Lundi 30 juin 2008

 Départ, dégâts, tôt.

Je ne sais pas. Je tourne en rond. Je me demande.
Je vais devoir prendre congé un certain temps.
Certains claquent la porte théâtralement.
D'autres âmes s'en vont sur la pointe des pieds.
Je vais tâcher de retrouver un souffle entier
De réapprendre à lire hors de la sarabande.
Trop de tumulte, trop de tensions, trop de tourmentes.

Il me suffit pourtant de me fixer un choix
Pour qu'aussitôt l'envie de son contraire larmoie.
Alors peut-être passerai-je encore un peu
Dans vos pénates pendant ces deux mois silencieux.

Mais je vais m'éloigner, me désintoxiquer,
De cette toile qui me hante et qui dévore
Plus que raison : dompter la peur et le remords
Quitter la course et retrouver dans le profond
De solitude et de quiétude l'oeuvre sans fond.
Je ne vous oublie pas. Mais je me sens si vide.
Je n'ai plus rien à vous offrir de bien valide.
Il me faut repartir et puiser de l'air pur
Hors les murs. Petite cure de liberté.
Je veux pourtant les remercier, vos bienveillances
Qui ont illuminé de leurs correspondances
La flamme vacillante qui parfois s'affermit
Mais parfois sous le moindre silence s'asphyxie.

Sans le verbe épuré, l'alchimie du cerveau
Trop désert se condamne au silence radio.
Seul le mot rend sensible longueurs d'ondes
Et couleurs où palpite l'âme vagabonde.

Chaque esprit a sa propre fréquence.
Tant qu'elle n'est pas trouvée : discordance.
Inintelligible, inintelligent : un grésillement.
Il me faut retourner aux entrailles du monde
Pour entendre à nouveau la voix de fond qui gronde.





par Clarinesse publié dans : Epistolaire
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Mardi 20 mai 2008
Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime bien cette date.
Le vingt mai, ça sonne clair, ça sonne simple.
Version gastronomie : vins, mets, ça vous met en appétit.
Version discussion : vains mais, ça vous dissuade de trop causer.
Et puis, j'ai beau n'avoir aucune affection pour la course du temps
qui m'insupporte tout à fait lorsqu'il clôt un jour trop vite
et m'indiffère absolument lorsqu'il clôt une année,
j'aime bien ces paroles que j'aurais presque envie de vous chanter :

"Que l'année entière
Vous soit douce et légère
Et que l'an fini
nous soyons tous réunis."

Même si je trouve consternant ce besoin
de faire pétarader des explosifs sous prétexte
qu'on change d'année sur le calendrier
ou de faire marcher le commerce de façon inconsidérée sur commande
sous prétexte qu'on vieillit et qu'on tourne une année de sa vie,
voilà, je profite de l'occasion pour vous dire que z'aime beaucoup
mes z'amis de la blogosphère.




par Clarinesse publié dans : Epistolaire
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Jeudi 1 mai 2008
Message du pilote :
En raison de quelques turbulences rencontrées par le vaisseau volant du Wind Auge,
nous vous prions de bien vouloir excuser le retard de parution de la suite de la Question infligée à la démocratie.
Nous espérons que les passagers voudront bien pardonner ce délai et nous engageons à les dédommager en espèces sonnantes et non trébuchantes dès la remise en état de l'appareil.
                 Merci de votre compréhension.
                                            L'irresponsable.

par Clarinesse publié dans : Epistolaire
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Samedi 19 avril 2008



De retour : du vent plein les yeux, du sable plein les poches.
Cette impression de se trouver sur le bord de la Terre.
Comme si la planète, débarrassée de son atmosphère,
laissait sentir le souffle de sa course à travers l'infini du cosmos.

Quelques morceaux rapportés de l'autre côté du monde :
http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/album-1131718.html
par Clarinesse publié dans : Epistolaire
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Vendredi 11 avril 2008
Attention, chute de niveau littéraire vertigineuse.
Âmes sensibles et sujettes au vertige s'abstenir.


