Enfantillages

Samedi 31 octobre 2009




L’autre jour, la grand-maman de Pierre posa sur la table un magnifique pain en forme de fleur (plus beau que celui de la photo), dont chacun des six pétales était parsemé de graines diverses : pavot, lin, tournesol, sésame,… L’ensemble abominablement doré, encore un peu chaud. Diabolique, en somme. Afin de masquer la bassesse de mes appétits terrestres déjà salivants sous un alibi pseudo-esthétique et de faire honneur à la maîtresse de maison, je m’écriai : « Mais c’est de l’art ! »
Le petit quinquennal (j’en profite, parce que c’est pas tous les ans qu’il aura l’âge d’un plan stalinien), sans avoir vu l’objet de mon ravissement mais ayant repéré qu’il reposait sur la table, me demande de l’air mi-curieux, mi-méfiant dont il s’enquiert de la comestibilité d’un plat qu’il ne se rappelle pas avoir goûté :

« Est-ce que j’aime l’art ?

- Oui, mon chéri, tu l’aimes*…
Mais d’habitude, c’est par tes yeux et tes oreilles qu’il t’arrive, pas dans ton assiette.
Sinon, ça s’écrit pas pareil et ça fait grossir.
»

*Nous nous engageâmes ensuite dans un vaste chantier de définition afin de lui faire saisir que tout ce qui se nomme ainsi n'en est pas nécessairement, et qu'il ne suffit pas de mettre une jolie étiquette sur un gros ratage (car nous restons polis) pour en faire de l'art. Où il finit par être question de Baudrillard.


En quoi nous l'exhortâmes, autant que de lui suggérer d'exercer son esprit critique qui néanmoins me semble déjà souvent fort judicieux (c'est-à-dire à l'image de sa formation), à s'en remettre au discernement de ses parents.

Par Clarinesse
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Mercredi 30 septembre 2009
A l’an où nulle petite souris n’avait encore traversé le jardin d’Eden pour ramasser une dent de lait, le Verbe avait passé son commencement depuis longtemps, et la lecture n’était déjà plus que balade pour l’enfançon quinquennal.

L'heure est historique. Au sens proprement épistémologique du terme : on sort de la préhistoire avec l'entrée dans l'écriture.
Car voici la toute première phrase écrite, vraiment rédigée, de sa propre initiative, par monsieur petit Pierre.



C'est-à-lire :
« Cherre Papa-Maman, je voudrais Eve, parse ce  … »
(la suite de l’explication fut orale) « … parce que celles que vous me fabriquez en ballons, elles se dégonflent toutes. »

Vous remarquerez que si la graphie demeure encore bien malhabile et les accords approximatifs, au moins l’orthographe est-elle à peu près correcte phonétiquement, ce qui n’est déjà pas si mal.
Inutile de dire combien émus nous fûmes, lorsqu’au petit matin, la phrase inaugurale de sa carrière de scripteur apparut à nos yeux attendris.
Passons sur le fait que le premier texte dont il se fit l’auteur est une requête commerciale :
elle vous a comme un petit air de demande en mariage.

Imaginez qu’Adam ait disposé d’un parchemin, ce naïf benêt dont on ne sait même pas s’il savait parler, grandi qu’il était comme Tarzan au milieu des bêtes et des fleurs.
Peut-être aurait-il envoyé au bon Père son Créateur semblable épître par messager ailé interposé. J’imagine bien l’ancêtre de Gabriel, ange de son état, au garde à vous devant la porte en nuages, attendant la réponse du Saint Ciel qui arriva aussi vite qu’une escalope aux heures de pointe dans une brasserie de centre ville.
« Donne-moi ta côte, j’te donnerai l’Eve. »



Mais peut-être vous dois-je une explication, et quelques étincelles pour éclairer votre lanterne clignotante ?

Il se trouve qu’après avoir nourri une passion absolue pour les nombreuses petites voitures et autres camions du film Cars (fort savoureux, même quand on a plus de quatre ans et aucun goût particulier pour les voitures, car truffé d’allusions et de clins d’œil tellement fins et denses qu’on en découvre à chaque vision), Peter Little (qui écrit maintenant son nom « Pitere » pour faire style « j’cause angliche ») est devenu un inconditionnel de Wall-E. Une parfois belle histoire d’amour vaguement écolo et pas trop mal vue, avec des robots chargés de déblayer la Terre envahie de détritus, désertée par la vie et les hommes à quelques siècles d’ici. Les passages sur le vaisseau spatial ne séduisent que les amateurs de science fiction et sont bien trop agités à mon goût suranné, mais le début de l’histoire situé sur notre pauvre Terre bien brinquebalante possède quelque charme.

