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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 22:11

 

 

 

Camille Claudel, La vague.

 

« La sculpture, c’est de la musique pétrifiée. »

                                                                       Goethe.

 

Dans Eupalinos ou l'architecte, Valéry disait à peu près la même chose

de l'architecture et de la musique :

que c'étaient les deux seuls arts que vous pouviez habiter, qui avaient le pouvoir de vous envelopper totalement, dans lesquels vous pouviez vous blottir dans toutes vos dimensions.

Et je regrette un peu le temps où sculpture et architecture ne faisaient qu'un, où l'on n'avait pas peur de l'ornementation. La première reconstruction, celle d'après 1914-18, n'avait pas encore renoncé à cette Union Sacrée entre les deux, dans la folle exubérance de l'Art Déco, comme ce fut le cas avec la symbiose entre l'architecte Expert et le sculpteur Sarrabezolles, parfois franchement lourdaud dans ses colosses de béton, mais parfois aussi touché par la grâce. Alors que la deuxième, plombée par l'urgence, naufragée de l'humanité, laminée par l'horreur, ne jure plus que par la nudité du concept.

Logique. Tragique.

 

Je n'ai pas pris le temps de retrouver la citation exacte, sorry... Ah ben si, je retombe dessus, la voici :

"[...] D'un côté, la musique et l'architecture ; de l'autre, les autres arts. Une peinture, cher Phèdre, ne couvre qu'une surface. [...] .La statuaire, mêmement, n'orne jamais qu'une portion de notre vue. Mais un temple [...] forme pour nous une sorte de grandeur complète dans laquelle nous vivons. Nous sommes, nous nous mouvons, nous vivons alors dans l'oeuvre de l'homme. ! Il n'est de partie de cette triple étendue qui ne fût étudiée, réfléchie. Nous y respirons en quelque manière la volonté et les préférences de quelqu'un. Nous sommes pris et maîtrisés dans les proportions qu'il a choisies. Nous ne pouvons lui échapper.

[...Blabla dialogué socratiforme ... ]

{Quand] l'orchestre emplissait la salle de sons et de fantômes, ne te semblait-il pas que l'espace primitif était substitué par un espace intelligible et changeant ; ou plutôt que le temps lui-même t'entourait de toutes parts ? Ne vivais-tu pas dans un édifice mobile, et sans cesse renouvelé, et reconstruit en lui-même : tout consacré aux transformations d'une âme qui serait l'âme de l'étendue ? N'était-ce pas une plénitude changeante, analogue à une flamme continue, éclairant et réchauffant tout ton être par une incessante combustion de souvenirs, de pressentiments, de regrets et de présages, et d'une infinité d'émotions sans causes précises ? Et ces moments et leurs ornements ; et ces danses sans danseuses; et ces statues sans corps et sans visage (mais pourtant si délicatement dessinées), ne te semblaient-ils pas t'environner, toi, esclave de la présence générale de la musique ? Et cette production inestimable de prestiges, n'étais-tu pas enfermé avec elle, et contraint de l'être, comme une pythie dans sa chambre de fumée ?"

 

        Paul Valéry, Eupalinos ou l'architecte, Nrf Poésie gallimard, p 41 - 42.

 

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Published by Clarinesse - dans Citations fascinées
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commentaires

Dominique Boudou 03/12/2008 15:59

La deuxième reconstruction a apporté aussi son lot de chefs d'oeuvre. Le nu n'est pas que conceptuel. Paul Celan disait qu'on ne pouvait plus créer après l'holocauste. Je n'y crois pas. Belle citation de Goethe, en tout cas.

