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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 00:11

Avertissement au lecteur et précautions d’emploi : billet à forte teneur en autodérision, point de message subliminal bonapartiste là-dedans. Vous voilà prévenus…  
 

 David, Bonaparte franchissant les Alpes au col du Saint Bernard le 20 mai 1800.

 

Avouez que c'est ballot. Faire un billet sur le deux décembre le trois. Non mais franchement !
Tout ça en vertu d'un manque d'organisation que c'en est à se donner des coups de pied au derrière !
Tout ça, aussi, pour dire que cette date recèle d'inexplicables vertus euphorisantes sur ma personne.

Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je suis amenée à écrire « 2 décembre » sur un chèque ou au tableau, je me sens pousser au coin des lèvres un stupide sourire en forme de bicorne à l'envers. J’ai l’impression de fomenter un coup d’état en douce.

J’y peux rien, c’est plus fort que moi.

 

Pourquoi le 2 décembre ? Ca ne me fait pas ça pour le 11 novembre ou le 8 mai. Non, les jours fériés sont à tout le monde et à personne. Mais qui aurait l’idée saugrenue de célébrer une telle date, si ce n’est quelques confréries nostalgiques du petit corse fort de café et de ses neveux ? Alors, c’est un peu comme un sentiment de clandestinité inoffensive, une cachotterie de gamine qui me saisit lorsque j’écris « deux décembre ». Une sorte de formule magique à remonter dans le temps, une trappe à disparaître et à se propulser ailleurs. Deux siècles plus tôt.

 

Rappelons les faits, d’abord, à ceux qui auraient oublié que nous devons à la Corse le Code Civil, la Bérésina, le GR 20 et des fromages tellement puissants que pour faire fuir les fonctionnaires d’Etat, les indépendantistes insulaires y gagneraient à les poser, bien inaccessibles, dans les doubles plafonds des administrations à la place des bombes. En plus, ils pourraient récupérer les locaux, après évacuation et désinfection.

Donc, le 2 décembre, c’est d’abord en 1804 que ça se passe, le jour où Napoléon le petit grand offrit un nouveau chapeau à sa Joséphine, tout en or et pierres précieuses, après en avoir d’abord choisi un pour lui dans le magasin, et avoir fait déplacer le patron, pardon, le pape, histoire de bien montrer qui qu’était l’chef. Bref, un Sacré jour, quand même. Je ne sais pas si vous imaginez la quantité de petits fours nécessaires pour nourrir tout ce monde, mais cela expliquerait la taille du tablier de cuisine que traîne l’épouse pour ramasser les miettes (du futur empire ?). Seulement, il aurait fallu lui expliquer que c’est devant que ça se porte, un tablier de cuisine. Sinon, ça ne sert à rien. Ralala, faut tout leur dire, à ces aristocrates qui ne savent rien faire de leurs dix doigts.

 
Le 2 décembre, c’est aussi, en 1805, la fulgurante victoire d’Austerlitz, restée dans l’Histoire comme le Soleil d’Austerlitz. Celui qui éblouira Hegel, un an plus tard à Iena, lorsqu’il verra passer sur son cheval l’ « Esprit de l’Histoire » en personne.

Bref, le 2 décembre, ça me remet dans la peau d’un enfant d’un siècle qui n’a jamais été le mien, pardon Alfred pour l’usurpation. Vous permettez que je vous appelle Alfred, même si personne ne m’a jamais appelée George ? (Ndlr : Musset est né juste un peu trop tard pour avoir connu l’exaltante épopée napoléonienne et, dans sa Confession d’un Enfant du Siècle, fournit à deux générations de romantiques neurasthéniques assez de nostalgie pour leur donner envie de se flinguer le nez contre une vitre pluvieuse, au son d’un piano tout aussi liquide. A ce propos, n’aviez-vous jamais remarqué que le féminin de Chopin est « chopine », et qu’il n’y a pas plus liquéfiant comme musique que les dégoulinades pianistiques de Frédéric ? C’est pas que c’est laid, le piano en polonais. C’est que ça me donne un cafard monstrueux en deux temps et trois mesures. Franchement, je préfère Beethoven et sa symphonie héroïque qui, comme chacun sait, fut composée en l’honneur du petit corse, avant que la dédicace ne lui fût retirée après les excès de son impérialisme. Ach, mein Gott, Ludwig !