Ah ben ça alors !
Vous n'pouvez pas savoir comme ça fait plaisir de lire tous ces jolis messages
qui m'attendent après un silence d'une semaine.
Après trois mois d'intense activité blogosphérique, me voilà contrainte et forcée
de me désintoxiquer pour cause de séjour au fin fond de la cambrousse bretonne
où les mouettes semblent communiquer avec plus d'aisance que les cyber-humains.
Mais contre toute attente, le beau ciel animé de reliefs aussi inspirés que
ceux de ses rochers de granit rend presque indolore le phénomène de manque.
Incroyable.
Alors que je me précipitais de plus en plus vite sur mon écran
à chaque fois que je le pouvais sans même parfois prendre le temps
de m'acquitter de mes devoirs les plus élémentaires, voilà que j'arrive à respirer
à pleins poumons sans me connecter plus d'une demi-journée d'affilée.
Etonnant, non ?

J'espère que vous me pardonnerez de ne pas répondre à chacun de vos messages
tout de suite, car mon temps de visite est limité.
Courte sortie dans un cyber-café avant de replonger pendant une semaine dans les landes
hantées de korrigans.

A mon retour, promis-juré,
1°) des réponses à la pelle
2°) quelques petits articles en cours de travaux,
(car je n'ai tout de même pas poussé le vice jusqu'à ne pas emporter mon portable)
peut-être même de nouvelles histoires de fées et de dragons.
3°) et des petits tours et grands détours par vos blogs aux rayons desquels il fait si bon se réchauffer.

Je n'ajouterai qu'un mot qui saute au fond de ma cage thoracique depuis
plus d'une demi-heure, résonnant plus fort dans le silence du lieu
où seul murmure le clapotis des tapotis de clavier
qu'un Te Deum tonitruant dans une cathédrale :

MERCI !!!
Moi qui croyais que tout le monde m'aurait oubliée au bout de trois jours.
Vous ai-je dit merci ?






par Clarinesse publié dans : Epistolaire
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Vendredi 14 mars 2008

C'est après avoir lu les réponses apportées par Loïs de Murphy sur ses Biffures chroniques que l'envie me prit d'en donner ma version, non sans avoir eu besoin de presque une journée pour m'affranchir de l'impertinente pertinence de ses esquives.

L'ÉTRANGE (*) QUESTIONNAIRE d'Eric Poindron, que l'on peut trouver ici :
http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/
(*) Bizarre, extraordinaire, singulier, surprenant. Le Robert

1 – Écrivez la première phrase d’un roman, un nouvelle, ou d’un livre étrange à venir.

La nuit ne mourait pas encore mais le jour s’apprêtait à naître.

2 – Sans regarder votre montre, quelle heure est-il ?

Euh, pas besoin de montre, l’écran le dit : il est dix huit heures tout rond.

3 – Regardez votre montre, quelle heure est-il ?

Dix huit heures une.

4 – Comment expliquez-vous cette – ou ces – différences du temps ?

La transgression de la question 2 et le respect de la contrainte d’une minute par question.

5 – Croyez-vous aux prévisions météorologiques ?

S’agit-il vraiment d’une croyance ?

6 - Croyez-vous aux prévisions astrologiques ?

En ai-je l’air ?

7 – Regardez vous le ciel, et les étoiles, quand il fait nuit ?

Autant que possible, oui.

8 – Que pensez-vous du ciel et des étoiles quand il fait nuit ?

A Kant : « Le ciel étoilé au-dessus de ma tête et la loi morale au fond de mon cœur »
Et à Pascal : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. »

9 – Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?

Aglaé et Sidonie avec mon fils de trois ans. Les chansons et dialogues en sont d’une grande 
qualité littéraire et musicale (sans rire !)

10 – Que vous inspirent les cathédrales, les églises, les mosquées, les calvaires, les synagogues 
et autres monuments religieux ?

Qu’esthétique et mysticisme n’ont fait qu’un depuis l’aube de l’humanité et que de cette union il 
restera toujours quelque chose. 
Les cieux vides sont faits pour être habités par les artistes. 
(PS : je vois une cathédrale de ma cuisine)

11 – Qu’auriez-vous vu si vous aviez été aveugle ?

Des figures géométriques.

12 – Qu’auriez-vous aimé « voir » si vous aviez été aveugle ?

Les partitions complètes des symphonies de Mozart.

13 - Avez-vous peur ?

Oui.

14 – De quoi avez-vous peur ?

De la planète qui meurt de notre inepte mépris.

15 - Quel est le dernier film horrible que vous avez vu ?

Le monde selon Monsanto.

16 - De qui avez-vous peur ?

