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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 22:03
Il est tant de façons d'abîmer une enfance.
Yeux grand ouverts sur l'indicible.
Pas de barrage face à l'horreur.
L'enfant encaisse ; l'enfant s'imprègne ; l'enfant absorbe.
Il ne sait pas se protéger : la déferlante de plein fouet s'imprime en plomb.
Il ne sait pas fermer les yeux. Il ne détourne pas le regard.
Si nulle main adulte ne s'interpose, la cruauté pénètre.
Et marque, à jamais. Eclats de voix ; éclats d'obus.
Le gamin sous la guerre qui côtoie les cadavres :
"Mais non, ces gens dorment, allongés sur la route.
La tache rouge autour d'eux ? Non point du sang, voyons !
Ils ont trop bu et s'endorment dans le vin à cuver."
La réponse est donnée, étouffant la question.
Comme on noie un bébé mammifère sous l'eau pour ne pas entendre ses cris.
"Voyez, il ne pleure pas. Il n'a pas peur."
Non, il agonise d'angoisse, seulement.
Il frissonne de fièvre dans le silence du mensonge.
Dans l'inaudible de ses craintes, dans l'impossible questionnement.
Dans la visqueuse négation dont on obstrue sa bouche, bâillonnée, interdite de parole.
On s'enfuit, on quitte la maison, arrachant, à vif, les racines,
abandonnant les paysages matriciels béants de souvenirs éventrés.
Toute base vacille : le foyer, le pays. Terre, père, et mère.
Le précaire château de sable, la marée le détruit.
"Mais si, mon petit, la vie est belle. Il faut apprendre, il faut construire.
Mais non, les hommes ne s'entretuent pas.
Mais oui, la famille est un havre de paix. Intouchable, rassurant, où blottir sa confiance, sa douceur.
Bien fiable, bien solide. Imputrescible. Rien de grave. Dors en paix."
Requiescat in pace.

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commentaires

Inès 09/10/2008 17:21

Je ressens trop ce que tu veux dire et tes mots me retournent car désormais j'ai quelqu'un sous mon aile qui m'offre à chacun de ses regards le reflet bleu des glaciers chers à mon coeur.
Je suis touchée par tes errances silencieuses dans l'univers de Lettre à Leylia.
Je ne le mérite pas.
Bien à toi

Clarinesse 10/10/2008 20:42



Tatata, répondrai-je à ta dernière phrase : tes mots transpercent le silence des yeux qui les lisent.
Quant à la petite âme dont on a charge, et qui ne laisse pas droit aux dérapages, oui, rien n'est moins facie que d'être à la hauteur, et je crois bien comprendre ce que tu ressens, pour le
ressentir aussi... Se forcer à regarder vers le haut...



Kris 06/10/2008 15:16

Quel sujet ! Doit-on tout dire brut de décoffrage à nos bambins ? Doit-on mentir ou enjoliver les choses pour ne pas les effrayer ? Je ne sais pas qu'elle est la meilleure solution. En tout cas, il ne faut pas lésiner sur les explications même si, au premier abord, celles-ci peuvent les barber. Puis, chacun de ses enfants réagira avec la sensibilité qui lui est propre.

Clarinesse 06/10/2008 21:08



Pas mieux, comme résumé.



dominique boudou 06/10/2008 12:25

Jusqu'où peut-on dire aux enfants et comment ? Question difficile, très difficile.

Clarinesse 06/10/2008 21:08


Oui, et jamais réponse apportée n'est définitive.
Tout dire, tel quel, brutalement, certainement pas.
Mais expliquer, sans répit. Tout, plutôt que le silence,
ou qu'une réponse laconique et sans réplique, ce qui revient au même.
Laisser parler, et écouter, autant que répondre.


odile 06/10/2008 12:09

Bien aimé la description de l'enfant sans protection et l'adulte qui a comme rôle de lui cacher la réalité. Mais on aura jamais les "mais" assez grandes pour cacher tout l'horreur de ce monde. Quelques fois les doigts s'entrouvrent pour montrer le soleil.

Clarinesse 06/10/2008 21:05


Très belle image, et très juste aussi. Mériterait un bel écrin de texte...


joruri 06/10/2008 09:10

Pas de résilience définitive. des moments seulement arrachés au malheur. Assez pour croire, trop peu pour vivre.
700 Mds de dollars de liquidités versés avant le week-end. Il est 9:08 h ce lundi . Et le cac 40 est presque à -5...
Accrochez-vous, ça sent le krack...

Clarinesse 06/10/2008 20:59


Eh ben tant mieux, pour le krach. S'il faut que le capital s'effondre pour que la terre respire...


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