Wall-E, le petit robot éboueur-compacteur récupère tous les vestiges cabossés et rouillés dont l’aspect le séduit, et se repasse en boucle une antique comédie musicale miraculée, avant de tomber amoureux de ladite Eve, robot de dernière génération doté d’une certaine grâce qui débarque en mission d’une navette d’exploration.
C’est très choupinet, et la première demi-heure est d’une irrésistible poésie.
(Dommage que la musique collée sur cet extrait ne lui corresponde pas :
dans le film, il s’agit de la version de La Vie en rose par Armstrong.)

Pierre est tombé en extase devant le titre principal de la bande son,




qu’il se repasse en boucle lui aussi, dansant avec les grains de poussière agités par le soleil, tout en jouant avec son petit robot en plastoc sur la moquette bleue de son petit domaine. En guise de compagne à son cube articulé, il eut d’abord droit à plusieurs versions en ballons décorés au feutre de ladite Eve, mais ils ne cessaient de se dégonfler.
D’où la requête qu’il inscrivit sur le tableau noir de sa chambre, et compléta de vive voix.

NB : Le morceau « Put on your Sunday clothes » est extrait d’ Hello Dolly, une comédie musicale sortie à Broadway (évidemment) en 1964, composée par Louis Armstrong. La version ici audible et reprise dans le dessin animé est celle du film réalisé en 1969 par Gene Kelly avec Barbara Streisand.
Par Clarinesse
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Vendredi 25 septembre 2009

Cet été, il fit chaud.
Je me mis donc fort logiquement en quête d’un éventail. En vain.
En vain car notre époque peu avare en paradoxes construit des climatiseurs aussi lourds que gros que moches que polluants, se pâme devant les pièges du marketing simili-écolo, mais est infichue de remettre à la mode cet objet aussi léger qu’esthétique, et aussi peu encombrant une fois plié qu’un stylo dans un sac à main.
Je finis tout de même par en dénicher un en bambou sur un marché cévenol, entre six pots de miel et trois douzaines de pêches. 2 €, toile comprise.
Bon, fort bien, mais c’est pas tout ça, le plus dur reste à faire : oser se promener avec un pareil accessoire sans donner l’impression de se prendre pour Karlotta Lagerfeld. Bon sang, mais suis-je donc la seule dinde à me rappeler que la façon la plus simple de se rafraîchir quand on n’a pas un ruisseau ou un océan sous la main consiste à remuer de l’air sans agiter les bras comme un sémaphore, et, version 2.0, à remuer de l’air devant son visage préalablement aspergé d’eau (ou, pour les civilisés adeptes du packaging lourd, délicatement passé au brumisateur.) Ben oui, il semble que personne ne s’en souvienne. Mais qu’est-ce que c’est que ces amnésiques ! Z’avez jamais vu un film avec des crinolines, ou quoi ? Quand je vous dis que le bon peuple est nul en histoire ! Même pas fichu de se souvenir de comment on fait du frais sans électricité !
Je finis par prendre mon courage à deux mains et mon éventail à trois doigts (un devant, deux derrière – sans « s » à « derrière », merci), et le sortir le plus discrètement possible, non sans m’être assurée que le manque absolu de grâce du reste de mon attitude apportait sans ambiguïté possible au passant la preuve qu’il ne s’agissait pas d’un cas de snobisme aigu aggravé de morgue, mais d’un simple sens pratique humblement assumé.
Sans compter que ledit éventail peut aussi servir de pare-soleil : il suffit pour cela de le faire pivoter selon un axe vertical jusqu’à l’horizontale (soit de lui faire opérer une rotation de centre « votre front » et d’angle 90°, suivant l'axe plus ou moins approximatif de votre nez). Sachant que l’opération est aussi rapide et indolore que la démonstration est lourde, il serait dommage de s’en priver. C’est beaucoup plus classe qu’une visière de golfeur.
Je fais ma maligne, mais je n’ai dû le sortir que deux fois devant témoins.
Néanmoins, Pierre petit le vit suffisamment pour être habitué à la morphologie de cet organe supplémentaire.
Quelques semaines se passent, et on lui offre un petit avion en toile. Un tout rouge, tout beau.
Et là, sourire radieux et cri du cœur :
« Oh ! Un éventail ! Merci !  Il est magnifique ! »

Cet enfant est délicieux ! Vous alliez le dire ? Non ? Tant pis !
Précisons qu'il en goûta les plaisirs, puisque les soirs de grande chaleur,
il eut l'occasion d'être brumisé puis éventé avec ravissement.

Ce qui ne l’empêcha pas de redoubler d’enthousiasme lorsqu’il comprit comment on s’en servait et de courir en tous sens sur l’étendue d’herbe pour rattraper son bolide à vent.
Avouez que la ressemblance est trompeuse, et que cela me donna sur le champ envie de lui chiper son avion pour m'aérer sans éveiller de soupçons aristocratophobes.