Des requins de la finance et des adeptes des « revolving doors » 
qui rongent la Terre et ses p
assagers.

17 - Vous êtes vous déjà perdu ?

Très souvent. Et pas seulement dans mes pensées.

18 - Croyez-vous aux fantômes ?

Non. Sauf quand je pense à l’engouement d’Hugo ou Maupassant pour les tables qui tournent.

19 - Qu’est-ce qu’un fantôme ?

Version diurne : 
le nom dont on affuble l’objet de nos ignorances, de nos craintes et de nos 
désirs.  
Version nocturne : ce qui nous hante et s’affranchit de son hôte initial. Le 
Horla.

20 - En l’instant, à l’exception de l’ordinateur, quel(s) bruit(s) entendez-vous ?

Le vent qui rugit de rage en poussant les nuages.

21 - Quel est le bruit le plus effrayant que vous ayez entendu – « la nuit avait l’allure d’un 
cri de loup », par exemple - ?

Les gémissements de mon fils avec quarante de fièvre.

22 – Avez-vous fait quelque chose d’étrange aujourd’hui ou ces derniers jours ?

A part écrire ?

23 – Êtes-vous déjà allé dans un confessionnal ?

Oui (c’est petit, mais je faisais moins d’1m50 à l’époque).

24 – Vous êtes au confessionnal ; alors confessez-moi l’innommable.

Pas de secret donné sans secret promis.

25 –Sans tricher, qu’est-ce qu’un « cabinet de curiosités ».

Une pièce où l’on rassemblait, depuis le XVIIe siècle à peu près, si je ne m’abuse, un tas d’
objets insolites propres à émerveiller ses visiteurs.

26 –Croyez-vous à la rédemption ?

« Et l’immortalité terrestre s’offrit comme substitut de la vie éternelle » (Sartre, Les mots). 
Le verbe rédempteur pour l’âme seule, la conscience de la finitude pour la planète, mais j’en doute. Dans l’au-delà, non.

27 – Avez-vous rêvé cette nuit ?

Oui.

28 - Vous souvenez-vous de vos rêves ?

Rarement, et seulement après une mauvaise nuit cernée d’angoisses.

29 - Quel est le dernier rêve que vous avez fait ?

Un livre de théâtre déchiré par un élève et jeté aux pieds du bureau. 
(Jamais encore vécu, ouf !)

30 – Que vous inspire le brouillard ?

Nacht und Nebel. Ou l’univers des sœurs Brontë.

31 - Croyez-vous aux animaux qui n’existent pas ?

N’y aurait-il pas une antinomie dans les termes ? Nous n’avons pas encore découvert la moitié des 
espèces vivant sur cette terre, notamment au fond des océans. Mais l’animal habite au royaume des sciences. La croyance ici est nulle et non avenue.

32 - Qu’est-ce que vous voyez sur les murs de la pièce où vous êtes ?

Des livres et une lettre autographe encadrée d’un auteur très cher : 
des murs de papier de toutes 
sortes.

33 - Si vous deveniez magicien, quelle est la première chose que vous feriez ?

Douer d’intelligence la crétinerie humaine 
et de mansuétude la voracité des vautours des
finances.

34 - Qu’est-ce qu’un fou ?

Ce n’était pas la question, mais ce sera ma réponse. Selon Desproges, je crois : « Un névrosé 
sait que 2+2=4 et s’en désole. Un psychotique croit que 2+2=5 et s’en réjouit ». Proposition numéro deux.

35 - Etes-vous fou ?

Assez pour oser transgresser ce qui doit l’être si le salut passe par là.

36 – Croyez-vous en l’existence des sociétés secrètes ?

Croire n’est pas le mot. 
Oui, francs-maçons et consorts existent depuis longtemps, mais cela ne 
me hante pas. Sauf quand il s’agit de dominer le monde (Monsanto, Elf et Cie again)

37 – Quel est le dernier livre étrange que vous ayez lu ?

Je ne lis guère de livres étranges. Je préfère ceux qui éclairent à ceux qui embrument. Mais si 
l’on doit faire entrer dans la case ceux qui envoûtent, 
alors ce sera Un balcon en forêt de 
Gracq.

38 – Aimeriez-vous vivre dans un château ?

Oh que non. Les soucis de toiture à refaire, je préfère les laisser aux bâtisseurs. 
Je préfère 
hanter les chefs d’œuvre de papier.

