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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 23:24



Qu’on se figure une marmelade d’orages amers, et l’on aura une idée assez juste du degré de consistance qui cimente le faible intérieur d’Apolline Mascarin, cahotant de cachots en chaos.
« Assumer », dit-il. Assommée, fut-elle.
Assumer ses choix. Assumer ses poids.
Une hotte de verre sur son dos de méandres.
Un logis de cristal. Un enfant de papier, tout en soie.
Elle est là. Sous le poids du fardeau. Tout se brise si elle le pose.
Les deux mains prises. Les deux mains pleines.
Même sortir un mouchoir, elle ne peut pas. Un porte-faix. Importe peu, ce qu’elle en pense.
Toujours tenir. Cariatide de glace, en colonne vertébrale, cérébrale, elle seule peut le porter.
Le sol est de cailloux, silex si durs et si tranchants, déjà jonché d’éclats des chutes précédentes.
Et le feu la fait fondre. Et le pilier vacille. Et la chaleur rougit.
Mais Apolline a les pieds pris dans le béton de sa maison.
Elle est un élément d’architecture. Des fondations à la charpente, elle s’y dissout.
Et pourtant, quand le jour est léger, la colonne se fait fleur.
De matériau de construction, elle devient décoration. Végétation.
Un hortensia à la fenêtre. Bleu, l’hortensia, comme lorsqu’il pousse dans un sol ardoisé.

Car Apolline était aussi timide qu’un hortensia. Ca pousse toujours à l’ombre d’un mur, un hortensia, ça s’appuie sur la pierre. Du granit, de préférence. Ca ne sort pas beaucoup la tête du buisson, des fois qu’une main à sécateur aurait l’idée de la couper. Ca s’abrite dans le massif, ça se laisse oublier. Mais ça a soif, toujours. De beaucoup d’eau. Beaucoup de mots. Beaucoup de ciel. Et ça regarde, de tous ses yeux, de tous ses cœurs, comme autant de paraboles sensitives aux moindres ondes des nuées, aux moindres aubes des clartés. Ne laisser échapper aucun signe, aucune goutte de rosée. Et les voir, et les boire. Les traduire en couleurs saturées et moirées. But ultime de sa vie.

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Published by Clarinesse - dans Errements narratifs
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commentaires

Ayron 19/01/2009 13:54

y a pas que des pivoines rouges ou roses, les blanches existent aussi et elles sont superbes. Pourquoi ne vouloir ressembler qu'à la première ?

Clarinesse 19/01/2009 23:06


C'est pas que j'veux leur ressembler, j'm'en passerais bien, de cette réactivité-là !
Mais je viens d'aller faire un tour sur le web pour découvrir combien peuvent être immaculées les blanches pivoines. Merci de cette précision qui fait mentir l'expression commune.


Désirée 17/01/2009 19:50

Cette idée de la femme cariatide (et callipyge??) de sa propre maison est une image qui me parle. Apolline a l'air d'assez mal vivre sa situation de "colonne vertébrale" de sa maison, et comme je la comprends, c'est si lourd à porter parfois, tous ces "toi". Quand aux hortensias, les bleus une fois séchés sont somptueux avec leur air suranné de fleur Grand Siècle. Perso, je suis dingue des pivoines, j'en ai planté chez ma mère n'ayant pas de jardin. Pas de fleurs encore mais l'an prochain peut-être, et ça sent diablement bon.

;)

Clarinesse 18/01/2009 15:08


Cariatide, certainement. Callipyge, après les fêtes, bof, bof...
"Apolline a l'air d'assez mal vivre sa situation de "colonne vertébrale", dis-tu.
Si peu, si peu... :) Bôôff, pas plus que des millions d'autres.
Quant aux pivoines, je les aime bien aussi, comme les coquelicots.
Mais j'ai beaucoup trop d'affinités avec elles à mon goût, en prenant la couleur pour un oui ou pour un non que c'en devient un handicap social. Surtout quand certains ont compris le truc et
s'amusent à appuyer sur l'interrupteur juste pour faire joujou. Pas encore réussi à trouver une parade crédible. C't'affreux !


ambre 17/01/2009 14:03

Je posterai sur mon blog une photo de mon jardin pour te montrer ;-))

Clarinesse 18/01/2009 15:01



Merci, merci. J'irai voir ça ! :)



Sylvaine 17/01/2009 13:33

De l'insatiable à l'insoumise
De la sensuelle timide humidité
Un peu d'ombre rehausse son teint
Et elle nous glisse et s'insinue sous la peau.
Elle est vraiment d'un touchant mordant et apaisé.

Clarinesse 18/01/2009 15:01



Sylvaine, on ne peut toucher que celui qui se laisse atteindre, et l'un comme l'autre nécessite le même talent. Merci donc de ta si précieuse réceptivité.



brigitte giraud 17/01/2009 00:05

Le commentaire 6 n'est pas de dominique, mais de moi. Mille excuses à toi... et à lui, qui raffole peut-être des hortensias, je ne sais pas.

Clarinesse 17/01/2009 09:07


Vi, vi, on est habitués. :)) Ca me fait rire à chaque fois, imaginant la tête de Dominique (v'là que j'l'appelle par son prénom, maintenant, mais loin de moi l'idée de m'autoriser une telle
familiarité) recevant la réponse au commentaire de Brigitte.
Et pour les hortensias, tu vois ça avec lui. Je ne voudrais pas être à l'origine d'une effroyable guerre domestique. J'imagine déjà la scène, l'un et l'autre tentant de s'assommer à coups
d'hortensias géants ou de canons à bégonias ! Quel épique combat ! :))


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