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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:33

 

 

 http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/G73161319013733.jpg

 

 

 

La contemporaine bêtise, c’est comme les tiroirs et les valises dans les films d’espionnage : il y a un double fond. On a beau croire que son pessimisme a déjà touché le plancher le plus abyssal, on arrive toujours à en découvrir une couche en dessous. 

A croire que sur cette boule ronde, tout tourne autour des territoires à marquer : des émissions vésiculaires de mâles en meutes ou solitaires aux tagueurs sans talent déchirant les façades trop lisses, des guerres tribales aux articulets de lexicules adipeux et autres appropriations inappropriées.
 

Chez les modernes, marquer son territoire, ça s’appelle déposer un brevet.

Attention, pas un brevet sur ce qu’on a inventé, créé ex nihilo à la seule force de ses neurones imaginatifs et savants. Non, juste trouvé par terre, ramassé sous les sabots d’un cheval, sur le siège de son voisin, entre deux feuilles de trèfle ou deux pages de dictionnaire. 

« J’ai trouvé cette clé USB oubliée sur une table de lycée ? Elle est à moi, qu’importe si l’objet est au plus haut point personnel et identifiable ! » Ben voyons ! 
 

On sait déjà que Monsanto* s’est fait une spécialité de breveter le vivant, privatiser les organismes et affamer le monde. On sait aussi que Microsoft voulut s’approprier le mot «windows», qui, comme tout lecteur de céans le sait, signifie étymologiquement  «l’œil du vent» (Wind Auge) depuis le Haut Moyen Age. Heureusement, il fut débouté de sa requête par un juge pas trop inculte. 
 

Mais le fantasme stupide du vol légal n’est pas l’apanage de quelques gros requins : les petits piranhas aussi veulent breveter les mots du dictionnaire et devenir propriétaires de noms communs, qui, par définition, appartiennent à tous. 
 

Tenez-vous bien…  Tenez-vous mieux… Un peu de tenue, tout de même !

« Tenue » et non « attitude » : fini, « attitude », c’est déjà pris.

Car c’est maintenant au tour de deux ostéo (ou psycho ?) -pathes près de Nantes qui mettent leurs grasses papattes dessus et ne veulent pas démordre de leur nonos.

Ils réclament 20 000 € aux créateurs d’un petit centre de balnéo à l’autre bout de la France qui ont eu le malheur d’employer le mot « attitude » dans le nom de leur boîte. Quel crime, isn’t it ?

Tout fiers d’avoir baptisé leur institut de l’ébouriffante enseigne « Centre attitude », les bourrés nantais, emportés par le souffle prométhéen de leur élan créateur, ont en effet déposé le brevet de leur géniale trouvaille linguistique : « Nous avons fait énormément de recherches pour trouver un nom original » osent-ils déclarer sans honte. Waouh ! Impressionnant ! Et vous avez grillé combien de synapses pour ça ? Le ridicule ne tue pas : ils sont toujours aussi vivants qu’ignorants. 
 

Car, voyez-vous, les mots ont une histoire. Une longue, sinueuse, merveilleuse histoire qui aboutit au chef d’œuvre architectural que sont les langues humaines en général, et la langue française en particulier. Pas touche au lexique de Totor, sinon pour l’enrichir !

Le mot « attitude », en l’occurrence, fut francisé en 1637 par Nicolas Poussin, grand peintre du grand siècle à partir de l’italien « attitudine » et est donc à l’origine un terme de peinture.

Il existait bien avant que vous ne souilliez vos langes et la paix de vos concitoyens. 
 

Mais non, cela n’empêche pas ces vautours sidérants de crétinerie de vouloir se l’approprier.

Et hop, que je t’attrape un mot de la langue française. Et hop qu'il est à moi ! 
 

Ne sachant rien, ils exigent tout. Et mettent à mal liberté individuelle et bien commun par l’inquiétant retour de cette volonté primitive et tribale de marquer son territoire. Car en attendant que ce jugement insane soit cassé, une brave PME qui n’a rien fait à personne risque de se retrouver sur la paille. 

 

Ce n’est pas tant l’insondable bêtise qui est révoltante : elle a toujours existé. C’est que la justice se couche devant elle et lui fasse croire que ses prétentions sont légitimes, au lieu de la renvoyer pleurnicher dans les jupes de sa maman avec toute l’ironie qu’on lui doit. Il ne s’agit même pas de pinaillage législatif. Il s’agit du simple bon sens, de revenir au sens de la loi, à sa raison d’être : un nom commun, par définition, ne peut en aucun cas devenir la propriété de quiconque. Mais qu’a donc dans le crâne le juriste qui a entériné le dépôt de ce brevet ? C’est une faute administrative, une telle requête n’est en aucun cas recevable, le brevet est nul et non avenu, point : il suffit pour l’invalider de le faire lire à un fonctionnaire qui a dépassé la classe de CE2. 
 

Le droit a été créé pour protéger le faible contre le fort : magnifique invention. 
 