Clarinesse 03/12/2008 16:48


BEn rien d'autre à ajouter, sinon que je suis bien d'accord avec vous :
a) Sur  la citation de Goethe que je voulais initialement me contenter de citer toute seule.
Mais en la recopiant, elle m'a fait songer au texte de Valéry, qui m'a fait penser à l'expo sur le sculpteur Sarrabezolles que j'avais vue et où l'on pouvait lire cette citation  : "Sculpture
et architecture sont filles d'un même lit", et de fil en aiguille je me suis laissée aller à proférer des généralités abusives. Je n'aurais pas dû tenter le diable de la fatigue...
b) Sûr qu'il y a aussi des chefs d'oeuvre lors de la 2e reconstruction.
c) Et encore plus sûr que c'est à cette idée de Paul Celan que je pensais en parlant de la nudité du concept et du refus du "beau" comme simple ornementation. Merci de me rappeler la citation. Je
ne me souvenais plus qu'elle était de lui, et, même si je la comprends, après le traumatisme de la barbarie nazie et totalitaire, comme vous, je suis convaincue du contraire. Que c'est laisser
triompher la barbarie que de renoncer à faire du beau après elle, que de renoncer à replanter de l'herbe après le passage du cheval d'Attila.


martin 03/12/2008 11:34

... conseilleraiS...

martin 03/12/2008 11:33

Pour Le Corbusier, je vous conseillerai bien un petit bouquin écrit par une habitante du "Corbu", l'une de ses réalisations, à Rezé-les-Nantes. Ce récit sur l'histoire de la construction de la Maison Radieuse de Rezé en apprend beaucoup sur le projet social et sociétal de l'architecte. Vous le trouverez ici :
www.marilynemonnier.com

Clarinesse 03/12/2008 14:29




Bon, bon, je me rends. :) Et reconnais bien volontiers avoir dit quelques bêtises.
Ca m'apprendra à causer sans réfléchir et à tenir des propos à l'emporte pièce. Pour le lien, je n'ai pas réussi à y accéder, mais j’ai été voir là :
http://www.marseille-citeradieuse.org/chap1/immeuble1.htm
Comme j'le disais à Sylvaine, c'est tout bêtement un sujet que je ne maîtrise vraiment pas, et ce malheureux Le Corbusier est le seul nom à m'être venu à l'esprit comme représentant de ce style
de construction. Mais je n'ai rien contre lui, si ce n'est quelques points particuliers sur lesquels je m'étais un peu focalisée, peut-être à tort. Quant à la Cité Radieuse, je m'étais contentée
de voir un documentaire dessus, et effectivement, l'idée était bien séduisante. De toutes façons, vu la crise du logement de l'époque et l'urgence de la reconstruction, il fallait bien imaginer
de nouvelles structures.
Et autant je peux tenir à certaines idées sur d'autres sujets, autant, dans ce domaine, je n'enfourcherai aucun cheval de bataille et me rangerai volontiers aux avis de plus compétents que moi.
Nulle velléité de prosélytisme ici. Chaque époque a ses impératifs, ses nouvelles techniques et son génie propre. Et même si l'on peut conserver quelques préférences pour un style plutôt qu'un
autre, je demeure très éclectique en matière d'arts, et complètement béotienne. Et puis, vouloir construire de façon généralisée aujourd'hui comme au temps d'Haussmann ou de Louis XIV, ce serait
absurde, et je me sens soudain la reine des cruches en songeant à cette scène du Rebelle, (The Fountainhead) un film de King Vidor de 1949, où Gary Cooper incarne un architecte
d’avant-garde aux convictions intransigeantes :
http://www.youtube.com/watch?v=jRaAZ30dQNs&eurl=http://video.google.fr/videosearch?hl=fr&q=Le%20Rebelle%20Gary%20Cooper&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=w


Autres détails ici :
http://www.dvdclassik.com/Critiques/rebelle-fountainhead-vidor-cooper.htm 

Sinon, en ce moment, ce qui me semble intéressant, c'est le concept des maisons passives tel qu'il semble se développer surtout en Allemagne et aux Pays Bas ; concept tout aussi
essentiel, sinon plus, quand il s'applique à l'habitat collectif.

