Vendredi 7 mars 2008
Claustrophobie. 
Je ne supporte pas les fenêtres fermées trop longtemps.
Je ne peux pas souffrir les volets clos comme paupières cousues.
J'ai besoin de humer le vent et son humeur,
de voir à travers l'oeil le souffle de la vie.
J'ai besoin de clarté. De veiller. De surveiller, peut-être aussi.
J'abhorre les pièces aveugles, les salles borgnes.
Je me sens dans ma vie comme dans une chambre :
il m'en faut les clefs. 
Il me faut savoir que j'en peux sortir à tout moment, de mon propre chef.
La présence ici-bas ressemble trop sinon à la prison, le ciel à un plafond.
"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis" etc... 
tout le monde connaît son petit Baudelaire illustré.

La fuite. Comme une porte ouverte à tous les vents.
Ne jamais trop s'éloigner de la poignée.
Ne jamais se plonger en plein coeur de la foule
Ne jamais s'attacher au fardeau sous la houle.

Ambivalence de la fenêtre. Être de feu. Être dehors.
Défenestrer. S'échapper.
S'enfuir ou se laisser enfouir.
Chute du corps. Apesanteur de l'âme.

Job docile, boire le calice jusqu'à la lie, ainsi le veut la loi du catholique.
Le Seigneur a donné la vie. Le Saigneur la reprend.
Serviteur jusqu'au bout, l'homme ne s'appartient pas :
le suicidé est meurtrier plus que victime.

Mais l'homme libre du stoïcien doit choisir.
Le libre départ pour prix du digne séjour.
Rester, c'est accepter. Refuser, c'est partir.
La servitude ou la mort. L'esclave ou la cigüe.
Il ne s'agit pas de se complaire dans un morne et pathétique taedium vitae d'enfant gâté et capricieux. Il s'agit seulement de savoir que l'on peut garder la tête haute et hors de l'eau quand tout s'embourbe autour de soi.
Ce n'est pas la vie et ses merveilles, 
c'est ce qu'on en (mé)fait qu'il faut éconduire.
C'est pour préserver sa dignité, 
que le refus de la voir défigurée s'impose parfois.

Curieux tout de même que plus de trente ans après avoir légalisé le libre choix d'entrée dans la vie (certes donné à celles qui le délivrent, les candidats en question n'ayant pas encore la parole), on  refuse encore d'accorder le libre choix de sortie. 
Euthanasie. Avortement. Deux symétriques.
Il est assez de chaînes sur cette terre. N'en ajoutons pas davantage.

Sur ces pensées réjouissantes, je vous souhaite bien le bonsoir.

Humeurs noires déversées sur l'écran.
Thé idoine infusant dans la tasse.
Esprit de plomb soudain de plume.    (ou presque)
Coeur allégé et soir sucré.

par Clarinesse publié dans : Humeurs, rumeurs. communauté : Biffures chroniques
ajouter un commentaire commentaires (9)    recommander
Retour à la page d'accueil

Commentaires

je découvre l'univers des blogs, leurs paysages de mots ...
Les votres sont très jolies
Farenheit
commentaire n° : 1 posté par : Farenheit (site web) le: 07/03/2008 23:57:18
Merci. J'aime l'idée de faire maintenant partie d'un paysage que je découvrais moi aussi en néophyte il y a peu encore. Petit buisson de mots au détour d'un chemin planté de grands arbres.
réponse de : Clarinesse (site web) le: 08/03/2008 08:04:55
beau texte :)
commentaire n° : 2 posté par : Gondolfo (site web) le: 08/03/2008 18:05:35

Thank you, mais ce n'est pourtant pas le meilleur.