Par Clarinesse
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Jeudi 18 juin 2009



Ayant découvert il y a peu, dans les albums des Patapluches hérités des premières lectures de sa môman, les jurons « Sac à papier » et « Nom d’une pipe en bois », qui l’ont fait rire à se rouler par terre, Pierre ne cesse désormais d’inventer de nouvelles expressions pittoresques.
Nom d’un pneu crevé ! Nom d’un bulldozer en panne !
J’avoue un petit faible pour le dernier né de sa caboche bavarde :
Nom d’une boule de cristal en carton !
Quelle concision dans la dénonciation des faux prophètes et autres experts ès pseudosciences, tout de même ! Quel sens de la formule ! Tu seras un poète, mon fils !

 

Par Clarinesse
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Dimanche 10 mai 2009





Moi j’dis, y a pas mieux comme méthode pour apprendre à lire que d’avoir à déchiffrer des mots d’amour.
Et puis, des lettres en petits carrés à assembler une à une, ça fait lego, c’est drôlement moins intimidant que d’affronter d’effrayants grimoires et leurs pages déjà noircies d’une infinité de signes cabalistiques, et se noyer, piétiné par la danse hypnotique de leurs lignes sinueuses et sournoises.
C’est donc après avoir lu, syllabe après syllabe, ce message qui s’écrivait sous ses yeux, que Pierre petit s’allongea à côté, rompu de tant d’efforts, pour faire un câlin à ce petit mot, doux comme son mouton de coton.


                                           &&&

Lui transmettre au moins ça : la puissance des mots, leur respiration, leur douceur. La possibilité de se blottir contre eux, de se laisser bercer par le chaud clapotis de leur écume chantante.

Câliner les mots qui viennent de vous caresser.
Et puis s’abandonner, emporté par la houle, le poitrail irradié frémissant sous les vagues.

 

Par Clarinesse
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Lundi 20 avril 2009

 

Vous m’excuserez de troubler votre digne repos par une si piètre requête.
Mais il en va du confort de vos yeux et de la quiétude de vos migraines.

Voilà, pour des raisons qui m’échappent encore, (car les voies de l’informatique sont aussi impénétrables à mes neurones malencontreusement rétifs au binaire que celles de la Providence au troupeau des fidèles) : la taille de caractères des textes publiés sur cette respectable plateforme blogophore demeure, à la lecture, rédhibitoirement sourde à toute tentative de modifier les paramètres d’affichage : seuls les commentaires s’amusent à dévaler ou gravir allègrement l’échelle des zooms, depuis Lilliput jusqu’à Brobdingnag en passant par Gulliver. Mais les textes demeurent aussi imperturbables que le marbre dans lequel ils ne seront jamais gravés.
Et comme la taille d’iceux dépend de la résolution de l’écran sur lequel ils font leur apparition, ils sont, sur certains, fort obligeamment lisibles, mais sur d’autres un peu exigus.
Aussi me suis-je risquée, dans le dernier texte, à augmenter la taille des caractères : mais celle-ci me semble un peu excessive. Alors j’ai besoin de vos avis.
Vous importunerait-il par trop la fibre indépendante et littéraire de vous plier à un modeste sondage ?

Pour « Non, non, ne changez rien, en 12 points, ça me convient : tapez « 12 » dans la petite fenêtre à commentaires, oui voilà, celle-là. »
Pour « Oui, comme vous le proposez si gentiment, vous seriez bien aimable de causer un peu plus haut et d’écrire un peu plus gros car ma vue baisse et mon ouïe se durcit (comme ça) tapez « 14 » (oui, toujours dans la petite fenêtre) »


Mârci bôcoup.
Le vote est gratuit et rémunéré d’avance par la production du fiston qui suit. (Oui, en plus, elle monnaie les trouvailles de son héritier afin de faire tourner sa boutique. Honte à ceux qui exploitent le travail des enfants.)

Il va de soi que Pierre unique a un registre de langage fort châtié, et qu’il s’écrie après avoir englouti trois gâteaux et son chocolat, la moustache lactée ourlant délicatement le fin duvet de sa lèvre aussi tendre que mutine : « Mmh , c’est succulent ! »
Bien que je n’eusse pas poussé le vice jusqu’à lui enseigner le substantif, il eut lui-même l’intuition de le dériver, et entre deux gorgées, s’écria ce matin, l’œil lumineux et le sourire triomphant du savant inspiré : « La succulence d’un plat, c’est quand c’est tellement bon qu’on le lance dans sa bouche ! Car dans "succu-lance", il y a "lance". »

C’est chouette, quand même, le conditionnement ! Aussi bien pour les petits pois qui, sans leurs boîtes adaptées, s’éparpilleraient joyeusement sous les pas négligents des passants, que pour les petits z’hommes qui peuvent ainsi acquérir le merveilleux réflexe de la construction linguistique avant l’âge du cours élémentaire. Pauvre de lui !