Voilà, voilà, toute disposée à suivre d'autres cours d'archi ; c'est quand vous voulez... :)



Sylvaine 02/12/2008 14:08

Bien non, moi j'étouffe dans le baroque, sous les gargouilles, les mâchicoulis...il n'y a qu'une chose que je supporte, mise à part certaines pierre détaillées et parquets enchevêtrés...bien c'est la musique, oui, les grandes orgues et voix qui elles apportent lumière et ténèbres. Et cette Caresse que j'offre à Camille... de Valéry :
p. 162 ed.pl. "Mes chaudes mains, baigne-les
Dans les tiennes..Rien ne calme d'amour ondulés
Les passage d'une palme. Tout familiers qu'ils me sont, Tes anneaux à longues pierres
Se fondent dans le frisson, Qui fait clore les paupières. Et le mal s'étale, tant, comme une dalle est polie, Une caresse l'étend Jusqu'à la mélancolie.
Pour toi je trouve ce soupçon de vertige divin c-f :
http://www.bergerfoundation.ch/Vertige/
Par ailleurs ce que j'aime chez C.E. Jeanneret se sont ces peintures, il ne faut pas oublier que le vrai architecte était Pierre Jeanneret. Et je sais de quoi je parles car je suis presque tous les jours chez sa nièce...Non définitivement...j'aime le dépouillé et l'"aérien"...un abri dans le ciel entre deux nuages et quelques moussons. Rodin m'emm...Bavière, St Pierre, Paul, Jacques ou Judas idem, Chartres ou Versailles...une suite pour borborygme. Mais j'aime les galettes au beurre. Tu peux m'en envoyer pour mon sapin style Giacometti.

Clarinesse 03/12/2008 00:06



Pour le baroque, je ne me lasse pas de sa musique, de la plénitude de sa jubilation calme et effrénée à la fois. Pour l'architecture, j'admire, mais je ne pourrais pas y vivre non plus, faut
pas exagérer ! La sensation de trop plein, d'étouffement, je la comprends et la ressens aussi.
Pour le Corbusier, j'étais sûre que tu le connaissais, ou au moins sa famille. Désolée d'avoir pu te choquer par mes propos. :(
Pour tout t'avouer, je n'y connais quasiment rien, en architecture. J'ai fait preuve d'une mauvaise foi et d'une ignorance à l'emporte-pièce digne d'un pilier de comptoir.
Par contre, pour Rodin, Versailles ou les cathédrales, je maintiens mon admiration. Comme le touriste de base, je m'émerveille. Bah, j'ai dû me tromper de siècle, c'est pô grave. Je
repasserai une prochaine fois. :)



Sylvaine 02/12/2008 12:58

me vient immédiatement cette phrase...d'un compatriote...
"L'architecture n'a rien à voir avec les «styles». Les Louis XV, XVI, XIV ou le Gothique, sont à l'architecture ce qu'est une plume sur la tête d'une femme; c'est parfois joli, mais pas toujours et rien de plus. " Le Corbusier.

Clarinesse 02/12/2008 13:16



C'est drôle, parce qu'en m'en prenant à Le Corbusier, dont quelques trucs sont à garder quand même, je le concède, j'ai tout de suite pensé à toi, et  je me suis dit (mais trop tard pour le
rajouter, because boulot) que j'aurais dû faire une mention spéciale pour sa compatriote. Mais tu m'as grillée, là. :))


Ceci dit, je reste sur ma position. Entre Versailles et la Cité radieuse, ben je préfère Versailles. Et je ne suis pas royaliste pour autant. Evidemment, ce n'est pas comparable, et je suis d'une
horrible mauvaise foi...


Je sais bien qu'il y a tout un courant de l'architecture moderne qui considère que la structure, la forme épurée doit se suffire à elle-même, et que toute velléité de déco n'est qu'une
verrue, ou une plume, plus gentiment.


Et quand le dépouillement est réussi, il atteint au sublime, effectivement.


Mais, en art comme en littérature, je préfère l'opulence à l'indigence, et j'ai un petit faible pour le baroque, même quand il vire un peu au roccoco.


Enfin, pas tout, hein, faut pas pousser non plus sur les bourrelets des angelots.


Il faut du génie pour donner de la puissance à la simplicité, et rares sont ceux qui y parviennent.


Bref, je vois une cathédrale de chez moi (gothique, pas baroque, of course) et ben je la préfère à la Tour Montparnasse. Etonnant, non ?



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