Mais ce n’est plus le pauvre qu’on défend : c’est le pauvre d’esprit qu’on soutient contre la richesse de l’argumentation et la force du bon sens, qu’on autorise à faire suer le monde par des dérives procédurières qui pervertissent la loi et le dispensent de toute réflexion et de toute culture. Indigence cérébrale contre intelligence. 
 

Le drame de la démocratie falsifiée en société de consommation, c’est qu’on courtise la connerie. On se prosterne devant elle, pourvu qu’elle consomme. On lui tend le micro et on lui offre tribune au lieu de lui demander de la fermer et de retourner planter ses choux.  

Consternant, non ?

 


(*Appris aussi récemment que Monsanto a racheté la production américaine d’aspartame, produit toxique déjà interdit au Japon et en Australie, qui provoque notamment de sympathiques tumeurs cancéreuses au cerveau alors qu’il reste toujours très autorisé et utilisé en France notamment, sans aucune mise en garde officielle.)

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commentaires

hozan kebo 22/12/2009 09:52


"on arrive toujours à trouver une couche en dessous"
le problème avec les couches de bétises c'est qu'elles ne sont pas assez absorbantes" : ça fuit ! ça suinte !


Clarinesse 22/12/2009 11:49


Fort juste ! Me rappelle une vacherie que j'avais laissée à un troll égaré, l'an passé :
"Quel dommage qu'il n'existe pas de couches culottes pour empêcher les incontinents du verbe ordurier de se répandre partout." Ou à peu près...
Et d'aggraver mon cas par l'outrecuidance de l'autocitation.


Slevtar 21/12/2009 14:12


Outch ! Ca c'est envoyé. Et pour sûr, on adhère.
De plus, honnêtement, qui peut bien avoir envie de pousser la porte d'un truc qui s'appelle centrattitude ...?
20 000, ce ne serait pas le montant de leurs pertes après le 1er mois ?


Clarinesse 22/12/2009 11:47


Bonne remarque ! Fort possible ! N'y avions point pensé !


Ayron 21/12/2009 11:46


Stupide et prétetieux de la part de ces masseurs, aussi utile fussent-ils.
L'INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) protège les marques déposées, il répertorie d'ailleurs exactement 939 marques contenant le mot "attitude" et ce dans toutes les
classes...
Dont 212 rien que pour la classe 44 : Services médicaux, autant dire le Jackpot s'il ya jurisprudence ; mais, il faut préciser que toutes les marques déposées sont composées de 2 mots ou davantage
(ex : minceur attitude, etc.) et que le jeu consiste à trouver une combinaison pas encore déposée, tant pis pour ceux qui ont une antériorité, mais non déposée ou les étourdis qui oublient de
vérifier si le nom n'est pas déjà pris. Je précise que la recherche est maintenant gratuite directement sur le site de l'INPI (www.inpi.fr)

Je connaissais le cas de la Région Champagne (hé hé) qui avait imposé au grand Yves Saint Laurent de changer le nom d'un nouveau parfum, mais Champagne est un nom propre...

Si je suis pour la protection des marques industrielles, attaquées déjà par la contrefaçon et le détournement des recherches, je souscris totalement à votre post pour une honnêteté et du bon sens
entre ce qui reste quand même des "petits artisans", la distance évitant de plus, une éventuelle concurrence déloyale. Sinon c'est la guerre de tous les "Café du Commerce" et "Café de la Gare" et
alors là, je vous raconte pas le b...

 


Clarinesse 21/12/2009 12:09


Bien d'accord avec vous sur le caractère malsain d'une telle guéguerre.
Je ne savais pas pour la combinaison des deux mots, et la possibilité d'enquiquiner quelqu'un à ce point.
Mince, je devrais vérifier pour l'oeil du vent, et me dépêcher de déposer un brevet si ce n'est pas encore fait. Vous imaginez un peu que le blog me coûte 20000 €. Et sans passer par la case
départ, en plus !


20/12/2009 14:32


"Les lois ont été écrites de manière qu'on puisse les détourner" me rabachait sans arrêt mon patron quand j'oeuvrais (dans une autre vie) dans le droit des sociétés.





Clarinesse 20/12/2009 16:35


Je veux bien le croire, ceux qui ont le pouvoir de les faire ayant peu intérêt à accepter de limiter leur puissance à la souveraineté d'une contrainte dont ils ne pourraient se dépêtrer. Triste !


Sylvaine 19/12/2009 11:51


USB ou UBS...bin voyons ! faut pas perdre la clé...tout est si délétère !
Dis-donc tu wuther height !


Clarinesse 20/12/2009 16:41


L'épisode de lma clé USM qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe dans le texte est strictement véridique et s'est passé pas plus tard qu'il y a une paire de semaines : comme ça me semblait
dans la même veine de l'appropriation abusive, le voilà intégré dans le civet de lapin.
Et oui, j'aime bien wuther-heighter. Ca m'arrive souvent, les nuits de pleine lune, d'aller hurler sur les hautes collines balayées par le vent, là-baaas, au Connemara. :)


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1°) Window : nom anglais de la fenêtre. Etymologie : 
de l'ancien saxon Wind Auge,
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3°) - Métaphore et crie-toi. (d'après Luc)

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