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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 23:08




















Ce n’est pas tant la pesanteur qui pose problème.
C’est ce qu’il y a dessous ; ou ce qu’il n’y a pas.
Inertie sur le dense ; mais vertige sur le vide.
Et la danse du gouffre en appelle à la chute.
La gravité ne plaisante pas.
La pesanteur ne pardonne pas.
Et la matière ne triche pas.
Elle existe. Elle résiste. Elle le prouve. Elle éprouve.
Un code se manipule. Un clic se gesticule.
Le virtuel est un code. Virtuel virtuose,
Vérité en fusion, au-delà du réel.
Mais le poids de la pierre ; ce rappel à la terre…
Rien de tel qu’une rage à bâtir pour ne pas
Se laisser jusqu’aux os consumer et détruire.
Rien de tel que construire, pas à pas, main à main,
Pierre à pierre, le muret garde fou en cailloux.
S’appuyer sur le mur des sédimentations.
Eloigner le vertige ; s’enrager de racines,
Dos courbé sur la terre. Paysan dans la glaise.
Soulever le pavé. Non point pour le lancer :
Pour le surélever ; lui trouver sa pierre sœur,
L’associer au puzzle minutieux qui le fera grandir.
Une trace, une empreinte. Une ligne de vie.
La graver, minérale, dans la pierre indocile.
Sans pesanteur, pas de grâce.
Sans résistance, pas de trace.
Sans appui sur l’air, pas de vol.*
Sans appui sur l’eau, pas de nage.
L’énergie libre meurt de ne pas rencontrer résistance.
Et le geste, sans le souffle de l’air traversé.
Et la force, sans l’objet imposé, façonné.

 


(* cf la métaphore de Valéry illustrant le paradoxe de la contrainte féconde par le vol de l’oiseau qui serait impossible dans une apesanteur totale : c’est la résistance de l’air qui lui permet d’exercer son énergie et d’avancer.)

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commentaires

Alain 18/08/2008 21:55

Bonsoir Clarinesse !
N’étant pas fort en écriture, je vais mettre ce sonnet numéroté 44 (non, il ne s’agit pas un tout terrain même s’il parle de terre), de Shakespeare afin de prolonger ton écrit :

*************************************

Si ma chair, inerte substance était pensée,
La nuisante distance ne m’arrêterait pas,
Car malgré l’étendue je serais transporté
Des extrêmes confins jusqu’au lieu où tu es.
Alors n’importerait que mon pied fut posé
Sur le coin de la terre le plus distant de toi,
Car l’agile pensée peut franchir terre et mer
Dès qu’elle pense à l’endroit où elle veut se trouver.
Mais ah ! penser que je suis pensée me tue !
Toi parti, je ne pourrai franchir tant de lieues,
Mais, composé surtout de terre et d’eau devrai
Au service du temps gémir sa lenteur ;

D’éléments si pesants ne recevant rien d’autre
Que des pleurs, lourds insignes de leur peine commune

**************************************

Bonne soirée et merci pour ton complément de…. lumière

Clarinesse 18/08/2008 22:58


Sublime sonnet ! Merci ! Une puissance ! Sacré bonhomme, le Will, d'écrire ainsi trois siècles avant tout le monde. J'adore !


joruri 15/08/2008 21:16

Autrement dit: "Mon dieu que la terre est basse. " : )

Clarinesse 15/08/2008 23:12


Absolutely ! D'ailleurs, j'adore cette expression. Humilité à ne pas oublier.
Si je ne craignais pas de sombrer dans l'indécence, je songeais aussi, en portant mes cailloux sous le soleil de plomb lui aussi, à ce que pouvaient éprouver les bagnards ou les esclaves,
concentrés sur la seule nécessité de survivre à la seconde suivante, de ne pas chuter au pas suivant. Pas de place pour la révolte ; quand la seule pensée concerne le besoin impérieux de
rester debout, là, tout de suite, le luxe de marcher droit et digne importe peu...


Sylvaine 15/08/2008 20:05

"Sans appui sur l'air..."et assise sur un tas de pierre, propulsée, écrasée...tes images lourdes et sans poids s'ouvrent à moi comme une mèche qui dérive sur l'eau, comme une mémoire décelée sous un carrelage...je viens me poser sur l'apesanteur aperçue aux pieds d'une croisée. C'est à me rendre muette, à me fluidifier. C'est Bô.

Clarinesse 15/08/2008 23:07


Wow ! C'est votre commentaire qui me rend muette ! Merci !
Toute confuse, je suis.
PS : au fait, merci pour la musique cathare de l'autre jour.


. 15/08/2008 13:42

"Moi! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre! Paysan!"
Rimbaud

Clarinesse 15/08/2008 18:39


Magnifique citation ! Merci.
Me fait aussi penser à ce quatrain de Péguy (dont les athées peuvent oublier qu'il s'agit de la cathédrale de Chartres ; mais les mêmes peuvent se souvenir que Péguy fut dreyfusard, ce qui
peut éviter quelques malentendus sur le premier vers.
Voilà, voilà pour les précautions d'usage)
"Un homme de chez nous, de la glèbe profonde
A fait jaillir ici d'un seul enlèvement
Et d'une seule source et d'un seul portement
Vers votre assomption, la flèche unique au monde."
Remarquez, ça tombe bien, on est le quinze août.
Qu'eau ainsi danse la nage des mots... décidément.


aleajactaest 15/08/2008 09:57

Bonjour,

je suis arrivée sur ton blog au hasard de cliquages
... son nom est assez sympa et les articles qu' on y trouve assez diversifiés.
Je reviendrai m' y promener régulièrement et prendrai le temps de fouiner un peut partout (avec ta permition)

Clarinesse 15/08/2008 18:33


Mais je t'en prie, c'est fait pour ça. Bienvenue.


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