réponse de : Clarinesse (site web) le: 08/03/2008 18:46:54
Merci pour cette citation de Beaudelaire (je veux la version illustrée) et pour ce poème d´un monde sans issue. Si je puis émettre un avis, les phrases trop longues de la fin alourdissent un peu. C´est dommage, j´aime bcp le début.
Merci aussi pour ta visite, mes pages te sont ouvertes.
Germaniquement.
VBK
commentaire n° : 3 posté par : Vladimir Bukolic (site web) le: 08/03/2008 19:18:26
Völlig einverstanden : les phrases de la "fin" sont trop longues, enfin, je suppose que tu parles du passage sur l'euthanasie. C'est vrai que ça fait un peu "verrue", car l'idée n'est rattachée au reste qu'artificiellement. 
J'vas y remédier, mais c'est un sujet "militant" qui me tient à coeur. Si ça t'intéresse, il est développé dans l'article plus ancien intitulé "Barbarie bienveillante".
Vielen Dank irgendwie.
réponse de : Clarinesse (site web) le: 08/03/2008 19:40:51
J'aimerais bien mettre un commentaire, mais je suis décontenancée ...
J'aime tellement la vie, j'aime tellement l'amour, je suis tellement heureuse que je ne peux pas envisager l'hypothèse d'abréger mon passage crottedemouchesque sur une poussière d'univers. C'est bête hein ...
commentaire n° : 4 posté par : madamedekeravel (site web) le: 08/03/2008 21:00:49

Point du tout. En temps normal, je partage cet émerveillement de principe et de tripes devant le moindre brin d'herbe, mais il faut dire parfois que la fréquentation excessive d'enquiquinements divers rend parfois l'atmosphère un peu lourde... Mais ça passe, comme le reste.

réponse de : Clarinesse (site web) le: 08/03/2008 21:24:58
Ah ben si ça passe, me v'la rassurée ;-)
commentaire n° : 5 posté par : madamedekeravel (site web) le: 09/03/2008 09:37:45
Voui, m'enfin, on fait passer en tous cas.
réponse de : Clarinesse (site web) le: 09/03/2008 14:37:09
Joli texte, et joli blog, Clarinesse.
Je reviendrai.
Si tu ailmes les mots qui jonglent, connais-tu L'amusoire, de mon ami Filou? (http://www.amusoire.net/)

Bonne journée !
commentaire n° : 6 posté par : Ant. (site web) le: 09/03/2008 09:46:10
Ravie que ça t'agrée. J'irai faire un tour sur l'amusoire. Merci du tuyau.
réponse de : Clarinesse (site web) le: 09/03/2008 14:38:12
Vlad a raison, essaye une épanorthose pour voir ?
commentaire n° : 7 posté par : Loïs de Murphy (site web) le: 09/03/2008 10:41:12
J'vas suivre le conseil du Transsylvanien et le tien. Et une épanorthose, une ! 
PS : Euh, en guise d'épanorthose et de coupes franches, je n'ai guère réussi qu'à développer encore ce que je voulais élaguer. "J'ai pas eu le temps de faire court", comme disait Voltaire à Emilie.
réponse de : Clarinesse (site web) le: 09/03/2008 14:39:23
C'est normal, c'est le propre de l'épanorthose, amis comme c'est une figure de rhétorique, du coup ça t'a un côté intentionnel qui te pose là :o))
commentaire n° : 8 posté par : Loïs de Murphy (site web) le: 09/03/2008 23:00:43
Absolutely !
réponse de : Clarinesse (site web) le: 10/03/2008 18:59:06
A me poser sans cesse cette question du rester "accepter" j'en suis arrivée à dire que l'on peut rester et refuser, donc se battre. C'est beaucoup plus difficile et ce n'est pas donné à tout le monde. Ce n'est pas donné à tout le monde non plus de choisir sa fin et de finir comme il l'a voulu toute sa vie. J'en ai trop vu qui s'en allèrent dans une trop longue agonie qui les a réduits à une si pâle copie d'eux-mêmes. Rester, oui, pour se battre dans la dignité.
commentaire n° : 9 posté par : fardoise (site web) le: 10/03/2008 14:10:35

Absolument d'accord, malgré le caractère catégorique et réducteur des sombres alternatives de ce texte. Il faut rester pour lutter et refuser. Refuser que l'on préfère à la dignité une pâle et infâme copie de la vie.

réponse de : Clarinesse (site web) le: 10/03/2008 18:34:48

Cahiers brouillonnants

Derniers Commentaires

Recherche

Chat échaudé...

Clarinesse ?

Pour la quête 
de clarté dans la langue,
de musique dans la voix.

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Blog : Collectionneurs sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus