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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 01:14


Pour une sociologie du déchet

 

Pour connaître l’homme, sondez les reins et les cœurs.
Pour comprendre le consommateur, videz cendriers et poubelles.

O tempora, o mores ! Sic transit gloria mundi, etc, etc…
Relisez les naufrages pirates de vos Astérix préférés. (Et en plus, on vous fait un dessin.)


Un bon indice pour repérer ce que deviennent l’idée et la réalité de la culture dans l’esprit de l’occidental moyen : les questions posées sur les petits rectangles d’aluminium multicolores emballant les Apéricubes.
Amère étude.

En quelques trente années de participation à diverses réjouissances conviviales, il m’a en effet semblé pouvoir distinguer une nette et inquiétante évolution de la nature des questions.

Ainsi l’histoire et la littérature ont-elles depuis quelque temps totalement disparu de ces quizz fromagers au profit du sport et du show-biz. Seule la géographie demeure encore un peu épargnée, eu égard au potentiel exotique d’horizons club-médiques qu’elle recèle.
Pourtant, en ma lointaine jeunesse, il me semblait parfois rencontrer, au détour de ces effeuillages lipidiques, quelques questions gentillettes pour collégiens studieux qui se rapportaient à ce qu’on appelait encore la culture* générale : « Qui est l’auteur des Rougon Macquart ? Qui assassina Henri IV ? En quelle année François Ier alla-t-il s’amuser à Marignan ?  Qui était la mère de Louis XIV ? Balzac est-il l’auteur de la Divine Comédie ? » etc…
Or aujourd’hui, que lit-on ? : « Quelle émission de télé-réalité a révélé Loana ? Qui a remporté la coupe du monde de foot en 1995 ? Quel acteur interprète l’inspecteur Machin dans la série du même nom sur T F Brun** (**voir la signification de l’adjectif chez Rabelais). »
Ce n’est plus le Petit Robert des noms propres que les rédacteurs de ces déchets épluchent afin d'occuper les oiseux grignoteurs, c’est le programme télé.
Pour notre contemporain moyen, la culture, ce n’est pas avoir une vague idée des pépites d’or humaines qui sont parvenues à nous éclairer et nous construire par delà l’écume des siècles.
C’est connaître les derniers résultats sportifs ou les paillettes de pourriture télévisuelle qui auront rejoint le néant absolu que mérite leur inanité dans moins d’une demi décennie au mieux.


Et il en va hélas de même pour toutes les émissions fondées sur des questionnaires, dont j’ai honte de parler, vu que tout le monde y’ va penser que je les regarde. Bouh ! :(
(Nan, j’vous jure, être tombée sur quelques minutes de ce genre d’abrutissement il y a une paire d'années a suffi à me convaincre que ce gavage de vacuité nuisait gravement à la propreté de mon salon et à mon amour de la vie.)
Tout en bas de l’échelle, on en arrive à ne même plus demander une vérité factuelle, quelque insignifiante qu’elle soit : on demande ce qu’en pense la majorité des gens.
L’universel micro-trottoir, mi-crottoir.
On ne demande plus : « Quelle est la hauteur de la tour Eiffel ? »
Mais « Quel est le pourcentage de Français qui pensent que la Tour Eiffel fait plus de 500 mètres ? »
Voila ce que ça donne, une génération complète élevée dans la croyance qu’on peut voter pour décider de l'accord d’un participe passé.
Y a pas à dire, l’ORTF, c’était quand même autre chose !



* Bien sûr, cette conception « question-pour-un-championesque » de la connaissance est en un sens le degré zéro de la formation intellectuelle. « En un sens » seulement, parce que tout de même, il me semble qu’un binoclard nœud papillonné en pantalon à carreaux est plus inoffensif pour la démocratie qu’un citoyen en âge de voter qui croit que la Guerre de Quatorze a eu lieu au quatorzième siècle. Et je pose la question : avons-nous conscience, nous autres « gens bien nés et bien éduqués », de ce que représente notre civilisation pour la quasi-totalité des moins de trente ans ? Y a-t-il, pour la majorité d'entre eux, à l’audition de cette question, quelques images mentales qui surgissent : de vieilles pierres, d’illustres ancêtres, des chefs d'oeuvres artistiques et littéraires, des  valeurs humaines et culturelles ? Si vous le croyez encore, c’est que nous ne devons pas fréquenter les mêmes quartiers et les mêmes écoles.
 Car les suants musculeux et les poupées siliconées ont remplacé dans les galeries de portraits mentales les rois et les écrivains (ou, au mieux, Angot a évincé Hugo), les scores de tous sports ont phagocyté les dates capitales, les plateaux vitrifiés de télé ont fait oublier les châteaux de la Loire, et les tags subventionnés ou non ont effacé les chefs d’œuvres du classicisme. A chaque époque ses gloires.

