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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 22:50

Apolline Mascarin n’était pas plus solidement plantée sur ses deux pattes arrière qu’un fétu de paille n’est enraciné dans la terre. Depuis toujours, le moindre souffle d’air un peu vigoureux l’emportait où bon lui semblait, la moindre étincelle inattendue suffisait à la consumer, s’éteignant juste avant de la laisser disparaître totalement. Alors, une fois l’incendie épuisé à coups de grandes eaux salées, il ne restait plus qu’une espèce de bête paille mollassonne qui ressemblait davantage à une nouille trop cuite qu’à un fier épi de blé.

Ce n’est pas parce qu’on s’est construit à tâtons quelques convictions profondes sur le sens de la vie que cela facilite les choix qui s’imposent à chaque instant.
Les certitudes métaphysiques ne sont point de grand recours face aux petites et grandes hésitations de l'immédiat.
Des certitudes fondamentales, elle en avait peu :
ne pas blesser ce qui existe. Ne pas abîmer, le moins possible.
Ne pas corrompre. Ne pas laisser pourrir.
Mais des certitudes à fleur de peau, oui.
Des surfaces viscérales, des contacts telluriques.
Et des peaux aimantées.
La tête, le cœur et la peau.
Essentielle, la peau. Le bout des doigts comme dernier recours,
Guide ultime en la nuit où les yeux éblouis de trop plein ne savent plus distinguer.
Les yeux, pourtant. Tout y passe. Tout s’y perd. Trop à voir.

Comme les plantes vertes, les humeurs ont aussi leur terreau et leur éclairage de prédilection.
L’angoisse, par exemple, se déploie volontiers dans l’obscurité et le vide, hors des sens.
L’hésitation, elle, préfère le grand jour éclairant le fatras du trop plein.

Apolline doutait le jour et redoutait la nuit.
A force de se laisser dissoudre par le doute, elle avait perdu toute consistance.
De la pâte à modeler. Malléable et friable comme de l’argile trop sèche.
Et pourtant, quelques velléités de reprendre la main s’éveillaient parfois en son chaos intime.
Et c’est alors avec une énergie désordonnée qu’elle s’emparait des trois bouts de ficelle et de phrase qui constituaient son univers pour les réarranger au mieux, comme des cheveux défaits ramassés à la hâte.
Mais a-t-on jamais vu un chat jouant avec une pelote de laine arriver à la démêler ?

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Published by Clarinesse - dans Errements narratifs
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commentaires

metalogos 15/09/2008 13:45

Oui le chat peut démêler une pelote de laine car l’improbable c'est ce qui a de la chance de ce produire…

Clarinesse 16/09/2008 00:08


Ah bon ? Vous aussi vous croyez que les "cauchemars gentils" (dixit Pierre, trois ans à l'époque), existent ?


Marie-Georges Profonde 13/09/2008 22:00

Beau texte. J'aime tout particulièrement le passage sur le terrain de prédilection des émotions, c'est une manière belle et originale d'évoquer cela. C'est assez éclairant, en plus.

Clarinesse 13/09/2008 23:24


Ta visite me fait vraiment plaisir, et par sa seule existence, et par son contenu.
Merci, beaucoup...


Zoridae 12/09/2008 21:44

Quel beau texte ! Je me réjouis de voir que tu te remets assez pour écrire... Si tu savais comme je suis navrée de tout cela. A bientôt quand même ?

Clarinesse 13/09/2008 23:21


Moui... ceci dit, elle a moyennement le moral, Apolline Mascarin, et pas que pour ça, mais tout passe... Y a toujours plus tragique ailleurs... Merci, en tous cas, de ce petit passage qui me touche
beaucoup.


joruri 12/09/2008 18:42

On souffle. On va avec le vent. On se laisse ailer.
Ce soir, une paix bleue et or, un lointain orangé, tango, nacarat.
Il n'y a plus de voix stridentes, il n'y a que la voix du temps qui chemine, odorant, chargé de l'arôme des résines et de l'humus.
Quelques fleurs sont nées sous l'inspiration des étoiles, qui dodelinent.
Doucement, doucement un air bleu...
Bisous princesse à la peau délicate...

Clarinesse 13/09/2008 23:20


Magnifique douceur de ce passage aérien. Merci, aussi...


Sylvaine Vaucher 12/09/2008 12:38

Son doute, sa douceur, son épuisement et ses volutes métaphysiques me plongent dans une contemplation qui me fait craquer de l’intérieur. Comment va-t-elle se répandre, résonner dans son infinie mélodie ? Souffre-t-elle comme une chatte dont une roue aurait écrasé le ventre…non elle va s’en sortir…les mites ne pondent pas en automne.

Clarinesse 13/09/2008 23:18



Sublime et remuant commentaire. Tu as touché très juste, comme bien souvent... Merci.



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