Echappées poétiques

Lundi 9 novembre 2009

Vous êtes là. Vous contemplez les fractures de ce qui vous est le plus cher.
Ce que vous avez brisé. C’était votre feu : votre feu le plus dense, le plus clair.
Le cœur exact de ce qui vous tenait chaud, de ce qui vous tenait droit.
Ce qui vous déliait le geste.
Vous voulez le bercer, en parcourir chaque infime parcelle
de votre souffle le plus doux, le plus tiède. Le panser, le soigner.
Vous vouliez le choyer. Vous l’avez laissé choir.
Vous le serriez, tout contre vous. Un peu trop fort : il vous échappe.
Toujours ruser avec le vide.

Leur vie est un trapèze, la tête dans un scaphandre.
Se lancer de très loin, dans une nuit aux angles morts.
Un mouvement de trop, et le sol devient tombe.
La corde à laquelle ils s’agrippent est un tube creux.
Il faut très vite se lâcher, ne pas peser : un pas de doigts mal maîtrisé,
et le mince tuyau par lequel l’air arrive s’enchevêtre : l’oxygène s’enfuit.
Le caisson obscurci d’asphyxie paralyse la main :
le verre éclate, la terre écrase, et l’œil s’écoule avec le reste.



Par Clarinesse
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Mardi 20 octobre 2009



Il avait plu toute la nuit. Une nuit de fièvre. De mauvaise fièvre.
Celle qui vous colle la peau au drap, celle qui vous colle des cauchemars.
Celle que vous colle l’arête enfoncée qui ne passe pas dans la gorge sanglante,
le gosier
angoissé, infecté par la glace, étouffé d’interdit, anginé de silence.

Une nuit de pluie noire.
Un matin de rosée.

Le lendemain, c’était dimanche, et grippe ou pas grippe, il fallait sortir le fiston rétabli et sautillant comme un moustique fraîchement sorti de son marais.
Loisir sain pour urbains sans jardin, nous allâmes à la ferme
cueillir pommes et salades et carottes et puis choux.






Et là,
Les rayons flavescents qui ployaient, alanguis
et soumis sous le poids du solstice approchant,
sans souci de leur dos tout voûté d’azur clair,
badigeonnent à la soie de leurs doigts diamantaires
la forêt des poireaux bleu sapin estompé,
la roseraie des choux aux pétales nervurés,
d’une extase improbable et limpide comme une eau
libre de tout joaillier, pure et simple : et c’est beau.
Eruption dans la boue, botanique volcanique.

 Ouaip, si c’est pas du lyrisme à deux choux, cha, hein, Linda ?
(un caramel mou -en photo- au premier qui la trouve)
Si je veux, du lyrisme, que j’en fais. Non mais !

Vous reprendrez bien un peu de rosée ?







In campo veritas, m’écriai-je !
Bon sang mais c’est bien sûr ! Les garçons qui naissent dans les choux verts demeurent d’indécrottables martiens étrangers à leurs terriennes de femmes, « ces malentendues par les malentendants » (merci Marie-Claude pour la formule laissée en commentaire chez Brigitte que je vous emprunte sans vergogne).
Alors que ceux qui voient le jour dans les choux rouges deviennent des frères exquis et de parfaits amours pour leurs jumelles nées dans les roses.


Par Clarinesse
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Mardi 6 octobre 2009





Vu cette publicité dans la presse il y a quelques jours.
Campagne de la poste australienne :
"If you want to touch someone, send them a letter."
L’ai trouvée plutôt belle, bien trouvée, et fort juste.
même si ça marche aussi par mail. Dommage pour le facteur.
M'a rappelé l'article de la Dame de K.



