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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 18:10

Elle avait fait le premier pas, pourtant, à bout portant. Celui qui coûte le plus, paraît-il.
E-cervelée d’abord, il ne lui restait plus qu’à se laisser é-coeurer.
Mais là, point de chirurgie possible. Il fallait user d’une arme de transgression massive.
Retourner au caveau, insensible, intouchable.
Elle ouvrit la fenêtre, et se pencha un peu.
Ultime indécision : trois étages seraient-ils suffisants ?
Rien de pire que la prison plus étroite encore d’un pantin survivant, désarticulé, paralysé.
Le "locked in" syndrome du scaphandre et du papillon, elle ne tenait pas franchement à en faire l’expérience… Le vertige resterait invaincu.
Elle préféra une répétition plus banale de la sortie façon Sénèque.
Une brave bassine dans la baignoire avec rasoir ferait l’affaire. On n’allait tout de même pas en mettre partout sous prétexte qu’on pouvait ne pas y revenir. Ne pas en revenir. Prière de laisser les lieux dans l’état où vous les avez trouvés. C’est-à-dire à peu près propres.
Penser à avaler deux aspirines pour fluidifier assez le pourpre liquide et assurer l’évacuation des lieux la plus efficace possible. En diluer une troisième dans la bassine. On n’est jamais trop prudent.
Afin de se laisser le temps de trancher dans le vif de sa sempiternelle valse hésitation, lassée maintenant de se supporter à bout de bras, elle s’attaqua à la montagneuse pile de linge à repasser.
Il fallait d’abord mettre de l’ordre dans les affaires qui continuaient à courir sans elle.
Après tout, rien ne pressait. On n’était plus à trois jours près, au seuil du saut dans le grand soir.
Elle venait de bien plier la dernière chemise, lorsqu’elle s’avisa qu’elle ne pouvait tout de même pas laisser sans nouvelles les derniers messagers amicaux de l’écran.
Ce n’est pas parce qu’on prend congé qu’on doit renoncer à toute exigence de courtoisie.
Elle alluma donc l’étrange lucarne et y vit assez de lumière pour ne plus avoir envie de fermer les yeux tout à fait.
Sauvée des eaux par tant de mots. Point de mer rouge pour cette fois.
Les mots s’interposaient : les (p)eaux ne s’écartaient.
Point de fuite hors des scripts. Mosaïque des voix hypnotise Moïse.
Elle ne pouvait décemment pas s’en aller comme ça.
Tant de phrases encore qui attendent leur chant.
Tant de formes à voir, tant de veines à toucher,
Tant de clartés dans les nuées, et tant d’ondes où couler.
Tant de terres où marcher, de glaise à malaxer.
A quoi donc servirait la lumière sans joyaux
Y jouant ? Colorant, reflétant, reformant
Les rayons saturés de couleurs, rouges et verts.
La lueur blanche du grand tunnel ressemble trop
A l’ombre sombre du néant où terre absente
Demeure trouble, debout, en boue, comme eau d’absinthe.
Le Tout n’est rien. Vouloir le tout : saisir le rien.
Zéro ou un, point de binaire. La vie est sans contraires.
Ce qui se vit, ce qui s’éprouve, rien ne prouve.
Point de sens au désir : « pour » l’un ou « contre » l’autre.
Infiniment présent, sans attaches en pesée,
Tous regrets bien enfouis : libérée, envolée.

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Published by Clarinesse - dans Errements narratifs
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commentaires

augenblick 19/10/2008 20:36

Mais oui ! avec plaisir.

Clarinesse 20/10/2008 12:53


Merci ! Voilà qui est fait.


Sylvaine 19/10/2008 20:15

Et si on choisissait de la sauver pour l'instant à petite dose...façon Mithridate (isme) !
Au fait ton association fer ocre du capitaine Crochet était un camouflet pour ce pôvre Sénèque ?
Et on peu continuer dans le genre poison et renommer
Apo...Pauline...je sens ça devient borgiaque...Allez..un coup de pinceau sur la Renaissance !..."tant d'ondes où couler"

Clarinesse 20/10/2008 12:53


Se mithridatiser l'esprit, oui, je n'y avais pas pensé, mais c'est bien de cela qu'il s'agit, peut-être : apprivoiser la séduction de la faucheuse pour mieux la tenir en respect...
Quant au rasoir dont a besoin Crochet, simple coïncidence : c'étaient les rythmes qui faisaient sens dans l'extrait. Mais tous ces signes du hasard, avouons que c'est troublant. Ils finiraient
presque par rendre superstitieux le plus cartésien des intellos.
PS : Au fait, les dernières photos de ton site sont riches de poésie.


joruri 19/10/2008 17:00

Je ne suis pas sûr qu'on puisse être libérée envolée quand les regrets ne son qu'enfouis...
Bon, je cherche la petite bête. Mais la petite bête du regret risque de se réveiller "par derrière".
Méfiate, elle est tapie.
ce qu'il faut, c'est la vaincre !

Clarinesse 19/10/2008 18:21


Il est plus que probable que tu aies raison... Mais on fait ce qu'on peut...


sylvaine.vaucher@gmail.com 19/10/2008 11:37

Clapolline...t'as tapé dans le gobelet...ceux qui nous réveillaient le matin au sana...et moi devine...pire qu' Apo...je lisais justement la Zauberberg (ein augenblick)...plus du Bérurier, et du Steiner sur Treblinka....au fait je sens que zallez casser la porcelaine dans la bassine...car maintenant suis certaine qu'Apolline n'a plus d'hésitation...elle sait trancher dans l'humour noir, l'aphrodisiaque du désespoir.
@martin....j'ai pas compris vous jouez de la vielle ?

Clarinesse 19/10/2008 18:17


Comme quoi, les grands esprits... treffen sich auf dem Zauberberg...
Et j'aime beaucoup la définition de l'humour noir comme aphrodisiaque du désespoir.
Mais je ne m'aventurerais pas à casser de la porcelaine. La pauvre, l'a rien fait, et on fait plus net, comme tranchant, non ?


augenblick 19/10/2008 10:46

J'avais lu :
Elle a fait le premier pas, à bout portant. Celui qui coûte le plus.

Clarinesse 19/10/2008 18:13


Cette version est bien meilleure. j'aurais bien envie de remplacer mon plat "important" par ce bout portant... Y serai-je autorisée ?


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