Et voilà, j’étais partie pour causer de Napoléon, et je passe en revue tous les amants de Madame Dupin. Si vous suivez toujours le filandreux cours de ce propos, le point commun entre Musset et Chopin, c’est
elle
 :  her name is Sand. George, Sand. )

Mais revenons à nos Léons. Napo, Léon.

 
Le deux décembre, donc, ça me remet irrémédiablement en mémoire (mode « repeat ») ces deux vers de Totor célébrant la glorieuse année de sa naissance, deux ans plus tôt. (Ah ben faut suivre, venez pas réclamer, hein) :

« Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte

Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte. »

Impossible de dire ces vers sans pouffer. C’est ça que j’adore chez Hugo.

Son amphigourique mécanique ronfle tellement bien qu’elle ne s’enraye même pas de quelques grains de dérision ici ou là dans ses rouages.

 

Inexplicable, vraiment, le mystérieux pouvoir du deux décembre sur mon humeur, sachant que c’est surtout la date que choisit Napo le Trois pour fonder l’Empire, le Deux.
(Sachant que le Deux, de Napo, n’eut guère le temps de grand-chose, Aiglon sans grand destin qu’il fut.)

Donc, le 2 décembre 1851, c’est quand même ce jour où le neveu, en mémoire du sacre de son auguste César de tonton, décida de transformer la toute jeune Seconde République en Second Empire.

Et quand je dis inexplicable, je pèse mes mots, parce que je n’ai guère de sympathie pour les coups d’état, et encore moins pour ceux qui sonnent le glas des républiques.

 

A ce sujet, je me plais toujours à penser qu’il vaut mieux essayer d’améliorer et de réformer un système que de le fiche par terre à grands coups d’état dans les tibias, tant le XIXème siècle français illustre avec la frénésie vaudevillesque des maris jaloux la succession des régimes politiques qui claquent les portes du pouvoir avec un emportement aussi enthousiaste que sanglant parfois.

 

Bref rappel (z’avez le doit de le passer) :

 

1792 : Fin de l’Ancien Régime et de plus d’un millénaire de monarchie plus ou moins bordélique ou despotique selon les temps et les gens (point une once de nostalgie royaliste, je précise, juste une vague perplexité sur le rapport entre la Philosophie des Lumières et la Terreur, et l’efficacité de couper des tonnes de têtes pour faire baisser le prix du pain). Proclamation de la Première République.

1795 : Directoire jusqu’au coup d’état du 18 brumaire an VIII, soit le 9 novembre

1799, qui instaura le Consulat, antichambre du Premier Empire  né en

1804 : sacre de Napoléon Ier, le 2 décembre,  jusqu’à Waterloo qui ramena Bonaparte dans une île et la monarchie dans la France, sans oublier la parenthèse des Cent Jours.

1815 : Restauration de la monarchie avec le ventripotent Louis XVIII suivi de l’atrabilaire Charles X, jusqu’en

1830 : Insurrection des Trois Glorieuses qui assouplit la royauté en une Monarchie de Juillet Louis-Philippique modérément débonnaire.

1848 : Le printemps des peuples souffle sur les nations d’Europe et instaure en France la brève Seconde République jusqu’en

1852, puisque le 2 décembre 1851, (le revoilà) le nouveau président de l’encore fraîche Seconde République s’octroie les pleins pouvoirs dans son coup d’état qui fonde le Second Empire, jusqu’à la défaite de Sedan en

1870 où le désastre est tel que la Commune est proclamée à Paris, avant d’être violemment réprimée pour instaurer la Troisième République qui, elle, eut besoin de la défaite de 1940 pour succomber.