 Variation mémorielle



Papiers froissés comme des draps.
Phrases embrassées, peaux frissonnées.
Sur écran ou sous encre, transpercer la distance
Sur le fil de nos verbes acérés de nuances.
Traverser les fumées asphyxiées et sans ciels,
S’enivrer des trouées de clarté fusionnelle.
Et juste sous le centre de nos gravités,
Laisser frémir le centre de félicité.
Et apparaît, sous la peau fine, griffée de plume,
Battant le sang, trésor sans poids et sans volume,
De l’or liquide, du vif argent, houle de mots,
Navigation de métaphores nous tiennent chaud.







(Bribes barbouillées sur le même thème lors d'un stage de batik sous la houlette d'un maître burkinabé.)






Par Clarinesse
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Jeudi 14 mai 2009

La Dentellière, Vermeer

S’effacer. Disparaître proprement.
Bien arrêter le fil, avec un joli nœud et un bref retour sur ses pas, quelques points de couture.
Ne pas laisser s’effilocher les traces de ses passages dans le lâche délitement du point de fuite.
S’effacer. Céder la place. Prière de laisser les lieux dans l’état où ils furent offerts.
Ne garder que sa vie bien rangée. Battre à se rompre, mais en retraite. 
S’effacer devant tout ce qui brille et qui vibre et scintille.
Repartir dans la nuit. Tourner le dos aux lumières entrevues, aux mirages de sa propre existence.
Refaire sa valise, lever le camp, et retrouver la solitude de ses errances.
Dénouer un à un chaque lien, chaque fibre emmêlée dans l’inextricable écheveau de ses nerfs en pelote.
Et laisser infuser les cordes à nœuds de ses mouchoirs.

Se dépêtrer plus mal que bien avec le fil entortillé, incontrôlé des rêveries, et sur la rive,
avec la paix de Pénélope, tisser des tas de pistes à risques, des tas de textes qui s’effritent.

 

Par Clarinesse
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Mardi 21 avril 2009

Guérir.
Gagner un peu d’espace. Entre soi-même et ce qui hante.
Sauver un peu de temps, entre deux assauts noirs de cafard.
Espacer les visites de la mélancolie.
Mettre des cales sur les fenêtres pour qu’un vent trop violent
ne les claque à la face de l’air frais.
Conquérir, à la force du clavier, à l’éclat du papier,
Minute après minute, un peu de paix et de clarté.
Et le répit repose. Mais le dépit dépasse.
Aplanir les effrois ; faire taire les doutes.
Et lisser sur le front de la pulpe du pouce
Toutes peines en plis et tous soucis en rides,
Juste sous le sourcil, où se tend la tristesse.

Il est des îles englouties.
A leur surface l’eau troublée reste trop sombre,
Maelström intranquille qui n'en finira pas
D’enrouler son tourment tout autour de l’absence.

Par Clarinesse
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Dimanche 28 décembre 2008
Photo : Copyright Sylvaine Vaucher  (Merci)

Partir de la détresse. Colorer peu à peu les ténèbres.
Plutôt que secouer l’éploré, le bercer doucement.
Et murmurer dans ses cheveux du bout des lèvres
Sur son front sinueux, dessiné de tourments.
Ne pas braquer le projecteur d’une énergie vive et braillarde,
D’une joie indécente sur des yeux qui ont vu la camarde
Et depuis leur retraite, imprégnés d'inconscience
Ne connaissent plus que la pénombre et le silence.
Entrouvrir les volets, animer l’air trop gris
De quelques notes à peine audibles, de la douceur de l’empathie.
Et l’effleurer de sa présence, souffle clair et léger.
Etre là, tout regard, toute écoute, mais prêt à s’envoler.
Tout plutôt que peser, tout plutôt qu’envahir. S'effacer.
Et après, seulement, retrouver les rayons éclatants hors l'abîme,
Les accords, là, majeurs, des espaces désertés du sublime.

Par Clarinesse
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Mercredi 17 décembre 2008


Dans l'improbable hypothèse où certains douteraient encore de la profonde inconsistance de l'hôtesse de céans, et de sa fâcheuse propension à écrire sur tout et n'importe quoi avec la plus insensée des irrévérences, permettez-moi de vous asséner la preuve irréfutable d'icelles.