Par Clarinesse
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Mardi 14 avril 2009

Crédit photo : Sof17

Comme tout petit n’enfant qui a la chance de pousser dans un décor bucolique au moins dominical, Pierre petit adore cueillir des fleurs.
Au tout début, après les avoir occises au ras de la corolle, il les gardait jalousement dans sa menotte fermée, et il en ressortait quelques instants plus tard une purée de pétales modérément esthétique dégageant, mêlés à la moiteur de sa paume et à la poussière du chemin, une odeur qui ne ressemblait que de fort loin au fumet délicat des alambics parfumeurs de Grasse.
Puis les tiges s’allongèrent. Elles devinrent présentables, et furent offertes en bonne et due forme à sa maman ou à toute autre présence féminine dans les parages.
(Cet enfant a un sens de la galanterie mystérieusement inné. Il n’avait pas encore deux ans qu’il essaya de séduire la maman inconnue d’une condisciple dans un square en lui faisant présent d’une somptueuse feuille morte desséchée à souhait.)
Mais contempler la production florale d’une belle étendue verdoyante désastreusement moissonnée m’a toujours procuré un léger pincement au cœur.
Bien sûr, j’avais, comme il se doit, soin de toujours remercier chaleureusement le fruit de mes tripailles de ces offrandes rituelles, mais lorsque cette habitude se mua en extermination systématique à échelle industrielle des primevères et autres violettes sylvestres, je ne pus m’empêcher de lui réitérer, mêlée à l’expression de ma gratitude, l’assurance que je préférais de loin laisser après notre passage le tendre tapis vert parsemé de taches vives et claires, que de ne plus tenir à la fin de la promenade que le cadavre déjà pourrissant d’une malheureuse anémone des bois assoiffée.
Il fallut que les fleurettes champêtres passassent encore une saison en enfer avant que le message n’arrivât à bon port, sur le bateau ivre de joie de sa ferveur filiale.
Mais ô félicité suprême ! Dès les premiers rayons de ce printemps, la mission était accomplie, et le témoin passait du sacrifice floral au rituel verbal.
L’humanité mit des millénaires à transformer les sacrifices humains de ses religions implacables en liturgie symbolique. Il suffit de quelques ans au petit Pierre (sur le dos duquel nulle église n’est encore bâtie) pour épargner à tant d’innocents pédoncules ces barbares arrachages sanguinolents de sève : une Révolution s’était accomplie.
Il était passé du don au dire, du cadeau à la parole. Et il avait compris que rien ne faisait plus plaisir au spécimen de dame qui lui sert de maman qu’une belle parole. Bien plus que l’objet qu’elle remplace.
Je lui avais en effet suggéré, pour ne pas briser l’élan de sa générosité, ni froisser la fragile éclosion de sa tendresse, de simplement me montrer quelles fleurs il souhaitait m’offrir, lui affirmant que ce geste dédicatoire seul suffisait à mon bonheur. Parce que « c’est l’intention qui compte » et que je saurais ainsi, en voyant ces fleurs poursuivant paisiblement dans l’herbe leur brève vie de fleurs, qu’il m’en avait fait don, et que cela valait reconnaissance.
Et de le voir, enthousiaste et triomphant à chaque essaim de fleurettes rencontré, les désigner d’un ample et caressant mouvement de la main accompagné de l’auguste formule : « Maman, ces fleurs-là, je te les offre, et puis celles-là aussi ! » avec la fierté solennelle et sautillante d’un universel propriétaire terrien faisant visiter son domaine à son invitée, et ben vous savez quoi ? Ca m’émeuhhh !
Heureusement que l’analogie bovine s’arrête là. S’agirait pas que cette empathie fusionnelle avec la nature ne pousse sa génitrice, telle une génisse en appétit, à brouter ces fleurs dont le salut fut conquis de si haute lutte.
Ainsi êtes-vous prévenus : toute sauvagine des prés croisée dans la région m’appartient désormais symboliquement. Mais rassurez-vous. Je ne réclame pas de péage à qui passe devant, ni de pourcentage à qui les regarde avec un peu trop d’insistance.

Ou comment enseigner à sa progéniture la toute puissance du verbe créateur et protecteur de vie, capable de donner sans rien prendre, et d’offrir sans rien coûter.

Ainsi naquit le onzième commandement :
A Pâques, point de pâquerette ne guillotineras, et les douceurs par la parole prodigueras.