39 – Avez-vous vu quelque chose d’étrange aujourd’hui ?

Seuls les adeptes du paranormal voient l’étrange. 
Je ne vois que ce qui me blesse ou m’
émerveille.

40 – Quel est le denier film étrange que vous avez vu ?

Non point étrange, mais sublimement tragique : 
« Saint-Germain ou la négociation », sur les 
pourparlers 
ayant préludé au massacre de la Saint Barthélémy.

41 – Aimeriez-vous vivre dans une gare désaffectée ?

J’aime le vent, mais non les courants d’air. 
Si c’était le cas, j’aurais depuis longtemps offert 
mon doux logis 
à ceux qui ont le plaisir d’y habiter.

42 – Etes-vous capable de deviner l’avenir ?

M’appellerais-je Dieu sans le savoir ?

43 – Avez-vous déjà pensé vivre à l’étranger ?

Oui.

44 – Où ?

Là où l’on ne massacre pas inconsidérément la nature, mais sans vivre pour autant les pieds dans 
la boue. Plus réalistement en Allemagne.

45 – Pourquoi ?

Parce qu’y vivent beaucoup de ceux qui me sont (très) chers.

46 – Quel est le film le plus étrange que vous avez vu ?

Je ne retiens pas ce qui m’emplit de malaise. Je ne retiens que ce qui bouleverse. Enchanteur ou 
tragique. L’un des plus beaux : La fille de Ryan, de David Lean.

47 – Auriez-vous aimé vivre dans un presbytère ?

Oui, comme Christian Bobin.

48 – Quel est le livre le plus étrange que vous avez lu ?

Décidément, j’ai bien du mal avec l’étrangeté. 
Le livre de l’intranquillité, de Pessoa, peut-
être.

49- Préférez-vous les sabliers ou les globes terrestres ?

Les globes terrestres. J’aime l’espace organisé, et fuis le temps qui fuit.

50 – Préférez-vous les loupes anciennes ou les armes blanches ?

Si l’on considère l’Opinel du randonneur comme une arme blanche, 
et les branches à écorcer comme 
des victimes potentielles, ce sera les secondes.
J'ai toujours un canif dans mon sac.

51 – Qu’y a-t-il, selon toute vraisemblance, dans les profondeurs du Loch Ness ?

Des sédiments et des cadavres en décomposition (ce qui revient au même).

52 – Aimez-vous les animaux empaillés ?

Pouah !

53 – Aimez-vous marcher sous la pluie ?

« I’m singing in the rain ». Et la Bretagne coule en moi.

54 – Que se passe-t-il dans les souterrains ?

Je ne suis pas allée y voir. Claustrophobie totale.

55 – Que regardiez-vous quand vos yeux se sont détachés de ce questionnaire ?

Par la fenêtre, le ciel déchiré de nuages décoiffant les arbres, avec cette lumière particulière 
d’après tempête, quand le soleil presque couché éclaire d’en bas le ciel, plus sombre que la terre. 

56 – Que vous inspire cette phrase célèbre : 
« dès qu’il eut franchi le pont, les fantômes 
vinrent à sa rencontre » ?

Le gothique anglais.

57 – Sans tricher, d’où est tirée cette phrase célèbre : 
« dès qu’il eut franchi le pont, les 
fantômes vinrent à sa rencontre » ?

J’n’en sais rien. Anne Radcliffe ? Shakespeare ? *

58 – Aimez-vous marcher la nuit dans la forêt ou les cimetières ?

Accompagnée des personnages d’un beau film romantique, 
et tandis que je bois un bon thé sur un 
canapé moelleux, pourquoi pas.

58 – Écrivez la dernière phrase d’un roman, d’une nouvelle, d’un livre étrange à venir.

Il leva les yeux et vit l’aurore aux doigts de rose qui renaissait en même temps que son espoir, 
et s’abreuvant ensemble aux gouttes de rosée, ses cils ployaient sous la joie toute en larmes comme les tiges inclinées sous les fleurs qui se pâment.

59 – Sans regarder votre montre, quelle heure est-il ?

Dix neuf heures.

60 – Regardez votre montre. Quelle heure est-il ?

Dix neuf heures une. (Sans tricher, je n’y crois pas moi-même.)

*(NDLR : après vérification, elle est en fait dans Nosferatu le vampire de Murnau)

par Clarinesse publié dans : Epistolaire
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