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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 21:16


Que ne faut-il faire pour élever un enfant !
Ainsi de cruelles lacunes sont-elles apparues dans l’éducation de Pierre le petit, quatre ans depuis cinq mois, lors d’une de ces animations dont certains magasins de jouets régalent leurs jeunes clients et assomment leurs parents.
Il s’agissait d’un petit spectacle interactif à base de ballons gonflables qui, selon les besoins de l’histoire, se faisaient animaux ou déguisements. Toujours enthousiaste, Pierre se porte volontaire pour incarner un chevalier, face à une jolie princesse qui avait à peu près deux fois sa taille et son âge, mais rien n’effraie les braves. Dans la scène, le chevalier la délivre du vilain dragon, grâce à son épée en ballon. Jusque là, pas de problème. Taper sur un dragon, en ballon lui aussi, Pierre sait faire. Fastoche. C’est après que ça se corse. Car une fois la princesse délivrée, il faut lui faire la conversation. Il faut l’entretenir. Et ça se lasse vite, une princesse. Ca a des attentes, des exigences. Ca veut des billets doux, de ferventes déclarations à genoux, de la belle amour, du roman courtois. Tout le monde sait ça.
Sauf Pierre. Que fait sa malice ?! L’animatrice a beau se faire narratrice, décrire avec force redondances la situation au public, souffler à demi-mot leurs répliques aux acteurs néophytes, comptant sur leur connaissance de la scène archi-stéréotypée. Rien. Silence radio du côté de Pierre qui se demande, interloqué, ce qu’on peut bien avoir à dire à une princesse affublée de deux ailes roses de papillon, alors qu’on a soi-même un magnifique casque de chevalier sur la tête, et qu’un casque de chevalier, c’est fait pour se battre, pas pour faire causette autour d’une crinoline, nom d’une carabine à bouchon !
Alors, dans un sursaut désespéré d’inspiration, il improvisa brillamment une réplique historique qui déclencha l’hilarité générale dans le petit public parental débonnaire :
 « Eh ben moi, z’ai un gros camion et plein de belles voitures et même qu’elles roulent drôlement vite. » C’est sûr, quand on s’attend à :
« Ze suis le prince de vos rêves, vous z’êtes la reine de mon coeur, épousez-moi ! »,
ça surprend. Un franc succès, donc.
Et le sentiment de gloire qui se saisit de Pierrot le Bref à l’issue de l’ovation finale lui donna assez d’entrain pour étriper tous les dragons que nous pûmes rencontrer sur le chemin du retour.
Cependant, il apparut crucial de remédier à cette béance de sa précoce culture, et il fut sur le champ décidé qu’il était urgent de lui montrer ce chef d’œuvre canonique du discours galant qu’est La Belle au Bois dormant, afin qu’il sache comment Mars doit causer à Vénus s’il veut avoir une chance de réduire la distance intersidérale qui les sépare. Après la période "pompiers", il nage donc maintenant en pleine chevalerie, pourfendant tous les démons de la maison à grands coups d'épée de bois et chantonnant :
« Mooon amouuur, ze t’ai vu au beauuu milieuuu d’un rêve.... »

Pitié, cessez cette torture, j’avoue tout : où sont cachés les cadeaux, si le père Noël est une ordure. Tout. Je ne veux pas mourir noyée dans le sirop. C’est vraiment trop injuste !
Car le petit bonhomme s’est pris d’une passion envahissante pour l’opus en question, redemandant à le voir jusqu’à connaître par coeur arias et dialogues, comme il le fait pour tous les classiques qu’il a eu l’occasion de découvrir. Fort bien pour la chanson de la pluie de Bambi,
les arpèges des Aristochats la ballade de Robin des Bois ou la copine de Mowgli avec sa cruche à la rivière
(Mais pourquoi faut-il donc que les seules versions que l’on en trouve soient chantées par des ados qui rajoutent à une mélodie qui n’en avait pas besoin des intonations dégoulinantes de Star’Ac),
tous petits airs croquignolets à souhait, mais cette scie-rupeuse, là, non, vraiment, c’est inhumain.

Et à force de contempler la nunucherie impressionnante des mines confites de la Belle, une voix finit par me susurrer à l’oreille : mais au fait, quel était donc le troisième don que s’apprêtait à faire la bonne fée Pimprenelle lorsque l’infâme sorcière Maléfice lança son funeste sort :
« Avant son seizième anniversaire, elle se piquera le doigt à une quenouille et mourra. » ?
Car rappelez-vous. La première fée fait don à la princesse de la beauté, la seconde d’une voix d’ange, mais la troisième se trouve dans l’obligation de conjurer la malédiction et transforme la mort de la belle en un long sommeil dont le baiser du Prince charmant la réveillerait. Ainsi doit-elle renoncer à son présent initial. Et le spectacle vraiment cucul de la mijaurée laisse planer un doute.
Le troisième don n’eût-il point été, par hasard, celui d’une certaine vivacité d’esprit ? D’une once de jugeote ? Quel dommage ! Voyez vous-même

A noter toutefois que, dans le conte de Grimm, les bonnes fées n’étaient pas trois mais douze, et ce n’est que la treizième, absente de la liste des invitées pour cause d’assiettes en or en nombre insuffisant et probablement pour d’obscures raisons céniques, qui dirigea son dépit contre l’innocente enfant. Onze bonnes fées avaient donc eu le temps de se pencher sur le berceau de Dornröschen (« Epine de rose » en VO) et de lui distribuer avec prodigalité bien des vertus.
Mais la malheureuse Sleeping Beauty de Disney ne fut guère gâtée, il faut l’avouer.


