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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 22:16


Ben oui, pour conjurer leurs angoisses, y en a qui fument, y en a qui sniffent, y en a qui boivent, et pis y en a qui rangent et qui gravent sur diverses tablettes l’ordre qui manque à leur ’tit cœur.

J’ai toujours bien aimé les étiquettes. Et les boîtes, aussi. Et les sacs, et les trousses,...
(C’est une vocation contrariée.
J’aurais pu faire étiqueteuse et encartonneuse de supermarché, si j’avais voulu.)
Attention, pas les autocollants abominablement criards, impossibles à assortir et à décoller.
Non, de jolies étiquettes pour rayonnages antiques d’apothicaire songeur.
De beaux rectangles calligraphiés de parchemin, encadrés de laiton.
Or, à force de récupérer les bâtonnets des glaces au chocolat de ces derniers étés, contemplant le bocal où je les conservais pieusement, ne sachant point encore à quoi ils pourraient bien servir, je finis par leur attribuer la digne fonction de panneau indicateur.
Innocents panonceaux, vous subirez le supplice du pyrograveur !

Car il fallut admettre qu’aux êtres bazardeux, la maison la plus familière reste à jamais un entrelacs de sentes indéchiffrables et de lianes inextricables, et qu’il est vain de se lamenter sur leur incapacité congénitale à s’y retrouver. La seule solution consiste à leur placer des étiquettes partout : cette étagère pour les livres empruntés à la bibliothèque, cette autre pour les magazines ; ce compartiment du frigidaire pour le beurre, (les charentaises se rangeant ailleurs, merci. - J’exagère à peine. - )
Rassurez-vous tout de même : je ne suis pas encore dingue au point d’avoir collé des écriteaux partout, et de me promener dès dix heures, les soirs de grande fatigue, avec un post-it sur le front marqué : « au lit », espérant qu’on m’indique charitablement le chemin de la pièce rédemptrice, au cas où je ne le retrouverais plus.

Mais il est vrai que, de jeune fille fort rangée, je me laissai peu à peu envahir par l’insidieux et débordant capharnaüm que firent régner, par ordre d'apparition sur parquet, le père, le fils, puis le saint-esprit, - pardon, le blog.
Et dans cette guérilla domestique aux éreintants combats d’armoires et de tables basses, il faut chaque jour regagner le terrain perdu.
La tâche n’est pas mince, car c’est une véritable révolution copernicienne qu’il faut opérer dans les esprits obscurantistes les plus réfractaires aux lumières du progrès haussmannien.
Car on ne peut donner un ordre aux choses que si on leur a attribué une catégorie mentale un peu plus fine que « chose ». Car les choses, voyez-vous, c’est un peu vague, et si on les laisse faire, leur terrain de jeu ressemble vite à un vaste chantier de démolition.
Et les catégories, c’est comme les cubes des petits ou les poupées russes : ça s’emboîte.
C’est drôlement amusant.
(C’est pour ça, d’ailleurs, que j’avais fini par choisir philo et non lettres, après avoir longtemps courtisé les deux : parce qu’on pouvait faire joujou avec de jolies caisses à outils. Ca s’appelle des concepts, et ça se range dans de grandes boîtes qui s’appellent les catégories. Le tout bien réparti dans de très pratiques « brain boxes » (Merci Ayron pour le lien)

Il en faut donc, un humble et harassant labeur de moine défricheur, pour arriver à faire reculer la ténébreuse jungle hostile aux bipèdes à front haut.
Sa main est sa faucille, son verbe est son semoir, et elle avance, courbée sur les sinueux sillons de son foyer embourbé, récoltant les débris, glanant les débarras, espérant une lueur d’attention des tempêtes impitoyables qui chaque heure éparpillent aux quatre vents ses précaires fagots péniblement rassemblés.

Le pré sera fauché quand chaque chose sera à sa place :
une place, une chose ; une chose, une place.
La chose est à la place ce que la prise mâle est à la prise femelle : il faut qu'elles se retrouvent pour que le courant passe, que l'énergie circule dans le "feng -ch'uis perdu" de la maison, et que l'on puisse passer sans trébucher sur de mauvaises ondes.

Sans cette correspondance aussi stable que la loi de la gravitation universelle, point de salut.
Il faut que la place vide contienne si clairement l’image virtuelle de l’objet en sortie qu’elle l’aimante avec la puissance de l’attraction terrestre. Il faut qu’un élastique invisible attire irrépressiblement la chose en vadrouille pour lui faire réintégrer son cher habitacle douillet qui l’appelle de ses petits bras accueillants.
Que chaque objet ait son écrin, son petit espace rien qu’à lui, comme un lit dans une chambrée d’internat. C’est-y pas charmant ?
L’étiquette en bois, à défaut de l’avoir en tête, c’est l’hologramme qui apparaît, le fantôme de l’objet qui hante l’amnésique, telle la main amputée qui lui rappelle sa douloureuse absence.
C'est-y pas flippant ?


