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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 23:22

… Je n’eus pas besoin de perdre la vue comme Saint Paul sur le chemin de Damas pour comprendre que je n’y entendais goutte en ce domaine ô combien peu glamour qu’est l’économie. Il va donc de soi que la première nulle dont il est question dans le titre de cette palpitante saga, c’est mézigue.
Et pourtant, l’économie, c’est tout de même fondamental, comme dirait le grand Jacques (pas Brel, le russophone amateur de sumos), puisque étymologiquement, n’êst-ce pâs, c’est la mise au jour des lois (nomos) de son environnement (oïkos), la compréhension des principes qui régissent le monde d’échanges dans lequel nous sommes bon gré mal gré aussi étroitement liés qu’un banc de sardines dans les mailles du chalut. Et il est d’ailleurs assez suspect que la plupart des adultes inconsidérément lâchés dans la nature après avoir usé les bancs de l’école plus ou moins longuement n’aient aucune connaissance un peu structurée des mécanismes fondamentaux de l’économie. Des fois qu’ils aient un peu trop conscience du goût de la sauce à laquelle ils sont mangés. L’économie, aussi fastidieuse soit-elle, devrait s’enseigner, dans toute démocratie qui se respecte, durant toutes les années de lycée, car il suffit aujourd’hui d’avoir suivi une filière littéraire ou scientifique ou technique pour n’en avoir jamais étudié une ligne ou presque, ce qui est quand même assez monstrueux, dans la mesure où ne rien y connaître, c’est comme être livré pieds et poings liés au premier bonimenteur venu ; et c’est pas ça qui manque sur la place publique.

Bref, le monsieur qui déploya les pages jusqu’ici lourdement collées à mes yeux du grand livre des rouages économiques se nomme M. Thierry Rebour. Agrégé de géographie, docteur ès lettres, maître de conférences à l’Université d’Amiens, chercheur à Paris I et Paris VII : abondance de titres ne nuit pas. Condition nécessaire mais non suffisante, elle se révèle du meilleur augure quand ils explorent plusieurs disciplines. Ne pas mener une carrière rectiligne, guidé par la seule perspective de monter en grade est un gage de curiosité intellectuelle suffisamment peu pragmatique pour être désintéressé. Se limiter à sa seule spécialité peut permettre, au mieux, de devenir un excellent technicien, mais rarement d’être un grand esprit. Ce prestigieux pedigree laissait donc apparaître la conférence sous de fort prometteurs auspices. Ils ne furent pas déçus.
Car le Professeur exposait, avec la rigoureuse simplicité que seule procure la profonde maîtrise de son sujet, la marche du monde économique. Ni plus ni moins. Alors si vous ne voulez pas mourir idiot, vous pouvez retrouver le contenu de cette limpide conférence, bien loin des faux débats ici 
ou dans son livre, La Théorie du rachat, qui semble avoir été écrit le lendemain du dernier krach boursier alors qu’il fut publié en 2000. Mais si vous êtes comme moi, la prose écrite économique provoquera chez vous une somnolence du plus mauvais effet pour vos capacités intellectuelles. Alors je m’en vas essayer, retroussant mes bras de chemise comme Hercule avant de nettoyer les écuries d’Augias, de vous traduire les propos pourtant limpides du monsieur en termes comestibles pour littéraires peu portés sur les pourcentages et autres taux boursiers.
Bien que le plan de la conférence fût des plus rigoureux, je me permettrai donc quelques entorses, afin de le rendre un peu plus primesautier et seyant dans les pages d’un lieu aussi peu sérieux que céans. J’espère que vous me pardonnerez mon peu respectueux postulat de départ, lequel consiste à vous supposer aussi ignares que moi en la matière. Comme je ne doute pas que ce ne soit pas le cas, je vous prie humblement de ne vous point offusquer de la nature pédagogique du propos, et de ne point hésiter à corriger les erreurs qui se glisseront certainement au fil de la retranscription de ces notes prises avec la graphie fébrile caractéristique des cours les plus denses.
(Et me voilà qui ai déjà pondu trois trop longs textes sans même avoir abordé le cœur du sujet. Et je m’étonne après que mes élèves bavardent en cours…
Hum. Oublions, reprenons et apprenons.)

Déjà, ce que j’avons bien apprécié, c’est la mise en perspective historique du propos. Ca vous  remet les choses à leur juste mesure et calme ou inquiète, c’est selon. Inquiète, en l’occurrence.
Donc, nous vivons actuellement, depuis une quarantaine d'années, l'une des quatre longues dépressions de l'Europe post médiévale.

