Jeudi 20 mars 2008

 Vivre : alterner sans répit souillure et purification, en tous domaines.
 Vivant : lieu d'échange permanent.
Je donne et je prends, j'emprunte et je rends.
Empreintes, légères ou grossières, sur cette terre d'emprunt.

Epure. "Eppur si muove
".
Et pourtant, se mouvoir, il le faut.
Et pourtant je ne m'y soustrais pas,
à cette plongée quotidienne dans l'antre de la misère humaine,
dans l'enfer où s'enferrent les sauvageons.
Le prof n'est guère qu'un mineur de fond.
Il ressort noir du poison qui ronge les coeurs
en ces contrées décomposées, décivilisées.

Ne pas se leurrer : 
la société des hommes meurt de cet abandon 
où ne survit que celui qui sait cogner, qui sait souiller.
Le sait-on bien, là où l'on lit, où l'on écrit,

combien l'insulte y est le seul, y est l'unique langage connu ?
Sait-on bien les ravages profonds qu'elle brandit comme une victoire ?
Sait-on que l'obscurantisme le plus médiéval 
gagne chaque jour sur les Lumières ? 
Que les mères sont niquées à chaque minute en mille bouches,
Que les ta race sont maudites chaque seconde,
Que chaque mot de plus de trois syllabes est jeté aux orties
comme une écharpe de grande folle par une horde de néo-nazis ?
A-t-on mesuré l'étendue de cette marée noire, de ces cerveaux mazoutés ?
A-t-on pesé la violence inouïe dont s'enivrent les meutes (l'émeute) ?
A-t-on saisi le prix payé par les missionnés de l'Etat Minor 
sur le front de ces ténèbres ensanglantées, 
pour cacher aux beaux quartiers
la guerre qui gronde à ses portes ?

Comment après avoir subi tant de chaos, rentrer serein en son foyer ?

Le corps se lave dans l'eau,
L'esprit s'épure en mots.

Ecrire est mon salut, mon radeau sur cet océan de fiel,
mon flambeau dans cette nuit sans fin.
Sans le couteau du verbe écrit, du mot choisi, les saletés de la vie
restent collées à mon angoisse comme des moules à leur rocher.
Il me faut me baigner toute entière dans les flots du poète 
pour ôter à ma peau ces relents d'insultes trop poisseuses,
où croupissent en eaux troubles tant de jeunes en friche,
tant d'esprits en jachère.

Ecrire et lire, l'eau claire du mot incandescent qui jaillit
sans scories de qui sait regarder et dire ce qu'il a vu.

Un évier comme lave-vaisselle
(on l'saura)
Un clavier comme lave séquelles.

par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs. communauté : Biffures chroniques
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