Bougez pas, je vais chercher une capsule de cyanure et je reviens.
Y en a en rab. Qui n’en veut ?

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commentaires

finance dissertation 16/10/2009 12:31


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finance dissertation


Brigitte Lascombe 06/09/2009 13:05

S'il y a du rab alors!

Clarinesse 07/09/2009 21:32


Z'en voulez un peu ? Ca s'refuse pas !
Mais peut-être est-il préférable que quelques uns demeurent encore les yeux ouverts...


dominique boudou 20/07/2009 13:22

Bof ! Il m'arrive de m'émouvoir aussi de ce que la culture tout le monde s'en tape. Mais finalement est-ce si grave ? Et puis recule-t-elle autant qu'on le dit ? Il faudrait faire un vrai état des lieux.

Clarinesse 07/09/2009 21:51



1°) Oui, c'est grave, sans aucun doute.
Pour la démocratie et la civilisation. Car où la culture recule, la barbarie avance :
il n'y a pas de vide possible, la vie en a horreur.

2°) Oui, elle recule autant qu'on le dit, et plus encore.
Ce n'est pas une impression de vieux schnock.
Il n'y a pas d'âge pour avoir les yeux ouverts.
Même Cormac McCarthy, dans "No country for old men", le dit. Le livre, pas le film. Alors...

L'état des lieux, il me semble que tout prof de collège ou lycée le fait tous les jours.
Et très précisément, très quantitativement. Ce ne sont pas des impressions diffuses.
Il suffit de comparer les manuels d'il y a 40 ou 50 ans avec ceux d'aujourd'hui.
Il suffit d'entendre parler la moyenne des gens, et de comparer avec des enregistrements radiophoniques ou de l'INA, des microtrottoirs d'il y a 30 ou 40 ans.

L'appauvrissement de la syntaxe, du vocabulaire de la moyenne des gens est tout simplement un effondrement. Et la montée de la violence qui l'accompagne est inversement proportionnelle.
Du discours à l'éructation.
Les radios grand public d'il y a 40 ans ressemblaient plus à France Culture ou Inter que les fameuses radios libres, FM raffinées comme NRJ, Fun ou autre que la plupart écoutent.

Le premier fossoyeur du service public, de sa qualité et de sa liberté, n'est pas celui qu'on croit.


Evidemment, on va vous ressortir des citations latines pour vous prouver que c'est un topos vieux comme le monde, la désolation des anciens sur l'inculture des plus jeunes.
"Laudator temporis acti, contemptor temporis praesentis".
Ben oui, mais justement, la décadence de Rome, ce ne sont pas que les murs, qu'elle a affectés.
Et on est en plein dedans, dans notre décadence.
Une société est un organisme cohérent : on juge un arbre à ses fruits, et un pays à ses chefs...



stipe 17/07/2009 13:17

belle découverte, au détour d'un hasard, que ce blog !je partage cet effroi face à la paupérisation des esprits. En voulant vulgariser la culture, on l'a surtout rendue vulgaire.Bel exemple, celui de la question statistique "combien de français pensent que la Tour Eiffel mesure plus de 500 mètres ?", façon polie à l'heure de manger, de demander "quel pourcentage de nos contemporains sont complètement cons ?".Et aujourd'hui, Hugo est le réalisateur du film "Les Misérables", les Beatles sont les précurseurs du karaoké, Vian est mort y'a 50 ans mais on comprend pas trop ce qu'il faisait avant d'être mort, Picasso est un designer chez Citroën et Jaurès est une station de métro.Alors que c'est même pas vrai !(sauf pour la station de métro...)

Clarinesse 07/09/2009 22:37


Vi, pareil.
Disney est l'auteur de Notre Dame de Paris, et Roméo et Juliette, un chouette scénario d'Hollywood.
Merci de votre visite, et pardon du silence radio estival.


MademoiselleLacloche 17/07/2009 12:35

Le banissement des apéricubes de mes appartements pour cause d'atteintes écologiques, culturelles et gustatives - au même titre que la télé - a donc du sens! Notamment parce que j'avale tout ce qui passe, me nourissant dans la plus totale boulimie d'émissions débilitantes (d'où le sevrage par l'éradication de la cause) autant que de grands auteurs (et plus petits, aussi).Donc...Je veux pas dire (mais si, quand même), mais Madame de K a raison (encore une fois) (que m'a-t-elle promis en échange de mes flagorneries, mystère!) (=P)

Clarinesse 07/09/2009 22:35


Bien d'accord sur les cubes métallisés.
J'en achète point non plus, mais quand y en a, j'en grignot quand même.
Pour ce qui est de relativiser le constat, en revanche, pas sûr. (Voir réponse à Dom Boudou.)
Et désolée pour le retard insensé de la réponse.


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