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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 19:53

Cet été, il fit chaud.
Je me mis donc fort logiquement en quête d’un éventail. En vain.
En vain car notre époque peu avare en paradoxes construit des climatiseurs aussi lourds que gros que moches que polluants, se pâme devant les pièges du marketing simili-écolo, mais est infichue de remettre à la mode cet objet aussi léger qu’esthétique, et aussi peu encombrant une fois plié qu’un stylo dans un sac à main.
Je finis tout de même par en dénicher un en bambou sur un marché cévenol, entre six pots de miel et trois douzaines de pêches. 2 €, toile comprise.
Bon, fort bien, mais c’est pas tout ça, le plus dur reste à faire : oser se promener avec un pareil accessoire sans donner l’impression de se prendre pour Karlotta Lagerfeld. Bon sang, mais suis-je donc la seule dinde à me rappeler que la façon la plus simple de se rafraîchir quand on n’a pas un ruisseau ou un océan sous la main consiste à remuer de l’air sans agiter les bras comme un sémaphore, et, version 2.0, à remuer de l’air devant son visage préalablement aspergé d’eau (ou, pour les civilisés adeptes du packaging lourd, délicatement passé au brumisateur.) Ben oui, il semble que personne ne s’en souvienne. Mais qu’est-ce que c’est que ces amnésiques ! Z’avez jamais vu un film avec des crinolines, ou quoi ? Quand je vous dis que le bon peuple est nul en histoire ! Même pas fichu de se souvenir de comment on fait du frais sans électricité !
Je finis par prendre mon courage à deux mains et mon éventail à trois doigts (un devant, deux derrière – sans « s » à « derrière », merci), et le sortir le plus discrètement possible, non sans m’être assurée que le manque absolu de grâce du reste de mon attitude apportait sans ambiguïté possible au passant la preuve qu’il ne s’agissait pas d’un cas de snobisme aigu aggravé de morgue, mais d’un simple sens pratique humblement assumé.
Sans compter que ledit éventail peut aussi servir de pare-soleil : il suffit pour cela de le faire pivoter selon un axe vertical jusqu’à l’horizontale (soit de lui faire opérer une rotation de centre « votre front » et d’angle 90°, suivant l'axe plus ou moins approximatif de votre nez). Sachant que l’opération est aussi rapide et indolore que la démonstration est lourde, il serait dommage de s’en priver. C’est beaucoup plus classe qu’une visière de golfeur.
Je fais ma maligne, mais je n’ai dû le sortir que deux fois devant témoins.
Néanmoins, Pierre petit le vit suffisamment pour être habitué à la morphologie de cet organe supplémentaire.
Quelques semaines se passent, et on lui offre un petit avion en toile. Un tout rouge, tout beau.
Et là, sourire radieux et cri du cœur :
« Oh ! Un éventail ! Merci !  Il est magnifique ! »

Cet enfant est délicieux ! Vous alliez le dire ? Non ? Tant pis !
Précisons qu'il en goûta les plaisirs, puisque les soirs de grande chaleur,
il eut l'occasion d'être brumisé puis éventé avec ravissement.

Ce qui ne l’empêcha pas de redoubler d’enthousiasme lorsqu’il comprit comment on s’en servait et de courir en tous sens sur l’étendue d’herbe pour rattraper son bolide à vent.
Avouez que la ressemblance est trompeuse, et que cela me donna sur le champ envie de lui chiper son avion pour m'aérer sans éveiller de soupçons aristocratophobes.











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Published by Clarinesse - dans Enfantillages
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Désirée 29/09/2009 20:02


Il y a quelques années en arrière j'ai vu un très beau reportage sur le dernier artisan/artiste qui en fabrique à Paris. Il a une petite boutique ce monsieur qui fait aussi un peu office de musée.
Et si tu voyais les merveilles qu'il possède!! Et tu sais quoi? bin j'ai voulu en acheter un, un vrai, un beau, en soie toussa toussa pour la fête des mères, et quand je me suis pointée sur les
sites d'enchères et bin dis donc ça se battait comme chiffonniers en foire! C'est très recherché les éventails.

Bon puis ça m'évoque aussi Fanny Ardant dans Ridicule, qui planquait des messages derrière le sien pour aider son amant à l'esprit défaillant face à celui bien acéré de Ponceludon. J'ai beaucoup
aimé ce film. Et j'adore quand les dames font claquer leur éventail. D'ailleurs il y a un langage qui va avec l'éventail, suivant comment tu le tiens cela veut dire plein de gourgandises aux
messieurs!


Clarinesse 29/09/2009 22:21


Ah, c'est très recherché ? Mais comment se fait-ce que je n'en voie jamais en activité ?
Remarque, guère surprenant qu'il fasse l'objet des convoitises des collectionneurs.
Tiens, je serais curieuse de savoir le nom donné à ces animaux-là : des anémophiles ? :))
Si quelqu'un a des lumières sur le sujet, ça m'intéresse.

Et il existe un langage des éventails, comme celui des fleurs ou des mouches au XVIIIe ?
Je ne savais pas, mais il n'est guère étonnant...

Oups, j'espère bien que celui de la photo n'a pas été bavard à mon insu et n'a pas raconté de bêtises ! :)


Arthémisia 28/09/2009 22:50


pas de pb!
je me sais...et assez bien et j'aime beaucoup jouer de moi.
Bises derrière...l'éventail.
Arthi


Clarinesse 29/09/2009 22:08


Et ben valà : Ende gut, alles gut, comme ils disent. :)


Arthémisia 28/09/2009 18:46



Non, non, c'était des françaises...à Paris.
Et moi quel est mon problème ? Le culot?!!!!



Clarinesse 28/09/2009 19:17


Mais, euh, non..., qu'est-ce ?
J'avons jamais dit que tu avais un problème ! Au contraire : que le seul problème dans l'histoire était ma propre timidité, et que tu avais bien raison de ne pas avoir de complexes.
Et quand je parlais de touristes, c'était pour me moquer de mes propres frilosités, pas de toi !
'solée de t'avoir vexée à l'insu d'mon plein gré.
Nan, nan, t'as bien raison.
Et comme disait Brigitte, on devrait se faire une sortie éventails en groupe. Avec Augenblick, aussi. Dans le mé'trop'chaud.:)


papet croûton sans blog 28/09/2009 15:58


La dernière fois que je m'éventai, ce fut en Chine, il y a une quinzaine d'années. Avant le décollage, on nous avait distribué ce plaisant accessoire, car le pilote avait coupé la clim pour avoir
toute la puissance au décollage (qui fut d'ailleurs fort laborieux). Une fois le train rentré, il la remit, ce qui fait qu'il y eut des nuages autour et dans l'avion...


Clarinesse 28/09/2009 19:20


Des nuages dans l'avion ? Pouah ! De l'air, de l'air ! Je déteste les lieux dont on ne peut ouvrir les fenêtres.


Slevtar 28/09/2009 14:07


J'allais ronchonner contre encore un objet qui allie l'utile à l'esthétique et à usage exclusivement féminin ! Mais je vois que je pourrais sortir le mien au moins à Barcelone. Une raison de plus
pour une prochaine échappée au soleil (bien que celui-ci ne me manque pas).


Clarinesse 28/09/2009 19:19


Voilà une grande vérité : incontestable que le nombre d'objets ingénieux qui entourent les femmes ne souffre aucune concurrence avec l'indigence du bagage qui encombre à peine les poches des
messieurs. D'où la taille des sacs à main...


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