Il faut changer mentalement l’espace de catégorie : d’étendue froide, vide et indéterminée, il doit devenir un immense casier à bouteilles, attendant gentiment que sa vacuité momentanée se comble de nouveau grâce à son fidèle objet attitré qui le retrouvera avec une infaillible constance.
Ce n’est pas pour rien que le désordre s’appelle bordel. Il faut réhabiliter les couples qui durent :
une place + une chose = love for ever, exactement comme un homme + une femme = chabadabada.

Avec ces jolies n’étiquettes, chaque place déclare officiellement son amour à l’objet de son affinité élective.

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Published by Clarinesse - dans Bricolotrucs
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commentaires

Fodio 05/12/2009 23:57


Une énergie biologique? tiens donc. Mais puisque vous parlez de charité et de sacerdoce, je vous dirais comme Voltaire a propos de la loi naturelle, que c'est la loi qu'oublie le plus naturellement
la plupart des gens. La seule différence entre l'homme et la femme est d'origine divine. Pas naturelle du tout. Moins facile à oublier donc. L'intelligence de l'un ou l'autre n'a rien à voir. Loin
de se passer au-dessous de la ceinture, c'est plutôt par-delà le cerveau. Vous avez dit âme? 


Clarinesse 06/12/2009 06:17



Waouh, vous en savez, des choses, dites-moi ! C'est drôlement pratique !


 


« La seule différence entre l'homme et la femme est d'origine divine. Pas naturelle du tout »


Rien que ça !


 


1°) « Pas naturelle ni biologique » : bon, quelques détails ont dû m'échapper.


Maizalors, pourquoi les gynécos ne reçoivent-ils que des femmes ? C'est une scandaleuse discrimination ! Vite, vite, courons y remédier !


 


2°) « divine » : ah bon, Dieu vous a tout expliqué au creux de l'oreille ? Vous en avez, de la chance, de si bien savoir ce qu'il a décidé ! Généralement, les gens qui sont
persuadés de parler par la voix de leur maître divin, assez rapidement, délaissent le verbe pour le sabre et les bombes des guerres saintes, car rien n'est trop beau ni trop fort pour Lui,
n'est-ce pas. Et personnellement, dans l'hypothèse où il existe, (ce dont j'ai l'humilité de ne pas me faire une arrogante certitude, car je n'ai pas eu l'honneur de lui être présentée, ou alors
en l’absence de moi-même et à l’âge d’un mois, alors ça ne compte pas), je pense que le Dieu en question aurait une sainte horreur (forcément, sainte) de tous ceux qui prétendent parler en son
nom et le servir avec zèle, et qu'il est assez grand pour se débrouiller tout seul, sans tous ces encombrants porte-parole qui pourrissent la vie de ceux qui n'ont pas eu la chance que leur soit
révélée la même glorieuse doctrine.


Dans la famille « croyants », je préfère Bach et Bobin aux prêcheurs des croisades et autres Djihad,  et les mystiques solitaires aux prédicateurs.


 


3°) Quant à l' « âme », même optique. Parce qu'il y aurait deux sortes d'âmes : des roses pour les filles et des bleues pour les garçons ? Comme personne n'en a jamais vu,
on peut toujours s'amuser un peu, non ? Ah mais non, je comprends ! Pas d'âme du tout pour les femmes, uniquement là pour la perpétuation de la vie des corps ? (Je caricature sciemment.) Un peu
comme les Indiens d'Amérique pour les Inquisiteurs contradicteurs de Las Casas à Valladolid ?


Et le sexe des anges ? Si nous parlions du sexe des anges ? Que voilà une question intéressante !


Quant à cette fameuse dualité corps - âme, elle traverse toute l’histoire de la philo, et j’ai toujours préféré les tenants de l’unité à ceux de la dualité qui, à un moment ou un autre,
s’emmêlent les pédales. Entre, d’un côté, les animaux machines (sans âme, donc incapables de ressentir quoi que ce soit, c’est évident) et la glande pinéale de Descartes qui atteint des sommets
de comique pour se dépatouiller avec cette dualité bien aporétique, et de l’autre le conatus de Spinoza, magnifique et autrement puissant concept, le choix me semble vite fait.


