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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 22:32

 

Ou ce que peuvent donner les cogitations approximatives d’une lycéenne littéraire égarée en terminale scientifique, pendant les neuf heures de maths et les cinq de physique (si ma mémoire est bonne) imposées à sa folle semaine.

J’ai toujours aimé les maths. Cette façon de percer le secret du réel en formules acérées se jouant du bon sens, à tout prendre, est-elle si différente du travail du poète ?
Certes, c’est à la mode. Deux numéros déjà que Télérama consacre en quelques mois à la beauté des maths, réaffirmant leur appartenance au vaste monde fort accueillant de la culture. Sans oublier la nécessaire rubrique de Madame de K,
chantre officielle inspirée d’icelles.
Mais oui, c’est beau, les maths, qui en doutait ? Ce monde idéal où les objets n’existent que par leur définition, où formules et figures coïncident dans une parfaite harmonie, où les théorèmes se vérifient toujours.
Mais s’il me divertissait grandement de transposer un problème en équations, de figurer une force par un vecteur, de traduire sans fin une expression en une autre équivalente jusqu’à l’avoir réduite à sa plus simple expression, j’avoue avoir dédaigné avec morgue les fastidieuses formules chimiques et autres mystères électriques auxquels je demeurais aussi hermétique que le tribunal de l’Inquisition devant les démonstrations de Galilée.
Car la différence essentielle entre maths et physique est là : en maths, on maîtrise le système, de a à z. C’est un petit monde clos, qui fonctionne uniquement par autoréférences : énoncé, définitions, théorèmes. Tout y est, et rien d’autre. Si on a pigé le truc, on peut le retrouver tout seul, même si la mémoire fait défaut. D’ailleurs, les matheux sont souvent connus pour leur mémoire de poisson rouge. Quel besoin de s’encombrer d’une formule qu’on peut redémontrer sans trop de peine ?
Alors qu’en physique, et bien sûr je ne parle pas là de la science elle-même mais des programmes du secondaire, n’ayant pas poussé le vice à aller voir plus loin, on vous assène des formules que vous n’avez pas les moyens théoriques de comprendre, qu’on vous demande de bien vouloir apprendre par cœur et d’appliquer alors même que vous y allez à l’aveuglette, comme si l’on voulait que vous fassiez joujou avec un hochet en plein milieu d’une obscure forêt, juste parce que les concepteurs des programmes ont pensé que ça vous esbaudirait les esprits animaux de voir la diode s’allumer et le petit machin faire « tut » quand vous fermez le circuit. Ouais ! Ca marche ! Vous avez suivi le mode d’emploi, étape par étape, et ça marche ! Vous n’avez pas compris pourquoi, vous ne le pouvez pas parce que le processus mis en œuvre excède grandement ce qu’on vous a expliqué, mais vous êtes prié de vous émerveiller.
Ben ça m’énerve. Sans compter que les électrons vont dans un sens et l’électricité dans l’autre, parce qu’on n’a pas corrigé l’erreur du premier savant qui a choisi au courant un sens conventionnel et qui ignorait à l’époque que les électrons avaient une charge négative.
Résultat : après un bac C, je suis toujours infichue de brancher correctement un interrupteur.
Passons.

Alors je m’amusais, durant ces longues heures qu’il fallait bien subir, à philosopher sur la physique, à injecter un peu de psy dans ce phy dont trop d’éléments m’ennuyaient ; à faire de ces formules des sciences des symboles des hommes.
Et je m’étais ainsi avisée un jour que l’on pourrait représenter, fort grossièrement je vous l’accorde, pas la peine de hurler, l’humaine psyché sous forme d’ectoplasmes patatoïdes, à inscrire dans un de ces repères orthonormés et tridimensionnels qui servent à figurer ces adorables fonctions à trois variables. Vous vous souvenez ?
Soit x l’axe des abscisses, y celui des ordonnées et z celui de la troisième dimension.
Et bien donc, dans mon petit monde déconnecté d’ado binoclarde et proprement effrayée par tout ce qui n’était pas pur esprit et ressemblait de près ou de loin à de la chair humaine, on pouvait représenter chaque type de caractère par un solide gélatineux, façon Barbapapa
dont chaque dimension correspondrait à une variable fondamentale de son moi profond.

