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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 23:20

 Préambule (bis) et précautions d'emploi :

Sachant qu'Apo est à Cla ce que Hyde est à Jekyll, ne point confondre. 
Présence non autorisée de l'une en l'autre.
Mais rien à faire, la catharsis dans le secret n’opérait pas :
il fallait traîner l'âme damnée au grand jour pour l'exorciser. Alors voilà.
Parce qu'il y a d'autres sujets qui attendent, interdits de séjour tant que page blanche n'a point été montrée et que page sombre continue d'obstruer les issues.


Il en est de l’amour comme de l’alcool ou du chocolat. Certains savent y goûter avec modération, en fins gourmets, connaisseurs raisonnables des plaisirs d’ici-bas. Et d’autres s’y engouffrent, aspirés par la tornade incontrôlée d’une attraction qui ne trouve sa fin que dans l’autodestruction. Toute inclination leur est passion ; toute passion leur devient addiction. Ils en meurent ou la tuent.
A n’en pas douter, Apolline faisait partie de cette seconde et fluctuante catégorie.

 

Pour eux, l'amour, c'est comme le cancer :
ce n'est pas parce qu'on tranche une tumeur qu'on empêche les métastases de s'éclater.
Telle une souris effarouchée, pourtant bien décidée à ne plus remettre en jeu sa pompe à sang dans ces bûchers qui vous laissent aussi exsangue et calciné que ceux des chasses aux sorcières, Apolline s’était réfugiée dans une impasse.
Tellement étroite qu’elle ne savait plus comment faire demi-tour.
La tête prise dans un cauchemar, au lieu de suivre les fils d’or et d’Ariane qui lui montraient la voie, elle les avait rongés.
Se murer dans un détachement anesthésique était la seule solution qu’elle avait trouvée pour rester debout toutes ces années, malgré le reste.
Une salle d’attente. Une antichambre. Apolline n’avait jamais quitté l’antichambre de l’existence.
Jamais encore fait coïncider autrement que dans les apparences rêve et réalité. 
Lèvres closes et bras croisés, "elle vit sa vie par procuration, toute à son poste de dépossession."
La bouche cousue, suturée sur des tourmentes tues, des silences hurlants, le cœur pressé derrière des poings serrés, comprimé par l'apnée et battant d’autant plus sourdement qu’il y a moins d’oxygène.
Et sourire, encore et toujours. Tout va bien…

Puis elle avait entrebâillé la porte, et jeté l’encre à marée haute, enfin.
Comme un mollusque attendant sous le sable, elle avait laissé les fragiles membranes de ses chairs ondoyer sous les amples courants du grand large.
Elle avait lu, avait écrit ; elle s’était laissée dissoudre, perméable, poreuse.
Dépossédée de son refuge. En attente. En transit.
Sous perfusion. Elle avait vécu sous perfusion pendant des mois.
Disparue dans le siphon. Il lui fallait reprendre pied.
Noyée dans l’eau salée intarissable. Comme le Paic Citron : quand y en a plus, y en a encore.
Et il aura fallu en faire couler, des litres d’eau, pour réussir à les décoller un peu, ces patates carbonisées au fond de la poêle. Quand elles s’attachent, elles y laissent leur peau.
L’avait failli laisser la sienne. Mais seul un petit bout y était resté.
Non, décidément, elle n’était pas faite pour le vaste monde.
L’huître se referme. Le bigorneau réintègre sa coquille.
Pont levis relevé et couvre-feu. "Couvrez ce feu que l'on ne saurait prendre."  
Ce feu de paille qui n’en finissait plus d’embraser la forêt desséchée de ses impasses, qui n'en finissait plus de se laisser attiser sans plus personne ni pour l'éteindre, ni pour s'y chauffer.
Le silence avait été décrété, imposé. Fort bien, donc.
Ce silence qui grandit comme une méduse au fond des poumons et qui étouffe, étouffe.
Jusqu’à enfin pouvoir le crever, en percer la poche et en répandre l’eau trouble sur la page.
Ne plus penser. Ne plus relire et ne plus lire. Ne pas regarder le vide au-dessous. Ne plus laisser ce vertige s’emparer de son être disloqué. Ne rien remuer de cette coupe pleine à ras bord encore d’acide qui ne demande que le moindre cahot pour déborder toujours.
 Non, décidément, elle ne s’en remettait pas.
Un caillou dans la chaussure. Un caillou qu’il lui fallait lancer sur la surface imperturbable du lac pour troubler le reflet qui la hantait et enfin, pouvoir détourner son regard sous hypnose.
Elle avait posé les clefs 
sur la page, mais elles ne furent pas prises.
Alors elle s'est arraché le cœur, l'a enfermé dans le coffre cadenassé, et a jeté la clef.


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Published by Clarinesse - dans Errements narratifs
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commentaires

hozan kebo 09/04/2009 17:15

cette Appoline est quand même excessive ! avant cet arrachage de coeur - qui vous a un côté opération Terre Brulée-  grandiloquent elle aurait pu s'offrir une bonne bouteille de Saint Véran par exemple , se la siroter tranquillos en regardant tomber la nuit . Je doute qu'ensuite elle aurait eu autant envie de se charcuter façon Barnard  (a-t-elle au moins un bon bistouri ou emploie-t-elle un vulgaire ouvre-boite?)