Ainsi suffit-il du simple reflet d'un éclat de rire dans un message et de la réjouissante lecture de l'article ci-lié de Noniouze rendant compte des résultats de la requête "bison+Hugo+neige" sur Google pour transformer en rire nerveux quelque tourment tenace.
Comme quoi il en faut vraiment bien peu à un brin d'herbe pour changer la couleur de la flaque d'eau où il s'abreuve. On aurait cru Gargantua à la naissance de Pantagruel (qui fut aussi, accessoirement, rappelons-le, la mort de sa femme) : "Et, ce disant, pleurait comme une vache, mais tout soudain riait comme un veau."
La démence n'est plus loin, c'est moi qui vous l'dis.

Voici donc l'affligeant quatrain de mirliton que bibi commit après maint jours de morne peine, bien loin de Waterloo.
La genèse de ce verbe-là fut la consigne suivante auto-infligée :
faire figurer en un même alexandrin les susdits termes "bison, Hugo et neige". Pouët.

Fastoche, le "canon à 'lexandrins" ( © Noniouze)


Les bisons cavalaient dans la neige hugolienne
Quand soudain le troupeau s'arrêta : "Hé là, freine !"
S'écria le premier, tandis que le second
Ne cessait de glisser dans l'élan de ses bonds.

Avec les enjambements de Totor en prime, notez bien.

"- ..."

Un grand silence frise (Merci F'murr) dans l'assemblée consternée.
Ne serait-ce pas un bide que l'on voit poindre parmi le ciel qui grisoit et la neige qui blanchoit ?

Non, non, partez pas, j'le f'rai plus. Non, j'vous en supplie, reviendez.
Me laissez pas seule !

Signé : une flaque.


Par Clarinesse
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Samedi 15 novembre 2008

 

Au commencement était le verbe, y a pas à dire.
En câbles de réseau ou en cordes de lyre
Au toucher velouté, les mots incandescents,
Caressent le clavier jusque sur les écrans,
Tant qu’yeux se ferment et bouche s’ouvre et souffle passe.
Le brasier de la forge brise la carapace.







Haut les plumes, peau d'lyrique, l'âme est tresse en mailles écrites.
(Oups, ça m'a échappé.)
Par Clarinesse
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Dimanche 19 octobre 2008


 (Titre emprunté à l’une des nouvelles du recueil de Georges Flipo, Qui comme Ulysse.)


C’était à n’y plus rien comprendre : malvenu.
Le regard au lointain, sans remède, est perdu.
Et noyé, ballotté, sans savoir bien pourquoi.
Comme porter un verre fêlé trop près de soi,
Et s’y couper au moindre choc : perdre sa foi.
La présence impossible. L’absence inguérissable.
Il suffisait d’un cri pour fracasser le calme.
Il fallait. Il fallait, regagner le présent.
Tout était encore là. Y manquait le regard.
Impossible à poser. Comme ces balançoires
D’une planche oscillant sur un axe où il faut
Que l’un tombe par terre pour que l’autre en sursaut
S’envole dans les airs. Le regard est trop haut.
Le regard est trop loin. Il faudrait soulever
Le grand poids de la planche pour enfin décrocher
Cet oeil vague d’ailleurs : l’arrimer au rocher.
Il faudra retrouver cette vue, coûte que coûte
Se trancher la paupière, se forcer à fixer
Le très proche, le présent. Oublier le dedans.

Par Clarinesse
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Lundi 6 octobre 2008

 

La question est posée :
Est-ce que larme ravalée étanche soif ?
Ainsi la faim de mots serait la fin des maux.
Un ‘tit silence, un ‘tit chagrin, une ‘tite larme,
Comme une goutte d’eau sur des lèvres gercées,
Et le ciel insensible à la rose asséchée
Peut bien lui refuser une ondée de ses charmes :
La source en terre reste vive, même sans trace.
Si point de pain, mange ta main.


Par Clarinesse
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