Par Clarinesse
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Vendredi 27 février 2009
Prologue :
L'autre soir, comme tout soir, je me penchais sur la baignoire où barbotait Pierre le petit.
Et s'y penchaient aussi deux anglaises, surplombant les continents de mousse à la dérive sur l'océan de la bassine bleue. Deux anglaises, certes, mais nous n'étions pas quatre pour autant, dans cette salle de bain.
Seulement, il se trouve que le sort ayant affublé sa maman d'une tignasse tire-bouchonnant, petit Pierre aime parfois s'y emmêler les doigts lorsque l'inclinaison des protagonistes le permet.
Or ce jour-là, temps pluvieux aidant, ce n'étaient même plus des anglaises, mais de vrais rouleaux où l'on aurait juré voir des bigoudis oubliés, tant ça tire-bouchonnait.
"On dirait deux petites jambes en ressorts", s'exclama petit Peter, inspiré probablement par une réminiscence zébulonesque. Et voilà posées les prémisses d'une histoire à la structure aussi répétitive qu'une musique de Philip Glass, et qui, non sans quelque surprise, lui arracha des éclats de rire redoublant à chaque épisode. Comme quoi, les capacités à se représenter concrètement les choses narrées sont à cet âge telles que leurs petites cervelles doivent être peuplées de joyeuses foules bien bigarrées.
Fort juste, mon fils, lui répondis-je doctement. Connais-tu d'ailleurs l'histoire de Cotillon Tire-Bouchon ? Non ?

Corps du récit : (en vous priant de l'excuser pour sa monstrueuse et torrentielle excroissance. Z'avez le droit de passer la monotonie jusqu'à la conclusion.)

Cotillon Tire-Bouchon était un petit bonhomme toujours pressé et plein d'entrain, qui se hâtait sans cesse sur les chemins. Cela lui était aisé, puisqu'à chaque pas, ses petites jambes à ressorts le faisaient rebondir gaiement : "Chtoing, Chtoing." Fort guilleret, il allait ainsi de ville en ville, par monts et par vaux.
La seule chose qui chagrinait un peu Cotillon Tire-Bouchon, c'était qu'il n'avait que deux jambes. Qu'il n'était que deux jambes. Ni corps, ni bras, ni mains. Et de tête, point non plus. Certes, pour voyager, c'était pratique : nulle perte d'énergie, un pur moyen de locomotion. Mais il ne pouvait rien voir de ce qui bordait son chemin, rien entendre. Il n'était qu'un mouvement perpétuel rebondissant, un empressement fait chair, une Rollex à pattes. Alors il se dit que tout de même, il lui faudrait un jour acquérir ce qui manquait encore à sa silhouette.

Pour remédier à ces funestes* carences, il décida donc d'acquérir ce qui lui manquait tant et se rendit au village le plus proche, où c'était jour de marché. Il s'approcha d'abord du marchand  de corps :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter un corps, s'il vous plaît.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Un tout rond ? Un bien carré ? Un long et fin ?
- Euh, je ne sais pas. Un tout rond, par exemple.

Et il s'en alla, son emplette sur ses pattes, chez le marchand de mains :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter une main, s'il vous plaît.
-Ah non, répondit celui-ci.
Un peu interloqué par ce premier refus, Cotillon se demanda bien pour quelle raison ce marchand-là ne voulait pas marcher.
Je ne les vends que par deux, et bras et mains compris. C'est un lot. Indispensable et non négociable.
- Bon, bon. Cotillon, qui n'était pas contrariant, se trouva un peu déconcerté par cette réponse abrupte superflue : il n'avait pas besoin qu'on lui pointe les "i" aussi sèchement pour obtempérer.
Radouci par une docilité si manifeste, le marchand lui demanda :
"- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Des mains de pianiste, fines et blanches, délicates et fragiles comme les ailes d'un papillon ? Des mains de charpentier, rudes et solides, habiles et rassurantes, qui savent tenir et saisir, façonner et sentir ?"
Ne le laissant pas finir son énumération, Cotillon Tire-Bouchon choisit sans hésiter les mains de charpentier, tant elles lui semblaient en harmonie avec ses pieds qui depuis toujours foulaient le sol, en sentaient la résistance, y puisaient leur énergie.

Galvanisé par cette trouvaille, il se rendit alors chez le marchand de cous :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter un cou, s'il vous plaît.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Un cou de cygne, un cou de taureau ? Un coup de Trafalgar ? Un coup de grisou ?
Un peu perplexe, Cotillon Tire-Bouchon n'osait guère poser de questions, tant il avait peur de montrer son ignorance. Un cou de cygne ou de taureau, il voyait à peu près à quoi ça pouvait ressembler, mais un coup de Trafalgar, non, vraiment. Il opta donc pour un cou de cygne, se disant que c'était certainement ce qui l'encombrerait le moins dans ses pérégrinations.