Clarinesse 11/04/2009 08:36


Je vous l'accorde, tout cela est bien théâtral. Tâcherai de ne pas récidiver trop souvent.
Mais cet anti-pathos me sidère, dit Antipater de Sidon. :) (L’est encore chaude, elle sort du four. J’en ai battu des mains comme une otarie euphorique, dites donc !) Comment ça c’est grandiloquent
? :) Et encore, z'avez pas vu l'espèce de bourbier amazonique qu'était la version initiale. Ben vi, quand ça débloque, je grandiloque. Y en a qui font des crises d’urticaire, de goutte ou d’acné.
Moi, je fais des crises d’emphase. Mais à y bien réfléchir, même si ce n’est guère évident au vu de l’aspect purulent de la pustule, c’est plus le remède que le mal. On se soigne comme on peut :
les uns par des cures d’homéopathie, les autres par des cures d’amphigourie. Une bonne rasade au coucher, et hop, un sommeil de plomb succède à une journée… de plomb aussi. C’est très pratique,
l’automédication est autorisée (pas besoin d’ordonnance) et c’est gratuit ! Voir ici : http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-16419186.html


MOn nom? un Nom? DES noms.... 09/04/2009 07:29

Enfants- dans mon cartier sensible- nous avions pour coutume de rire gaiement des alcoliques. "C'est pas grave l'alcolité", révèle l'enfant, tout circonspect de légereté, les mains sur les sangles de son cartable tout carré.Ca devient terrible et grave quand l'ivrogne se cache pour boire et dissimule son ivresse, fatalement trop belle pour ne pas devenir laide sous les yeux des autres.Celui là,les morveux ne viennent pas l'embeter avec des bouts de bois , nan. Ils passent leur route et feignent une ignorance craintive. Mais passées trois ou quatres flaques d'eau, soyez-en sûrs il y aura volte face  et attribution de surnoms crades, il y aura regard en coin.Ce regard, c'est de l'indulgence, la sévérité de ceux qui qui ont regardé où ils marchaient et ne sont pas tombés dans un trou.Appolline Mascarin me fait penser à Doloress BoutbouL

Clarinesse 11/04/2009 08:38



Serait-ce lié ? Au vu de la pathétique débauche de cette grandiloquence claudicante, d’aucuns, connaissant ma réserve habituelle en société, me demandent, ayant lu, si je n’aurais pas bu. Moâ ?
Meuh non ! Nul besoin d’alcool pour noyer ses humeurs. L’inanition et la soif extrême parviennent aussi très bien à provoquer de jolies hallucinations colorées. Et à moindres frais, en plus. Que
demande le peuple ? L’air est frais, dans les hauteurs, n’est-il pas ? Courage, fuyons.



Loïs de Murphy 07/04/2009 20:51

Pourquoi se modérer avec le chocolat ? :o)

Clarinesse 07/04/2009 21:19


Dans l'absolu, t'as ben raison. C'est vraiment trop injuste.
Mais manifestement, tu n'as pas vu l'état de mon postérieur après Noël (on m'a dit que c'était pas poli de le montrer, alors on se passera de preuve.) Et dire qu'on est en plein dans le
passage des lapins et des cloches de Pâques. Ah, on n'est pas aidé ! Soupir.
T'en as de la chance, toi, d'avoir Seccotine comme pompe-calories... :)


Sylvaine 05/04/2009 10:48

Mon bon salut Ayron...le lac est tout empanaché de bleu et le ciel a des azurs chevaleresques. Cla...l'euthanasie permet de mourir sans souffrance et enfin abréger celles INUTILES! il y a tellement de choses qui encombrent la vie !

Clarinesse 06/04/2009 14:58



Certes, un peu comme tout ce qui traîne au fond des placards. M'enfin autant bien l'avoir remplie avant de la quitter.



Isabelle 04/04/2009 11:59

Elle a jeté la clef ... c'est malin, je suis sûre qu'elle s'en mord les doigts maintenant !! Apolline, je la connais, et elle a pris goût au tourbillon, elle est accro. C'est de sa faute aussi, elle n'avait qu'à pas y toucher. Si seulement, elle était un peu moins sensible, si seulement, elle était un peu moins accro à la vie ...

Clarinesse 04/04/2009 17:57


Tiens, vous ici ! Ca me fait drôle, mais drôlement plaisir. Je savais bien, qu'il fallait finir par lui faire prendre l'air, à ce fichu texte ; que le laisser moisir à l'ombre, c'était pas bon
; que la seule façon de l'éclaircir était de le soumettre aux regards et aux remarques, et qu'eux seuls avaient le pouvoir de lui ôter le côté obscur de a force. Et ben voilà qui est fait,
merci !
Quant à la clef, bah, n'ai pas dû la jeter bien loin. Elle a dû atterrir derrière l'armoire après avoir rebondi contre le mur. En bonne écolo et petite fille de paysans, suis incapable de rien
jeter vraiment (hélas d'ailleurs). La reine de la récup'. "On sait jamais, ça peut encore servir."


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