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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 23:24



Attendre ou vivre, il faut choisir. Apolline ne savait comme toujours que subir et tenir.
Contradiction d’un stoïcisme ramolli, attiédi.
Attendre, nier le présent, ici et maintenant. L’anti-vie.
Mais peut-on espérer l'avènement du jour suivant sans rien attendre ; n’est-ce pas une seule et unique respiration, vérité en deçà et au-delà des Pyrénées, comme Montaigne ne disait pas ?
Esperar, attendre et tendre son esprit vers l’à venir qui ne vient pas, car détrompons-nous :
l’avenir n’arrive que si on va le chercher. Le temps qui avance est vide. A soi seul de l’emplir.
Attendre, terré dans sa terreur, ou bien « le chant du galet, le boire au fond de soi »,
comme disait le monsieur du royaume d’à côté ?
N’être plus que l’écrin du métronome fou qui s’emballe en fougueuse chamade, galopant derrière ses rêves qui le chahutent comme un cheval effrayé traînant dans la poussière le corps menotté, écorché du condamné à la potence. A la démence.
Ponctuation d’attente. A l’heure exacte, le cœur se bat pour ne pas éclater.
Chaque minute qui s’écoule couvre de terre les voiles qui palpitent. Puis c’est fini.
Restera le silence en apnée.
Le cœur serré comme un citron qui se répand, larmes acides de l’être en manque.
Il ne bat plus qu’étroitement. Il frappe encore un peu, ligoté par l’angoisse, sans amplitude, sourdement, fonction physique en mode survie, au minimum.
Anéanti. Ne pas même s’échapper. Articuler sans même y croire : ne plus se laisser prendre, jamais. Pauvre niaise, à quoi t’attendais-tu donc ?
Se raisonner. Arraisonner les vagues qui déferlent contre toute mesure, qui débordent les semblants de barrages dont la terre s’effrite.
Se murer. Ca tombe bien, les murs ne sont pas loin, jamais désertés qu’ils demeurent. De prison ils redeviennent refuge. Retour à la case idoine. Ne passez pas par la case départ. Ne touchez pas vingt mille francs. Hypothéquez vos châteaux en Espagne. Revendez vos rêves élyséens. Monopolisez vos chimères, gardez-les souterraines, cadenassez-les, refermez les pans d’or.
Car le manque a des degrés :
l’absence simple et réciproque, douce plus qu’amère ; le rendez-vous manqué ;
l’adieu qui, encore, s’adresse à vous, vous place au centre, destinataire privilégié de la blessure, suprême honneur de recevoir le fer ;
l’oubli, le silence, sans pitié, qui vous laisse sur le quai, à l’abandon, dans le cinglant des courants d’air ;
et le coup de grâce, quand vous voyez le cœur qui est encore le centre du vôtre se tourner vers un autre, encore lié et bien forcé d'accompagner cette torsion aussi indolore que de plier son bras à l'envers de son coude.
Bien appliquée, Apolline rejouait sans se lasser le même scénario, le seul inscrit à son répertoire, le seul qu’elle connaisse, rassurée de retrouver ses traces sur le chemin de boue séchée.
Mais tout ceci n’est que fiction, rêverie d’effraction immobile.
Le fond demeure une autre histoire, n’est-ce pas. D'un mauvais rêve, on se réveille.




* Illustrations extraites du film Der Fangschuss, adapté du court roman de Marguerite Yourcenar, Le Coup de grâce. Le glacial film en noir et blanc qu’en a tiré Volker Schlöndorff avec Margarethe von Trotta est bien plus intense encore que le récit écrit.
Vu et revu. Il y a longtemps.
Nul résumé ne peut rendre l'acuité crépitante de la brûlure à travers l'hiver inflexible, dans cette marche acceptée vers la mort donnée par l’aimé qui rejette, parfaite épure de tragédie .