Un peu plus loin, le voilà s'adressant au marchand de têtes :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter une tête, s'il vous plaît.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Car il y en a beaucoup, vous savez. "Quot capita, tot sensus" fit-il pour impressionner le chaland et faire grimper le prix. Une tête de linotte ? Une tête de bois ? Une tête de Turc ? Une tête bien faite ? Une tête bien pleine ? Une tête brûlée ? A ces mots, Cotillon frémit et faillit s'enfuir à toutes jambes. Après tout, qu'avait-il à faire d'une tête ? Un mauvais pressentiment lui fit songer que cette innovation là ne lui apporterait que du tracas. Mais son projet était arrêté. Coûte que coûte, il complèterait son schéma corporel. Il opta donc pour une brave tête, un peu ronde elle aussi pour ne pas trop dépareiller, un peu rose, une bonne tête de moujik.

Il continua son parcours chez le marchand de bouches :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter une bouche, s'il vous plaît.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Une fine ? Une épaisse ? Une pincée ? Une bavarde ? Une muette ?"
Là, curieusement, sans hésiter, allez savoir pourquoi, il choisit la bavarde.

Poursuivant son marché, il s'arrêta chez le marchand de nez :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter un nez, s'il vous plaît.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Un nez d'aigle ? Un groin de cochon ? Un museau de musaraigne ?"
Bof. Aucun de ces modèles ne lui plaisait. Non, il en voulait un tout simple. Un peu rond, un peu rose, mais pas rouge. Et un qui ne s'enrhume pas trop, si c'était possible. Bien sûr, le marchand avait ça en stock. Il avait tout à vendre, pourvu qu'on le lui achète.

Ce fut ensuite le tour du marchand d'oreilles.
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter une oreille, s'il vous plaît.
- Ah non, répondit celui-ci." Allons bon, encore un refus ! Etait-il lui aussi un adepte du système binaire ?
"Je ne les vends que par deux. C'est plus pratique pour garder l'équilibre. Et en plus, vous pouvez savoir d'où vient ce que vous entendrez.
- Bon, bon, alors mettez m'en une paire.
- Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Des oreilles d'âne ? Des oreilles d'éléphant ? De souris ? Des oreilles avec un joli pavillon en colimaçon ?
- Oui, voilà, c'est cela même, celles-ci, les dernières," fit Cotillon Tire-Bouchon qui ne se risqua pas à répéter cette expression amusante mais néanmoins mystérieuse.

Et Cotillon termina sa promenade par le marchand d'yeux :
"Bonjour, monsieur le marchand, je voudrais acheter un oeil, s'il vous plaît.
- Ah non, répondit celui-ci.
Et craignant de se voir rabrouer une nouvelle fois, Cotillon Tire-Bouchon anticipa :
- Ah, vous aussi, vous ne les vendez que par deux ? Eh bien mettez m'en une paire, je vous en prie.
Heureusement surpris de n'avoir pas à insister, le marchand poursuivit son ballet bien rôdé de questions :
-Fort bien, mais quel modèle désirez-vous ? Des yeux de chat ? Des yeux de lynx ? Des yeux de chouette ?
- Des yeux de chat, merci."

Enfin au complet de lui-même, Cotillon Tire-Bouchon s'éloigna, ses mains toutes neuves battant les airs, ses yeux tout neufs n'en finissant pas de s'émerveiller du bleu du ciel et du vert de l'herbe, ses oreilles sensitives n'en revenant pas de la beauté du chant des oiseaux. Et il se demanda comment il avait pu faire pour garder son allant pendant si longtemps, pour avoir traversé ces forêts et ces champs si souvent sans jamais rien y voir ni entendre, comme si rien n'existait d'autre qu'un espace vide à réduire, que le temps à tuer, que la distance à annuler, que le trajet à terminer, sans souvenir de par où il passait. 



 Avertissement rétrospectif au lecteur :
Et vous êtes priés de passer sur la totale incohérence de l'histoire, puisque son absence de tête et de sens ne l'empêche pas de soliloquer et de se diriger. Merci d'avance
Mais après tout, qu'en savez-vous ? Peut-être était-il équipé d'un GPS télécommandé ?
Quant à l'aspect "fable capitaliste" où l'on achète des corps comme des hôtels au Monopoly, où l'on choisit son phénotype comme dans le laboratoire d'Eugénie Génétique, euh, certes, c'est un brin gênant. Rien à dire pour ma défense. Sinon une totale absence de préméditation dans l'invention de ce truc.
C'est encore plus grave, docteur ?