En x, on figure les largesses du cœur : l’altruisme, la générosité, les capacités d’amour qui vous portent vers l’autre. Version passive, la sensibilité, l’empathie ; version active, l’abnégation.
En y, on place la hauteur de vues : l’intellect, les facultés d’entendement, d’abstraction.
Et en z, ce qui permet de dire « il ira loin » : la volonté, la force de caractère, la persévérance.
Où l’on s’aperçoit que les tournures de la langue n’ont  pas attendu ce genre de schéma pour figurer le caractère en 3 D.
 En plus, on peut affiner l’outil : au-delà de ces trois types primaires, ça vous donne une palette de sept combinaisons (Ah, les délices des combinatoires !
C indice n puissance p = 2 puissance n ; ici 2 puissance 3 = 8, moins un
car nul n’est néant et l’on ne tient pas compte de l’élément o,o,o.
Ce qui nous donne 8-1 = 7. CQFD.) …
qu’on peut ensuite varier à l’infini selon les degrés de chaque dimension, les textures, les couleurs, les densités, les formes, …

Bien sûr, tout cela demeure fort réducteur, et si l’on s’avisait de vendre cette symbolique combinatoire à des profilers ou des chasseurs de tête pour compléter la batterie des tests de QI et autres mises en boîte de la matière humaine, oui, on pourrait rouspéter. Mais tout cela reste entre nous, et c’est la première fois que j’ose faire part de ce cafouilleux bidouillage qui dormait dans mes carnets depuis l’année lointaine de mes seize ans.
La faute à Ayron  
qui réveilla, avec sa citation biblique laissée en commentaire sur le billet (b moins 2) , ces antiques velléités modélisatrices. Je le cite :

« La Bible fait une analogie entre l'humanité et un bouquet de végétaux rituels dans lesquels le parfum représente l’esprit, ainsi que la connaissance; tandis que le fruit représente l’action :
- Le cédrat, fruit et parfum symbolise les personnes qui étudient et agissent.
- La branche de palmier représente ceux qui agissent sans se cultiver.
- La myrte symbolise ceux qui cultivent leur esprit et sont érudits.
- La branche de saule, représente ceux qui n’étudient pas et n'agissent pas. »

Voilà, nous commencerons par les trois types primaires :
(NB : Il est bien entendu que le zéro affecté à chaque coordonnée est tout relatif)

- Le premier, Barbagentil, « x,o,o » de son petit nom, (« on veut pas être méchant, mais effectivement, il est gentil ») s’étale grassement, tout dégoulinant de tendresse pour son prochain, mais n’a pas inventé l’eau tiède. Un peu collant.
Un taxi-guimbarde qui avance cahin-caha, n’hésitant pas à faire mille détours pour rechercher les déshérités au fin fond des routes les plus boueuses. Tout ça ne mène pas bien loin, ne va pas bien vite, mais en sauve plus d’un.
- Le second, Barbabrute  (« o,o,z » en langue de maths) avance, loin souvent, mais pas haut, écrasant tout sur son passage. Un rouleau compresseur.
- Le troisième, Barbintello (« o,y,o » pour symbole) possède une intelligence supérieure, mais est invivable, imbuvable, intraitable.
C’est une fusée. La Terre lui est trop basse et trop étroite. Il brûle de tout savoir, il brûle toutes les ressources disponibles, et ne s’accommode d’aucune finitude. C’est l’espèce d’homme qui s’approche le plus du diable ou du bon dieu. Tout dépend de ses autres variables.