PS : Et comme vous avez été sages, je vous infligerai la liste des noms authentiques des héroïnes de Grimm. Le premier qui dit que le teuton donne envie d’éternuer a le droit de sortir.
En ces temps de rhume épidémique, c’est plus prudent.
Avant toute chose, signalons à ceux qui ne se sont jamais aventurés à causer à la mode d’Outre-Rhin que le suffixe « –chen » est un diminutif souvent affectueux, comme dans « Mädchen », petite fille.
Donc, la Belle au bois dormant, c’est Dornröschen, petite épine de rose, ce qui, avouons-le, est plus poétique qu’aiguille de quenouille dans le registre piquant.
Pour Blanche Neige, on se contente de traduire bêtement, comme le fait l’anglais Snow White, ce qui nous donne Schneewitchen.
Même littérarité pour le Petit Chaperon Rouge : Rotkäpchen.
Mais ma préférée, c’est Cendrillon : Aschenputtel, (de Aschen, les cendres, et putzen, épousseter, nettoyer.) A vos souhaits ! Laquelle en anglais donna Cindirella, dont je rappelle parfois à quelques élèves judicieusement prénommées que Cindy en est le diminutif, ce qui les laisse modérément réjouies, selon le degré d’humour dont elles sont dotées.

Et je vous conseille de réviser, car il y aura interro au prochain billet.

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Published by Clarinesse - dans Enfantillages
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commentaires

ambre 18/12/2008 01:14

Disons que Brünhilde n'a pas trop aimé qu'on la trompe sur la marchandise, ça se comprend. Enfin moi, malgré mon âge canonique, je suis restée comme Pierre: les méchants ont les reconnait et ils sont punis et les bons gagnent à la fin. Les films comme "Les âmes grises" où on ne sait pas qui est méchant, ou "Le grand silence" ou les méchants triomphent me tourneboulent pendant des jours.

Clarinesse 18/12/2008 18:15


Oui, moi aussi, je préfère que les gentils passent et que les méchants trépassent. Je n'aime pas, même par film interposé, fréquenter des gens qui m'insupporteraient dans la vraie vie. Les films de
gangsters où il n'y en a pas un pour racheter l'autre, je les fuis. Il faut au moins un gentil pour me prendre par la main à travers les dédales de l'histoire, sinon, j'ai peur.
Et merci de ton passage et bienvenue, au fait. :)


Désirée 13/12/2008 08:48

Lui lire le Nibelungen quand il sera un peu plus grand. Il comprendra alors que la belle au bois ronflant n'est que le pâle succédané de la merveilleuse Brynhild, une walkyrie avec une épée kommak qui mets la pâtée aux mecs et pends un roi par les pieds comme un goret, ça a quand même plus de gueule qu'une naisieuse teutonne! ;)

Mais mon conte favori, reste quand même un conte persan qui s'appelle "Roustem et Souhrab". "Je suis venu comme l'éclair, je disparais comme le vent..."

Bon week end!!

Clarinesse 14/12/2008 09:12



Oui, les Niebelungen, je lui lirai bientôt, avec les autres grandes mythologies. Mais c'est un peu sanglant quand même, encore. Mais c'est sûr, la Brünehilde, elle a du caractère.
Quant à la citation de ton conte perse, elle donne bien envie de lire la suite.
Quant à moi, ce sont les aventures de Maître Nasreddin, un personnage de la tradition orale turque, que je trouve souvent excellentes. Mais là encore, il est un peu jeune pour en comprendre la
subtilité, je pense.



Sylvaine 09/12/2008 11:39

Je ne trouve pas cette interprétation lente...elle est d'époque et garantie pure vinyle. Ton choix ne m'étonne absolument pas. En revanche, je suis ravie que tu aies gardé (quoique jeune encore) ton côté Gretchen (Heidi chez nous) et admis que la nymphe Echo est jalouse des reflets dans l'eau (c-f Narcisse)...

Clarinesse 09/12/2008 22:28


Pour ce qui est de Gretchen et de Heidi, tu ne crois pas si bien dire. Mon côté midinette des champs est insondable.


Brigitte giraud 08/12/2008 22:04

Ben voui, t'as raison, il est encore bien petit. Il a de belles étapes où s'attarder encore. Il y a de très beaux livres au Rouergue, pour les petitouts. Je me régale avec certains, "Jojo la mache" est un vrai bonheur poétique.

Clarinesse 08/12/2008 22:26



Titre noté. Merci ! J'avais quant à moi déniché trois albums écrits par Christian Bobin pour les petits, mais il est là encore un peu jeune pour en saisir la portée.



RL and HK 08/12/2008 19:38

le vrai Père Noel is here : http://querozenn.blogspot.com/

Clarinesse 08/12/2008 22:23


Heu, il s'est déguisé en quoi, le père Noël, là ? J'l'ai pas reconnu.
J'suis un peu dure de la comprenette, parfois... Fô pas m'en vouloir. :)


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