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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 19:13

Comme l'ambiance est toujours à la franche rigolade, mais pour ne pas trop lasser quand même,
faute de changer de ton, on va changer de plume.
Voici donc un extrait du tout premier roman témoignant de la réalité des tranchées, écrit de son lit d'hôpital par Henri Barbusse en 1916.
C'est rigolo ce qu'on fait étudier aux élèves de 3ème. J'aime le programme (sans aucune ironie...)

"On fait de brusques écarts pour éviter les morts allongés, sages et raides, ou bien cabrés, et aussi, pièges plus dangereux, les blessés qui se débattent et qui s'accrochent. [...]
On a le coeur soulevé, tordu par l'odeur soufrée. Les souffles de la mort nous poussent, nous soulèvent, nous balancent. On bondit ; on ne sait pas où on marche. Les yeux clignent, s'aveuglent et pleurent. Devant nous, la vue est obstruée par une avalanche fulgurante, qui tient toute la place. C'est le barrage. Il faut passer dans ce tourbillon de flammes et ces horribles nuées verticales. On passe. On est passé, au hasard : j'ai vu, çà et là, des formes tournoyer, s'enlever et se coucher, éclairées d'un brusque reflet d'au-delà. J'ai entrevu des faces étranges qui poussaient des espèces de cris, qu'on apercevait sans les entendre dans l'anéantissement du vacarme. Un brasier avec d'immenses et furieuses masses rouges et noires tombait autour de moi, creusant la terre, l'ôtant de dessous mes pieds, et me jetant de côté comme un jouet rebondissant. Je me rappelle avoir enjambé un cadavre qui brûlait, tout noir, avec une nappe de sang vermeil qui grésillait sur lui, et je me souviens aussi que les pans de la capote qui se déplaçait près de moi avaient pris feu et laissaient un sillon de fumée."

                           Henri Barbusse, Le Feu, 1916.

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Published by Clarinesse - dans Citations fascinées
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commentaires

Kris 12/10/2008 11:54

Le feu comme élément central de l'horreur. Henri Barbusse parvient à nous plonger avec peu de mots dans la folie humaine.

Clarinesse 13/10/2008 21:16



Le feu, et surtout sa traduction en termes de boucherie. Bien cuite, la viande.



joruri 11/10/2008 16:41

La guerre comme expression de la volonté de pouvoir. Le désir de pouvoir par peur de la mort. La peur de la mort comme peur de l'inconnu. La peur de l'inconnu comme une peur d'enfant.
Faible est l'homme guerrier.

Clarinesse 13/10/2008 21:15


Mmoui, faible refoulé, et bien trop fort par les moyens qu'on lui donne...


marie-georges Profonde 11/10/2008 15:16

Tout comme Loïs de Murphy : merci pour cette nouvelle lecture. Brrrr...
"Quelle connerie la guerre", quoi.

Clarinesse 11/10/2008 16:31


Tu l'as dit, et c'est bien la conclusion qui s'impose. Sauf qu'ils sont un peu trop nombreux à l'oublier, à chaque génération.


Loïs de Murphy 11/10/2008 14:27

Je ne connaissais pas, merci pour cet extrait.

Clarinesse 11/10/2008 16:30


De rien. C'est coloré, hein ?


Sylvaine 11/10/2008 11:28

Merci pour HB qui ne faisait pas partie de mes tranchées...et si c'est pour se brûler sous le brouillard autant prendre les cendres à temps...l'odeur, le contact,
les voix...le silence enfin...il y a quelque chose de trouble sous les murs qui s'effritent.

Clarinesse 11/10/2008 16:29



Enchantée pour les présentations. Il est un peu moins connu qu'A l'Ouest rien de nouveau, mais il se pose là aussi.



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