Bienvenue donc au niveau 2, avec les trois types secondaires :

- Barbasensible, aussi noté « x,o,z », est doué d’un fort pouvoir d’empathie, qui le rend réactif à la moindre émotion, les siennes comme celles des autres, sensitif au plus infime frémissement de ce qui l’entoure. Cette hyperesthésie lui est moteur quand les vents sont propices, mais l’étendue de sa voilure le rend vulnérable aux souffles contraires ou au calme plat. A la merci de toute houle un peu forte, il tangue et peut sombrer. « Fluctuat nec mergitur » espère-t-il pour devise, craignant parfois que le « nec » se transforme en « et ». On l’aura compris, c’est un voilier. Hisse et haut, glisse et bas, car n’ayant pas plus d’autonomie énergétique que de volonté interne, il dépend de ce qu’il peut absorber de la force du monde. Ainsi sont bien souvent les poètes et artistes.
 
- Barbapuissant, ou encore « o,y,z », allie à une volonté de fer une intelligence qui lui donne les moyens de ses fins. Il fonce vers l’horizon à ras de terre. Il va vite, il va loin, mais tout cela ne vole pas toujours bien haut non plus.
C’est un TGV, bien sûr de lui sur ses rails dont jamais il ne sort, ignorant beaucoup des espaces qu’il traverse et transperce sans les voir. Ainsi sont la plupart des puissants, en politique ou ailleurs.

- Barbabienfait, « x,y,o » associe à un altruisme impressionnant énergie et persévérance. C’est un tramway omnibus, qui s’épanouit en milieu associatif et humanitaire.

Enfin, Barbagénie, parfaite combinaison d’ « x,y,z », allie à une intelligence hors du commun une générosité sans faille et une ferme volonté. Une main de fer dans un gant de velours, pour la bonne cause et sans se gourer.  Et là, plus besoin de le figurer sous forme de moyen de transport : il a tout sur place. C’est une sphère parfaite, un monde entier à lui seul. 

Vous me direz : « Toute cette fumeuse usine à gaz pour ça ?! » Alors qu’elle ressemble autant à des maths que certaines « œuvres » à de l’art ; alors qu’elle ne suscite que haussements d’épaules consternés et soupirs exaspérés chez tout véritable esprit matheux qui se respecte ?

Euh, ben oui. Avec toutes mes confuses excuses pour le dérangement, fit-elle avec un sourire niais et un gloussement idoine. Ca fait deux fois de suite qu’elle vous fait des sandwiches ou vous ouvre des boîtes de conserve au lieu de cuisiner. Va falloir se reprendre ou bien fermer boutique.  :(
Et encore, on vous a épargné les schémas illustratifs…

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commentaires

Slevtar 06/04/2009 16:36

Votre copie d'agrèg' met la barre très haute à l'entrée du club des potachers en vers !Le prof de maths qui, vu mes notes, avait perçu un petit soucis d'orientation, me fit un plaisant commentaire du style " votre sens de la formule n'est décidément pas adapté à la section C".Le proviseur, dans son rôle d'homme pragmatique sans temps à perdre, m'avertit que même en section littéraire certains talents n'exonèrent pas de se conformer au programme.Mes parents (qui avaient été convoqués) eurent l'intelligence et le courage, je crois, de me proposer quelques temps plus tard de partir aux USA via un programme d'échange, pour un séjour d'un an dans une famille. Cet organisme existe d'ailleurs toujours, YFU (Youth For Understanding) et je le recommande. Une année blanche pour la scolarité française, (pas d'équivalence dans le cursus lycée), mais qui m'a sans doute sauvé de l'embourbement.D'ailleurs, c'est le sujet en ce moment avec ma fille ...

Clarinesse 07/04/2009 16:49


"Votre copie d'agrèg' met la barre très haute à l'entrée du club des potachers en vers !"
Mais non, mais non, pas plus que la vôtre, fort impressionnante elle aussi, et d'autant plus si on la rapporte à l'âge du Rimbaud que vous fûtes.
- Après vous, je vous en prie.
- Mais non, je n'en ferai rien. "
(Avec hauts-de-forme, queues-de-pie et courbettes de circonstance.)
En tous cas, si l'on mesure la valeur d'un arbre à ses fruits, ce sont vos vers qui remportent la palme haut la main, puisqu'ils vous valurent un séjour outre-atlantique. Magnifique ! 