 


Pour finir, j’espère que vous me pardonnerez (ou non) de m’être un peu amusée (à vos dépens) avec le sérieux de vos affirmations, et de les avoir volontairement caricaturées et consciemment
déformées.


 


Rassurez-vous : loin de moi l’idée de songer un instant que vous auriez pu proférer les inepties que je me plais à démonter.


 


Seulement, en ce domaine, je suis très joueuse.


On me lance une baballe, je la rapporte après l’avoir un peu mordillée.


 


Si vous le permettez, nous conclurons donc sous forme de rappel en deux points.


Ayant déjà eu à plusieurs reprises le cas de semblables visiteurs, je préfère prévenir que guérir, même si d’aucuns, je le devine, pensent que je suis déjà allée beaucoup trop loin dans le débat.
Mais en cela et en ces lieux, tel est mon bon plaisir : je ne dédaigne pas faire un peu mumuse (brièvement) et disserter avec quelque dialectique (très fantaisiste, je vous l’accorde).


 


Dans un blog de ce tout petit gabarit, il n’y a pas de cahier des charges à respecter, mais une charte tacite :


a) Prendre la température des lieux, pour éviter de débarquer avec un équipement de ski sur une plage à cocotiers.


b) Se rappeler que tout est question d’équilibre, et rien n’échappe aux lois de la gravitation. C’est un tout petit bateau, et en surcharger les cales risquerait de le faire chavirer. Il n’a pas
la carrure suffisante pour supporter des commentaires qui n’ont plus rien à voir avec le texte de départ. Sinon, ça ne s’appelle plus commentaires, mais forum. (Peut-être y en a-t-il spécialisés
dans les questions byzantines ?)


 


 


Moralité 


 


Le hors sujet, c’est comme le hors-piste : ça risque de déclencher des avalanches. 


 


La preuve avec ma réponse aussi légère qu’un Kougelhopf. :)


Avec mes sentiments les plus cordiaux, je vous prie d’agréer, etc…,



Fodio 04/12/2009 20:26



Votre façon de remercier au compliment m’a fait lire biologiste pour blogoliste. Du coup je m’explique mieux la densité d’écriture.


Croiriez-vous qu’une fleur choisirait son bouquet par… hasard, si elle le pouvait ? tss


Pour la série domestique, les jours de lessive, le temps que chauffe l’eau…


Les spécialistes de Soulage, mon Dieu j’ose pas imaginer. Ça sent le lavement…


Ajourner, c’est pas le style d’une squaw. La cavalerie vous en impose ? Soulagez-vous cornegidouille !
Quel dommage que vous mettiez l’art dans la boîte de pandore que pourtant j’avais pris soin de trier (avec
quelques ridicules faute j’en conviens, lapsus calami) L’art n’est pas un métier et s’il se dégrade c’est justement parce que devenant un métier il en acquiert l’essence féminine. Philo math et
politique, division du travail, dans le même sac. L’art est, ne peut être, que masculin. L’art d’apprivoiser les mégères, c’est ça que les types croient trouver en philo ou en math. « …Qui
fagoteroit suffisamment un amas des asneries de l'humaine sapience, il diroit merveilles... La philosophie a tant de visages et de variété et a tant dict, que touts nos songes et resveries s'y
treuvent; l'humaine fantaisie ne peult rien concevoir en bien et en mal, qui n'y soit : Nihil tara absurde dicipotest quod non dicatur ab aliquo philosophorum  » tant de visages,
de variété, beau portrait de femme en vérité, fard et duplicité.



Clarinesse 04/12/2009 23:24


1°) A propos de Soulages, voir la réponse à votre premier com' sur le texte suivant.

2°) Pour l'art, j'avoue ne pas avoir creusé la question dans la réponse, celle-ci méritant bien plus qu'un simple commentaire.
Je vous cite : "L’art n’est pas un métier et s’il se dégrade c’est justement parce que devenant un métier il en acquiert l’essence féminine. L'art est, ne peut-être, que masculin."

D'abord, que l'art n'ait pas été un métier du temps de Vermeer ou de Michel Ange, hum...
Au contraire, c'était un magnifique métier que celui de ces géniaux artisans là !

Quant au reste, il faudra m'expliquer...
Ce que je crois (et crains) comprendre me semble contestable. Les statistiques vous donnent raison, mais je vous servirai un argument que vous rejetterez probablement comme tant d'autres d'un vaste
moulinet de bras comme une rance rengaine féministe.
Car voyez-vous, lorsqu'on a charge de tenir une maison, d'élever correctement des enfants (et en plus, de travailler contre argent à l'extérieur) il faut (on ne peut que) s'y donner corps et âme,
et il faut du courage (ou de l'égoïsme, c'est selon) pour arracher à ce sacerdoce l'énergie et le temps nécessaire à créer autre chose que la vie.