 

 Vous vous demanderez peut-être quelle mouche m’a piquée de vous infliger ce fastidieux pensum de collège ? Ben je ne saurais trop vous dire, sinon que je le trouve presque comique, ce défilé de pas moins de dix régimes politiques pour un seul siècle. Avec le recul, c’est quand même assez insensé, non ? Et ce ne sont pas nos voisins anglais qui  y trouveront à redire, eux qui ne perdent pas une occasion de se payer notre tête, du haut de leur monarchie parlementaire multiséculaire.

Je ne juge pas. Je m’amuse (ou me désole, selon l'humeur), seulement, quand je pense aux querelles de cour de récréation qui continuent de plomber notre vie politique aujourd’hui encore.

Ceci dit, elle est belle, la Liberté  guidant le peuple, même si elle trébuche quand même pas mal sur les démons des barricades.

 

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commentaires

tanguy 05/01/2010 21:00


Ah ah... C'ets vrai on n'y pense pas assez Clarinesse à ce 2 décembre. Ma foi j'aime assez votre fête nationale secrète. Et même beaucoup...

Merci pour le lien, au contraire de vos craintes.


Clarinesse 06/01/2010 08:17


Ravie que ces quelques lignes agréent à votre plume alerte !

Merci de votre passage.


Alain 25/12/2008 16:34

Non non... pas ballot de délirer sur un chiffre... j'adore. De plus ça fait réviser mon histoire si lointaine déjà!
Amphigourique ou pas j'ai bien ri! Effectivement il y a des chiffres ou des dates qui nous parlent plus que d'autres, tout comme certains mots… et puisque tu parles de Nabot-Léon, au réveillon il y a quelqu’un qui chantait à tue-tête… Léon, Léon…. Il tenait son cantique à l’envers !
J’arrête car c’est moi qui perds la tête !

Clarinesse 25/12/2008 18:53


Excellent !!! Je n'avais jamais remarqué que Léon à l'envers faisait Noël !!! Serait-ce à dire que Bonaparte est l'Antéchrist ? :))


Désirée 07/12/2008 11:09

J'aime pas Chopin (avec le champagne ça fait deux points communs). J'ai essayé pourtant, mais j'y arrive pas. Mais j'aime bien Ludwig. Et Wagner. Aarr! Le Grépusgule des Tieux...guelle kolossale merveille!

Napoléon. Ce que je préfère chez lui c'est sa famille de morpions. Sa mère surtout, que sa devise j'en ai fait la mienne: "Pourvou qué ça doure!" Se rencarder sur la famille c'est souvent comprendre pourquoi tel ou telle important(e) de l'Histoire a fait ceci ou cela d'incongru ou de totalement déraisonnable. Et Napoléon, pauvre diable, il avait vraiment de quoi perdre les pédales avec la sienne.

Et c'est vrai qu'il reste auréolé d'un impérial prestige malgré les millions de morts qu'il trimballe dans son sillage historique.

A part ça le 2 décembre reste le jour anniversaire de quelqu'un qui a beaucoup compté pour moi et qui est décédé, et accessoirement je me suis marida ce jour-là.
Bonne journée! :)

Clarinesse 07/12/2008 21:40


Eh ben, faudrait faire une liste. Garanti sans Champagne, sans Chopin, sans Chapeau aussi ? sans OGM en tous cas...
Quant à ton mariage le 2 décembre, bellissimo ! J'espère au moins que ta robe était moins lourde à porter que celle de Joséphine !
Le mien fut un 24 août, jour de la Saint Barthélémy... Un massacre : on fait mieux, comme symbole...


Sylvaine 06/12/2008 11:41

MERCI AUX DEUX !
Bonne fin de semaine.

Clarinesse 07/12/2008 09:41


A toi aussi !


Ayron 06/12/2008 09:10

Me rappelle le tout début du Pendule de Foucault, quand l'auteur jongle avec les chiffres, leur signification symbolique et réussit de belles pirouettes, cacahuètes que c'en est une fête.
Bon weekend à vous Mesdames à la plume enchanteresse et à vous aussi, Messieurs.

Clarinesse 07/12/2008 09:42


Bonne fin de fin de semaine aussi, alors. Et mille mercis de ces étincelles revigorantes.


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