1°) Le quinzième siècle vous évoquait le Quattrocento italien : Botticelli, Buonarroti, De Vinci et tutti quanti ? Que nenni ! C’est surtout une période de grave crise économique qui se termina vers 1450.

2°) Le dix-septième resplendissait à vos yeux émerveillés d'ancien écolier des dorures du Roi Soleil et de Versailles, s’ornait des rubans alexandrins de Racine et Corneille ? Certes aussi, mais c’était pour mieux masquer la grande dépression qui s’acheva vers 1750.

3°) La Belle Epoque, ses belles robes, son Proust, ses salons, ses quatuors et sa petite phrase de Vinteuil ?  Cache-misère que tout cela ! Toute la fin du XIXème, jusqu’en 1910 et surtout à la guerre de Quatorze, salutaire machine à relancer l’industrie (nous sommes en économie, et l'économie écrase l'homme tel un aveugle Moloch, souvenez-vous en), ne fut qu’une grise crise, elle encore.

4°) Passons sur celle de 1929 dont naquirent les horreurs de 1933 et des années 1940.
Et ben vous savez quoi ? La crise de 1929, à côté de ce qui germe aujourd’hui depuis ce que les économistes néoclassiques ont indûment qualifié de premier choc pétrolier et depuis l’éclatement de la bulle financière ? Et ben c’est de la gnognotte. Et pourtant, le ton n'était en rien alarmiste : si ça fait moins mal aujourd'hui, c'est parce que les gouvernemenst ayant quand même l'expérience de ce premier krach, ils ont su à peu près réagir à l'un de ses paramètres au moins.


Et le monsieur explique, indices, taux, soldes et regard d’historien et géographe à l’appui, pourquoi c’est-y donc que ce qu’on commence à entrevoir, il y a des chances que ça ressemble comme deux gouttes d’eau fétide à ce qui se passa à la chute de l’Empire romain. Je vous vois déjà ricaner (ce que je fus tentée de faire quelques millisecondes aussi) : "ah, ah, encore un illuminé qui agite de fantasmagoriques phobies devant les invasions barbares qui ont suivi". Ben non, c’est beaucoup plus posé que ça, beaucoup plus calme et plus glaçant. Quand une civilisation choit, il est bien plus fréquent qu’elle le fasse sur son propre épuisement, sur ses propres dysfonctionnements qu’à la suite de conquêtes exogènes.
D’abord, il s’agit aujourd’hui tout simplement, selon le monsieur, de la première période où les flux migratoires sont, quelle que soit l’échelle que l’on prend (régionale, nationale ou internationale) centrifuges et non centripètes. L’exode rural, symptomatique de la croissance d’une civilisation et qui fut constant en Occident  depuis le Haut Moyen Age, devient un exode urbain. (Là, je me suis dit que la donnée inédite des nouvelles technologies : moyens de transport plus rapides, moyens de communications plus performants permettant le télétravail, etc… pouvait fausser la donne et compenser l’aspect inquiétant du paramètre. Pas osé objecter. Suppose que c’est un facteur négligeable. Sais pas.)
Mais surtout, ce qui m’a semblé assez génial, c’est l’analogie qu’il a établie entre ces deux périodes éloignées de deux millénaires, et qui est fondée sur l’évolution de ces trois données fondamentales : le travail, la terre et la monnaie.


La suite un autre jour si vous le voulez bien…

Dans le(s) prochain(s) numéro(s) :
Pourquoi il est question de la féodalité pour expliquer la crise des subprimes.
Taux de change et taux d’intérêt : pourquoi la banque européenne et le FMI y z’ont tout faux.
Crises longues et crises courtes : pourquoi on est coincé que c’est grave et que personne y sait quoi faire et même pas lui.

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Published by Clarinesse - dans Ecolonomie
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commentaires

madame de K 15/02/2009 10:30

Ben dis donc Clarinette, tu nous fais languir...Pi t'as vu, y'a du beau monde parmi tes commentateurs ;-)

Clarinesse 15/02/2009 23:35


Vi, vi, retard impardonnable et impardonné. :(
Once again, cet oeil de vent a décidément un capitaine infichu de tenir la barre un peu fermement au moindre semblant de gros temps. C'est pas sérieux, ça !
Aucun sens des responsabilités vis-à-vis des passagers. M'enfin, l'avantage, c'est que de ce vaisseau-là, chacun peut descendre en marche. Il ne fait que du cabot(in)age...
Néanmoins, ce délai a du bon... Tu auras noté que vous aurez droit à un exposé avec imprimatur version grand luxe, du coup.


