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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 07:27

 



 

 

Le titre, d’abord, frémissant comme une fragile promesse.
Le tableau, ensuite, de l’auteur, peintre aussi, chaude enveloppe de couleurs et de traits.
Belle. Je ne trouve rien d’autre ; ou alors trop.

Et les mots. Ceux d’un médecin, chef de service spécialisé.
Ceux des infirmières, ceux de leurs évanescentes protégées, et ceux de Brigitte Giraud, surtout.

C’est un livre sur l’anorexie. Lire un ouvrage sur pareil sujet ne va pas de soi lorsqu’on n’est pas hanté par les mêmes démons. Mais les démons ont ceci de commun, quelques divers qu’ils soient : ils parlent tous la même langue, ou du moins partagent-ils tous un vocabulaire semblable. Et tous, ils se sont frayé un chemin vers le cœur vif de l’être, comme des termites dans une charpente. Alors, sans aplanir l’extrême et irréductible spécificité de l’anorexie, qu’importe le nom de vos rongeurs intimes. Qu’importe que vos falaises intérieures vous mènent vers tel ou tel précipice. La seule condition pour comprendre une faille est d’avoir en soi une fêlure qui la laisse s’y engager, de ne pas être une forteresse.

Dans ces pages, on comprend. Et on apprend, aussi.

On apprend que l’anorexie exista en tous siècles, et qu’avant l’avènement du règne du psy, elle fut longtemps assimilée à une ferveur mystique, une consomption par laquelle les saintes se laissaient gagner plus vite par l’apesanteur des cieux : Claire d’Assise, compagne de François du même nom, fondatrice des Clarisses ; Catherine de Sienne, d’autres encore.
Et tant d’auteurs : Michaux, Kafka (cf Un artiste de la faim), Camus, Simone Weil, Amélie Nothomb (cf Biographie de la faim), même,… furent approchés, voire dévorés par le vampire.

 ... et on comprend. Beaucoup.


Extraits : « Je crois que, de la même façon que les larmes pour la petite fille, l’anorexie vient apaiser quelque chose en soi. »

Il s’agit d’ « incarner la conscience tragique de l’existence. […] Le sens des choses est parfois si seul ! »

Ou cette phrase si juste : «  A remuer la glaise du mal, je ne donne forme à rien. »

Et pour finir, cette citation de l’Homme révolté de Camus : « Je crois que je ne crois à rien et que tout est absurde, mais je ne puis douter de mon cri et il me faut au moins croire à ma protestation. »

 
PS 1 : Ne pas confondre Brigitte Giraud avec Brigitte Giraud

PS2 : J’espère n’en avoir pas trop dit et défloré le cœur de l’œuvre.

 

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Published by Clarinesse - dans Citations fascinées
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commentaires

duthillier 27/07/2012 00:41


bonjour


je me suis permis de prendre quelques images


 


http://youtu.be/cSNKeKqw_8U

Désirée 29/09/2009 19:51


On en parle souvent avec ma fille qui a des "accès d'anorexie " dû bien sûr à sa maladie, mais qui n'ont rien à voir avec l'anorexie mentale. Je peux témoigner de ma grande souffrance en tant que
parent face à l'amaigrissement rapide et qui semble ne jamais devoir s'arrêter de ma fille. La confrontation à la mort si elle est déjà très difficile quand on la vit pour soi, est carrément du
domaine de l'insupportable quand il s'agit de son enfant. J'apprends à ne pas dire certains mots tels que "fais un effort", je prends sur moi parce que j'ai pris conscience du mal que je pouvais
lui faire à la culpabiliser alors qu'elle ne peut tout simplement pas manger...

En mars dernier ma fille ne pesait plus que 37 kilos pour 1 m60. Aujourd'hui elle est remontée à 44. Elle a un meilleur appétit, mais jusqu'à quand...



Clarinesse 29/09/2009 22:14


Désirée... je ne sais que dire. A peine oserais-je dire que je comprends, tant cette identification frôle l'indécence. J'imagine que je comprends, tout au plus. Je pense à toi et à ta fille. Que
peut-on faire ? Te prêter la pauvre idée d'une épaule supplémentaire. T'assurer d'être une oreille attentive (un oeil, en l'occurence). Courage et espoir, je te les souhaite autant qu'il est
possible, et t'embrasse.


DEB 29/09/2009 18:04


Ceci que j'ai noté dans le magnifique livre de Brigitte Giraud : "Je ne mange pas parce que je ne veux pas nourrir ce qui m'a fait mal, ce qui m'a meurtrie."

Merci d'en avoir parlé avec cette sensibilité.


Clarinesse 29/09/2009 22:06


Oui, cette phrase aussi est magnifique de justesse, comme tant d'autres encore.
Merci de votre remarque, car il est périlleux de parler quand l'être (car il s'agit ici plus d'un être que d'un sujet inerte) est aussi fragile que du cristal, et que l'on ne peut s'avancer sans
craindre de briser quelque nervure.


papet croûton sans blog 28/09/2009 16:04


J'ai une petite-fille (22 ans) qui s'est fait enlever une partie de l'estomac, ce qui s'est traduit par une division de son poids par deux en un an.
J'ai eu une élève hospitalisée (à 15 ans), car son poids tutoyait les 40 kg...
Même souffrance ?


Clarinesse 28/09/2009 19:22


Je ne me prononcerai pas sur un sujet si complexe que je ne connais que par procuration, laissant peut-être répondre ceux qui en sont familiers. Mais les similarités me semblent l'emporter, du côté
de l'humain.


dominique boudou 28/09/2009 13:22


Oui, les "termites" rongent d'abord les graisses, puis les muscles, puis les organes en phase terminale. 7 à 10% des anorexiques meurent. Ceux qui ne meurent pas survivent avec des troubles
associés qui font de l'existence une déchirure permanente.


Clarinesse 28/09/2009 18:43


... Silence recueilli.


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