Slevtar 06/04/2009 01:09

Voila qui m'a rappelé la dernière fois où j'ai rendu un devoir de maths en seconde (j'étais en C , disons ... par erreur). Ca s'est fini chez le proviseur. Revu au filtre de ma mémoire, cela donnait quelque chose comme :
" Le tableau neige ses flocons de craieFondus au noir de vaines espérances.Trop d'inconnues dans vos lourds secretsDont vos équations monnaient le silence.
Nombres parfaits, ribambelles stériles,
Têtes chenues aux figures abstraites,
Rien ne sort de votre ultime babil
Que l'addition impayée de vos traites.
 
Y trouvons-nous une quelconque prise,
Aux questions que pose l'enfant à naître ?
Une once de matière autre que grise,
Où s'allient toutes les couleurs de l'Etre ?
Vos chiffres courent à l'infini si mal
Qu'avant l'heure nos dos seront courbés.
Mes rêves d'indiens ont le matin pâle,
Vos flèches me tuent, je vais vous laisser.
Je signe aujourd'hui mon arrêt de vie,Ma formule de fin, mon non retour.L'espace manque à vos géométries,J'irai errer ailleurs que dans vos cours.Je tends cette page comme une toile,
Blanche, vivante en ce vœu de ma chair :Prendre racine au carré de mes voiles,
A chaque pied une aile, au pire un vers."

Clarinesse 06/04/2009 15:12


Excellent !!! :))
Et qu' a dit le proviseur ? Au moins a-t-il reconnu vos talents de poète ou esquissé quelque sourire, non ?
On devrait ouvrir un club : Les potachers en vers. (Non, pas sur Facebook, please)
Car allez voir là-bas : (oui, j'y suis)
http://l-oeil-du-vent.over-blog.com/article-15934118.html 
Cela me valut un royal 3,5/20. Alors que je m'attendais à un zéro, j'ai trouvé cela fort généreux, et le demi-point m'a bien fait rire, puisqu'avec la double correction, j'imagine le débat
surréaliste qui a dû s'ensuivre.
Sinon, lorsque nous étions en khâgne, nous avions imaginé, avec qq amis, de potacher une dissert d'histoire qui portait sur l'URSS de Staline. J'adore l'histoire, mais de là à me farcir les
tonnages de charbon du Kazakhstan en 1953, faut pas pousser. Nous avions donc décidé de citer les mêmes vers du même poète imagnaire, Vladimir Khroupoutchkine. Ca commençait comme ça : "O pleure,
ma vaste plaine de bouleaux,...  etc..." (Avis à correction, Julie et Elisabeth, si vous lisez...) 


madame de K 01/04/2009 15:32

Ben où qu'elle est madame Clarinette ? elle est tombée dans une faille de l'espace-temps ?

Clarinesse 02/04/2009 01:44


Bien vu ! C'est à peu près ça ! Une faille du temps, y  pas de doute : y en avait plus, du temps, l'avait un gros trou. Ai essayé de le réparer.
Et une faille de l'espace, aussi : tombée dans la crevasse, au 36 ème dessous.
Mais là, ça y est, à coups de piolets, ai réussi à remonter de quelques étages. Pas encore au niveau des vaches, mais on fait ce qu'on peut.
Au fait, merci de t'être penchée commeça au-dessus de la crevasse ! Mérite une bise.
Mais tu sais, c'est terrible ! J'ai été voir chez toi. T'as eu la même idée que moi pour le 1er avril. C'est pas drôle ! Du coup, je la mettrai en ligne le 2, la super histoire dont tu fais le
compte rendu dans ton billet poisson ! :)


Arthémisia 14/03/2009 23:17

Point du tout ! Il est par là :http://nuances.over-blog.com/article-28038054.html

roger lahu 13/03/2009 19:41

mesdames ! keep quiet ! Zorro okay d'ac ! mais vous oubliez RINTINTIN !

Clarinesse 02/04/2009 01:49


Ah ben non, pas le toutou. Va faire peur à mon chat !
(Vi, vi, heureusement qu'il arrive plus vite quand l'on l'appelle que cette réponse. Mais vieux motard que jamais.)


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