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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 22:23


(Si vous avez manqué le début, clic.)


Quelques mois plus tard, beaucoup de sang avait coulé sous les éponges, mais le rouge n’avait pas chassé le noir. Des éclaircies de temps à autre, des accalmies entre tempêtes, mais il fallait si peu, si peu, pour que déborde de nouveau le flot amer tant réprimé au puits obscur de ses mirages.
Mi-rage, mi-désespoir. Le béton désarmé de sa tombe laissait filtrer l’humidité.
La fissure était là, dans le mur ; l’eau passait en suintant.
Maintenant, elle s’engouffre ; le barrage est brisé.
Les parois du caveau patiemment édifiées ont volé en éclats.
La tombe était un masque : on ne tue pas un mort.
Passez votre chemin, il n’y a rien à voir, dit en silence le blessé immobile sur le champ de bataille à ceux qui, baïonnette à la main, achèvent les mourants.
C’est solide, une tombe. Ca ne bouge pas. Investir dans la pierre, ça ne mange pas de pain. Ca résiste à la crise. Pas aux bombes. Surtout celles qui sont déjà en la place, en plein cœur de la forteresse.
Mais Apolline ne savait pas, bête indécise qu’elle était, si l’eau qui filtrait de la roche était poison ou renouveau, si elle allait s’y abreuver ou s’y noyer.
Alors elle essayait, plus mal que bien, de colmater toutes les brèches. Et chaque couche de ciment rétrécissait son territoire. Les murs se rapprochaient, les fenêtres se fermaient, meurtrières ou condamnées. Un étau d’anti-ondes. Une chape de plomb lisse et nette.
Mais elle commençait à se demander si cela valait la peine de se laisser emprisonner dans sa maison pour la seule raison que c’était elle qui l’avait construite ; capitaine suicidaire qui préfère couler avec le navire dont il connaît chaque planche plutôt que de se sauver sans lui ; petite vieille qui s'obstine à crever avec sa bicoque cernée par les eaux ou lézardée par les prémices d’un séisme plutôt que de laisser à l’abandon des pierres aussi usées qu’elles ; ou tortue piégée, dos au sol et pattes en l’air, qui meurt de ne savoir se détacher de sa carapace.

Apolline était une chimère : mi-tortue, mi-volaille. Non identifiée. Les ailes bien à l’étroit sous la carapace. Un peu comme une coccinelle dont le dos ne serait pas fendu. Peu commode erreur de conception.

Vivre, après tout, n’était-ce pas se laisser fracasser ?

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Published by Clarinesse - dans Errements narratifs
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commentaires

everclay 15/12/2008 15:04

hello
pub, invitation, comme vous voulez, juste envie de partager mon univers avec vous.
Everclay

http://everclay.over-blog.com/
CarPe DiEm

Julie M 15/12/2008 10:13

J'aime beaucoup votre écriture, certaines images sont frappantes...je ne vais pas plus commenter, le style je crois vraiment que c'est une histoire de langage secret, intime qui parle ou ne parle pas au lecteur, je n'aime pas particulièrement les critiques littéraires par exemples...même si certains conseils sont toujours bons à prendre, ne serait-ce que pour se désenliser parfois (si on pense l'être) bref, ceci dit sans aucune animosité envers ceux qui pourrait parler de votre style ;-) Moi j'ai pris plein d'émotions et d'images en vous lisant et c'est ce que j'aime en lisant les autres! " Vivre, après tout, n’était-ce pas se laisser fracasser ?" cette phrase très particulièrement. :-)

Clarinesse 15/12/2008 14:40


Grand merci pour votre écho. On n'est jamais certain d'avoir réussi à traduire correctement ce qu'on veut faire passer, et il est donc toujours rassurant d'entendre qu'on n'a pas joué trop
faux. :)
Quant à votre remarque sur les critiques, je vous rassure : seules les requêtes portant sur des détails sont examinées avec bienveillance. Les autres sont transmises au bureau du détrollage et se
prennent une réponse nucléaire dans la figure (avec préméditation) (voir article "Blogs et trolls" si affinités). D'ailleurs, le marché de la critique fonctionne ici un peu selon le
protocole établi à Kyoto à propos du droit de polluer. Vous pouvez acheter un point de critique. C'est très simple : il suffit pour cela de s'acquitter d'un éloge préalable. La formulation
d'un éloge argumenté vous donne droit à celle d'une critique idoine. Je tiens d'ailleurs scrupuleusement les comptes sur un registre ad hoc, avec des croix dans des colonnes. Et même si la maison
ne fait pas crédit, Loïs étant une cliente fidèle, je lui accorde parfois un certain dépassement de quotas. Mais il n'est pas impossible que je devienne un peu jalouse de certains à qui elle
n'accorde que les dithyrambes les plus enflammés. Suivez mon regard. Ah non, c'est vrai, j'ai plus le droit d'y aller voir...

Ma pauvre Julie, j'espère que vous me pardonnerez ce dérapage incontrôlé de ma dérision qui se gaussait de ma propre susceptibilité, et en aucun cas de votre remarque que je partage
plutôt. D'autant plus que ma façon de terminer en private joke est bien impolie à votre égard, et je vous prie bien sincèrement de m'en excuser. C'est point dans les habitudes de la
maison.

En conclusion (c'est l'essentiel) toute ma reconnaissance pour vos propos qui me vont droit au coeur. :)


Sylvaine 14/12/2008 12:19

@Ayron...j'ai un pied dans l'aile quand je vois tes sculptures...@Apo, tu peux m'envoyer des palourdes bien salées sur un plateau de goémons. (Pss.jeux de maux).

Clarinesse 15/12/2008 07:44


J'essaierai de t'envoyer ça...


Ayron 14/12/2008 10:36

Un prompt rétablissement à vous, et Bon courage à Sylvaine, car lucide et immobile en même temps, c'est deux fois plus pénible. Contre les lumbagos qui reviennent, je ne connais que le yoga, même à très petite dose (1 fois par semaine!) pour en être quasiment débarassé. Glanés ce matin : pour Apolline : "Sur ailes du temps, la tristesse s'envole" ; pour tous : "Celui qui sait se moquer de lui-même n'a pas fini de rigoler". Ca ne vole pas haut, mais c'est dimanche...

Clarinesse 15/12/2008 07:43



On est déjà lundi matin, mais mais tout cela vole bien assez haut, qu'on soit dimanche ou en semaine. :)



Sylvaine 12/12/2008 19:13

Toi t'as un rhube...moi j'ai un lumbago qui m'oblige à être concise...à chacun ses maux...plus ou moins sinueux ou tortueux...je me réfugie dans Coque Tôt...
avec cette petite citation tirée de l'Opium pour Apolline :"«Tout ce qu'on fait dans la vie, même l'amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort.» Et celle-ci du même auteur pour les séismes : "Tout ce qui n'est pas cru reste décoratif."

Clarinesse 13/12/2008 08:36



Ben bon courage pour ton lumbago ! C'est autrement plus coriace qu'un rhube.
ET merci pour la citation. J'aime beaucoup le train express.



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