Aujourd'hui, sur CNN (ça fait peut-être snob, mais ce n'est pas moi qui allume la télé. D'ailleurs, je ne l'allume
jamais, en étant devenue presque incapable, ne sachant par quelle télécommande passer), je tombe nez à nez avec la retransmission d'un meeting commun à Obama et Hillary, où Mrs Clinton
vante à la tribune les mérites de l'union avec son rival et néanmoins allié contre les républicains.
A côté d'elle, légèrement en retrait et en bras de chemise, Obama, négligemment assis sur une caisse style haut-parleur, l'écoute en souriant.
Quelque peu scotchée par le spectacle, je me fends d'un élégant
"Oh la vache !" qui se fraya un chemin sans mon autorisation, depuis les contreforts de mes poumons jusqu'à la caisse de résonance de ma cavité buccale.
Pierre qui regardait aussi à ce moment (shame on me, bad mother)
demande alors en scrutant de son mieux l'écran :
"Elle est où, la vache ?"
Léger flottement dans le salon.
"Euh, tu ne la vois pas, là, avec un costume bleu, qui cause dans le micro ?"
Shame on me again. Ne sombrons pas dans la misogynie de base.
Je démens donc rapidement à l'aide de la formule magique :
"Mais non, je blague"
(laquelle provoque toujours chez le petit bonhomme un sourire entendu,
même si l'astuce lui échappe généralement à ce moment de l'exposé)
avant de lui expliquer le sens, fort injuste d'ailleurs envers ces braves bêtes, de l'exclamation maternelle.
Bien sûr, on peut aisément imaginer la proportion de vils calculs et de mauvaise foi dans cet échange sirupeux d'éloges réciproques.
Force est cependant de reconnaître qu'ils sont proférés par la dame derrière des sourires moins crispés que ceux qu'elle arbora durant toute la campagne.
Et qu'importe d'ailleurs. Cette alliance me réjouit et ne provoque point de sarcasmes
en mon for intérieur pourtant correctement hérissé de ce côté là.
1°) C'est pour la bonne cause.
2°) J'imagine assez la fierté ravalée de la dame pour éprouver un minimum d'empathie. S'acharner sur un perdant me semble toujours d'un goût très douteux.
D'autant plus que j'aurais probablement eu envie de voter pour elle (même si personne ne me demande mon avis) si Obama n'avait pas été si beau. (Euh là, je blague aussi, en ce qui concerne mes motivations...quoique,...)
Sérieusement, il n'est pas impossible que cet aspect entre en ligne de compte bien davantage que ne l'envisagent les analyses socio-politiques.
J'imagine bien les dignes épouses de militants républicains bon teint, secondant leurs maris en toute occasion sans bouche ouvrir, ces épouses impeccables dans leurs tailleurs perpendiculaires et
leurs brushings de commères laquées, ces américaines lissées-liftées qui, une fois seules dans l'isoloir, histoire de se donner le courage de tromper les convictions maritales, déplieront la
photo de Barack qu'elles cachent depuis des mois au fond de leur sac à main, entre le poudrier et les derniers tracts de McCain, et pointeront leur index carrossé de vernis
écarlate sur le nom du séduisant candidat.
Derniers Commentaires