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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 22:27

Où se confirme l'idée que l'auteur de ces lignes n'est qu'une pitoyable midinette.

D'abord, ne pas se fier à la mièvrerie de l'affiche (pire que l'image proposée ci-dessus) et de l'habillage du DVD, qui laisse croire à la plus nunuche des guimauves.
Ne pas se fier non plus aux critiques des âmes grises, oeil myope et coeur sec, qui éreintèrent le film à sa sortie, en 1970, époque où il fallait afficher distanciation et déconstruction  pour être adoubé par les orthodoxies intellectualistes alors en vogue.  
David Lean eut le courage de sublimer un romantisme incandescent (crime impardonnable !) mais il fut si blessé des sarcasmes de son accueil qu'il cessa totalement de tourner pendant de longues années.

Huit ans après Lawrence d'Arabie et cinq après le Docteur Jivago, avec le même dosage de lyrisme et d'épopée, il transpose en effet, dans l'Irlande de la Première Guerre Mondiale et de la Guerre d'Indépendance, une variation sur le thème si rebattu de Madame Bovary.
Mais il le sort de la fange pour le porter dans un brasier où les âmes s'épurent des scories contingentes et accèdent à la pureté du minerai, dans un état de consomption qui ne se peut plus corrompre.
Madame Bovary n'est plus moquée par son auteur ; le mari n'est pas ridicule ; et l'amant n'est pas un goujat.
Démesure et douceur à la fois.
Tous trois également beaux et blessés, tous trois nobles et purs.
Et oui, il faut le dire, et tant pis si ça fait cruche.

Point n'est besoin de salir et d'avilir ses personnages pour se donner un air intelligent, quand on a assez de talent pour les transcender.
On frôle certes parfois le pathos dans ce film où quelques dialogues ne craignent pas une naïveté à la limite du cliché.
Mais elle n'est pas celle de l'auteur.
Elle est celle, respectée et non tournée en dérision, du coeur simple de l'héroïne.

Comme beaucoup de chefs d'oeuvre, ce film est porté aussi par sa musique.
David Lean est resté fidèle au même enchanteur, Maurice Jarre, qui a cette faculté, comme Ennio Morricone, de travailler la même phrase musicale simplissime avec des variations infiniment adaptées aux personnages successifs qu'elle accompagne. Tantôt une harpe évanescente, tantôt le cliquetis d'une boîte à musique en fer blanc, tantôt le grand jeu d'un orchestre symphonique.
Sans compter quelques passages de la Symphonie héroïque de Beethoven pour muscler le tout.

Et surtout, surtout, David Lean a le génie des lieux.
Il sait transfigurer le détail le plus anodin :
une tache sur un papier peint sordide, un brin d'herbe secoué par le vent, les fils d'une toile d'araignée dansant au rythme de l'air, des tapis de fleurs dans une clairière idéalisée d'amour courtois, une vieille galoche éculée.
Et ne craint pas de se mesurer à la force démiurgique des éléments.
Nul ne sait comme lui filmer des ciels déchiquetés, des tempêtes apocalyptiques, des rochers tourmentés, toute la panoplie du romantisme le plus échevelé qui fait rire ceux qui n'y sont pas sensibles, et ils sont nombreux. Tous ceux avec qui j'ai tenté de partager ce film ont ricané.
Tant pis, j'suis une grande fille, j'assume.
J'ai passé l'âge de craindre d'être jugée comme la plus écervelée des fleurs bleues.
Compléments de commentaires ici.

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Published by Clarinesse - dans Panthéon filmique
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commentaires

rosy3216 04/10/2008 16:31

c'est bon merci je l'ai reçu!!
merci beaucoup!!

Clarinesse 05/10/2008 07:46


Pas d'quoi.


rosy3216 04/10/2008 16:26

dsl mais je ne l'ai pas reçu pouvez- vous me le renvoyez!
merci

rosy3216 01/10/2008 19:50

vous pourriez me passer le film?? je meurs d'envie de le revoir!! merci d'avance!!
(je n'ai pas pu répondre précédemment à cause du manque de temps)

Clarinesse 03/10/2008 08:59


Je vous ai répondu par mail...


Estelle 23/09/2008 11:41

Un des film qui m'a le plus transportée par son romantisme absolu,le romanesque de cette histoire d'amour indémodable et intemporelle magnifiée par des images d'une beauté sublime....Comment ne pas se sentir troublée,voire bouleversée par l'intensité du premier baiser échangé dans le café!Torride,il l'est,bouleversant l'imagination,bien davantage,selon moi,que la scène de sexe la plus explicite...David Lean,dans Brève Rencontre, nous avait déjà livré une magnifique histoire d'amour impossible,style dans lequel il excelle...La Fille de Ryan fait partie,bien sûr,de mes films cultes et je ne m'en lasse pas....

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