J'ai passé l'âge de ne pas assumer mon penchant consternant pour les univers anachroniques et les belles histoires d'amour qui finissent mal.
Par exemple, je ne sais combien de fois j'ai revu
Les Grandes Manoeuvres, de René Clair, où Gérard Philipe s'amuse à séduire Michèle Morgan dans une légèreté d'opérette avant que tout cela ne finisse en tragédie
racinienne.
C'est ce mélange là qui laisse sans défense : un état de grâce enchanté par la frivolité des jeux d'esprit, foudroyé sans prévenir par le coup de faux de la fatalité. Le désespoir n'a pas le
temps de s'engluer dans le pathos. Avec la fulgurance d'une sublimation, l'âme vacille, de la joie à la mort du coeur, sans passer par la case pourrissement.
Henri Pichette, j'avoue ne pas connaître et suppose donc que sa gloire inoubliable est un bon étalon pour mesurer l'amour indéfectible que tu portais à Gérard Philipe. Je l'ai aussi beaucoup aimé chez Stendhal.