3°) "L’art d’apprivoiser les mégères, c’est ça que les types croient trouver en philo ou en math."
C'est un tantinet réducteur, (et modérément agréable), ne trouvez-vous pas ?
Il y a certes, chez les hommes, une énergie que nous qualifierons pudiquement de "biologique" et que vous pourrez nommer un peu plus précisément, dont nous autres faibles èves sommes évidement
dépourvues, et qui les poussent à l'exercer soit pour leur plaisir, soit dans la violence et la guerre si le premier est impossible ; soit, pour les plus talentueux et les plus intelligents, à la
sublimer dans l'art, les sciences et tous autres admirables chefs d'oeuvre de l'espèce humaine.
De ce moteur qui les conduit à défier leurs congénères pour affirmer leur génie, nous manquons, c'est un fait, pour la plupart. Mais il ne s'ensuit pas que les cervelles dont nous disposons soient
creuses à ce point. C'est plus la volonté que l'intelligence qui nous fait défaut souvent pour de telles entreprises.
Du moins ai-je la naïveté de le croire, ce dont mon ego s'accommode plus aisément.
Il ne serait pas charitable de m'en détromper avec davantage d'acharnement.

Et pour conclure, je crois qu'il est une distinction bien plus pertinente, si l'on tient absolument à diviser en deux l'humanité. Plutôt que de choisir pour cela un critère qui se situe sous la
ceinture, je préfère me fier à ce qui se situe sous le crâne : plus qu'hommes ou femmes,
(guère plus opératoire que blancs ou noirs, blondes ou vertes, même si nier toutes différences est symétriquement absurde),
 il y a, tout simplement, les gens intéressants, et ceux qui ne le sont pas.
4°) En revanche, pour ce qui est de trouver tout et son contraire en philosophie et de n'en pas pouvoir conclure grand chose, je vous rejoins bien (ainsi que Montaigne, je suppose, ne l'ai plus lu
depuis un nombre d'ans à deux chiffres maintenant). Et c'est bien pour cela qu'après l'avoir beaucoup fréquentée quelques années (la philo, pas Montaigne, quoique) j'ai finalement préféré les
vertes prairies des belles lettres aux arides et parfois oiseux échafaudages théoriques guère plus éclairants, pour certains, que les absurdes symboliques astrologiques.

Punkt. Respirez.



Ut 04/12/2009 10:58


Grand rire! Quelle horreur, Clarinesse........
Bisous.


Clarinesse 04/12/2009 22:34


:)) Merci de ton affection !
"Horreur", nous n'irons pas jusque là, très loin de là. Non, non, elle est adorable, et j'ai eu une enfance franchement heureuse, même si on peut toujours regretter ci ou ça.
C'est un peu plus tard que ça s'est un peu gâté, mais quand j'entends le récit de tant d'autres enfances ravagées, la décence m'impose de la fermer gentiment, et de me considérer comme une
privilégiée éhontée.
Et puis, je ne suis pas sûre que je ferai mieux avec le mien. Peut-être serai-je une mère bien pire, à l'heure du bilan ?


Ayron 04/12/2009 08:01


Une seule lettre vous manque et tout est à repenser...(sorry, elle était facile, mais ne m'est venue qu'après coup).
Oui, dans l'étiquetage industriel, impression, imprimantes (gros modèles très techniques), entre autres...


Clarinesse 04/12/2009 22:20


Hé, hé, tout pareil : le propre d'une répartie pertinente est de toujours se dérober au moment où il le faut. Pô grave ! :)


Ut 03/12/2009 21:40


Tu t'en fiches... mais tu en parles encore.... sourire.... nos mères, c'est toute notre vie que nous les traînons....

Excuser? Excuser quoi? Ta pauvre connexion? Du moment que tu te fais plaisir Clarinesse... c'est ça les blogs :)

Baisers.


Clarinesse 03/12/2009 22:18


Ah les mères ! C'est même effrayant, de songer à toutes les bombes à retardement qu'on amorce sans le savoir dans tout ce qu'on fait avec sa progéniture !
Mais je dois rétablir la vérité : pour la mienne, je chipote, et ne peux guère me plaindre de ce côté. Même si nobody is perfect, les intentions y étaient, toujours : au rayon dévouement,
abnégation, perfectionnisme, on ne fait pas mieux.


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3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

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