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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 22:35


 (Titre emprunté à l’une des nouvelles du recueil de Georges Flipo, Qui comme Ulysse.)


C’était à n’y plus rien comprendre : malvenu.
Le regard au lointain, sans remède, est perdu.
Et noyé, ballotté, sans savoir bien pourquoi.
Comme porter un verre fêlé trop près de soi,
Et s’y couper au moindre choc : perdre sa foi.
La présence impossible. L’absence inguérissable.
Il suffisait d’un cri pour fracasser le calme.
Il fallait. Il fallait, regagner le présent.
Tout était encore là. Y manquait le regard.
Impossible à poser. Comme ces balançoires
D’une planche oscillant sur un axe où il faut
Que l’un tombe par terre pour que l’autre en sursaut
S’envole dans les airs. Le regard est trop haut.
Le regard est trop loin. Il faudrait soulever
Le grand poids de la planche pour enfin décrocher
Cet oeil vague d’ailleurs : l’arrimer au rocher.
Il faudra retrouver cette vue, coûte que coûte
Se trancher la paupière, se forcer à fixer
Le très proche, le présent. Oublier le dedans.

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Published by Clarinesse - dans Echappées poétiques
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commentaires

Françoise 21/10/2008 22:43

Vos voeux sont exaucés (du moins, celui d'entendre la douce voix de Cuné dans sa lecture de l'Île Sainte Absence. Pour les autres voeux, je ne garantis rien, il n'y a pas écrit "Génie de la lampe", sur le fronton de MOT COMPTE DOUBLE !)
Voici :
http://motcomptedouble.blog.lemonde.fr/2008/09/01/lile-sainte-absence-de-georges-flipo/

Clarinesse 22/10/2008 21:30


Grand merci pour ce précieux lien que je m'en vais de ce pas ajouter au corps du texte suivant. Quant aux autres voeux, ma foi, je n'en attendais pas tant. :)


Loïs de Murphy 21/10/2008 20:24

C'est une de mes nouvelles préférées dans ce recueil de Flipo :o)

Clarinesse 21/10/2008 21:15


Oui, moi aussi. Avec quelques autres, comme tu peux le lire dans le billet suivant...


Sylvaine 21/10/2008 12:14

As-tu essayé de superposer ton texte avec la voix de Cuné ?

Je me concentrerai plus sur le regard…où le porter, comment
l’oublier, le pénétrer, le voir, l’évoquer, l’oublier encore,
creuser dans ses tréfonds et le déplier sur un désert fertilisé, puis asséché.
Quand tu passes tu attises et l’évocation et le chaos. t’as vraiment quelque chose d’une claire-voyante !

Clarinesse 21/10/2008 21:14



Euh non, mais c'est une idée...  J'ai cherché la lecture à haute voix de la nouvelle par Cunéipage, mais ne l'ai point trouvée. En aurais-tu le lien dans tes tiroirs ?
Je serais curieuse de l'effet produit, en effet.



joruri 21/10/2008 07:01

Il faut savoir au contraire fermer les yeux pour retrouver en soi la source de la paix.
Les Indiens d'Amérique tranchaient les paupières de leurs victimes et les exposaient en plein soleil. Les malheureux en mouraient horriblement.
Si "la lucidité est la blessure la plus proche du soleil" (c'est pas de Valéry ?) parfois la "lucidité" ne perçoit pas les enjeux souterrains. Nos épreuves de l'instant sont parfois des promesses incomprises...
Je n'aurais pas écrit: "le regard au lointain". Pourquoi ?

Clarinesse 21/10/2008 21:12


Je ne pensais plus à cette citation qui est de René Char, et dont le texte exact est : "La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil". Je l'avais citée il y a un bout de temps
ici.
Fort juste rapprochement !
Quant à la cruauté du châtiment, nul doute qu'elle est d'un raffinement exquis.
Imposer l'exacte coïncidence entre pensée et présence physique, c'est tuer l'imaginaire.


Ayron 20/10/2008 16:11

A vivre l'instant présent sans paupières, c'est pas l'enfer, ça ? Me rappelle une pièce de Sartre...
C'était le majordome qui introduisait les "appelés" qui avait ce stigmate, question de temps.
Lequel efface les grandes peines et les soupirs
Et les fait ressembler après à des éclats de rire...
Quand on écrit divinement, l'enfer devrait être hors sujet...

Clarinesse 20/10/2008 22:28



Oui, les yeux ouverts sur l'immédiat présent, interdits de rêverie, c'est une définition possible de l'enfer. Quand nulle distance n'est tolérée entre l'hic et nunc et la pensée, ça manque
d'air.
Quant à écrire ainsi que vous le dites, le compliment me touche bien sûr plus que de raison, mais il y en a tant d'autres qui écrivent tellement mieux encore.



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