La Dentellière, Vermeer
S’effacer. Disparaître proprement.
Bien arrêter le fil, avec un joli nœud et un bref retour sur ses pas, quelques points de couture.
Ne pas laisser s’effilocher les traces de ses passages dans le lâche délitement du point de fuite.
S’effacer. Céder la place. Prière de laisser les lieux dans l’état où ils furent offerts.
Ne garder que sa vie bien rangée. Battre à se rompre, mais en retraite.
S’effacer devant tout ce qui brille et qui vibre et scintille.
Repartir dans la nuit. Tourner le dos aux lumières entrevues, aux mirages de sa propre existence.
Refaire sa valise, lever le camp, et retrouver la solitude de ses errances.
Dénouer un à un chaque lien, chaque fibre emmêlée dans l’inextricable écheveau de ses nerfs en pelote.
Et laisser infuser les cordes à nœuds de ses mouchoirs.
Se dépêtrer plus mal que bien avec le fil entortillé, incontrôlé des rêveries, et sur la rive,
avec la paix de Pénélope, tisser des tas de pistes à risques, des tas de textes qui s’effritent.
Par Clarinesse
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Guérir.
Gagner un peu d’espace. Entre soi-même et ce qui hante.
Sauver un peu de temps, entre deux assauts noirs de cafard.
Espacer les visites de la mélancolie.
Mettre des cales sur les fenêtres pour qu’un vent trop violent
ne les claque à la face de l’air frais.
Conquérir, à la force du clavier, à l’éclat du papier,
Minute après minute, un peu de paix et de clarté.
Et le répit repose. Mais le dépit dépasse.
Aplanir les effrois ; faire taire les doutes.
Et lisser sur le front de la pulpe du pouce
Toutes peines en plis et tous soucis en rides,
Juste sous le sourcil, où se tend la tristesse.
Il est des îles englouties.
A leur surface l’eau troublée reste trop sombre,
Maelström intranquille qui n'en finira pas
D’enrouler son tourment tout autour de l’absence.
Par Clarinesse
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Dimanche 28 décembre 2008
Photo : Copyright Sylvaine Vaucher (Merci)
Partir de la détresse. Colorer peu à peu les ténèbres.
Plutôt que secouer l’éploré, le bercer doucement.
Et murmurer dans ses cheveux du bout des lèvres
Sur son front sinueux, dessiné de tourments.
Ne pas braquer le projecteur d’une énergie vive et braillarde,
D’une joie indécente sur des yeux qui ont vu la camarde
Et depuis leur retraite, imprégnés d'inconscience
Ne connaissent plus que la pénombre et le silence.
Entrouvrir les volets, animer l’air trop gris
De quelques notes à peine audibles, de la douceur de l’empathie.
Et l’effleurer de sa présence, souffle clair et léger.
Etre là, tout regard, toute écoute, mais prêt à s’envoler.
Tout plutôt que peser, tout plutôt qu’envahir. S'effacer.
Et après, seulement, retrouver les rayons éclatants hors l'abîme,
Les accords, là, majeurs, des espaces désertés du sublime.
Par Clarinesse
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Mercredi 17 décembre 2008
Dans l'improbable hypothèse où certains douteraient encore de la profonde inconsistance de l'hôtesse de céans, et de sa fâcheuse propension à écrire sur tout et
n'importe quoi avec la plus insensée des irrévérences, permettez-moi de vous asséner la preuve irréfutable d'icelles.
Ainsi suffit-il du simple reflet d'un éclat de rire dans un message et de la réjouissante lecture de l'article
ci-lié de Noniouze rendant compte des résultats de la requête "bison+Hugo+neige" sur Google pour transformer en rire
nerveux quelque tourment tenace.
Comme quoi il en faut vraiment bien peu à un brin d'herbe pour changer la couleur de la flaque d'eau où il s'abreuve. On aurait cru Gargantua à la naissance de Pantagruel (qui fut aussi,
accessoirement, rappelons-le, la mort de sa femme) : "Et, ce disant, pleurait comme une vache, mais tout soudain riait comme un veau."
La démence n'est plus loin, c'est moi qui vous l'dis.
Voici donc l'affligeant quatrain de mirliton que bibi commit après maint jours de morne peine, bien loin de
Waterloo.
La genèse de ce verbe-là fut la consigne suivante auto-infligée :
faire figurer en un même alexandrin les susdits termes "bison, Hugo et neige". Pouët.
Fastoche, le "canon à 'lexandrins" ( © Noniouze)
Les bisons cavalaient dans la neige hugolienne
Quand soudain le troupeau s'arrêta : "Hé là, freine !"
S'écria le premier, tandis que le second
Ne cessait de glisser dans l'élan de ses bonds.
Avec les enjambements de Totor en prime, notez bien.
"- ..."
Un
grand silence frise (Merci F'murr) dans l'assemblée consternée.
Ne serait-ce pas un bide que l'on voit poindre parmi le ciel qui grisoit et la neige qui blanchoit ?
Non, non, partez pas, j'le f'rai plus. Non, j'vous en supplie, reviendez.
Me laissez pas seule !
Signé : une flaque.
Par Clarinesse
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Au commencement était le verbe, y a pas à dire.
En câbles de réseau ou en cordes de lyre
Au toucher velouté, les mots incandescents,
Caressent le clavier jusque sur les écrans,
Tant qu’yeux se ferment et bouche s’ouvre et souffle passe.
Le brasier de la forge brise la carapace.
Haut les plumes, peau d'lyrique, l'âme est tresse en mailles écrites.
(Oups, ça m'a échappé.)
Par Clarinesse
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(Titre emprunté à l’une des nouvelles du recueil de Georges Flipo, Qui comme Ulysse.)
C’était à n’y plus rien comprendre : malvenu.
Le regard au lointain, sans remède, est perdu.
Et noyé, ballotté, sans savoir bien pourquoi.
Comme porter un verre fêlé trop près de soi,
Et s’y couper au moindre choc : perdre sa foi.
La présence impossible. L’absence inguérissable.
Il suffisait d’un cri pour fracasser le calme.
Il fallait. Il fallait, regagner le présent.
Tout était encore là. Y manquait le regard.
Impossible à poser. Comme ces balançoires
D’une planche oscillant sur un axe où il faut
Que l’un tombe par terre pour que l’autre en sursaut
S’envole dans les airs. Le regard est trop haut.
Le regard est trop loin. Il faudrait soulever
Le grand poids de la planche pour enfin décrocher
Cet oeil vague d’ailleurs : l’arrimer au rocher.
Il faudra retrouver cette vue, coûte que coûte
Se trancher la paupière, se forcer à fixer
Le très proche, le présent. Oublier le dedans.
Par Clarinesse
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La question est posée :
Est-ce que larme ravalée étanche soif ?
Ainsi la faim de mots serait la fin des maux.
Un ‘tit silence, un ‘tit chagrin, une ‘tite larme,
Comme une goutte d’eau sur des lèvres gercées,
Et le ciel insensible à la rose asséchée
Peut bien lui refuser une ondée de ses charmes :
La source en terre reste vive, même sans trace.
Si point de pain, mange ta main.
Par Clarinesse
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