(* et de 3)
Par Clarinesse
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Jeudi 25 décembre 2008


(NB - titre : latin d’arrière cuisine garanti sans Gaffiot. Avis aux correcteurs…)


Les chats s'amusent et le fils vous apporte une bûche pour que s'embrasent vos foyers (leurs cheminées, seulement, hein, suis pas pyromane...)

Recevant la moissonneuse batteuse qui hante ses rêves et ponctue ses discours quotidiens depuis des mois, petit Peter s’écrie :
 « Je suis si heureux que je pleure de joie. Mais mes larmes sont tellement petites qu’on ne les voit pas. »
Eh oui, ayant entendu dans Le Petit chaperon rouge que la maman pleurait de joie en retrouvant ses descendante et ascendante dans les entrailles de la bête, et ayant aperçu une fois ou l’autre semblable manifestation chez la sienne, d’ascendante directe, Pierre Lapin exprime désormais souvent ainsi le summum de son bonheur et de ses espérances : « Si vous me donnez ce (cochez la case) [ ballon, chocolat, camion, déguisement,… ], je serai teeellement heureux que je pleuuurerai de joie. » Déjà expert en hyperboles, le bonhomme. On fait plus terrible, comme chantage, non ?
Rassurons-nous pourtant, les larmes ne coulent chez lui, comme chez tous les petits n’enfants, que lors des menus ou gros bobos du corps ou du cœur.
Néanmoins, même si je le laisse dire en souriant, j’ai tout de même tenté de lui expliquer que seuls les adultes pouvaient pleurer de joie, ce qui d’ailleurs me plongea dans une certaine perplexité.
C’est vrai, ça, à partir de quel âge est-on capable de pleurer de joie ?
Je n’arrive pas à me rappeler cette première fois-là, me concernant.
Je suppose qu’il faut pour cela s’être déjà mangé un nombre certain de baffes dans la figure, avoir déjà vu plus souvent qu’à son tour son lot de bonheur s’évanouir sous son nez, pour que chaque plaisir un peu intense vous remue les tripes jusqu’à faire déborder le fin fond de tristesse intrinsèque qui y demeure. Une joie pour mille regrets. « Ne me secouez pas, je suis rempli de larmes. » (Henri Calet ; si juste bien que si usée)

Mais nul doute que le nombre d’années auquel on acquiert cette capacité doit être bien plus précoce chez tous ceux qui ont eu le malheur de naître au milieu du chaos ou du dénuement.
Non, décidément, les
Jouailleux Nouillels ont du mal à passer. Trop d’absents.

Par Clarinesse
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Dimanche 7 décembre 2008


Que ne faut-il faire pour élever un enfant !
Ainsi de cruelles lacunes sont-elles apparues dans l’éducation de Pierre le petit, quatre ans depuis cinq mois, lors d’une de ces animations dont certains magasins de jouets régalent leurs jeunes clients et assomment leurs parents.
Il s’agissait d’un petit spectacle interactif à base de ballons gonflables qui, selon les besoins de l’histoire, se faisaient animaux ou déguisements. Toujours enthousiaste, Pierre se porte volontaire pour incarner un chevalier, face à une jolie princesse qui avait à peu près deux fois sa taille et son âge, mais rien n’effraie les braves. Dans la scène, le chevalier la délivre du vilain dragon, grâce à son épée en ballon. Jusque là, pas de problème. Taper sur un dragon, en ballon lui aussi, Pierre sait faire. Fastoche. C’est après que ça se corse. Car une fois la princesse délivrée, il faut lui faire la conversation. Il faut l’entretenir. Et ça se lasse vite, une princesse. Ca a des attentes, des exigences. Ca veut des billets doux, de ferventes déclarations à genoux, de la belle amour, du roman courtois. Tout le monde sait ça.
Sauf Pierre. Que fait sa malice ?! L’animatrice a beau se faire narratrice, décrire avec force redondances la situation au public, souffler à demi-mot leurs répliques aux acteurs néophytes, comptant sur leur connaissance de la scène archi-stéréotypée. Rien. Silence radio du côté de Pierre qui se demande, interloqué, ce qu’on peut bien avoir à dire à une princesse affublée de deux ailes roses de papillon, alors qu’on a soi-même un magnifique casque de chevalier sur la tête, et qu’un casque de chevalier, c’est fait pour se battre, pas pour faire causette autour d’une crinoline, nom d’une carabine à bouchon !
Alors, dans un sursaut désespéré d’inspiration, il improvisa brillamment une réplique historique qui déclencha l’hilarité générale dans le petit public parental débonnaire :
 « Eh ben moi, z’ai un gros camion et plein de belles voitures et même qu’elles roulent drôlement vite. » C’est sûr, quand on s’attend à :
« Ze suis le prince de vos rêves, vous z’êtes la reine de mon coeur, épousez-moi ! »,
ça surprend. Un franc succès, donc.
Et le sentiment de gloire qui se saisit de Pierrot le Bref à l’issue de l’ovation finale lui donna assez d’entrain pour étriper tous les dragons que nous pûmes rencontrer sur le chemin du retour.
Cependant, il apparut crucial de remédier à cette béance de sa précoce culture, et il fut sur le champ décidé qu’il était urgent de lui montrer ce chef d’œuvre canonique du discours galant qu’est La Belle au Bois dormant, afin qu’il sache comment Mars doit causer à Vénus s’il veut avoir une chance de réduire la distance intersidérale qui les sépare. Après la période "pompiers", il nage donc maintenant en pleine chevalerie, pourfendant tous les démons de la maison à grands coups d'épée de bois et chantonnant :
« Mooon amouuur, ze t’ai vu au beauuu milieuuu d’un rêve.... »