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Published by Clarinesse - dans Errements narratifs
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commentaires

augenblick 21/01/2009 16:47

Le crêpe soufflé en fin de deuil
dévoile souvent un nouveau vie-sage

(une entame presque culinaire, j'ai faim :)

Clarinesse 21/01/2009 23:03


Tu as vraiment le haïku d'main : en un clin d'oeil, hop, concentré non décaféiné. J'admire les abîmes diffractés depuis le foyer de tes raccourcis.
Bon appétit, donc. :)


Sylvaine 20/01/2009 11:55

C'est dit avec tant de grâce que je vais changer de poêle...Po elle...et plus je me retourne, plus je me dis que Polline est frêle comme l'impatience, enlacée de fureur comme un lasso dénoué, une écharde étreinte dans le charme...j'oubliais...une épidémie de libertés divisées !
PS : Der Fangschuss et aussi "Le Tambour" d'accord ?

Clarinesse 21/01/2009 22:57


1°) Le double d'l'apolline fond sous ton com comme un morceau de beurre dans une poêle...
2°) Mais je préfère mille fois le Coup de grâce au coup de Tambour. Die Blechtrommel manque un peu de glamour à mon goût. Plus sérieusement, j'ai beaucoup de mal avec les regards trop froids,
trop distanciés, trop dénués d'empathie, qui se complaisent dans la laideur de l'âme humaine ; et avec celui de Günter Grass en particulier. J'ai besoin d'aimer un peu les personnages pour aimer le
film. Archi primaire comme attitude, mais j'assume. Quand je veux faire fonctionner ma machine à concepts, je lis, je ne vais pas au cinéma, dont je préfère qu'il m'émeuuhh've, ce qui n'est guère
difficile. Suis bon public, dans l'ensemble.


Sylvaine 19/01/2009 13:51

Mais c'est une pandémie de manques !
Manque d'attente ou d'atteinte
Manque de souffle ou d'apesanteur
Manque plus qu'elle m'empêche d'oublier
Mais ça reste positivement endémique à une coquille près.
Ah ces crêpes..quand on les retourne !

Clarinesse 19/01/2009 23:03


Une pandémie, maybe... Un virus informatique dont les voies de transmission blogosphériques sont aussi impénétrables que celles de la providence, ainsi soit-il.
Mais il y a chez cette 'polline là, heureusement pour son double, une inconcordance des temps, une translation de personnes qui n'en fait que la réminiscence, obsolescence funèbre de
démons un peu trop fidèles et de ce fait menteurs...
PS : Une crêpe, voui, z'avez remarqué que ça a toujours un côté plus beau que l'autre :
l'un bien doré, l'autre tout boursouflé, entre grillé et pas cuit. Mais tout dépend de la façon de les retourner : tant qu'elles retombent dans la poële.


dominique boudou 19/01/2009 12:20

Esperar no sirve para nada, sino adelantar el carro de la muerte.

Clarinesse 19/01/2009 22:57


Bon, là, prise en flagrant délit de tartinage de culture - confiture, (moins on en a, plus on l'étale) je vous dois un aveu, juste pour prévenir que j'aurais du mal à soutenir une
conversation en castillan : j'avons jamais fait d'espagnol de ma vie, à part, il y a deux ans, une dizaine de jours, certes en immersion complète en Ibérie, entourée d'autochtones et
scotchée à mon dictionnaire et ma mini-grammaire. Accompagner vingt charmants bambins de 3ème dans un pays dont on ne parle pas un mot pour remplacer la prof d'espagnol, bonjour l'angoisse ! Mais
ce fut en réalité une jubilatoire partie de plaisir, une gamine insatiable avec un nouveau jouet, laissant toute inhibition de côté, bien cachée derrière le masque du nouvel idiome, et baragouinant
sans aucun complexe.
C'est donc à tâtons que je me suis risquée à une traduction de cet adage :
"Attendre ne sert à rien, sinon à aller au-devant du chariot de la mort."
Euh, c'est ça ?


Brigitte Giraud 19/01/2009 09:47

Chic ! un commentaire de Clarinesse !
Mince ! Qu'un seul !
Non, non, ne t'excuse pas, si je me relisais, j'aurais mis le e qui manque dans un verbe. Je me relis après l'envoi, ce qui ne rime à rien et me rend parfois honteuse quand il y a une coquille, voire une faute (ahhhh, l'horreur ! "Ben, trop tard, ma belle, trop tard, bien fait pour toi !" que je me dis.)

Clarinesse 19/01/2009 22:46


Pareil ! :)


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