans maintenant, presque jour pour jour.
Comme l'actualité ramène ce sujet sur le devant de la scène et donne une chance à ce propos d'être un peu mieux entendu et un peu plus utile peut-être, le revoici donc sous vos yeux indulgents.
Que ceux qui l'auraient déjà lu me pardonnent cette entorse à l'éthique élémentaire du blogueur consciencieux.
Une fois n'est pas coutume.
2°) Echo montant de la vallée de larmes vers les hauteurs de l'hémicycle.
Par souci d'épargner la démocratie déjà bien assez éprouvée, je conserve d'ordinaire quelque réticence à joindre ma voix aux concerts d'injures qui fustigent la classe politique dans son ensemble, même si je ne me prive guère en privé d'agonir de critiques acerbes ceux qui me semblent détenir la palme peu académique de la pensée la plus indigente ou de l'honnêteté la moins scrupuleuse. Mais l'inertie des députés qui les fait tant tarder à légaliser l'euthanasie me submerge d'une sombre colère, quand il ne leur faut que quelques jours pour se voter l'augmentation d'une rente à vie. En condamnant à perpétuité ceux qui subissent les pires tortures, enfermés dans la geôle qu'est devenu leur corps martyrisé, en leur refusant la belle de mort, les députés ou certains médecins se comportent, et cela sans hyperbole aucune, comme des tortionnaires, d'autant plus lâches qu'ils se dédouanent de toute culpabilité en arguant du fait qu'ils ne sont en aucun cas responsables des souffrances subies, puisque la maladie s'en charge à leur place.
Un peu d'empathie devrait être exigée avant d'accéder à tout poste de décision, mais cette inestimable qualité semble décidément trop souvent incompatible avec l'ambition dont il faut faire preuve pour devenir un chef.
Revoici donc ces quelques réflexions sur l'euthanasie :
Nul n’a le droit de disposer d’autrui sous prétexte de science.
Nul n’a le droit d’imposer sa volonté à un homme vivant et lucide comme à un morceau de viande.
Nul n’a le droit d’attacher un homme libre, innocent, coupable seulement d’être malade.
Quand un homme vous supplie du regard de le détacher et de le laisser partir dans l’au-delà, c’est de la lâcheté de rester sourd à ce cri muet.
Ce n’est pas une idée. C’est un être humain. C’est la puissante et impuissante histoire d’un homme contre la théorie et la toute puissance de la technique.
C’est le combat d’un humaniste contre un humanitarisme aveugle et sourd.
Mais notre siècle bardé de science, armé de technique, engoncé d’idéologie ne sait que soulager la
souffrance physique.
Il refuse la souffrance morale. Il ignore la volonté de l’individu. Il est si facile de clouer la bouche de celui qui hurle sa douleur et sa volonté de partir avec des pansements ou un masque à
oxygène. On peut crever d’humiliation, quand on se voit réduit à la merci de soins compétents mais qui par leur seule existence bafouent pudeur et dignité et rappellent à quel point on n’a pas
plus de pouvoir qu’un nouveau-né, en prison dans son corps.
La pitié est une vertu. Mais la pitié devient cruauté quand elle n’est pas respect de la dignité. La technique doit servir
l’homme, et non pas l’homme malade servir de démonstration à l’efficacité de la technique.
« Voyez, cet homme n’est pas mort dans mon service. Je l’ai réanimé. Mes statistiques sont sauves. »
Cela ressemble trop, bonnes intentions mises à part, à ces séances de torture où l’on réanime le supplicié pour prolonger son calvaire. Nul n’a le droit d’imposer à qui que ce soit un
supplice digne des geôles des pires dictateurs. Et qu’importe si le bourreau est ici la maladie et non un gardien de prison.
Le devoir du médecin est de soulager quand il ne peut guérir. Pas de prolonger le martyre.
Ce n’est sinon qu’une barbarie bienveillante.
Mort et vieillesse sont tabous pour ce siècle à l’âme de fer, au point de ne plus même oser en prononcer les noms, comme s’il s’agissait d’obscénités. Il est vrai que « décès et 3e âge »
sont tellement plus humains ! Ils disent seulement la lâche peur de ne pas oublier que la vie du corps n’est pas l’éternelle jeunesse des magazines.
Voir à ce sujet le film insoutenable, bien que très sobre, de Dalton Trumbo,
Johnny s'en va-t-en guerre (Johnny got his gun), qu'il a tourné en 1971, à partir de son propre livre, publié en 1939.
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