Pitié, cessez cette torture, j’avoue tout : où sont cachés les cadeaux, si le père Noël est une ordure. Tout. Je ne veux pas mourir noyée dans le sirop. C’est vraiment trop injuste !
Car le petit bonhomme s’est pris d’une passion envahissante pour l’opus en question, redemandant à le voir jusqu’à connaître par coeur arias et dialogues, comme il le fait pour tous les classiques qu’il a eu l’occasion de découvrir. Fort bien pour la chanson de la pluie de Bambi,
les arpèges des Aristochats la ballade de Robin des Bois ou la copine de Mowgli avec sa cruche à la rivière
(Mais pourquoi faut-il donc que les seules versions que l’on en trouve soient chantées par des ados qui rajoutent à une mélodie qui n’en avait pas besoin des intonations dégoulinantes de Star’Ac),
tous petits airs croquignolets à souhait, mais cette scie-rupeuse, là, non, vraiment, c’est inhumain.

Et à force de contempler la nunucherie impressionnante des mines confites de la Belle, une voix finit par me susurrer à l’oreille : mais au fait, quel était donc le troisième don que s’apprêtait à faire la bonne fée Pimprenelle lorsque l’infâme sorcière Maléfice lança son funeste sort :
« Avant son seizième anniversaire, elle se piquera le doigt à une quenouille et mourra. » ?
Car rappelez-vous. La première fée fait don à la princesse de la beauté, la seconde d’une voix d’ange, mais la troisième se trouve dans l’obligation de conjurer la malédiction et transforme la mort de la belle en un long sommeil dont le baiser du Prince charmant la réveillerait. Ainsi doit-elle renoncer à son présent initial. Et le spectacle vraiment cucul de la mijaurée laisse planer un doute.
Le troisième don n’eût-il point été, par hasard, celui d’une certaine vivacité d’esprit ? D’une once de jugeote ? Quel dommage ! Voyez vous-même

A noter toutefois que, dans le conte de Grimm, les bonnes fées n’étaient pas trois mais douze, et ce n’est que la treizième, absente de la liste des invitées pour cause d’assiettes en or en nombre insuffisant et probablement pour d’obscures raisons céniques, qui dirigea son dépit contre l’innocente enfant. Onze bonnes fées avaient donc eu le temps de se pencher sur le berceau de Dornröschen (« Epine de rose » en VO) et de lui distribuer avec prodigalité bien des vertus.
Mais la malheureuse Sleeping Beauty de Disney ne fut guère gâtée, il faut l’avouer.


PS : Et comme vous avez été sages, je vous infligerai la liste des noms authentiques des héroïnes de Grimm. Le premier qui dit que le teuton donne envie d’éternuer a le droit de sortir.
En ces temps de rhume épidémique, c’est plus prudent.
Avant toute chose, signalons à ceux qui ne se sont jamais aventurés à causer à la mode d’Outre-Rhin que le suffixe « –chen » est un diminutif souvent affectueux, comme dans « Mädchen », petite fille.
Donc, la Belle au bois dormant, c’est Dornröschen, petite épine de rose, ce qui, avouons-le, est plus poétique qu’aiguille de quenouille dans le registre piquant.
Pour Blanche Neige, on se contente de traduire bêtement, comme le fait l’anglais Snow White, ce qui nous donne Schneewitchen.
Même littérarité pour le Petit Chaperon Rouge : Rotkäpchen.
Mais ma préférée, c’est Cendrillon : Aschenputtel, (de Aschen, les cendres, et putzen, épousseter, nettoyer.) A vos souhaits ! Laquelle en anglais donna Cindirella, dont je rappelle parfois à quelques élèves judicieusement prénommées que Cindy en est le diminutif, ce qui les laisse modérément réjouies, selon le degré d’humour dont elles sont dotées.

Et je vous conseille de réviser, car il y aura interro au prochain billet.

Par Clarinesse
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