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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 23:34

Scène inspirée par le texte de Brigitte Giraud sur l’attente.

Elle approchait, bras entrouverts, vit un sourire. Mais la voix douce en face a bifurqué en s’avançant.  Elle est restée les bras béants, cœur éventré, viscères à vif. Le rouge au front, elle s’est baissée, a ramassé les débris suintants épars au sol, les a remis dans leur boîte rouillée, puis est partie, vieille chaussette ébréchée et boiteuse. A cloche-pied, forcément, puisque les vieilles chaussettes vont rarement par paires.
Nul ne s’aperçoit de la honte, tout éblouis qu’ils sont dans le souverain égoïsme du bonheur éclatant. Sans bruit, elle a refermé la porte du royaume où rien, jamais, n’est à justifier, car tout, toujours, arrive parce qu’il le faut, dans la solaire et implacable justice de l’évidence.

Elle a donné respect au silence de mépris, et dompté la révolte inutile qui rugit dans le coffre au thorax trop acide. Mais des griffes ont poussé aux côtes de la cage et lacèrent le cœur gros qui se bat pour ne pas se répandre. Et la fauve amertume se déchaîne. Enfermée dans la même geôle que le monstre, elle est prison dans la prison, condamnée à maîtriser la bête. Elle ne peut lâcher prise et s’agrippe ferme aux crocs. Rien. Elle ne dévorera rien : ni dedans, ni dehors. Mais tenir a un prix. Les nervures du cou sont nouées pour ne rien relâcher. Nul mouvement n’est possible. Nul regard détourné. Figée dans son effort, liée par son effroi.

Désertée, elle attend. Elle attend que la bête se fatigue.

Qu’elle se lasse de broyer les épaules de la proie en l’étau de sa serre.

&&&


Enrayer la machine à attendre.
Refuser de rester cruche vide attendant pour son vin quotidien.
Se passer de, faire sans.
S'attendre à tout pour n'attendre plus rien.

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Published by Clarinesse - dans Errements narratifs
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commentaires

hozan kebo 06/10/2009 19:27


Enrayer attendre ?
Refuser  rester ?
Se passer de, faire sans.  (oh non ! oh non !)
attendre  attendre …..

….  ah enfin le vin quotidien.


Clarinesse 06/10/2009 20:28


Ah... Je me disais bien aussi que vous ne résisteriez pas au vin. :))
C'est vrai, ça. C'est toujours utile, les cruches.
Le tout est qu'elles ne soient pas trop fêlées.


Slevtar 06/10/2009 15:57


Je ne suis pas encore allé lire le texte de Brigitte GIRAUD ; je vais attendre un peu, le temps que le noeud qui vient de me serrer le ventre se relâche.


Clarinesse 06/10/2009 18:45


Pôv'Slevtar, vous me voyez navrée de vous infliger une telle angoisse.
Navrée, et 'mue, aussi, profondément, par ce partage. Pardon et merci à la fois, donc.

Il se trouve seulement que depuis lundi dernier, un très vilain et têtu torticolis m'interdit de tourner la tête, et même de la lever. Avec les côtes qui lui rentrent dans les tripes à force de
rester tordue : la cage se rétrécit. Alors j'ai prêté à la jeune femme de la photo de Brigitte ces symptômes, comme une correspondance.
Mais vous savez, rien de grave. Nous autres poètes (vous le savez car vous en êtes), sommes prompts à faire d'un rien un univers, et nous avons toujours sur nous une épître, fille de nos
caboches.
... dit Cyrano en tendant sa lettre à Christian.


brigitte giraud 05/10/2009 20:46



Merci, Clari de cet hnneur. J'ensuis très très flattée. Joli texte que tu as écrit, comme souvent, comme toujours d'ailleurs.



Clarinesse 06/10/2009 18:32


You're welcome. :)


Ut 05/10/2009 09:38


Bonjour,
Une amie qui ressemble à votre écriture m'a donné ce lien... et quelle écriture!
Un cri fermé; une cloche de silence; une incarcération à vie....
J'aime ces mots. J'aime l'âme qui les a écrits.


Clarinesse 06/10/2009 18:32


Wouaouh ! Les mots précis, aigus, de votre enthousiasme me touchent énormément.
Merci, beaucoup.
"Un cri fermé; une cloche de silence; une incarcération à vie...."
C'est très exactement ça. J'aurais aimé l'écrire.

Je suis allée flâner chez vous. Belle rencontre !
J'y ai aperçu Arthémisia. :)


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