Rebour 15/02/2009 04:49

Après le boulot nocturne d'un chercheur fatigué,il surfe pour décompresser et tombe  sur ce blog qui parle de lui en frolant l'éloge ,limite dythirambe-j'espère que c'est la bonne orthographe,sinon adieu piedestal...Content en tous cas d'aider à donner des clés pour démasquer les "experts"imposteurs.A propos,au sujet de tes interrogations sur les nouvelles technos,l'automobile etc,censées expliquer les flux centrifuges:ce sont des moyens,non des causes;des possibilités nécéssaires mais non suffisantes.Ainsi,le parc automobile français augmente de 1700% pendant les 30 glorieuses,celui des USA atteint 20 millions de véhicules en 1939,sans qu'aucune mobilité centrifuge ne se déclenche ni dans un cas ,ni dans l'autre avant 1970;quant au télé-travail,il n'est que la version techno du verlagsystem-travail à domicile -,taillable et corvéable,des ouvriers-paysants des 17 et 18° siècles.J'ai écris un essai en cours de publication sur ce sujet,si cela t'interesse je peux t'en envoyer un exemplaire.Je peux aussi completer les éventuels"trous "dans tes notes,si besoin est .Quoi qu'il en soit,merci de diffuser mes travaux.   Amicalement  TR

Clarinesse 15/02/2009 23:26



Oups, me voici aussi confuse qu'une élève surprise par le professeur en flagrant délit de transmission de petits mots pendant le cours.
Mais je ne regrette pas l'indigne retard dont je me suis rendue coupable dans la rédaction de la suite, puisqu'il m'a probalement évité de proférer quelques inexactitudes.
Merci à ce propos de votre précision concernant le travail à domicile.
C'est donc avec joie que je me permettrai de vous soumettre la suite du compte rendu que le contrôle à la source rendra autrement plus fiable que ma retranscription de néophyte.
Quant au panégyrique, je n'ai pas l'habitude d'être avare de mon enthousiasme, même s'il est souvent considéré comme une preuve de meilleur goût de dépenser plus d'énergie en cynisme et en second
degré qu'en éloges.



Sylvaine 11/02/2009 13:00

Faut dire que tu es assez douée dans ton analyse...allez un peu d'humour...jusqu'à la prochaine crise....http://www.dailymotion.com/video/x8alj3_la-dolce-vita-la-chanson-du-dimanch_music

Clarinesse 15/02/2009 23:08


Pas mal, pas mal. J'aime bien les mentos aussi. :)


Désirée 04/02/2009 14:36

Aaargh!! C'est tout??? Sont-ce des manières de nous dérober ainsi le rôt (comme disoit Louis Quatorze quand on le faisoit mariner dans son jus) Mais pourquoi j'ai cette manie stupide de commencer les billets par le HAUT?? Je pourrai lire de gauche à droite, voir de bazenho. Comme ça tralalala, pas de surprise. Mais nan. Même pas. Sage et bien dressée. Bon allez hop! la suite là: je boue, brûle, attache sur les bords même! Viteeeeee. ;)

Clarinesse 15/02/2009 23:01


Désirée, laisse-moi te dire combien je suis désolée de laisser la suite se faire tant désirer...
Quand je lus l'enthousiasme de ton com', je ne retins pourtant pas un cri de victoire.
Yess !! Le sujet ne faisait pas fuir, et forte de cet élan, je me promis aussitôt de pondre la suite dès le soir même.
Mais, et c'est à cela qu'on mesure de quelle étoffe on est tissé, je ne suis pas de ces généraux capables de mener plusieurs batailles de front, et la cervelle fut noyée sous quelques
déliquescences importunes et impromptues, et a quelque mal à retrouver consistance.
Mais l'attente ne sera point déçue. Si du moins tu n'es pas encore carbonisée...

J'adore d'ailleurs ta métaphore filée et rôtie qui m'a donné l'idée de l'épisode 10 d'Apolline. Car il faut savoir finir les séries sur un chiffre rond. C'est plus carré...


madame de K 04/02/2009 08:34

C'est vrai que ton introduction est un peu longue... Mais je trouve ton petit cours intéressant ! T'as réussi la prouesse de presque me captiver sur un sujet économique !

Clarinesse 15/02/2009 22:47


Youpi, c'était le but ! :) Parce que intéresser des gens à un sujet qui les intéresse déjà, c'est un peu trop facile. (Euh, et désolée pour le retard. Voir réponses suivantes).


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